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Les analyses de Jacques Cheminade

Le chapelier fou est aux commandes

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De l’autre côté du miroir, Alice au pays des merveilles fait la rencontre du chapelier fou au cours d’un thé où chacun dit tout ce qui lui passe par la tête, coq à l’âne, onomatopées et assertions sans queue ni tête. Lorsqu’ils parlent d’économie, les principaux responsables de l’Union européenne (UE), à Bruxelles et au sein des Etats membres, font penser à ces étranges convives.

Face à la crise allemande - 0,2 % de croissance (surestimée) en 2002 et moins de 1 % prévus en 2003 - et aux inéluctables difficultés françaises (licenciements, chômage endémique, pessimisme croissant des consommateurs), la Commission européenne exige « des mesures probablement douloureuses ». Le déficit allemand est blâmé, les « efforts d’assainissement » sont jugés « insuffisants » en France et les « incertitudes » pesant sur les objectifs budgétaires italiens « sévèrement jugées ». Schröder augmente les impôts, on lui recommande de baisser plutôt les dépenses publiques : la purge est critiquée non pas parce que c’est une purge, mais parce que ce n’est pas la bonne ! En France, M. Raffarin s’en prend en décembre à la politique fiscale allemande, estimant que Berlin mène « une politique brutale qui risque de fragiliser l’ensemble de la croissance européenne », mais en même temps, se flattant d’avoir acquis un « capital de confiance », il entend, selon son porte-parole, Jean-François Copé, « l’utiliser au bon sens du terme pour poursuivre et engager des réformes difficiles dont la France a besoin ». L’on blâme donc son collègue allemand en préparant une potion similaire ! Les 22 et 23 janvier, MM. Schröder et Raffarin se rencontrent à Berlin pour « stimuler les énergies de nos deux économies », multipliant les belles paroles mais sans aucune mesure ou projet précis.

M. Fitoussi, de l’OFCE, proche de l’opposition, conseille de son côté de « laisser jouer les stabilisateurs économiques » et de « pratiquer un soutien plus vif de la demande », c’est-à-dire ce qui, faute de perspective plus générale, a fait échouer les socialistes en 1981.

Le dénominateur commun de toutes ces approches est qu’aucune ne traite la question réelle : comment une économie pourrait-elle être en croissance au sein d’un système financier et monétaire international qui s’effondre ? Le choix d’une politique volontariste d’investissement productif n’est proposé par personne. Le chercheur Daniel Cohen qui, lui non plus, ne propose pas grand-chose, a raison de conclure qu’« il n’y a pas de politique économique, ni en France ni en Allemagne. C’est une politique au fil de l’eau ».

Ainsi, les absurdités s’accumulent. Le gouvernement français lance « un grand débat public sur les choix énergétiques » et entend « relancer le nucléaire » avec le réacteur EPR, développé par l’AREVA. Mais rien n’est prévu pour financer ce programme, et en même temps l’on prépare une « ouverture du capital » d’EDF. Il n’est pas étonnant dans ces conditions, que malgré son caractère apparemment satisfaisant, les salariés d’EDF aient rejeté le compromis sur les retraites qui leur était proposé. Electriciens et gaziers n’ont pas voulu s’engager dans une démarche qui permettait l’ouverture du capital et l’évolution du statut de leur firme. Ce qui se passe dans le nucléaire anglais leur donne absolument raison. Ils ont dit « non » à un avenir aussi incertain qu’inquiétant, et à un Etat incapable de faire face à la mondialisation financière. La question plus générale des retraites, qui sera débattue au cours des six à neuf prochains mois, sur fond de crise, se heurtera sans aucun doute au même refus. Comment pourrait-on en effet « s’engager pour des réformes » alors que le gouvernement ne s’engage pas, lui, pour un projet réel de croissance économique ? La « gestion dilatoire » de M. Raffarin est désormais ouvertement critiquée, que ce soit par Denis Jeambar dans L’Express, ou Eric Le Boucher dans Le Monde : «  Raffarin, sept mois pour rien ?  »

Francis Mer, ministre des Finances, prépare « des coupes budgétaires raisonnables » mais si le gouvernement ne sort pas du système, les coûts étant de moins en moins couverts par des recettes fiscales en chute libre (à cause de la baisse rapide du taux de croissance), il devra devenir fatalement de plus en plus « déraisonnable ». «  Qui peut croire encore à la reprise en 2003 ?  » ; titre Le Monde de l’économie du 7 janvier. Si même Le Monde le dit !

En attendant, les partenaires sociaux, pour sauver l’UNEDIC, le régime d’assurance-chômage, ont décidé que les économies seraient faites pour moitié sur le dos des chômeurs (baisse de 1,8 % des prestations et durcissement sans précédent des conditions d’indemnisation). Le président de La Poste annonce une stratégie - d’austérité - sans même connaître les moyens dont il disposera !

Le chapelier fou n’a plus de cartes à extraire de son chapeau. Il est temps de proposer un projet mobilisateur aux Français, même si pour cela, il faut que M. Raffarin mange le sien.

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