Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 8 décembre - Référendum en Italie : une nouvelle claque pour l’UE Lire Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire
Accueil Orientation stratégique Analyses
Les écrits de Lyndon LaRouche

Le défi de la paix : pour un chrétien, par exemple

visites
2350
commentaire

Le thème que je vais aborder ici concerne le fondement possible d’une paix entre les religions, malgré la menace, qui va en s’aggravant, de voir notre planète sombrer pour longtemps dans un nouvel âge des ténèbres.

Pour le chrétien, par exemple, le sens de son existence intemporelle, en tant qu’individu, est centré, comme pour Jean-Sébastien Bach, dans la « revivance » du récit de la Passion et de la Crucifixion de Jésus, tiré du Nouveau Testament. La persistance de cette expérience incarne la signification unique du christianisme. 1

En tant que chrétien, la signification de ce moment de notre passé, pour notre présent comme pour notre futur, nous donne un sens de ce que le grand philosophe, historien, poète et dramaturge Friedrich Schiller définit comme « le sublime ». C’est pourquoi son approche des caractéristiques fonctionnellement essentielles de l’histoire réelle, dans le sujet de ses drames, comme dans le cas de Jeanne d’Arc, nous apporte une inspiration extraordinaire. Pour des raisons que j’exposerai dans cet écrit, cette référence à Schiller nous indique la véritable signification de la spiritualité.

Cette insistance sur Schiller est nécessaire pour situer la notion moderne de spiritualité dans cet univers réel, habité par son Créateur, plutôt que dans un univers différent de celui de notre vie mortelle. Faute de reconnaître le sublime comme principale caractéristique sous-jacente de la méthode platonicienne en science physique, nous, les membres de la civilisation européenne moderne élargie, resterions incapables de franchir le fossé apparent entre, d’un côté, ce que la tradition apostolique chrétienne, par exemple, appelle la spiritualité, et, de l’autre, l’universalité du domaine physique.

La persistance tenace de ce fossé entre spiritualité et science physique nous confronte tous, chrétiens ou non, à l’importance historique exceptionnelle de la Renaissance européenne du XVème siècle. La résurgence, en Europe, d’une forme compétente de méthode scientifique, par des disciples de Nicolas de Cues tels que Johannes Kepler, au sortir de près de quatorze siècles d’hégémonie de la tradition corruptrice de la Rome impériale sur le bassin méditerranéen, démontre la constance de cette méthode de pensée qui permet de franchir le fossé entre spiritualité et science physique. 2

C’est donc pour ces excellentes raisons que la méthode des dialogues socratiques de Platon est parfois qualifiée d’« exercices spirituels ». Ce lien est implicite si l’on reconnaît la signification de la continuité - certes interrompue mais néanmoins constante - de la méthode scientifique de Platon et de ses collaborateurs et disciples, depuis la période s’achevant avec les travaux d’Eratosthène et d’Archimède, jusqu’à la Renaissance qui rétablit cette hégémonie platonicienne et donna naissance à toute la culture classique moderne.

Nous comprendrons mieux la persistance du principe actif de ce lien entre ancien et moderne, si nous considérons la méthode de l’Evangile selon saint Jean et des Epîtres de saint Paul comme des exemples exceptionnels de la continuation de cette contribution unique apportée par le legs platonicien à la communication de principes universels, même sous le règne impérial romain du Ier siècle après Jésus-Christ. De même, saint Augustin illustre cette continuité.

Ce lien nécessaire entre spiritualité et science physique a toujours été implicite aux époques relativement plus heureuses où régnait ce qui est aujourd’hui connu comme la tradition classique, anti-romantique, de Platon, Gottfried Leibniz, Moses Mendelssohn, etc. Néanmoins, le lien explicite qui les unit n’a apparemment jamais été mis en évidence avant mes propres découvertes concernant la science de l’économie physique, développées pour la première fois entre 1948 et 1953. 3

Dans ce contexte, je plaide ici en faveur de la reconnaissance de ce lien et de sa pertinence pour l’instauration, désormais impérieuse, d’une paix entre religions.

1. La menace pesant sur la paix

La nécessité pratique, immédiate et déterminante, d’examiner les questions que je viens d’esquisser est évidente si l’on considère la menace mortelle que posent les guerres de religions ou toute autre guerre généralisée. Pour l’heure, cette menace est incarnée par la doctrine utopiste militaire connue comme la stratégie de « choc des civilisations », défendue par Brzezinski, Huntington et Bernard Lewis. Aujourd’hui, comme à l’époque du traité de Westphalie de 1648, il est de la plus haute importance de favoriser une politique de « paix oecuménique des religions », d’abord et avant tout entre celles qui acceptent la notion que l’homme et la femme sont créés égaux et à l’image du Créateur de l’univers. C’est de là que nous devons partir pour explorer une base plus profonde sur laquelle fonder un accord plus large, plus universel. Cette base ne peut se trouver que dans une conception rigoureuse de la cohérence entre un principe de spiritualité universel démontrable et l’universalité du domaine physique.

Ainsi, si l’on veut aujourd’hui éviter le nouvel âge des ténèbres religieux qui s’annonce, avec des formes apparentées de guerres « ethniques », nous devons concentrer notre attention sur les liens spirituels entre cultures européennes et asiatiques. A cette fin, une démarche simplement négative - un état utopiste illusoire de non guerre - ne fournit pas une base positive pour parvenir à une paix véritablement durable.

La paix véritable repose toujours sur une base positive, jamais sur une base simplement négative. Elle n’est jamais la simple absence de guerre, ni un quelconque construct mental de type « paix perpétuelle » qu’Emmanuel Kant proposait sous forme de la négation de la négation de la guerre. La source d’une paix durable, c’est la reconnaissance de l’importance pour soi et pour les autres, mais aussi pour le plus profond de notre être, des bénéfices mutuels qui n’existeraient pas sans coopération active entre soi et les autres.

La réussite de la quête d’une base positive pour une paix durable dépend de deux préalables d’une autorité axiomatique. Premièrement, que le mode de coopération requis par l’intention pacifique soit réalisable dans l’univers physique. Deuxièmement, que les actes voulus soient cohérents avec certains principes universels qui sont spécifiques à la nature humaine en soi.

La résistance à l’autorité combinée de ces deux catégories de conditions préalables est à l’origine des folies meurtrières massives, si souvent provoquées par les plans utopistes de prétendus pacifistes qui veulent soumettre le monde à une paix forcée. Ces rêveurs aux mains tachées de sang n’ont pas daigné prendre connaissance de ce que je viens d’écrire ou ont délibérément écarté ces considérations.

Que parlent les pierres !

L’erreur habituelle, comme on le voit avec les pacifistes utopistes, consiste à ne pas partir des éléments prouvant, sans le moindre doute raisonnable, l’hypothèse selon laquelle l’homme est une créature d’une qualité spirituelle unique, que ne manifeste aucune autre espèce. Ce genre de preuve est fourni, par exemple, par la définition de la noosphère de Vladimir Vernadski et j’ai moi-même développé une conception congruente dans le cadre d’une science de l’économie physique. 4

Comme l’a montré Vernadski, l’univers dans son ensemble est connu pour être divisé en trois espaces de phase physiques, distincts mais interconnectés de façon efficiente. Ils se distinguent ainsi par une somme de preuves physiques universelles élémentaires, ayant fait l’objet d’expériences.

Si nous présumons, à titre de pratique expérimentale universelle, que l’univers est élémentairement abiotique dans ses origines, il semble alors être intrinsèquement entropique, au sens donné entre autres par Clausius. Mais il existe aussi des effets physiques, exprimés dans cet univers, qui sont associés aux processus vivants, ou aux fossiles produits par des processus vivants, lesquels sont intrinsèquement des processus anti-entropiques. Ils définissent ce que Vernadski nomme, du point de vue de la biogéochimie, la biosphère. Troisièmement, des changements interviennent dans l’ordonnancement de la biosphère, qui sont intrinsèquement anti-entropiques par rapport à cette biosphère et résultent de la seule action cognitive humaine. Parmi toutes les espèces vivantes, seul l’être humain est capable, grâce à ses pouvoirs cognitifs volontaristes et souverains, de générer de tels changements. Ce domaine, Vernadski le nomme noosphère.

Ainsi, d’après ce que nous savons actuellement, l’univers est composé de ces trois espaces de phase distincts, mais interconnectés de façon efficiente. 5 L’interconnexion ainsi ordonnée entre ces trois espaces de phase exprime l’existence d’un seul principe de création universel, qui explique comment une forme de vie à nulle autre semblable en est venue à exister : l’individu cognitif humain. Ainsi, même les pierres ont parlé, pour déclarer que l’homme et la femme sont créés tous deux à l’image vivante de ce Créateur.

La caractéristique qui distingue ainsi l’espèce humaine de toutes les autres est la capacité, qui lui est propre, d’accroître volontairement son potentiel de densité démographique relatif, dont l’effet physique est mesurable par tête et par unité de surface de notre planète. Cet accroissement est le résultat d’une coopération active dans l’application de principes physiques universels, découverts à l’origine grâce, pour reprendre le terme de Vernadski, aux pouvoirs noëtiques de l’esprit volontariste de l’être humain : c’est la cognition telle que les dialogues socratiques de Platon définissent ce processus noëtique.

En agissant ainsi selon le principe de cognition plutôt que par habitude, nous changeons non seulement la relation physique de notre espèce avec l’univers, mais aussi l’univers lui-même ; en effet, les processus vivants transforment la Terre à partir de sa multiplicité ostensiblement abiotique, de manière à accroître l’influence de la biosphère sur les processus et la condition de la planète dans son ensemble.

La relation de notre espèce à l’univers est donc définie dans les termes d’un processus social consistant à encourager et à transmettre, au fil des générations successives, des découvertes expérimentalement valides de principes physiques universels. Ces découvertes appliquées ont un effet que l’élève du secondaire pourrait rapprocher de l’application d’une succession de changements progressifs dans l’ensemble d’axiomes et de postulats d’un système déductif. Autrement dit, elles correspondent, dans leur effet, à un processus évolutif de ce qu’on pourrait considérer comme des changements génétiques progressifs voulus au niveau d’une espèce ou d’une variété de forme inférieure de vie.

La capacité de l’être humain à intervenir sur son potentiel de densité démographique relatif, ces changements étant fonctionnellement définissables, exprime donc une distinction entre l’espèce humaine et les autres.

Grâce à la transmission, d’une génération à l’autre, de cette faculté de redécouvrir des principes physiques universels, l’individu échappe aux limites imposées à tout membre d’une espèce agissant sur la nature ou avec elle, pour devenir une créature intervenant, par sa propre volonté, sur le cours de la transformation volontaire, par son espèce, du processus consistant à changer la nature. Dans la création, l’homme s’élève au-dessus de la bête pour participer au changement progressif de la création elle-même.

Cette capacité de générer de tels changements confère à notre espèce un pouvoir inhérent, quasi-divin, témoignant que l’individu est fait à l’image du Créateur de l’univers. Elle implique un principe universel : nous devons nous demander quelle est la qualité de l’univers qui fait que, non seulement il génère en son sein une espèce comme l’humanité, mais qu’il crée les conditions lui permettant d’exister. Cette question pose l’argument physique en faveur de l’existence de ce que l’ami de l’apôtre Pierre, le juif Philon d’Alexandrie, appelait l’efficience continue d’un Créateur de l’univers, et de l’espèce humaine, faite à Son image, dans l’univers ainsi composé.

Que les pierres proclament donc la vérité sur ce point, si aucune autre voix ne s’élève. Tel est le principe de la loi naturelle.

Ceci nous amène à la question suivante : aujourd’hui, les approches habituelles de la connaissance humaine reposent-elles sur le fait que l’on ne pose pas la bonne question ?

2. Substance et hypothèse

Comparez l’argument que j’ai développé à une vision « cartésienne » de l’univers.

Dans un système « cartésien », ou similaire, les objets sont considérés soit comme inertes, soit comme errant dans un espace-temps de type euclidien, défini par des mouvements de type avant-arrière, haut-bas ou gauche-droite (latéral). Ainsi, quelques définitions, axiomes et postulats (a priori) de type utopiste pourraient donner une forme de mathématiques cohérente, mais erronée, comme celle de Joseph-Louis Lagrange. On expliquerait alors l’expérience dans ce cadre fantastique. Un tel système délirant, systématiquement erroné, a en effet été affirmé par Lagrange et ses bases en ont été réfutées par Carl Gauss dans son écrit révolutionnaire de 1799 sur le théorème fondamental de l’algèbre. 6

De même, encore aujourd’hui, la tendance pathologique dominante de presque toutes les sociétés consiste à supposer que des modèles d’expérience récurrents doivent être interprétés plus ou moins mathématiquement, comme une démonstration au tableau noir, comme des éléments appartenant à un quelconque système gouverné par un ensemble immuable de définitions, axiomes et postulats.

Ainsi, la majorité des gens, dans la plupart des cultures, de même que les gouvernements et les opinions populaires, tendent à être contrôlés par la forme utopiste de conviction pathologique équivalant à une foi aveugle dans un univers fictif, de type Claudius Ptolémée, suivant laquelle certaines tendances actuelles sont axiomatiques, et donc irréversibles, ou tout au moins inévitables. Cette foi aveugle, égarée, dans le caractère fixe des tendances qu’ils perçoivent, amène beaucoup de gens à s’accrocher aux croyances en question, même lorsque tout tend à prouver qu’un changement axiomatique (systémique) est en cours.

Considérons la foi aveugle en une reprise de l’économie américaine, reposant sur des éléments superficiels comme la hausse momentanée de différents indices douteux ou autres ; c’est un exemple type d’hystérie de masse, basée sur la foi aveugle en des habitudes acquises. De telles croyances pathologiques, courantes parmi les gouvernements et l’opinion populaire, revêtent un caractère d’illusions de masse. Elles s’expriment, y compris au Congrès et à la présidence des Etats-Unis, par des négations plus ou moins schizophréniques de toute réalité qui soit implicitement contraire aux croyances dominantes.

Ces crises sont déjà inhérentes à la nature même de toute forme de société dite « traditionnelle ». Cependant, il existe toujours un boulevard pour échapper à ces illusions. Les sociétés confrontées à ce phénomène peuvent le surmonter et survivre grâce à de vastes changements, apparemment radicaux, au niveau des affirmations axiomatiques acceptées. Ainsi, en 1932-33, c’est le leadership de Franklin Roosevelt qui sauva les Etats-Unis du sort funeste auquel le legs de Calvin Coolidge et d’Andrew Mellon les avaient condamnés.

Le progrès scientifique et technologique illustre bien cette remise en cause radicale des affirmations admises, en permettant à une société, non seulement de survivre mais de progresser, en allant de l’avant, vers de meilleures conditions que celles qui lui étaient permises jusque-là. Souvent, ces changements révolutionnaires heureux ne sont adoptés que lorsqu’une société en vient à reconnaître, in extremis, que son existence est gravement menacée ; elle accepte alors, parfois à contre-coeur, la nécessité d’effectuer un progrès radical au niveau de la technologie ou des institutions sociales, ou des deux à la fois.

Ainsi, l’on constate que l’opposition au progrès scientifique, fréquente dans les cultures dites « traditionnelles », est l’une des causes notables des tragédies que des nations et des cultures entières se sont infligées. Ce problème, et d’autres questions analogues, sont posés dans les dialogues de Platon, qui identifia deux types généraux de causes des grandes catastrophes intervenues jusqu’à cette époque.

Le premier est représenté par les « catastrophes naturelles », impliquant des forces dépassant la capacité de la société concernée à les contrôler. Le deuxième englobe les catastrophes provoquées par l’homme, comme la folie que fut la guerre du Péloponnèse : il s’agit des actes commis ou négligés par un peuple lui-même. Considérons d’abord le deuxième type, et nous reviendrons plus tard sur le premier.

Les catastrophes de la deuxième catégorie relèvent toutes de la tragédie classique. Elles décrivent toutes les terribles conséquences dues au fait qu’un peuple n’ait pas su changer, à temps, sa culture établie. Sur la scène classique, la faute en revient souvent au personnage principal, comme le Hamlet de Shakespeare ou le Wallenstein de Schiller, qui n’a pas réussi à imposer les changements nécessaires au niveau des institutions établies et des habitudes de réponse populaire. Cependant, dans toute tragédie classique, sur scène ou dans la vie réelle, c’est toujours la fixation du peuple sur ses opinions habituelles qui attire sur lui le désastre.

D’où l’importance du principe du sublime, comme dans le sacrifice sublime de Jésus-Christ, nécessaire pour libérer l’humanité d’une folie tragique qui, non corrigée, la condamnerait. D’où la qualité sublime de cette dévotion, chez Jeanne d’Arc, qui ouvrit la voie à l’établissement du premier Etat-nation moderne, la France de Louis XI. D’où cette qualité sublime de dévotion, chez Thomas Moore, qui permit à la renaissance anglaise de survivre à la folie d’Henri VIII.

Les dialogues socratiques de Platon constituent un examen systémique et nécessaire de la défaillance exprimée dans la tragédie classique. Il y élabore le principe du sublime comme une réflexion du principe d’hypothèse. La signification de ce terme peut être illustrée de la meilleure manière du point de vue des caractéristiques élémentaires d’une physique mathématique compétente, celle notamment de Kepler, Leibniz, Gauss et Riemann. Je vais maintenant développer l’argument le démontrant.

Le principe de l’hypothèse

La pédagogie classique, utilisée par Platon dans sa République, consiste à souligner que, ce que l’individu perçoit à l’aide de ses sens est comparable aux ombres projetées sur la surface irrégulière des parois d’une caverne faiblement éclairée par un feu. La réalité est l’objet non vu qui projette ces ombres.

Même parmi ceux qui ont une connaissance relativement bonne, quoiqu’imparfaite, de la méthode scientifique, leur interprétation de la relation entre l’ombre et la substance peut être décrite comme étant « à l’envers » ou « sens dessus-dessous ». Ils tiennent pour vrai que, même si nous ne pouvons pas voir certains principes physiques prouvés par l’expérience, ces principes, comme celui de la gravitation, découvert par Johannes Kepler, ont une action efficiente sur le monde de nos perceptions sensibles et sont, par conséquent, sujets à vérification expérimentale. Malheureusement, aujourd’hui, la plupart des scientifiques sont des « réductionnistes » qui font l’erreur de considérer ces principes comme plus ou moins magiques, comme des forces mystérieuses opérant en deçà d’un « univers réel », considéré à tort comme ayant une correspondance de un pour un avec le monde des ombres appelé perception sensible.

C’est-à-dire qu’en général, le réductionniste et le scientifique voient les mêmes ombres. La différence, c’est que les meilleurs scientifiques, comme Platon, Cues, Kepler, Leibniz, Gauss et Riemann, y voient des ombres et pensent aux principes réels universels qui les projettent ; le réductionniste, en revanche, est superstitieux, il prend les ombres pour des objets réels, comme le chasseur qui tire sur les ombres et qui, par conséquent, envoie souvent ses enfants au lit sans avoir mangé.

Nous pouvons constater la véracité de l’argument de Platon par le biais des paradoxes d’expériences, qui ne pourraient pas être résolus dans les limites de la certitude sensible. On les appelle des paradoxes ontologiques.

Le doublement du carré et du cube, à l’époque de Platon, représente ce type de paradoxe.

Plus tard, nous trouvons le cas exemplaire de la méthode unique par laquelle Kepler découvrit la gravitation universelle. Dans la même optique, nous avons la découverte par Leibniz et Bernouilli de la façon dont la chaînette reflète un principe physique universel de moindre action. De même, l’argumentation de Gauss à l’encontre de D’Alembert, Euler et Lagrange réfute aujourd’hui encore l’erreur fondamentale des absurdités « académiques » que l’on retrouve dans toutes les conceptions empiristes et positivistes fausses des principes élémentaires d’une physique mathématique. 7

La démonstration par Gauss de cette absurdité empiriste au niveau des fonctions carré, cubique et bicarré, représente une approche moderne de la conception ayant permis, dans une large mesure, de résoudre le problème du doublement du carré et du cube, grâce à la méthode de Platon, depuis ses travaux successifs et ceux de ses disciples jusqu’à leur résumé par le contemporain d’Archimède que fut Erathostène. De même, considérons l’importance accordée par Platon à ces questions de principes physiques, découlant de son examen de la preuve tirée de la construction des solides platoniciens.

Toutes ces questions, notamment celles des fonctions cubique et bi-carré, ainsi que des solides platoniciens, sont des exemples types de la façon dont les paradoxes de certitude sensible, apparemment impossibles, font apparaître que le monde de la certitude sensible imaginée n’est qu’un univers d’ombres.

Il n’y a rien de mystique dans cette distinction. Nos sens sont des organes corporels. Ils ne nous renseignent pas directement sur le monde extérieur à notre corps, mais traduisent seulement la réaction de nos sens à ce monde. Ce que nous voyons est l’interprétation, par notre esprit, de ces perceptions sensibles. La connaissance n’est pas dérivée des perceptions sensibles en tant que telles, elle est acquise par la façon dont nous pouvons opérer des changements volontaires dans le comportement de ce monde, que les simples ombres de la perception sensible ne font que refléter.

La capacité de l’esprit humain à traiter les paradoxes ontologiques ainsi posés constitue sa caractéristique distinctive. Cette faculté unique, Vernadski a choisi de l’appeler noësis, évitant ainsi la confusion courante et souvent trompeuse, avec l’acte de connaissance (cognition), pour désigner simplement l’acte d’apprendre, ou la simple compréhension au sens utilisé par Emmanuel Kant. 8

La définition la plus stricte de ce que Vernadski entend par noësis est l’acte d’émission d’ hypothèses. Le prototype d’hypothèse valide est la découverte, expérimentalement valide, d’un principe universel. En ce sens, la découverte par Kepler du principe de gravitation universelle est, pour des raisons que nous allons voir ici, un excellent exemple d’établissement d’une véritable physique mathématique moderne. 9 Par « physique mathématique », j’entends, comme Gauss et Riemann l’ont explicité, une mathématique qui découle d’hypothèses physiques réussies, et non pas une physique dérivée d’une mathématique démontrée au tableau noir par un mathématicien réductionniste, et généralement acceptée. 10

Par principe physique universel, il faut comprendre une classe d’effets physiques qui ne peuvent être produits que comme l’expression d’une intention spécifique qui devient, dès lors qu’elle s’avère véritablement universelle, un principe universel expérimentalement prouvé. La définition de la biosphère de Vernadski en est un exemple. Les effets physiques uniquement attribuables à un principe de vie anti-entropique en fournissent un exemple. Les effets physiques qui sont uniquement attribuables à l’impact délibéré de la cognition anti-entropique (noësis), la noösphère de Vernadski, en sont aussi.

Par conséquent, il serait absurde d’imaginer que l’intelligence humaine puisse découler d’un principe également applicable à des espèces inférieures comme les grands singes. L’accroissement du potentiel de densité démographique relatif de l’espèce humaine, de quelques millions d’individus, concevable pour une espèce de grand singe, jusqu’aux milliards actuels, représente un effet physique réel, non seulement unique à l’humanité, mais attribuable à sa seule fonction cognitive spécifique, absente chez les grands singes. Des grands singes à l’homme, force est de reconnaître que l’organisation biologique humaine fournit, d’une manière ou d’une autre, un cadre extraordinairement bien adapté à l’existence d’une fonction cognitive noëtique efficiente. En quelque sorte, l’existence d’une créature apparemment semblable au grand singe, l’homme, a été la précondition biologique de l’apparition de cette qualité chez une espèce vivante. Cependant, ceci nous amène à une considération encore plus profonde : la signification de la substance.

Le compositeur

La notion d’un principe physique universel s’applique aussi bien à ce qui est antérieur qu’à ce qui est postérieur. Ainsi, l’existence d’un espace de phase cognitif universel étant démontrée, comme nous l’avons vu, le principe de l’existence humaine n’a pas vu le jour avec l’existence humaine elle-même, il a toujours été présent et actif. Autrement dit, il a toujours existé un potentiel (espace de phase) biotique agissant sur le domaine abiotique ; de la même façon, il a toujours existé un espace de phase correspondant au principe cognitif, agissant sur et interagissant avec le domaine abiotique et la biosphère combinés.

La notion à comprendre est mise en évidence par le fait qu’« universel » signifie que rien n’existe « avant », « après » ou « en dehors » de ce qui est universel. L’univers contient parfaitement en soi sa propre existence. La célèbre remarque ironique d’Einstein, selon laquelle l’univers est fini mais sans limite, est appropriée. Ainsi, la notion même de temps doit être considérée comme d’une nature relative, pas du genre « tic-tac ». Nous devons présumer que le temps lui-même évolue à mesure que l’univers subit un processus de développement riemannien. Autrement dit, la « courbure » Gauss-Riemann de l’espace-temps physique évolue de telle façon que les mesures caractéristiques deviennent des valeurs relatives, plutôt que des absolus « cartésiens » a priori.

Dans cet univers riemannien, les principes sont « éternels », au sens riemannien d’une relative permanence. Une fois que nous avons pris en compte les implications de cela, soudainement, notre attention revient sur ce qu’affirmaient avec insistance Héraclite et Platon, à savoir que rien n’est permanent, hormis les changements associés à l’action efficiente de principes universels. Notre attention se porte sur le Timée de Platon, et sur le thème du Créateur de l’univers en tant que compositeur, au sens de l’argument de Kepler et du concept de polyphonie bien tempérée, basé sur le bel canto de J.S. Bach.

J’ajouterai donc quelques remarques portant sur la qualité axiomatique de la composition de notre univers physique. Cependant, comme le sujet abordé ici est la façon dont l’individu humain trouve sa place moralement fonctionnelle dans l’univers, au lieu de l’astrophysique en tant que telle, je me limiterai à montrer comment nous devons imaginer notre relation sociale à cet univers, sans entrer dans l’astrophysique putativement abiotique.

L’impossibilité d’une quelconque existence « avant », « après » ou « en dehors » des limites du principe physique universel, élimine l’existence du « temps absolu », au sens « cartésien » du terme. Tout ce que notre fantaisie peut considérer comme existant, indépendamment de ces limites, comme une « main invisible », n’est qu’illusion.

Ceci nous amène à la notion d’une qualité spécifique de la « relativité » du temps, que j’ai déjà mentionnée. Notre attention se focalisera ainsi sur les aspects problématiques de notre connaissance des choses. J’insiste sur le fait que nous pouvons réellement acquérir la certitude de la non existence des ombres qu’on imagine être des objets efficients, évidents en soi, existant en dehors des limites des principes physiques accessibles à la cognition.

Notre univers est à l’évidence riemannien, c’est un univers en auto-expansion. J’entends riemannien dans le sens spécifique d’un développement de l’existence connue de cet univers, découverte de manière congrue avec la notion des relations connues entre trois types généraux d’espaces de phase (abiotique, vivant, cognitif). Ce développement n’est pas défini en termes d’événements particuliers, mais plutôt en termes de changements de la géométrie physique de l’univers, correspondant à l’émergence d’un rôle significatif pour des « dimensions » nouvellement exprimées.

Dans ces conditions de permanence du changement, la courbure de l’univers se trouve modifiée. Le sens pratique du temps s’en trouve alors modifié. Il faut rejeter toute idée d’un « temps d’horloge » indépendant de ces changements. La notion de valeurs relatives de l’espace-temps physique et de la courbure de l’espace-temps physique, doit remplacer les notions fantastiques d’un temps d’horloge a priori, en vogue chez les ignorants. En fait, il se peut que le temps raccourcisse, donc que l’univers soit relativement beaucoup plus jeune aujourd’hui que ne l’estiment la plupart des astronomes. 11

Comme je le montrerai, c’est la façon dont les relations sociales sont déterminées par la cognition qui définit la manière dont l’espace-temps physique relatif s’exprime dans l’ensemble de l’univers.

La notion d’un Créateur de l’univers reflète un principe actif de création continue, toujours, partout. Contrairement à ce que soutenait cet idiot d’Isaac Newton, l’univers n’est pas une horloge qui doit être remontée périodiquement. Il n’a jamais existé de principe abiotique sans la présence supérieure, active, du principe de vie universel, ni sans la présence active d’un principe encore plus élevé de cognition, qui est la qualité souveraine de l’esprit humain. Ainsi, l’homme est fait à l’image du Créateur, et ceci donne à l’esprit souverain créateur de l’individu humain le pouvoir de connaître personnellement l’existence du Créateur avec la même certitude que Kepler découvrant la gravitation universelle.

Ainsi, les pierres elles-mêmes ont parlé.

L’exemple de la colonisation de Mars

Pour illustrer la signification pratique de ce que je viens d’écrire, considérons les implications qu’auraient la création, sous la surface de Mars, d’un système de vie dans une « cité scientifique » (un « Los Alamos » martien) et l’exploration habitée d’autres parties du système solaire. Considérons ces implications du point de vue du Timée et revenons à la discussion du principe de la tragédie classique.

Comme je l’ai dit, Platon différenciait les catastrophes dites naturelles de celles dues à l’homme. Or, si l’on considère aussi la négligence comme une cause de catastrophes, alors le non développement par l’humanité de son pouvoir sur la nature - par exemple la suspension du programme du US Corps of Engineers pour la zone nord du bassin du Mississippi - est peut-être la cause réelle, due à l’homme, d’une catastrophe cataloguée à tort comme étant d’origine naturelle. Ou encore, l’abandon du programme Hill-Burton de santé publique aux Etats-Unis, rendant, par négligence volontaire, la nation vulnérable à des catastrophes futures. N’est-il pas probable que le progrès scientifique nous permettrait d’exercer un certain contrôle sur les effets des processus sismiques ? Qu’en est-il des processus du système solaire qui déterminent actuellement les cycles des âges glaciaires sur Terre ? Les forces cosmiques à l’intérieur de notre système solaire sont-elles hors d’atteinte des pouvoirs cognitifs de notre espèce ?

La fusion thermonucléaire est à notre portée. Ce changement permettra d’accroître notre pouvoir dans l’univers par des ordres de grandeur relatifs, par rapport aux niveaux actuels. La possibilité de développer le contrôle des réactions « matière-antimatière » qualitativement plus denses interpelle notre imagination. Comment chercherons-nous et trouverons-nous le moyen de contrôler, toujours plus, « les forces de catastrophe cosmique » ?

En ce sens, Mars pose le principal défi immédiat.

Considérez la proposition que j’ai développée en 1985-86, en mémoire du pionnier de l’espace Krafft Ehricke et de son projet de colonisation de la Lune. Il était de ceux qui voulaient atteindre les étoiles de notre horizon. J’en suis venu à partager cette perspective. Il avait mis en avant l’ironie suivante : si nous n’avions pas la Lune comme étape intermédiaire vers l’espace solaire et au-delà, alors il n’y aurait pas, pour l’homme, de voie visible lui permettant d’effectuer le voyage jusqu’aux planètes et aux étoiles. L’effort physique consistant à aller au-delà de l’orbite terrestre nécessite l’« industrialisation » de la Lune, afin de surmonter l’obstacle, apparemment infranchissable, posé par la production de la grande majorité des composants et des matériaux nécessaires au voyage de l’homme jusqu’à notre première cible interplanétaire, Mars, et à son retour. L’utilisation et la transformation des matières premières disponibles sur la Lune, notamment l’isotope helium-3, nous permettrait d’assembler des flottilles de vaisseaux spatiaux en des endroits comme l’orbite géostationnaire terrestre, pour le vol ininterrompu vers l’orbite de Mars. D’un point au-dessus de Mars, nous pourrions alors accumuler et déployer les éléments nécessaires à l’implantation d’un système apte à la vie humaine sous la surface de cette planète.

Atteindre Mars, et au-delà, grâce à la technique d’accélération-décélération continue, nécessite la maîtrise de la fusion thermonucléaire contrôlée comme principale source d’énergie. L’exploration humaine de sites plus éloignés devra attendre la découverte de processus ayant une plus grande « densité de flux énergétique ». La règle générale semble être que la pénétration cognitive du domaine microphysique constitue la voie vers la maîtrise de l’astrophysique.

Dans ce contexte général, le point crucial à examiner est le défi consistant à définir les changements « microphysiques » au niveau des caractéristiques générales des processus vivants « pré-humains », qui correspondent, en termes de microphysique, à la différence démontrable entre les processus cognitifs humains et l’organisation qualitativement inférieure des pouvoirs perceptifs-mentaux de créatures sous-humaines. Là-dessus, nous connaissons déjà, comme le montrent les dialogues de Platon, l’effet physique induit par un véritable acte de cognition (noësis). Il nous reste à définir les processus microphysiques que la noësis représente sous forme d’un effet physique actuellement connu, ces processus se trouvant, forcément, au-delà de la notion d’héritage génétique défendue par les réductionnistes d’aujourd’hui.

Dans l’exploration des processus cosmiques, tout comme dans la recherche des régions les plus éloignées de la microphysique, la règle doit être un ordonnancement de la découverte de principes physiques universels qui corresponde à l’accroissement du pouvoir de l’homme de contrôler des catastrophes, naturelles ou de son fait, pouvoir qui s’obtient uniquement par la découverte de nouveaux principes physiques.

Voici quelques éléments pouvant résumer le point illustré par le cas de la colonisation de Mars.

Ce que nous connaissons à présent avec certitude, c’est la nature d’un véritable acte de cognition, et ceci par deux aspects. D’abord, en termes de mathématique physique, telle que développée par des disciples de Nicolas de Cues et Léonard de Vinci comme Kepler, Gauss et Riemann.

Nous en avons aussi connaissance sous forme d’une distinction entre la composition artistique classique et les formes d’art dégénérées comme celles des empiristes et des existentialistes, parodies décadentes qualifiées de « romantiques » et de « modernes ». Je reviendrai plus loin sur la question de l’art classique en tant que forme de principe physique universel. Nous devons d’abord préparer le terrain, en continuant à définir le sens de l’hypothèse et de la substance, dans le cadre axiomatique de la physique mathématique de type Gauss-Riemann.

3. L’hypothèse supérieure

L’erreur habituelle, généralement enseignée aujourd’hui en sciences physiques et ailleurs, consiste à affirmer, tout en reconnaissant dans une certaine mesure la découverte de principes physiques universels expérimentalement vérifiables, que ces découvertes sont des actes individuels, sans tenir compte de la transmission de ces principes dans la société, à travers des processus sociaux plus vastes, depuis le passé jusqu’au présent et à l’avenir. Ce problème persiste bien que nous ayons aujourd’hui accès à l’argument de Platon concernant l’âme. 12

Cette transmission de la connaissance de principes universels, qualité qui met la société humaine absolument au-dessus de toute espèce de grands singes, ne peut se faire par les livres scolaires ni aucune autre forme de simple apprentissage. Elle ne peut pas davantage s’effectuer par la transmission d’« informations » par Internet. La transmission se produit uniquement à travers la reproduction de l’acte original (noétique) de découverte.

On en trouve un reflet significatif dans la méthode d’éducation humaniste classique, telle qu’elle a été développée successivement par Friedrich Schiller et Wilhelm von Humboldt. En expérimentant l’acte de découverte, tel qu’il s’est produit dans les générations précédentes, le jeune accroît son véritable savoir tout en formant son caractère. L’étudiant ne doit pas apprendre à partir d’un manuel, il doit arriver à comprendre les découvertes à force de les reproduire grâce aux processus cognitifs souverains de son propre esprit. Il doit reproduire l’expérience même de découverte de principes universels expérimentalement valides, telle que la vécut le découvreur original. Comme le reconnaissait Vernadski, la reproduction de l’acte cognitif de découverte est une action qui change l’effet physique caractéristique du comportement de l’individu qui a fait ou a réellement reproduit cette découverte. Par conséquent, cet acte est un objet de principe physique universel, au même titre que tout autre dans le domaine de la connaissance scientifique physique expérimentale.

Cette notion de principe physique exprimé par la génération et la transmission de découvertes de principes physiques universels valides, telle que je l’ai développée de 1948 à 1953, est au coeur de ma contribution originale à la science de l’économie physique et se trouve ainsi à l’origine de mon succès unique dans la prévision économique à long terme.

Cette classe de principes sociaux universels ainsi définie est connue, si l’on regarde rétrospectivement la civilisation européenne au temps de Thalès, Pythagore, Solon et Platon, comme les bases de la composition artistique classique, comme on le voit dans les dialogues socratiques. Ces principes sociaux sont exprimés dans l’enseignement humaniste classique de la science physique, en termes de la relation sociale entre l’esprit du découvreur original et les étudiants ayant reproduit son expérience cognitive mentale.

C’est grâce à cette transmission, d’une génération à l’autre, que l’accumulation efficiente de connaissances de principes universels permet l’accroissement du pouvoir de l’homme sur la nature, exprimé sous forme d’accroissement de la densité démographique relative de l’espèce humaine. Ce lien est parfaitement illustré par la soudaine explosion du potentiel de densité démographique relatif de la civilisation européenne élargie, grâce à la revalorisation de la tradition grecque classique de Platon et autres, au cours de la Renaissance du XVème siècle, centrée en Italie.

De même, étant donné le déclin général de la civilisation dans la région méditerranéenne, à partir d’environ 200 av. J.-C., suite à la montée de Rome en tant que puissance impériale méditerranéenne, les flux et reflux de la culture européenne reflètent les résultats du conflit continuel entre l’influence culturelle chrétienne et classique d’un côté, et l’héritage romain d’Auguste, Tibère, Dioclétien, etc., de l’autre. A cet égard, l’importance des contributions de la renaissance islamique à la civilisation européenne, à l’instar des relations entre le calife Abbasside et Charlemagne, et l’empereur Frédéric II Hohenstaufen, peut être comparée au cas de la Renaissance du XVème siècle.

Les principes de science physique, qui avaient dominé la culture de la Grèce classique avant 200 av. J.-C., existaient, mais leurs fruits n’apparaissaient pas dans le développement de la société, sauf dans la mesure où la reproduction des découvertes était transmise par le biais du processus social exemplifié par la méthode d’éducation humaniste classique.

Inversement, aujourd’hui, l’élimination des principes classiques humanistes d’éducation et de pratique sociale, de 1966 à 2002, correspond en fait à une dégénérescence morale et économique de plus en plus rapide de la civilisation européenne élargie, à telle enseigne qu’à quelques exceptions près, l’Américain ou l’Européen typique ayant atteint l’âge adulte au cours des trente dernières années, est inférieur sur les plans moral et technologique à ses prédécesseurs. Cette décadence peut être attribuée en grande partie, mais pas entièrement, aux programmes élaborés à partir du rapport sur la politique d’éducation produit par l’OCDE en 1963, présenté par Alexander King, le même qui co-fonda plus tard le très malthusien Club de Rome.

Dans ce contexte, la définition de la noosphère par Vladimir Vernadski, à laquelle j’ai fait référence, comporte une double faille.

D’abord, sa distinction expérimentale, autrement éminemment valide, entre les espaces de phase abiotique, vivant et cognitif, ne peut être véritablement comprise que du point de vue exprimé par Riemann dans sa dissertation d’habilitation de 1854. Malheureusement, l’oeuvre de Vernadski ne montre pas qu’il ait eu l’occasion de réfléchir à ce problème pour en reconnaître le point crucial : la différence fonctionnelle entre une géométrie non-euclidienne, comme celle de Jonas Bolyai, N. Lobatchevsky, et Hermann Minkoswski, et les conceptions anti-euclidiennes de Gauss et Riemann.

Deuxièmement, pour des raisons afférentes, il ne prend pas en compte le fait que l’acte souverain de découverte d’un principe physique universel expérimentalement valide, définit un espace de phase distinct, si bien que les relations sociales organisées sur la base de la reproduction de ces découvertes de principe par des individus souverains, expriment aussi un principe culturel distinct, principe qui définit un sous-espace de phase du processus cognitif caractéristique de notre espèce.

La culture classique

Les principes classiques régissant les relations sociales, qui ressortent de ces études, peuvent être classés en sous-catégories, de type : a) l’éducation et la pratique scientifiques humanistes classiques, dont le fait de revivre les découvertes de Kepler, Leibniz, Gauss et Riemann est un exemple type ; b) la composition artistique classique et c) des notions classiques de l’histoire, de la loi naturelle et de l’art de gouverner. Ayant abordé la première de ces trois catégories, il me reste à développer les deux dernières.

Pour un étudiant, la catégorie la plus immédiatement accessible est celle d’une approche classique des sciences dites physiques. Dans une éducation classique, l’étudiant reproduit non seulement l’acte souverain de la découverte faite par le découvreur original, mais il aborde les domaines abiotique et vivant comme des objets soumis à l’action d’individus ou de groupes relativement restreints d’individus. Ainsi, ostensiblement, le sujet immédiat de la science physique est l’histoire du renforcement, par l’humanité, du pouvoir de l’individu ou de groupes relativement restreints sur les processus abiotiques et vivants de la biosphère.

Le sujet n’est pas aussi simple que cette description pourrait le laisser entendre. Par exemple, l’échelle relative du temps historique se situe dans le processus d’expériences cognitives successives, s’étalant sur des milliers d’années, à travers des individus et des cultures successifs. La relation de l’étudiant moderne à Platon, Eratosthène et Archimède, par exemple, est une relation immédiate, mais pour venir jusqu’à lui, elle traverse des étapes successives de progrès, cheminant tout au long de l’histoire jusqu’au moment présent où il fait ses études.

Apparemment, la plus ancienne des sciences physiques serait une combinaison entre astronomie et navigation transocéanique. Certaines études d’anciens calendriers védiques, menées en Europe et dans le sous-continent indien, les font remonter, d’après leurs données internes, à une période aussi éloignée qu’entre 6000 et 4000 ans avant Jésus-Christ, en Asie centrale, alors que l’équinoxe vernal se trouvait dans la constellation d’Orion. Les implications astrophysiques des grandes pyramides d’Egypte suggèrent une origine bien plus ancienne de l’astronomie et de la navigation transocéanique. La fondation de la civilisation que nous connaissons en Mésopotamie a été effectuée par une culture transocéanique appartenant au groupe linguistique des Dravidiens. Pour des raisons de nécessité physique, la culture humaine ne s’est pas développée depuis l’intérieur des terres pour s’étendre vers les mers, mais ce sont les cultures transocéaniques des « peuples de la mer » qui développèrent la culture le long des principales voies d’eau jusqu’à pénétrer les régions plus éloignées des côtes.

Nous savons qu’il existait sur notre planète un génotype humain bien avant 400 000 à 600 000 ans av. J.-C. Nous savons que ces prédécesseurs étaient des humains, et non pas de grands singes, à cause de la découverte d’outils qu’aucun singe n’aurait pu façonner. Au cours d’une existence humaine pouvant atteindre deux millions d’années, voire plus, les cycles les plus longs, déterminés par l’organisation du système solaire, sont ceux de l’âge glaciaire couvrant des centaines de milliers d’années ou les cycles équinoxiaux de quelque 25 000 ans. Le Zodiaque, qui fascine tant les astrologues, exprime la préoccupation de l’humanité pour l’importance des changements au niveau du comportement cyclique du système solaire, comme en témoignent les grandes pyramides d’Egypte.

Quant aux générations de formes de vie inférieures, elles apparaissent puis disparaissent. L’homme seul a une histoire, celle des effets de la transmission d’idées, notamment des notions de principes physiques universels, transmises et retransmises de génération en génération. Ce n’est pas seulement la découverte, c’est aussi la transmission de ces principes qui expriment le principe noëtique de cognition, elles définissent la véritable horloge de l’histoire. La science est aujourd’hui aussi près de moi, et aussi distante, qu’Archytas et Archimède de Syracuse. Voilà la distinction et l’échelle de temps relative avec lesquelles mesurer les processus de changement que l’on nomme culture.

L’essentiel de cet aperçu des principes de la culture classique réside dans le fait que la transmission et l’utilisation heureuses des principes physiques universels produisent dans la société un effet comparable à celui d’une évolution génétique réussie parmi les espèces inférieures. Cet effet s’exprime tout d’abord par l’augmentation du potentiel de densité démographique relatif de toute société qui adopte un tel héritage de progrès et, a contrario, la misère relative des cultures qui le rejettent.

De la transmission de découvertes valides de principes physiques universels, comme celles de Kepler, il s’ensuit que des idées de ce type fonctionnent, pourrait-on dire, comme des « super-gènes ». La reproduction de principes physiques universels, sous forme du savoir qu’utiliseront les générations successives, entraîne une élévation évolutionniste biologique de la société qui adopte ces principes.

Des changements « évolutionnistes » d’une telle qualité définissent le sens anti-kantien correct de la vérité. Ce principe de vérité, tel qu’il s’applique à la science physique, s’applique aussi, dans toute sa force, à la composition artistique lorsque l’on compare la composition classique aux parodies décadentes produites par le compositeur ou l’interprète romantique ou moderniste. L’art classique ne produit que des « déclarations de vérité ». Les parodies romantiques ou modernistes produisent, quelquefois dans l’esprit de « l’art pour l’art », des effets sensuels ou intellectuels qui n’ont pas vocation à être soumis à des normes de véracité scientifique.

Drame classique et vérité

Dans la tradition classique, la définition de « vérité », en science physique comme en art, reflète la conception d’Héraclite et de Platon selon laquelle rien n’est permanent (universel) sauf le changement. La vérité réside non pas dans une succession d’événements perçus, mais dans le pouvoir de changer l’ordonnancement d’une succession d’événements perçus, de façon à permettre de résoudre un paradoxe ontologique de perception, autrement insoluble. Ceci reflète la distinction sur laquelle j’ai insisté, entre perception sensible et connaissance. Les paradoxes ontologiques qui reviennent souvent au niveau de la perception sensible montrent que ce qu’elle nous livre est souvent faux. Ce sont les découvertes de principe valides permettant d’augmenter le pouvoir de l’homme sur l’univers et dans l’univers qui sont vraies.

Ainsi, pour l’esprit cultivé, la perception sensuelle devient un perpétuel puzzle, mettant l’individu au défi de découvrir de nouvelles solutions, de celles qu’on nomme des principes universels valides. Nous pouvons démontrer, par des pratiques qui accroissent le pouvoir de l’homme sur l’univers, la validité des solutions proposées, et c’est là l’épreuve requise. C’est notre capacité à changer notre relation à la réalité - à augmenter le pouvoir de l’homme sur l’univers, par la découverte de nouveaux principes - qui nous sert de norme démontrable pour la vérité.

Toutes les expressions valides de composition artistique classique répondent à cette norme de vérité. Le problème qui nous est posé, en examinant la conception de noosphère de Vernadski du point de vue des principes classiques, consiste à situer la connexion efficiente entre la fonction de la vérité artistique et une qualité quasi-génétique d’élévation évolutionniste du potentiel de densité démographique relatif d’une société.

Les drames de Schiller sont exceptionnels par leur intense fidélité à la véritable histoire de l’intrigue considérée. A cet égard, l’étude par von Wolzogen du traitement par Schiller de l’histoire des Pays Bas et de la guerre de Trente ans, lui a permis de mettre en évidence la doctrine de défense stratégique nécessaire pour battre Napoléon, doctrine que le militaire prussien présenta au tsar Alexandre Ier. Schiller utilise une certaine licence dramatique dans des drames comme Don Carlos ou dans le cas de Jeanne d’Arc (La Pucelle d’Orléans), mais il ne permet pas qu’elle amène le public à une conception contraire aux aspects essentiels de l’histoire réelle. Même lorsque de grands dramaturges comme Shakespeare, s’appuient sur des légendes pour le thème de leurs oeuvres, la tragédie présentée est une leçon fiable, et donc conforme à la vérité, de l’art de gouverner. Comme le plaidait Schiller, la fonction du théâtre est de faire en sorte qu’à l’issue de la représentation, les gens en ressortent grandis. On ne parvient pas à ce résultat en « moralisant », mais en donnant au public un sens de l’expérience cognitive du véridique dans l’art de gouverner.

La relation entre le public et la composition du drame classique, notamment la tragédie classique et les modes qui lui sont liés, est la même que celle qui existe entre un étudiant, dans un programme d’éducation humaniste, et la reproduction de la découverte originale d’un principe physique universel. L’art de la composition et de l’interprétation authentique d’un grand drame classique, comme ceux de Shakespeare ou de Schiller, réside dans l’établissement d’une relation cognitive entre l’oeuvre et le public.

Il en va de même pour la poésie classique. L’essence de la poésie, ce sont les formes d’ironie classique qui atteignent un paroxysme d’intensité avec la vraie métaphore, dépourvue de toute intrusion symbolique délibérée. Toute ironie et toute métaphore de ce type aiguillonnent les pouvoirs cognitifs de l’esprit, en faisant appel à un sens de paradoxe ontologique, comme le font l’ironie, la métaphore et le mode subjonctif. L’épreuve pour juger de la qualité d’un poème classique réside dans le degré de vérité que présente la solution de l’ironie. Son contenu se base sur la reconnaissance, par le compositeur, de la fausseté de la perception sensible : le progrès de l’humanité dans le monde ne s’effectue pas par réaction aux objets de la perception sensible, mais en découvrant les objets réels dont l’existence est efficiente et qui se cachent, invisibles, derrière les ombres illusoires de la perception sensible.

Comparons les grands dramaturges et tragédiens de l’époque de la Grèce classique à l’acteur professionnel classique d’aujourd’hui.

Prenons le cas de cet idiot célèbre qui, alors qu’on lui demandait pourquoi il avait fait une carrière théâtrale, répondit  : « Regardez-moi donc ». Il voulait être admiré comme un objet, comme une « étoile d’Hollywood ». Jamais un acteur professionnel compétent ne rechercherait ce genre de reconnaissance. Il parlerait à travers un masque. Sa scène est celle décrite par le chœur de Shakespeare dans le prologue de Henry V. Il ne serait pas celui que le public voit de ses yeux, mais un personnage évoluant sur la scène de l’imagination du spectateur. Sur scène, il n’est que l’ombre de l’objet qui se trouve dans l’imagination du spectateur. Certains appellent cela une illusion, mais contrairement à cette opinion, c’est la vérité que les sens tentent de falsifier.

On n’accomplirait rien de bon en montant Henry V comme un film hollywoodien basé sur les effets sensoriels. Au contraire, en montrant de vrais chevaux, de vastes champs, etc., le but du drame serait plus ou moins perdu. L’important ne serait plus sur la scène de l’imagination. Mais si vous montez la pièce sur une scène dressée au milieu d’un amphithéâtre, avec le public assis autour, alors le drame devient vivant. Hollywood préfère l’embaumer pour l’exhiber, réduisant l’intention du compositeur à une relique sans vie, comme une régression de la sculpture classique grecque aux pierres tombales de la période archaïque.

Seul l’esprit, et non les yeux et les oreilles, peut voir et entendre le principe de gravitation découvert par Kepler. Avec l’esprit, le pouvoir de la gravitation est réellement éprouvé en tant que principe efficient. Avec les yeux et les oreilles, ce n’est que l’impression illusoire d’un symbolisme. Chercher à rendre les questions de principe perceptibles par les sens n’en améliore pas la compréhension, mais la détruit, tout comme le fait le magie d’un charlatan.

C’est ainsi que fonctionne la poésie classique. Drame et poésie classiques ne sont pas de la fiction, ce sont des instruments de vérité, des procédés permettant de cultiver le pouvoir de découvrir et de partager la vérité dans l’esprit de la population, la dotant des moyens de transmettre les sujets les plus importants qui sont dignes de son attention. Ainsi, l’art classique rend les gens meilleurs qu’ils ne le seraient sans lui. Comparons ce cas à celui de la musique classique.

Musique classique et vérité

Les récentes générations, victimes de l’éducation et de la culture contemporaine, ayant rarement eu l’expérience - et encore moins l’apprentissage - d’une musique qui ne soit pas une divagation plus ou moins dionysiaque, il est essentiel que j’aborde ce sujet en posant quelques repères préliminaires.

Les racines de la musique classique sont très anciennes et représentent, de par leur nature, les caractéristiques mentales et psychologiques spécifiques de l’individu humain. Les traces de l’impact laissé par certaines langues anciennes, en particulier la poésie polyphonique, en sont une preuve remontant à l’antiquité. La culture musicale classique moderne de l’Europe trouve ses origines principalement dans la Grèce classique, notamment dans les travaux de Platon, relayée ensuite par des penseurs arabes comme Al-Farabi, jusqu’à la définition limpide des caractéristiques de la voix humaine chantée, fixée par l’école de bel canto de Florence, au XVème siècle, et aux travaux pionniers de Léonard de Vinci visant à établir une base scientifique à cette définition, ainsi qu’aux recherches menées dans ce sens par Johannes Kepler.

Les caractéristiques en question, comme le reconnaissent les spécialistes concernés, sont recelées dans les caractéristiques des langues en général.

Cependant, ce qu’on peut définir strictement comme la tradition musicale européenne classique, prit naissance là où l’influence de l’école de bel canto italienne du XVème siècle rencontra les cercles de Händel et de J.-S. Bach. C’est le développement rigoureux par Bach de la polyphonie bien tempérée sur la base du bel canto, qui définit tout ce qui peut rationnellement constituer les normes classiques de la composition et de l’interprétation classiques, depuis l’œuvre de Bach lui-même jusqu’à Johannes Brahms et ses cercles. La relation de la composition classique à la mise en musique de la poésie et du drame classiques, par exemple par Händel, Bach, Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann, Verdi et Brahms, exprime le sens le plus profond et le plus large des principes spirituels en jeu - dans le sens où j’ai défini le mot spiritualité.

L’école opposée, romantique, celle de Rameau et de Fux, réapparut au début du XIXème siècle, avec Czerny, Liszt, Berlioz, Wagner, etc. Bien que contemporains, en gros, de polyphonistes strictement classiques comme Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Mendelssohn, Schumann, Verdi et Brahms, ces romantiques s’en distinguent en ce qu’ils parodiaient de manière éclectique la palette de polyphonie classique de ces compositeurs, tout en rejetant les principes rationnels sur lesquels reposaient la composition et l’interprétation classiques. Tout ce qui suivit les romantiques sur la voie de la décadence culturelle, regroupé sous la rubrique du modernisme, fut de plus en plus arbitraire, le plus souvent insolent et artistiquement stérile, notamment depuis l’influence de l’Ecole de Francfort de Theodor Adorno.

De J.-S. Bach jusqu’à nos jours, la culture musicale classique moderne revêt deux caractéristiques physiques essentielles. D’abord, elle exclut toute prétendue théorie musicale « purement instrumentale » et situe l’évolution, la fonction et les critères de l’interprétation des instruments non vocaux dans leur rôle d’imitateurs des qualités de la voix chantée bel canto. Ensuite, comme je l’ai déjà souligné à de nombreuses reprises, on y retrouve la poésie classique, qualitativement améliorée par sa mise en musique classique. Ces deux considérations doivent être examinées afin de comprendre le rôle exact des caractéristiques de la voix chantée/parlée bel canto dans la communication d’idées relatives au processus de génération et de prolifération de principes physiques universels valides.

Cette importance de la prosodie chantée n’a pas commencé avec Bach ; ce dernier, suivant une approche conforme aux travaux sur les principes musicaux de Léonard, suivi de Kepler, a résolu un problème fondamental en découvrant les principes du contrepoint bien tempéré qui étaient déjà inhérents, implicitement, aux caractéristiques physiques de la voix chantée/parlée bel canto. L’on devrait pouvoir reconnaître les distinctions en question, en entendant une personne soi-disant cultivée réciter - ou saccager - un poème classique de Shakespeare, Keats ou Shelley. Au lieu de s’adresser à l’imagination cognitive de l’auditoire, elle parlera ou chantera comme cette adorable petite fille, faisant des révérences au public assemblé pour le récital des enfants, et disant : « Regardez-moi donc ».

L’objectif de l’orateur cultivé est de parler de la façon dont Franz Schubert voulait que le poème chanté soit entendu, comme l’exigent implicitement des morceaux relativement simples comme l’Erlkönig ou Gretchen am Spinnrad. 13

Mettez le masque classique de la musique, adressez-vous à la scène de l’imagination cognitive, et constatez alors la surprise sur les visages lorsque le public reconnaît, à la fin de la prestation, que c’est vous, simple acteur, qui se tient sur scène, et non pas ce noble personnage que vous représentiez peu avant dans leur imagination.

On peut démontrer l’importance des travaux de Bach en ce sens, en superposant l’ensemble des registres par type de voix chantée, avec un diapason au do égal à 256 hertz, à la partition du célèbre Clavier bien tempéré de Bach. La comparaison de la deuxième fugue en do-mineur du Livre I avec le contenu de L’offrande musicale, composée plus tard, ouvre la voie à toute la composition classique qui s’ensuivit. L’Art de la fugue, étudié dans cette perspective, éclaire plus encore les choses.

Dans ces travaux pionniers de Bach, nous disposons d’une clé pour comprendre la façon dont fonctionne une forme classique de paradoxe ontologique platonicien. La contradiction implicitement contenue dans un seul énoncé contrapuntique de Bach exige une résolution cognitive suivant un ensemble de principes de développement, énoncés ou potentiellement impliqués. A ce point, pour une rapide initiation de l’élève en musique, prenez le sujet de la deuxième fugue du Livre I et étendez-le aux exemples fournis dans L’Offrande musicale et dans L’art de la fugue, puis, de là, au traitement de la même idée musicale fondamentale par Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann et Brahms, entre autres. Ceci, de même que le rôle d’une série d’intervalles lydiens dans des œuvres simples comme l’Ave Verum de Mozart, est l’un des principaux points de référence à Bach dans toute la composition musicale classique jusqu’à Brahms. 14

Dans ces relations entre compositeurs classiques, nous nous trouvons face au même type de dialogue que parmi les grands découvreurs scientifiques, depuis Platon et son Académie, jusqu’à Cues, Léonard, Kepler, Leibniz, Gauss et Riemann. Tous utilisent la méthode de l’hypothèse pour résoudre des paradoxes ontologiques strictement définis. La plupart d’entre eux se réfèrent, plus ou moins explicitement, aux travaux de leurs prédécesseurs, même à des millénaires de là. Ce principe de vérité, exigé d’un esprit scientifique classique, l’est aussi de tout compositeur et acteur classique, comme l’atteste la célèbre formule de Keats sur la vérité et la beauté.

En science classique, comme dans la composition et l’interprétation de la musique classique, les relations entre les générations de principes universels validés par l’expérience sont l’aspect caractéristique de l’une et l’autre et de chacune, en tant que processus social. De même que les découvertes cruciales de Kepler et de Gauss se présentent comme un dialogue avec les cercles de Platon et de son Académie dans la Grèce classique, les principes exprimés par le développement dans la civilisation européenne moderne de la polyphonie bien tempérée, de Bach à Brahms, revêtent la forme dynamique d’un dialogue entre découvreurs et développeurs de principes physiques universels.

Il en est de même dans les arts plastiques. Dans les meilleurs exemples de sculpture classique grecque, la forme antérieure, qui fait songer à une pierre tombale, est supplantée par une forme qui capture le modèle en plein mouvement, exprimant ainsi à la fois le principe de la vie et la permanence du seul changement. Les principes en jeu sont explicitement mis en lumière par la révolution de Léonard au niveau de la perspective et par la continuation de ces travaux par Raphaël Sanzio et Rembrandt.

Dans la composition artistique classique, comme en science classique, l’essence de l’humanité, en tant qu’espèce constituée d’individus créateurs, devient un objet de la conscience humaine. Dans le monde ombragé de la perception sensuelle, la réalité reste cachée. C’est la connexion active entre les transmissions de principes universels valides - par exemple de génération en génération - qui exprime la qualité de l’humanité en tant qu’espèce, et non en tant qu’individus isolés. C’est la capacité de l’individu de se situer dans ce processus en tant que personne intervenant de manière efficiente, qui lui confère un sens bien défini de la qualité permanente de l’existence mortelle de l’individu.

L’histoire classique

Dans la mesure où les motivations de l’individu, cet acteur mortel, reposent sur son dévouement à faire progresser la condition de l’humanité future et à s’obliger à accomplir les dignes oeuvres non réalisées par ses prédécesseurs, cet individu mortel acquiert non seulement un sens de la permanence parfaitement efficiente de l’existence mortelle, mais aussi de son but sublime.

Ainsi, ce que nous reconnaissons pour de l’art classique n’est pas seulement une expression de spiritualité, c’est aussi une intention efficiente ; c’est l’expression appropriée d’une force efficiente sans laquelle l’accomplissement délibéré du progrès humain n’existerait pas. En l’absence de cet engagement pour le progrès, l’humanité cesserait d’être une espèce au-dessus des bêtes et l’homme tendrait à se comporter comme la bête, oubliant qu’il est à l’image de Dieu. L’idée d’une mission consistant à favoriser le progrès, l’idée de la beauté du progrès, constitue la force la plus puissante de notre univers.

L’étude combinée de la science classique et des principes de composition artistique classique représente le fondement d’une compréhension d’une science de l’histoire. On distingue ici l’histoire des simples chroniques ou des commentaires sur l’interprétation de ces chroniques de l’existence humaine. L’histoire, dans le sens classique du terme, combine les notions de progrès scientifique et technologique et les leçons découlant des notions cognitivement véridiques et classiquement définies, du tragique et de la beauté sublime. Pour des raisons que j’ai déjà identifiées, la science de l’histoire classique implique une vision subjonctive du processus historique, dans laquelle l’histoire est essentiellement matière à ironie et à métaphore.

L’histoire de l’humanité et des sociétés dont elle est composée est définie comme la relation de l’individu cognitivement défini à un processus intentionnel de développement de toute l’existence humaine - passée, présente et future. L’histoire, c’est l’action - ou la non action - de l’homme pour influer sur tout le progrès passé, présent ou futur de la société. C’est sur l’intention principielle de l’individu vis-à-vis de toute l’humanité que l’attention doit se concentrer, c’est le principe d’agape que l’apôtre Paul expose dans sa Lettre aux Corinthiens, I, 13, à laquelle Johannes Brahms se refère dans les Quatre chants sérieux qui constituent, pour ainsi dire, ses dernières volontés et son testament.

Ceci nous amène à une conception plus profonde sur laquelle j’attire maintenant votre attention : les implications des travaux de Platon sur les cinq solides réguliers (platoniciens), telles que Léonard les comprit et telles que cet argument fut élaboré par Kepler pour la fondation de la physique mathématique. Le but de cette excursion intellectuelle, devenue nécessaire, est de définir le sens de l’intention, telle que je viens de l’utiliser encore une fois.

4. La section d’or

Le développement originel, par Kepler, d’une véritable physique mathématique, comporte la mesure d’un ordonnancement harmonique entre orbites solaires, suivant le rapport des différences entre les valeurs de chaque orbite lorsqu’elle est, respectivement, la plus proche ou la plus éloignée du Soleil. Les valeurs relatives de ces rapports définissent ainsi une gamme musicale. Ces valeurs relevées correspondent, dans leur forme principielle, aux travaux de Platon sur la gamme musicale et sur d’autres questions qui lui sont liées.

Ces travaux, notamment dans le Timée, font apparaître le fait que seuls cinq types de solides réguliers peuvent exister dans ce qui passe pour être une géométrie solide euclidienne. La caractéristique de la construction géométrique de ces solides, en série, est un rapport géométrique apparent, appelé « section d’or ». Kepler aborda cette question dans une œuvre, célèbre quoique succincte, sur le flocon de neige. Il constata que la section d’or est une caractéristique géométrique des processus vivants, contrairement aux processus non vivants (abiotiques), comme le flocon de neige. Ceci était en accord avec l’argument de Platon sur le même thème.

Pour ce qui est de la discussion du sens de l’intention historique, considérons maintenant ces questions du point de vue de la description sommaire que je viens de faire d’un univers en trois espaces de phase, évoqué par Vernadski. Le point crucial, mis en valeur par Platon et Kepler, c’est qu’un univers ou un espace de phase marqués par l’apparition de la section d’or au sein de l’« espace euclidien », ne se rencontre que parmi les processus vivants, jamais parmi les abiotiques. La première question que nous devons nous poser, dès lors, c’est qu’est-ce que cela veut dire en langage mathématique ?

Comme nous l’avons vu, le plus important débat en physique mathématique est de savoir si la physique est une branche des mathématiques, comme l’indique Lagrange, ou si les mathématiques constituent une branche de la physique, comme l’affirmèrent avec force Platon, Kepler, Leibniz, Gauss, Riemann et d’autres ?

Pour ce qui est de la géométrie, l’argument en faveur de la physique fut établi par Platon et d’autres penseurs de la période classique précédant l’empire romain, à l’aide de la quadrature du cercle, du cube et des solides platoniciens.

A l’époque moderne, les mathématiciens se cantonnant dans leur tour d’ivoire, comme les artistotéliciens et autres empiristes, arguaient non seulement que la droite définie par les nombres entiers était indépendante de la géométrie, mais que, puisque la mesure devait s’effectuer de façon compatible avec la notion des nombres entiers, la droite géométrique ne pouvait comporter aucune caractéristique non compatible avec le concept des nombres entiers.

La réfutation élémentaire de cet argument basé sur les nombres entiers a été présentée par un célèbre élève de Kästner et de Zimmerman, Carl Gauss. Citons notamment ses Disquisitiones Arithmeticae en général, et son théorème fondamental de l’algèbre de 1799, ainsi que son deuxième essai sur les résidus bicarrés.

Dans son rapport de 1799 sur le théorème fondamental, Gauss réfuta l’argument empiriste de D’Alembert, Euler et Lagrange en démontrant la réalité de ce qu’il définissait comme le domaine complexe. L’argument de Gauss en faveur des fonctions quadratiques et cubiques revenait à un nouvel énoncé de l’argument classique ancien en faveur du doublement géométrique du carré et du cube, mais d’un point de vue arithmétique. Platon et son Académie ont toujours insisté sur le fait qu’aucune droite ne peut générer une surface, ni une surface un solide ; ainsi, la surface est une réalité physique d’une puissance supérieure à la ligne, et le solide, d’une puissance supérieure à la surface. La notion de puissance, introduite par Platon, a été reprise directement par Gauss dans la distinction de puissance entre la droite, la surface et le solide dans les fonctions algébriques.

L’action qui définit les relations fonctionnelles entre éléments de ces puissances constitue une qualité d’existence qui est reflétée dans le domaine complexe, comme le doublement du cube et l’extraction de la racine du cube le montrent avec la plus grande simplicité et une relative élégance. La question des résidus bicarrés fournit une généralisation de ce point. Ces puissances expriment le rôle efficient du changement, dans le sens utilisé par Héraclite et Platon, en tant que forme caractéristique de l’action réelle contrôlant les changements constatés dans le comportement des ombres dans la caverne de Platon. Elles représentent la notion mathématico-physique relativement la plus rudimentaire d’un principe physique universel.

Un tel principe, ainsi conceptualisé, indique le sens de l’intention tel que le comprenait Kepler - l’intention du Créateur - dans la définition de sa propre découverte d’un principe physique universel de gravitation.

Toutes les considérations que nous venons de voir sur la notion élémentaire du domaine complexe généralisé, doivent être appliquées aux implications, apparemment anomales, des cinq solides platoniciens. Un examen attentif des implications de Disquisitiones Arithmeticae fournit de précieux indices.

Les anomalies dans le domaine des nombres semblent indiquer que les nombres entiers ne sont pas générés par l’action de compter, mais de façon compatible avec la modularité, ainsi qu’avec avec la notion de la division du cercle dans la définition de l’action circulaire. Le plus important, c’est que l’approche de Gauss, dans son théorème fondamental de l’algèbre, montre que les considérations géométriques ainsi situées définissent les propriétés universelles du domaine des nombres, et aussi que ces considérations géométriques proviennent de considérations physiques du même type élémentaire que l’équation par Kepler de l’intention et de la gravité.

De même, l’universalité de l’argument en faveur des cinq solides platoniciens, et d’autres implications des solides archimédéens, reflètent l’ensemble de principes qui suit.

D’abord, puisque les processus vivants et non vivants ont une géométrie fonctionnellement et mathématiquement distincte, tout en occupant le même univers, ceci reflète le fait que l’univers est composé d’espaces de phase distincts mais interagissants, comme Kepler le remarque dans son essai sur le flocon de neige. Deux points s’ensuivent, à savoir que les deux géométries interagissent physiquement, en tant que puissances distinctes (dans le sens de Platon), mais que le vivant est supérieur à l’abiotique, comme Vernadski le montre dans son argument fondé sur la biogéochimie, pour la biosphère. Le fait que, de toutes les espèces particulières de l’univers connu, seul l’esprit humain soit capable d’appliquer une forme supérieure d’intentions anti-entropiques efficientes, définit un troisième espace de phase.

L’argument ainsi esquissé, revenons à la question de l’intention de l’individu humain et à celle de la société dans laquelle vit cet individu.

Leibniz et le droit constitutionnel

La Constitution des Etats-Unis de 1787-1789 est unique entre toutes les constitutions connues, en ce sens que l’ensemble du document est subsumé par un principe universel, exprimé dans le Préambule. D’autres documents qualifiés de « constitutions » seraient plus justement désignés comme du domaine du « droit fondamental », car ils relèvent essentiellement de la loi positive, bien que d’une forme occupant une place supérieure dans la hiérarchie du droit en général. Si un document de « droit fondamental » revêt parfois certains aspects d’une vraie Constitution, c’est parce que certaines considérations et procédures spéciales sont nécessaires pour le modifier.

Le Préambule de la Constitution des Etats-Unis renferme trois caractéristiques majeures, dont deux sont énoncées, et la troisième, implicite, établit que l’intention du Préambule prime sur tous les autres aspects de la Constitution. Les deux premiers principes sont, d’abord, celui de la parfaite souveraineté de la nation et de sa Constitution, et deuxièmement, l’obligation pour le gouvernement d’agir pour promouvoir le bien-être général de tous ses citoyens et de leur postérité. La troisième caractéristique, implicite, interdit qu’aucune autre partie de la Constitution puisse être interprétée en opposition aux exigences du Préambule.

Il existe un quatrième principe - qui n’est ni écrit dans le Préambule ni implicite - mais qui est de la plus haute importance pour la nation : la notion selon laquelle le but de l’existence de l’Etat-nation parfaitement souverain dépend de l’établissement d’un certain ordre oecuménique au sein d’une communauté d’Etats-nations, chacun parfaitement souverain. L’attachement du secrétaire d’Etat John Quincy Adams à une future communauté de principe entre les républiques parfaitement souveraines des Amériques illustre bien ce point.

Les Etats-Unis eurent l’avantage d’être fondés à partir de l’intention de personnes influentes venant de nombreux Etats européens. La principale influence qui s’exerça sur Benjamin Franklin fut celle de Leibniz, dont la conception de « la vie, la liberté et la poursuite du bonheur » est au coeur de la Déclaration d’Indépendance de 1776. En outre, l’intervalle 1763-1783, durant lequel fut mené le combat pour l’indépendance souveraine, fut marqué par une forte résurgence, en Europe même, d’un ferment scientifique et culturel de tradition classique. Cette combinaison d’avantages exceptionnels permit aux jeunes Etats-Unis d’Amérique de forger un véritable Etat-nation républicain, tandis qu’en Europe, par exemple, la progression de la liberté tendait à suivre la voie de la moindre résistance, par la transformation des institutions parlementaires féodales en approximations plus ou moins justes d’un véritable gouvernement.

La préservation et le renforcement de la Constitution, sous la direction du président Abraham Lincoln, ainsi que le sauvetage des Etats-Unis par le président Franklin Roosevelt, reflètent, dans une large mesure, les avantages exceptionnels que l’histoire a conférés à la création de notre pays.

Dans ces conditions exceptionnelles, avec la naissance, en ce XVIIIème siècle, de la république américaine, l’influence de Leibniz fut cruciale à bien des égards, notamment pour l’élaboration du système américain d’économie politique tel que le décrivit, entre autres, le secrétaire au Trésor, Alexander Hamilton.

Les observations que je viens de faire semblent porter principalement sur le rôle potentiel des Etats-Unis dans une tentative de réaliser une fraternité oecuménique entre les peuples. Je les ai soulevées ici avec un problème quelque peu différent en tête. J’ai cité les points précédents afin d’illustrer des développements historiques réels, reflétant certains principes d’une portée plus vaste pour la cause oecuménique en général.

Ainsi, alors qu’il devrait être possible aujourd’hui d’empêcher l’éclatement de nouvelles guerres entre nations, les conditions qui permettraient de bannir toute guerre ne sont pas encore réunies parmi les hommes et les femmes prudents et sensés. En revanche, si une guerre juste devenait inévitable, la conduite d’une telle guerre devrait être soumise à l’établissement des pré-conditions nécessaires à une paix juste et durable. A cet égard, on devrait considérer comme obligatoire, pour les chrétiens comme pour les autres, l’instauration d’une paix des religions. Cette proposition ne pourrait être prise au sérieux que si certaines de ses implications sont reconnues et acceptées.

L’enjeu crucial, illustré dans le cas de la Constitution américaine de 1787-1789, était et reste la définition d’une conception fonctionnelle de l’intention. Le Préambule de la Constitution américaine fonde l’existence de la République des Etats-Unis sur une intention légitime, base de l’existence d’un Etat-nation républicain souverain. Cette intention, quand on y réfléchit, a le même effet qu’un principe physique universel, principe d’une portée non moins redoutable que la gravitation universelle.

Cependant, il ne s’agit pas d’une simple intention personnelle de faire le bien, mais de faire en sorte que les générations futures successives prennent elles-mêmes l’engagement de créer le bien. Il s’agit d’une intention de deuxième ordre, tout comme l’engagement à favoriser le progrès scientifique est d’une puissance supérieure à l’engagement envers un ensemble spécifique de principes physiques universels. Il s’agit de l’intention d’implanter chez les générations futures une passion pour la promotion ininterrompue du progrès scientifique. Une telle intention doit avoir la qualité d’une passion, que Platon et saint Paul appelaient agape. C’est l’amour pour l’humanité, en tant qu’humanité, l’amour de cette qualité de la nature humaine qui met notre espèce absolument au-dessus des bêtes, car c’est une créature faite à l’image du Créateur de l’univers.

Cette qualité d’intention, cette qualité d’amour, a un nom. C’est la loi naturelle. Et la formulation du droit constitutionnel américain, guidée par Leibniz, définit la loi naturelle comme son intention pour son application pratique.

Nous ne devons pas chercher à tout obtenir, d’un seul coup, dans nos efforts oecuméniques. Nous devons projeter d’accomplir beaucoup, en temps voulu, tout en appréciant la compagnie des autres sur le chemin qui nous mène à ce but commun. Telle doit être notre intention.

Notes

1. Cf. Phédon de Platon et Phédon de Moses Mendelssohn.

2. N’oublions pas certains cas notables, comme l’apport direct du Califat de Bagdad à la civilisation chrétienne, celui, indirect, de l’Inde à l’un et l’autre, et la dette culturelle de la civilisation en général envers les antiques réalisations chinoises. La qualité unique de la Renaissance du XVème siècle, c’est qu’elle représente le tournant majeur qui allait donner naissance à la forme moderne d’Etat-nation souverain.

3. Comme je le montre plus loin, bien que la définition de la noosphère de Vladimir Vernadski situe un aspect de la spiritualité dans le domaine de la science physique, ses implications culturelles n’ont pas, à ma connaissance, été explicitement abordées de manière satisfaisante par une quelconque source avant moi.

4. Cf. Lyndon LaRouche, The Economics of the Noösphere (Washington : EIR News Services, 2001)

5. Cela signifie que l’univers est riemannien. Bernhard Riemann, Über die Hypothesen, welche Geometrie zu Grunde liegen, H. Weber. ed.

6. Carl Friedrich Gauss, Werke (Hildesheim, New York : Goerg Olms Verlag, 1981), pp.

7. Ibid.

8. Les Critiques de Kant ont toutes été rédigées en vue d’éradiquer une fois pour toutes les influences de Platon, Leibniz et Moses Mendelssohn. Pour cela, Kant s’appuya principalement sur l’argument de Leonhard Euler dans son attaque frauduleuse contre son grand-père spirituel, Leibniz, dans ses Lettres à une princesse allemande (1761). Kant tenta non seulement de bannir le concept d’hypothèse mais, comme ses disciples existentialistes après lui, d’éliminer la vérité, au profit d’une simple opinion arbitraire.

9. Johannes Kepler, La nouvelle astronomie (1609).

10. De Gauss, ceci nous amène à la dissertation d’habilitation révolutionnaire de Riemann, en 1854.

11. N’acceptez jamais ce qui est présenté comme une preuve statistique, simplement parce qu’on vous propose un argument mathématique pour étayer une telle proposition. La supposition selon laquelle il existe des valeurs universellement constantes du temps d’horloge, pour certains types d’événements, n’a jamais été prouvée. Et si l’univers s’était accéléré, selon des ordres de grandeur relatifs, en conséquence de son mode d’auto-développement riemannien ? Autrement dit, que la « densité » d’action dans l’univers ait augmenté ? Quelle horloge utilisez-vous donc pour édifier le crédule sur la question de l’âge de l’univers ? La science enseignée a toujours été criblée de « faits incontestables », reposant mathématiquement sur des affirmations axiomatiques à caractère arbitraire. L’ensemble des mathématiques d’Euler et de Lagrange, par exemple, reposent sur des affirmations axiomatiques non déclarées concernant la nature manifestement « euclidienne » de l’espace-temps physique universel. Gauss et Riemann ont démontré l’absurdité de ces affirmations.

12. Cf. Moses Mendelssohn, Phédon.

13. »Voir la référence à Gustav Jenner à propos de Brahms, dans A Manual on the Rudiments of Tuning and Registration, Book I, John Sigerson et Kathy Wolfe (Washington, D.C., Schiller Institute 1992). Outre Brahms, Beethoven soulignait que des poètes inférieurs en idées et en musicalité à Friedrich Schiller, offrent aux compositeurs les occasions les plus généreuses d’améliorer leur poème par sa mise en musique. Goethe, un collaborateur occasionnel de Schiller, jouissait d’un sens de musicalité d’une grande richesse ironique et du bon traitement de sa poésie par de grands compositeurs comme Mozart, Beethoven et Schubert. Anti-romantique passionné, Heinrich Heine bénéficiait des faveurs de Schubert et, surtout, de Robert Schumann. La grandeur de l’art ne réside pas dans le matériau en tant que tel, mais dans les différentes ironies emboîtées que ce moyen sert à véhiculer. Ce sont les ironies qui génèrent les idées. Un grand compositeur transforme souvent un petit poème pour présenter le chant tel que lui, le compositeur, l’entend, et non le poète en question. Ainsi, sur scène, un grand acteur ou directeur peut insuffler la beauté des idées dans un drame d’un intérêt autrement médiocre.

14. Un cas similaire est à noter : un développement remarquable dans le deuxième mouvement adagio sostenuto, mesures 76-87, de l’Opus 106 de Beethoven apparaît dans la Quatrième Symphonie de Brahms. Comparez ceci au coda du dernier mouvement de l’Opus 111 de Beethoven, dans lequel il se réfère au K.475 de Mozart, dans lequel il se réfère lui-même à L’Offrande musicale de Bach.

Contactez-nous !

Don rapide