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Les analyses de Jacques Cheminade

Le triple scandale de la vache folle

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La volte-face de la Commission européenne, qui proposera aux quinze ministre de l’Agriculture de l’Union européenne, le 4 décembre, l’interdiction totale des farines animales, le retrait de la chaîne alimentaire de tous les bovins âgés de plus de 30 mois qui n’ont pas subi un test de dépistage de l’ESB et l’interdiction à la consommation de l’intestin complet des bovins, constitue un aveu. Les Etats membres de l’UE et, surtout, l’Angleterre et les institutions de Bruxelles, ont commis dans ce cas la même erreur criminelle que dans celui du sang contaminé par le virus du sida. Trois responsabilités majeures sont incontestables :

  • celle d’un système financier, le libéralisme thatchérien, qui a fait cyniquement passer le profit à court terme avant l’impératif de santé publique. L’administration et les producteurs britanniques ont exporté une farine carnée interdite chez eux, et qu’ils savaient contaminée. Le crime d’empoisonnement est établi.
  • celle d’un système politique - le nôtre, et celui des autres pays européens - incapable d’opposer un intérêt général aux appétits catégoriels, notamment ceux d’un agro-business sciemment complice du « crime britannique ».
  • celle de consommateurs - nous autres - ayant capitulé devant le système financier et le système politique, faute d’exercer notre responsabilité citoyenne.

Notre objectif, ici, par rapport à nos articles précédents (Nouvelle Solidarité des 29 septembre 2000, page 2, et 24 novembre 2000, page 3), est de préciser certains points clés, pour mieux souligner la nécessité absolue de rétablir la légitimité politique, c’est-à-dire celle de l’Etat-citoyen, contre les intérêts particuliers et l’ordre financier dominant.

La mal anglais : les farines animales

L’épidémie, partie d’Angleterre, a été sciemment répandue sur le continent avec la complicité, volontaire ou inconsciente, d’intérêts économiques et politiques allant jusqu’au sommet de l’Etat dans les principaux pays de l’UE.

Les faits :

  • En Angleterre, on sait, depuis un rapport alarmant signé par Carole Richardson, en septembre 1985 : pour des raisons de profit, les farines animales n’étaient plus suffisamment chauffées pour les aseptiser. Le gouvernement britannique a cependant attendu juin 1988 pour agir en interdisant sur son territoire l’utilisation des farines animales pour les ruminants. Cependant, une période de grâce de cinq semaines a été alors accordée aux fabricants d’aliments pour bétail afin d’écouler leurs stocks, que l’on savait empoisonnés, avant l’entrée en vigueur de l’interdiction. Ensuite, les exportations de farine carnée contaminée ont continué et se sont même accrues. Les clients français, belges, allemands, suisses, espagnols se sont précipités : les Anglais vendaient à prix cassé (30% en dessous des cours du marché).
  • Ce n’est que le 15 décembre 1989 qu’un avis de notre ministère de l’Agriculture, publié au Journal Officiel, a interdit à nos importateurs l’usage « de farines et poudres de viandes, d’abats et d’os » en provenance de Grande-Bretagne et d’Irlande. Pendant près de deux ans (juin 1988 - décembre 1989), l’on a pu ainsi importer en toute légalité des farines dangereuses.
  • Ces farines d’origine britannique sont restées autorisées pour la volaille, les porcs et les poissons d’élevage : elles pouvaient être importées par dérogation, à condition de ne pas entrer dans la chaîne d’alimentation des bovins. En juillet 1990, l’utilisation des farines carnées est interdite en France dans la fabrication des aliments pour bovins, mais elles restent autorisées pour la volaille, les porcs, les poissons d’élevage et les moutons. Cependant, les importations des autres pays européens n’ont jamais été interdites. Des farines britanniques ont pu ainsi être recyclées chez nous après avoir transité par d’autres pays de l’UE.
  • En 1990, quelques mois après ces mesures françaises d’interdiction, le comité vétérinaire de l’UE s’est réuni. L’esprit des débats a été résumé par un fonctionnaire qui y assistait, dans une courte note destinée à la Commission que Libération a publiée en 1996 : « Sur le plan général, il faut minimiser cette affaire de l’ESB en pratiquant la désinformation. Il vaut mieux dire que la presse a tendance à exagérer. » Que s’est-il passé ? La Commission a été paralysée sous l’influence de fonctionnaires britanniques, qui représentaient non l’intérêt de leur pays et de ses citoyens, mais des groupes financiers et de l’agro-business. C’est alors que ceux-ci ont décidé de contourner le blocage français et d’autres pays européens en passant par l’Irlande et la Belgique.
  • Un avis de notre ministère de l’Agriculture, paru au Journal Officiel français du 17 mars 1993, a autorisé la reprise des importations d’Irlande. C’est ainsi que l’Irlande, petit producteur de farines animales, devient le premier exportateur à destination de la France (65 000 tonnes en 3 ans) ! « Tout démontre, affirme dans Le Parisien un haut responsable des Douanes, que les farines contaminées britanniques ont transité par ce pays ainsi que par la Belgique (51 000 tonnes), avec les conséquences dramatiques dont on paye l’addition aujourd’hui . »
  • Question : pourquoi un tel geste des autorités françaises ? Réponse de Jean-François Mattei, député D.L., rapporteur sur la vache folle : la Communauté européenne a échangé l’adhésion des Britanniques au Marché unique, en 1993, contre le fait qu’on acceptait leurs farines. Est-ce vrai ? A-t-on été assez bête pour cumuler deux maux ? On ne peut pas le prouver, mais les conséquences de ce qui a été une décision voulue - complicité de crime - ou une initiative d’une incroyable inconséquence sont là.
  • De toutes façons, le robinet de farines qui coulait à flots pour les volailles, les porcs, les poissons d’élevage et les moutons a permis sans le moindre doute une « contamination croisée ». Sur le papier, il y avait séparation entre l’alimentation de ces espèces et celle des bovins ; dans la réalité, dans les sites de stockage, les usines de fabrication d’aliments, dans les camions qui transportaient les aliments pour animaux, dans les fermes lors des erreurs de livraison, les chaînes d’aliments pour bovins ne se trouvaient pas réellement séparées du reste.

Le mal anglais : la viande bovine

En ce qui concerne la consommation humaine, la France a été pendant de longues années le deuxième consommateur de viande et d’abats provenant de vaches laitières britanniques. Alors que l’on sait, aujourd’hui, qu’« au moins un bovin britannique sur vingt était infecté » (entre 1986 et 1993, la période de risque maximal, suivant le Comité d’experts européens). Toutes viandes confondues, les comptes de nos services des Douanes établissent les faits sans contestation possible : de 1988 à 1995, le Royaume Uni est progressivement devenu le principal fournisseur de la France, jusqu’à représenter 10 % de la consommation nationale, avec plus de 100 000 tonnes. Sentant venir la crise, les éleveurs anglais ont en effet bradé leur production.

L’on peut donc conclure qu’il y a eu une triple contamination des Français et des Européens : par les farines carnées britanniques, par les farines carnées produites en France ou ailleurs à partir de bovins eux-mêmes contaminés par les farines carnées britanniques (contamination « secondaire ») et, directement, par la viande anglaise.

Il ne faut cependant en aucun cas blâmer « les Anglais » en tant que tels, mais les intérêts financiers et l’agro-business britanniques.

Certains experts anglais ont même été plus courageux que ceux du Continent. Ainsi, dès mai 1989, un vétérinaire britannique, Francis Anthony, dans un entretien à la BBC, critiquait durement l’absence totale de mesures pour empêcher l’exportation de farines contaminées de son pays. Et Marja-Liisa Hovi, vétérinaire employée dans un cabinet britannique chargé officiellement de contrôler la viande exportée, a été licenciée pour avoir refusé de signer de faux certificats concernant des animaux provenant d’une région touchée par l’ESB.

La mal français et européen : le renoncement politique

Face à cette situation, les autorités de Bruxelles, paralysées par les influences de fonctionnaires britanniques, ont longtemps et volontairement fermé les yeux, se rendant ainsi complices du crime. Sous la pression des autorités françaises et la « révélation » (connue depuis longtemps...) de cas d’ESB en Allemagne et en Espagne, elles n’auraient probablement toujours pas pris de décision. Cependant, on ne peut les accuser de tous les maux&,nbsp ; : si les fonctionnaires anglais ont pu exercer leur influence à Bruxelles, c’est que les autres pays les ont longtemps laissé faire ou, du moins, n’ont pas voulu les affronter.

Ils n’ont pas su faire valoir les intérêts des consommateurs et des producteurs continentaux et britanniques, en faisant comme si les intérêts des financiers et de l’agro-business anglais étaient ceux des citoyens anglais et de la Grande-Bretagne. Ils ont ainsi réduit un problème fondamental de santé publique, intéressant toute l’Europe, à une question faussement nationale.

Pourquoi ? La réponse est claire : parce que l’agro-business des pays européens, et notamment de la France, était complice des intérêts financiers et de l’agro-business britanniques, et qu’en France comme ailleurs en Europe, personne ne voulait prendre le taureau par les corne !

Les politiciens, ayant accepté d’être faibles en se conformant à la règle du jeu à l’heure de leur élection, se trouvaient encore davantage affaiblis à l’heure de prendre les décisions nécessaires. Ils ont ainsi été incapables de trancher en anticipation de leur opinion publique et en l’éduquant sans l’affoler. La machine infernale a donc pu continuer à fonctionner en France même, car c’est bien des importateurs français qui ont acheté viande et farines carnées britanniques.

Entendu par le SRPJ de Rennes, le directeur de la Brigade nationale d’enquêtes (BNEV) a indiqué que les farines d’outre-Manche avaient été incorporées à des aliments fabriqués en France par divers fournisseurs bretons (la même chose a été faite ailleurs) comme Glon, Guyomarc’h, Unicopa, Coopérative de Gouessant, Union coopérative de l’Argoat, Doux, Breiz’al, Even Cobrena...

En même temps, de nombreux négociants français ne se sont pas souciés de contrôler réellement la qualité et l’innocuité de la viande importée qu’ils ont abondamment distribuée dans les cantines, les bistros, les brasseries et la restauration collective. Payant moins cher cette viande, les acheteurs de ces différents lieux de consommation, et plus encore les grandes surfaces, ne se sont pas eux-mêmes posé trop de questions gênantes.

Quant aux hommes politiques, si Jacques Chirac a bien été le premier à exiger l’interdiction absolue des farines animales et un test de dépistage pour tout bovin abattu, il ne s’est pas soucié des moyens à mettre en oeuvre pour appliquer ces mesures, pas gêné de défendre en même temps une idéologie de diminution des dépenses publiques. Et c’était, après tout, le même Jacques Chirac qui déclarait, le 29 mai 1996, qu’« il faudrait parler de presse folle plutôt que de vache folle ».

Résultat : tout se fait aujourd’hui dans l’improvisation et l’opinion, à juste titre, n’a plus confiance en ses responsables politiques, s’en remettant aux scientifiques, ce qui est une autre manière de ne pas exercer sa fonction citoyenne.

Nous verrons, dans notre prochain numéro, ce que l’on doit désormais faire : un triple effort de suivi épidémiologique, de prévention et de recherche sur l’action du prion pathologique (PrP). Nous tenterons de sensibiliser le simple citoyen aux enjeux, pour qu’il soit en mesure de se comporter en tant que tel, contre la logique financière dominante.

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