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Les abbés démocrates aujourd’hui

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avec l’équipe de campagne « Bretagne, phare du nouveau monde »


 

En menant notre campagne, c’est naturellement que nous accompagne le message des Henri Mancel, Louis Bridel, Félix Trochu, Augustin Crublet et de tous les autres abbés démocrates qui luttèrent pour la justice sociale et une identité bretonne épousant son siècle. Leur combat de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, visait à soustraire le monde catholique à la tutelle de l’aristocratie monarchiste, comme le nôtre s’efforce d’arrêter la mainmise de l’oligarchie financière aujourd’hui. « La liberté ne se demande pas, elle se prend », s’écriait l’abbé Mancel dans une phrase restée célèbre, mais encore faut-il que se lèvent des hommes et des femmes pour le faire. Notre projet a pour but de créer les conditions favorables à cet engagement. Le souvenir de l’action des « poissons rouges dans le bénitier », comme les avait surnommés Henri Dorgères en croyant les dénigrer, nous aide à mieux concevoir la nôtre, à mieux l’inscrire dans une histoire de création toujours recommencée.

Le combat des abbés

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"A la mémoire de l’Abbé Bridel - La classe ouvrière reconnaissante"
Statue à Fougères, Ille-et-Vilaine.

Malgré l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII, en 1891, et les efforts de ce pape pour réconcilier l’Eglise catholique et la République, le monde clérical français était resté généralement sourd aux exigences de justice sociale. A l’image de l’abbé Lemire dans le Nord, et inspirés par le Sillon de Marc Sangnier, fondé en 1894, les abbés démocrates bretons décidèrent de passer outre aux directives de leur hiérarchie et de s’engager activement auprès des plus démunis. Ils soutinrent d’abord la lutte des paysans qui voulaient reprendre en main leurs affaires et s’affranchir de la mainmise des propriétaires terriens et d’un clergé craignant toute remise en cause de l’ordre établi.

Ils s’inscrivaient ainsi dans la tradition d’un prêtre malouin, Félicité de Lammenais, qui fonda en 1830 un journal intitulé l’Avenir , « pour se libérer d’une société paternaliste ».

Le grand début de leur lutte fut aussi le lancement d’un journal de quatre pages, Ouest Eclair , le 2 août 1899. C’est l’abbé Félix Trochu, avec l’avocat Emmanuel Desgrées du Loû, qui fut à l’origine de l’initiative. Bien que l’épiscopat breton ait longtemps interdit aux prêtres de s’y abonner, en 1924 le journal comportait autant de pages que ses concurrents et sa diffusion atteignait 250 000 exemplaires. Ce succès est dû au fait que le quotidien s’adressait principalement aux nouveaux accédants à la lecture (paysans, ouvriers, femmes et adolescents) et qu’il s’inscrivait dans un mouvement social d’ensemble.

En effet, l’abbé Henri Mancel avait lancé le mouvement des cultivateurs-cultivants, et plus tard la Fédération syndicale des paysans de l’Ouest, depuis Bain-de-Bretagne. L’on assista à la création d’autres syndicats, de coopératives, de caisses de crédit mutuel et même d’une banque, tous et toutes sur l’impulsion des abbés.

Plus tard, de son côté, Louis Bridel se battit aux côtés des ouvriers de Fougères et suscita en 1921 la création d’une coopérative, la Cristallerie fougeraise, dont il prit la présidence. Il demeure le seul prêtre à avoir une statue avec la mention : « La classe ouvrière reconnaissante ».

La contre-offensive des bien pensants

Cependant, le succès des abbés rencontra une vive opposition. D’abord celle du haut clergé, allié aux aristocrates de la terre, puis celle du mouvement des « chemises vertes » d’Henri Dorgères. Il faut bien voir que des cinq évêques bretons, quatre avaient de fortes sympathies pour l’Action française de Charles Maurras au moment de sa condamnation par le pape.

Les élites agrariennes, conservatrices au départ, étaient regroupées dans l’Union nationale des syndicats agricoles (UNSA), qui évoluèrent rapidement vers un corporatisme fondé sur le respect des hiérarchies sociales par métier.

C’est alors que dans le contexte de la crise agricole des années trente et de la baisse des prix, les agriculteurs qui avaient emprunté commencèrent à perdre leurs terres et à devoir vendre leurs biens, au profit d’intérêts financiers. Henri Dorgères, un agitateur qui s’était fait connaître par son opposition à la loi du 5 avril 1929, qui étendait le bénéfice des assurances sociales aux ouvriers agricoles et dont l’impact sur les paysans petits et moyens propriétaires avait été mal mesuré, devint célèbre pour s’être élevé avec un indéniable courage physique contre la saisie des terres. Arrêté et emprisonné alors qu’il tentait de s’opposer à la vente aux enchères des biens d’un cultivateur, sa popularité s’étendit à tout le monde rural breton. Il réussit ainsi pendant un certain temps à capter et exploiter l’animosité des campagnes bretonnes vis-à-vis des lois du marché et de l’Etat. Au départ sans idéologie autre que l’apologie du monde rural, une hostilité profonde aux forces de gauche urbaines et un refus de « la présence envahissante de l’Etat », il organisait de grandes manifestations dans les chefs-lieux de canton sans revendiquer d’action politique directe. Son succès lui attira l’attention bienveillante et intéressée des grands propriétaires terriens. Il s’en rapprocha rapidement, au point que le comte de La Bourdonnaye, président de l’Union régionale des syndicats agricoles (URSA) d’Ille-et-Vilaine, pouvait écrire au comte Hervé Budes de Guébriant, président de l’Office central de Landernau : « Vous savez que Dorgères est maintenant complètement dans les mains de Le Roy Ladurie et que vous pouvez agir sur le premier de la façon la plus absolue par le second. » Or qui était ce Jacques Le Roy Ladurie ? Le président de l’URSA du Calvados, lié par son frère à la puissante Banque Worms, et dont la carrière se poursuivra au sein de la Corporation paysanne sous Vichy. Nous sommes donc ici à un point fondamental du dessein synarchiste : la mise en place d’un corporatisme aux couleurs de la France. Dorgères se rallie alors à ce corporatisme – « une France où les deux réalités de notre vie : le métier et la famille, seront souverains » , comme il l’écrit en 1935 dans Haut les Fourches – et participe à la création du Front paysan, dont les composantes sont son Mouvement de défense paysanne, les élites agrariennes de l’UNSA et le Parti agraire et paysan français de Fleurant Agricola, sous la tutelle de Jacques Le Roy Ladurie.

L’influence des abbés démocrates, qui soutenaient une politique de progrès social ouverte sur le monde extérieur, s’affaiblit alors et les cultivateurs-cultivants furent emportés par le flot du « dorgérisme ». Les hiérarchies dopées par le talent d’agitateur de Dorgères et sa « nouvelle mystique » avaient provisoirement sapé le terrain des abbés. En juillet 1930, Félix Trochu, qui s’était par ailleurs brouillé avec Emmanuel Desgrées du Loû, perd la direction d’ Ouest Eclair.

Aujourd’hui

Avec l’atténuation de la crise agricole à la fin des années trente, l’échec du Front populaire et l’hostilité de certains milieux cléricaux, opposés aux abbés mais effrayés par le personnage, l’influence d’Henri Dorgères diminua jusqu’en 1939. Après une conduite très brillante pendant la guerre et s’étant évadé, il fut récupéré au sein de la Corporation paysanne de Pétain, créée le 21 janvier 1941, dont il devient Délégué général à l’organisation et à la propagande. Le Roy Ladurie en tirait les ficelles et le comte de Guébriant était le président de la Commission nationale d’organisation de la coopération agricole. Arrêté par les Alliés en août 1944, Henri Dorgères fut condamné à dix ans d’indignité nationale, mais amnistié pour services rendus à la Résistance et libéré le 26 avril 1946. Il devint député de l’Ille-et-Vilaine à l’Assemblée nationale en 1956 et rallia le mouvement poujadiste. Pour lui, ce fut la fin d’une histoire. Pour ceux qui l’avaient pris en main, le temps de pêcher en eau trouble, notamment au sein de la FNSEA, recommença…

L’influence des abbés démocrates, elle, refit surface dans la Bretagne d’après-guerre, à travers l’action que menèrent les militants de la Jeunesse agricole catholique (JAC) et l’empreinte chrétienne du socialisme breton. Leur tradition rejoignit ainsi celle d’un Tanguy-Prigent dans le Trégor et d’un Le Foll à Saint-Brieuc, pour fournir à la Bretagne le levier d’un passage d’une tradition « de droite » à un modèle « social chrétien » qui explique les faibles résultats du Front national dans la région, bien que Jean-Marie Le Pen en soit originaire…

Cette histoire n’est pas d’un intérêt académique. Elle nous dit d’abord qu’à long terme, l’opiniâtreté de ses convictions au service du bien commun paie. Elle nous dit aussi comment l’enfermement dans un sectarisme professionnel et anti-Etat d’un homme courageux, comme Dorgères, peut conduire à endosser le parti opposé à ceux que l’on aurait voulu défendre.

Aujourd’hui, par rapport à la tradition gaulliste et social-chrétienne de la Bretagne, les mêmes questions méritent d’être posées face à ceux qui représentent officiellement ces courants. La pierre de touche est, cette fois, l’attitude vis-à-vis de l’occupant financier, qu’il porte le masque de l’euro ou d’un jacobinisme égaré et arrogant. La Bretagne ne doit pas devenir une terre de tourisme et de services pour l’Europe, ni une annexe financière des réseaux aboutissant, directement ou à travers Paris, à la City. Elle doit devenir ce que voulaient les abbés démocrates : le lieu exemplaire d’une économie au service de l’homme et non des hiérarchies.


A lire : « Notre projet, un nouveau miracle économique Breton »


 

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