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Les illusions mortelles de McAuliffe, ou comment Harry Truman s’est infligé sa propre défaite

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Sur des candidats recalés d’avance dans la course présidentielle

Nous voici à un moment de l’histoire où un gouvernement américain en quasi-faillite fait face à une conjonction de crises, économique et autres, aux conséquences mortelles, dont ni l’administration Bush ni la direction nationale du Parti démocrate n’ont voulu jusqu’à présent reconnaître l’existence. La réalité incontournable de cette situation, c’est que le monde vit la phase terminale de déliquescence du système monétaire et financier « à taux de changes flottants » mis en œuvre par le FMI dans la période 1971-2003. Quoi qu’en dise le secrétaire au Trésor, John Snow, la crise économique que nous traversons actuellement n’est ni une récession, ni une simple dépression cyclique, mais bel et bien la phase terminale d’un effondrement général de ce système monétaire et financier. Ne pas tenir compte de la réalité de l’effondrement économique, comme ce fut le cas durant les années 1928-1933, c’est créer les conditions explosives d’une dissémination de guerres et d’attaques terroristes sur toute la surface du globe.

Voilà plus de dix ans que le vice-président Dick Cheney et son entourage néoconservateur ont décidé de l’usage d’armes nucléaires dans des guerres dites « préemptives », y compris contre des pays de moindre envergure. D’ores et déjà, leur volonté d’utiliser régulièrement et en première frappe de telles armes, a atteint le point de non-retour. Ceci est déjà très mauvais en soi, mais il y a un danger supplémentaire : le fait que le gouvernement américain actuel tolère les agissements quasi-criminels de Cheney provoque un certain type de réaction à travers le monde. Le comportement insensé du vice-président incite les autres nations à s’équiper, à court et moyen terme, en vue de conflits nucléaires de nature différente de la stratégie nucléaire actuelle basée notamment sur les missiles, les porte-avions et les sous-marins nucléaires. Si nous n’arrêtons pas rapidement Cheney, le cours pris par les événements mettra le Président américain élu en 2004 face à des problèmes d’une ampleur dépassant les facultés de compréhension de la plupart de nos dirigeants politiques.

Il se trouve que j’ai participé, dans la première moitié des années 80, aux études menées sur ces nouveaux moyens, alors que je travaillais avec certains milieux scientifiques et militaires. Je dois souligner dans ce contexte que, si l’on compare l’analyse stratégique « classique » à la peinture d’un tableau, il arrive parfois, quand le pinceau est trop large, que les petits objets à même de changer l’histoire, les atomes ou les noyaux par exemple, ne soient pas représentés. Cela s’est déjà produit dans le passé et aujourd’hui encore : les changements induits par ces éléments, apparemment non significatifs, hantent déjà le futur, par-delà les doctrines militaires en vigueur aujourd’hui... du moins pour ceux qui savent se mettre à l’affût des petites anomalies porteuses de surprises stratégiques.

Cependant, une fois leur existence reconnue, les détails techniques afférents prennent relativement moins d’importance par rapport aux facteurs stratégiques, économiques et culturels, qui déterminent la réalité de la menace. Ce sont ces facteurs économiques et culturels qui constituent l’objet principal de ce rapport ; le reste concerne les incontournables détails techniques qui leur sont associés.

Comment ces considérations stratégiques influent-elles sur l’évolu-tion actuelle de la politique américaine ?

Je commencerai par là, en tant que candidat présidentiel.

Alors que l’opposant politique du Parti démocrate qui se trouve à la Maison-Blanche, en l’occurrence le Président Bush, manque des facultés intellectuelles et émotionnelles qui lui permettraient de prendre la mesure de la crise économique mondiale, ou même d’envisager des solutions rationnelles à des problèmes de difficultés bien moindres, mes rivaux putatifs pour l’investiture présidentielle démocrate de 2004 ont répondu aux errements de Bush par une bêtise politique d’une constance telle qu’elle confine au miracle statistique. Cette bêtise est aussi dangereuse, peut-être même pire, que celle du Président lui-même.

Alors que les espoirs de réélection de Bush sont ruinés par la crise économique, faisant que la victoire en 2004 sera presque une simple formalité, ces pré-candidats démocrates ont, jusqu’à présent, raté tous les tests, même les plus élémentaires, permettant de mesurer leurs qualifications en tant que candidats à l’investiture de leur parti. D’un point de vue statistique, leur incapacité récurrente et collective à résoudre une question quelconque impliquant la nécessité d’un changement de politique, semble relever du miracle, à moins que l’on s’intéresse à ce qui se passe dans les coulisses du parti.

Si les choses suivent leur cours actuel, le Parti démocrate perdra les prochaines élections ; ce sera une débâcle. Cette perspective peut déjà paraître inévitable... à moins que ma candidature soit présentée à la Convention d’investiture de l’été prochain. Cependant, la menace de désintégration du Parti démocrate, sous sa direction actuelle, n’est hélas pas le pire pour ce qui concerne l’état de notre nation.

Je voudrais faire quelques observations préliminaires, importantes pour comprendre la constance dans l’échec qui caractérise le Parti démocrate et ses appendices. Donnons d’abord un aperçu de certaines des candidatures reconnues par le Comité national.

A première vue, l’incompé-tence de chacun des neuf candidats - ou plutôt de huit d’entre eux, si l’on met de côté Lieberman, qui est le pire - pourrait résulter d’une série de coïncidences fortuites. En étudiant de plus près les faits dont nous disposons, il apparaît clairement que « ce n’est pas une coïncidence ».Le parti, dans son ensemble, est soumis à une espèce de rabatteur professionnel, qui agit à l’instinct. Tels des vaches ou des moutons, le président McAuliffe, berger du Comité national du Parti démocrate, dirige son troupeau bêlant de prétendants présidentiels dûment sélectionnés.

Parmi les politiques dont ces candidats sont actuellement autorisés à débattre par le Comité national, aucune n’a d’intérêt s’agissant de résoudre les graves problèmes qui menacent notre république et ses citoyens. A l’évidence, nous avons plus affaire à un troupeau s’alignant docilement devant la porte de l’abattoir - les moutons politiques de McAuliffe - qu’à des êtres humains. Certains pourraient même se demander si, au fond, cet asservissement ne serait pas une idée de Karl Rove [le conseiller en communication du Président Bush, NDT]. Quoi qu’il en soit, on a certainement atteint le fond de quelque chose...

Lors des réunions de campagne par thèmes, où tout candidat à la Présidence américaine devrait prouver, au fur et à mesure des thèmes abordés, qu’il est en mesure d’assumer la direction de ce pays, chacun des candidats certifiés par le parti rivalise pour se montrer intellectuellement étranger aux problèmes cruciaux du monde réel. Comme je viens de le souligner, ces candidats n’ont jusqu’à présent donné aucune solution ; pire encore, en dehors de certaines prises de position ponctuelles, notamment de Dennis Kucinich, ils n’ont même pas identifié, en tant que candidats, les dangers majeurs auxquels nous sommes confrontés.

C’est en tant que membre du Congrès, et bien mieux qu’il ne l’aurait fait en tant que candidat, que Kucinich est, par exemple, intervenu lors de l’un de ces moments relativement exceptionnels. On voit d’ailleurs un bon sens croissant se manifester chez certains membres du Congrès, de manière remarquable dans certains cas. Mais, dès qu’ils endossent leur costume de candidat dûment approuvé et sous le contrôle de McAuliffe, en tant que responsable du Comité national, ce n’est plus le cas. C’est comme si McAuliffe refusait l’autorisation de faire campagne à tout démocrate en mesure de gagner la prochaine élection présidentielle.

Considérez par exemple le candidat notoirement connu pour ses références conservatrices, Howard Dean, l’homme des milieux bancaires. Alors que la loi sur les HMO [Agences privées de la santé, NdT] menace des couches entières de la population d’une hausse de la mortalité, Dean manifeste un enthousiasme libéral en faveur de l’application de ce texte. Ce dernier devrait être annulé de toute urgence et les politiques qui le sous-tendent, éradiquées. Il y a fort à parier que les électeurs sensibilisés aux problèmes de santé publique auront la volonté - tant que leur santé le leur permettra - de faire chuter la « valeur actionnariale » d’Howard Dean.

Ne vous laissez pas avoir par les soi-disant positions antiguerre de Dean. Celui-ci a sincèrement joué un double-jeu à propos des guerres de Cheney, comme ses déclarations l’attestent.

Demandez lui : « Eh, Howard, tu n’as rien de plus consistant ? » Il prétend avec assurance nourrir l’opposition à la guerre manifestée par une jeunesse crédule à son égard. Les dupes admirent la cuisson mais il n’y a rigoureusement rien dans le plat. Dean esquive toute occasion politique de pousser le vice-président Cheney à la destitution, somme toute le principal faucon qui contrôle la politique du Président en faveur de la guerre nucléaire. De fait, si le Comité national du Parti démocrate l’aidait un tout petit peu moins, les nouvelles guerres de Cheney pourraient certainement être empêchées.

Sur le champ de ruines fumant d’une apocalypse post-nucléaire, Dean affirmerait très probablement jusqu’à la fin des temps (quel que soit l’endroit où il passerait l’éternité) : « Relisez mes déclarations. J’ai toujours été contre cette guerre. » De toute façon, Dean est une girouette orientée par des vents bancaires qui ont fait toute sa carrière. Rien n’est moins obligatoire pour lui que de tenir les promesses faites. Avant de lui donner un centime, lisez bien les lignes de bas de page en petits caractères. Ce que beaucoup de gens prennent pour un discours anti-guerre n’est autre que le bruissement d’un papier d’emballage politique à l’intérieur d’une boîte vide ; une boîte dont le contenu n’a rien coûté à cet homme prudent. Dans la cuisine politique du candidat des HMO, on entend beaucoup de grésillements sur l’amour de l’humanité, mais il n’y a rien de consistant.

En me penchant sur les cas de Kucinich et de Dean - et, implicitement, du sénateur Graham - j’ai mentionné au passage un candidat sur le déclin, fou de guerre et ipéca vomitif de la palette des candidats actuels, Joe Lieberman. Pour ce qui est du sénateur Kerry, en qui j’avais espéré mieux, il semble avoir vendu son âme politique à Scratch, l’opéra inspiré de l’œuvre de l’écrivain Stephen Vincent Benet. Jusque-là, il était évasif, maintenant il devient répugnant à force de chercher un arrangement pour s’associer avec le sénateur de l’Arizona John McCain, connu pour son instabilité émotionnelle, afin de remplacer le ticket Lieberman-McCain par un ticket Kerry-McCain. Depuis les conférences de la Wehrkunde en Europe, McCain et Lieberman ont apporté un soutien notoire et décisif à la guerre du vice-président Cheney. Tous deux ont la faveur d’American Charenton et du Hudson Institute, pour un ticket présidentiel en 2004. American Charenton est le protégé d’un faucon notoire, l’éditeur britannique Conrad Black.

Quant au représentant Gephardt, il reste immuablement égal à lui-même.

Le gouverneur Edwards est un homme que l’ancien Président Clinton pourrait soutenir sans risque, car il n’y a actuellement aucun danger visible qu’il puisse gagner quoi que ce soit d’autre qu’une nomination de « vice-président au cas où ». Dans une configuration ou une autre, son nom pourrait être évoqué pour équilibrer un ticket avec un sudiste. Actuellement, la candidature d’Edwards est surtout un moyen permettant à Clinton d’échapper aux pressions pour qu’il soutienne un autre candidat.

Concernant les autres, en particulier Carol Moseley-Braun et Al Sharpton, s’ils avaient souhaité être des prétendants sérieux, leur seule chance d’acquérir une substance nationale quelconque aurait été de répondre à mon invitation à participer à un débat entre adversaires politiques, lors de mon webcast du 2 juillet. Ils n’ont pas saisi la perche et ont plus ou moins disparu de la scène publique depuis lors.

Jusqu’à présent, le chien de garde démocrate continue de surveiller son troupeau de moutons. De fait, le Comité national conforte politiquement les chances de réélection de Dick Cheney qui aurait déjà dû être destitué, suite à l’affaire de l’uranium du Niger. La direction démocrate préfère viser un Président irresponsable qu’un vice-président déjà coupable et capable de lancer d’autres guerres en 2003. Le Comité national s’oppose à l’idée d’arrêter dès maintenant Cheney et ses politiques de guerre, sous le prétexte pathétique de garder ses munitions pour contrer les projets de réélection de Bush en 2004. De la sorte, le seul message clair du Comité national est son soutien à la candidature de Cheney, ou peut-être de McCain, en 2004. C’est en tout cas sûrement ce qu’aurait constaté l’ancien président Nixon, pour avoir vécu la même chose. Notre pays risque ainsi de voir Cheney lancer rapidement de nouvelles guerres, y compris nucléaires, dirigées contre des cibles comme la Syrie, l’Iran et la Corée du Nord ; quant aux politiques menées par le gouvernement des Etats-Unis, elles poussent le pays vers une faillite nationale. Pendant ce temps, le Comité national de McAuliffe et son troupeau de candidats présélectionnés se chargent d’organiser une défaite miraculeuse de leur propre parti, face à un président Bush dont le palmarès sur les questions d’intérêt national, objectivement déjà bien pire que celui d’Herbert Hoover, continue de s’aggraver.

Ainsi, chacun de mes neuf rivaux est recalé d’avance. Tous, malgré leurs différences réciproques réelles, persistent dans un vice fatal qui leur est commun. La crise que nous vivons, c’est sa principale caractéristique, reflète certains changements d’habitudes dans le comportement politique national. Ces habitudes dominent de plus en plus notre politique nationale, notamment depuis les terribles conséquences de la crise des missiles de 1962 et de l’assassinat du Président Kennedy. Elles sont l’ancre à laquelle se cramponnent ces candidats, l’ancre d’un bateau qui coule.

Depuis le début des années 60, ces changements d’habitudes sont la cause de la dégénérescence de notre nation : la maison qu’avait construite Franklin Roosevelt, la principale société productrice du monde, a vu ses fondations sapées pour devenir une société de consommation postindustrielle, le tas de ruines que l’on a aujourd’hui. Des habitudes accumulées depuis plus de trente ans, il résulte un ensemble de fantasmes que chaque candidat considère comme l’opinion publique traditionnelle et qu’il cherche à satisfaire. Tous ont voulu, à tout prix, aller au fil de la dérive des quarante dernières années de l’histoire culturelle américaine, depuis la crise des missiles de 1962. Les voilà maintenant incapables de se projeter dans l’avenir.

Les futurs historiens pourront écrire à leur sujet : « Refusant de voir le monde réel, ces candidats se sont retrouvés comme des poissons sur la plage, surpris par la marée descendante de l’histoire en marche. »

Le déni de réalité du Comité national démocrate nous ramène aux implications politiques concrètes du formidable danger évoqué au début de ce rapport : l’émergence, dans un temps pas si lointain, d’une nouvelle dimension de conflit nucléaire. Voyez la diversion organisée par le Comité national démocrate en défense de Dick Cheney, dans le contexte de cette perspective beaucoup plus large de guerre nucléaire.

Pour y voir plus clair, nous allons passer en revue les fait historiques que vous devez connaître sur les circonstances dans lesquelles le président Truman, qui fut le premier à lâcher le monstre de la guerre nucléaire, fut remplacé par Dwight Eisenhower, et à quel point ce fut une chance tant pour Truman que pour ces Etats-Unis angoissés de l’après-guerre de voir arriver Eisenhower au pouvoir.

Cheney et Rumsfeld : les « flingueurs »

En août 1945 le blocus aérien et maritime américain avait réussi à couper les approvisionnements vitaux du Japon insulaire, sans lesquels l’économie et la capacité à poursuivre la guerre ne pouvaient tenir. Le commandement du général MacArthur avait mis l’armée japonaise à genoux, appliquant aux forces militaires de l’île principale la stratégie de blocus appliquée aux îles laissées en arrière par les Américains dans leur progression. Les grands chefs sont parfois obligés d’ordonner des batailles meurtrières, comme MacArthur a dû le faire dans certains cas, mais le but de la défense stratégique moderne n’est pas de massacrer. Le but de la politique de défense stratégique telle que la conçoivent tous les grands chefs de l’époque moderne depuis Lazare Carnot et Gerhard Scharnhorst, doit être, comme MacArthur l’avait résolu, de gagner cette paix que l’on construira sur les fondations subsistantes de la victoire. Pour cela, il faut éviter toute destruction non nécessaire du pays ennemi et de sa population, ou de notre propre population.

Au milieu de l’année 1945, les Etats-Unis, dans le cadre d’une politique de défense stratégique, n’avait aucune véritable raison militaire d’investir en force l’île principale du Japon. L’empereur ayant déjà cherché à négocier la paix par l’intermédiaire du bureau de Mgr Montini au Vatican, il ne s’agissait plus que d’attendre la décision de l’armée japonaise de se soumettre à la volonté de l’empereur. En août, il ne restait que quelques semaines à patienter, probablement jusqu’en octobre, tout au plus. Si le bombardement incendiaire de Tokyo n’avait, malheureusement, entretenu la volonté du Japon de se battre, la paix aurait déjà été conclue. Tous les rapports disponibles relatifs à cette question montrent que l’ancien capitaine Truman n’a pas consulté le général MacArthur, ce qui était pourtant de saccompétence, quand il a été question d’utiliser des armes nucléaires ; il ressortait des rapports émanant de l’équipe de MacArthur qu’un tel projet n’était pas souhaitable. En Europe, le général Eisenhower avait été consulté et avait mis en garde contre l’utilisation d’armes nucléaires. Truman passa outre. La décision de Truman inaugure, à un niveau officiel, la folle stratégie utopiste qui s’est emparée de la Présidence américaine, le pauvre « Trilby » Bush étant sous l’emprise hypnotique de « Svengali » Cheney.

L’effet de terreur, véritable objectif du bombardement nucléaire de 1945 sur des cibles explicitement civiles, avait déjà été testé en Europe au cours des derniers mois de guerre. Le bombardement des populations civiles des villes, selon la doctrine de Lindemann - « Bomber Harris » ou comme lors de l’opération Market-Garden de Montgomery, a eu pour principale conséquence de prolonger la guerre - et donc de tuer encore plus de soldats américains - en ressuscitant dans l’Allemagne démoralisée la volonté, alors chancelante, de combattre.

Le bombardement incendiaire de Tokyo relève de la même folie stratégique. Cependant, ce n’est pas vraiment l’utilisation, sans nécessité, des seules armes nucléaires alors existantes dans l’arsenal américain, qui amorça la révolution des affaires militaires, du nom du projet utopiste d’après-guerre élaboré par la Rand Corporation. On doit cette révolution à Bertrand Russell, considéré comme un combattant de la paix par ses groupies pacifistes. C’est le concepteur de la doctrine américaine de « guerre nucléaire préemptive », dont les bombardements de Hiroshima et de Nagasaki furent la première application. Ce bombardement a créé un précédent visant à intégrer dans les institutions, pour longtemps, le dogme utopiste de révolution nucléaire dans les affaires militaires américaines. Ce dogme constitue aujourd’hui la doctrine de Cheney.

Par ses actions et son soutien aux politiques utopistes, Truman est ainsi à l’origine du maccarthysme et de la guerre de Corée. Son seul mérite, s’il en est un, est d’avoir battu Tom Dewey aux élections générales de 1948. En réaction aux politiques de Truman, le pays a préféré élire pour deux mandats - avec un grand soupir de soulagement - un militaire traditionnel en la personne d’Eisenhower, plutôt que d’essayer un autre démocrate.

Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ont ainsi divisé en deux factions l’armée et les milieux qui lui sont liés : d’une part, ceux qui soutiennent la doctrine américaine traditionnelle de défense stratégique, incarnée dans l’après-guerre par des généraux tels MacArthur et Eisenhower ; d’autre part, leurs opposants utopistes qui soutiennent la « guerre nucléaire préemptive » de Bertrand Russell. Rumsfeld et son entourage sont aujourd’hui, sous sa pire forme et la plus stupide, des exemples caractéristiques de la faction utopiste du « complexe militaro-industriel ». Mal inspiré, le président Truman penchait du côté des utopistes qui, plus tard, nous donnèrent la guerre du Vietnam, de 1964 à 1972. Ces milieux ont aussi organisé la révolution dans les affaires militaires et, sous différents prétextes frauduleux, ont jeté de la même manière les Etats-Unis dans la guerre du Vietnam et dans cette guerre d’usure en Irak, qui non seulement n’en finit pas mais s’intensifie de manière irrégulière et meurtrière.

Ceci nous conduit à examiner le cas de deux utopistes acharnés : Dick Cheney et son jumeau, Donald Rumsfeld. Ce tandem correspond à une espèce que les professionnels qui étudient le crime organisé désignent sous le vocable de « flingueur ». Ces deux (fort peu) joyeux drilles sont connus pour leur pratique de coups tordus, depuis le milieu des années 70 sous l’administration Ford. Plus tôt ils seront écartés du pouvoir, mieux ce sera, et tant qu’ils occuperont des positions clefs dans le gouvernement avec leur équipe de « faucons mouillés » (1), ni les Etats-Unis, ni le reste du monde ne seront en sécurité.

Je m’explique.

Le cas de Cheney

Il est de notoriété publique à Washington qu’en général, Dick Cheney n’est pas un moulin à paroles en société, contrairement à son alter ego Donald Rumsfeld. (...) Cheney n’est certes pas un géant intellectuel, pas plus que Rumsfeld n’est un « charmant garçon ». Ce n’est que dans des circonstances exceptionnelles, en particulier lorsqu’il est paniqué ou lorsqu’on lui en a donné l’ordre, qu’il se risque à exposer en public son caractère intrinsèquement haineux dans de longues interventions. Ses récentes et imprudentes apparitions aux réunions de famille du panier de crabes néoconservateurs que l’on appelle l’American Enterprise Institute constituent de telles exceptions. En d’autres circonstances, lorsqu’il en a le choix, il a la force de rester maître de ses nerfs et de se taire quand il fait des apparitions publiques. A le voir assis et renfrogné devant les caméras, on a l’impression qu’il sort d’un roman de Dickens. Son regard de mauvaise augure semble attendre que des têtes, ou même des nations entières, tombent dans le panier de la guillotine de sa Terreur. En un mot, c’est essentiellement un « flingueur ».

Comme je l’ai déjà dit ici, Cheney n’est pas quelqu’un que l’on pourrait qualifier de « très brillant » ; les différents ersatz de génie entremêlés dont il voudrait faire preuve ne s’investissent pas dans la science ou la culture artistique. Tel Dracula, il se complaît plutôt dans de très mauvaises actions, propres à indigner toute personne ayant un minimum de moralité. Adolf Hitler avait cette même vision wagnérienne mais, lui, parlait beaucoup. Quand vous dites « Cheney », pensez « Freddie » (2) Cheney ; vous avez affaire à un monstre, le monstre du zoo politique du synarchiste Alexandre Kojève. Ce dernier décrit ce type de tyran en puissance comme se laissant submerger par des vagues irrésistibles de rage nietzschéenne, préférant tuer plutôt que parler, ne reculant pas devant des actes si monstrueux (comme ceux de la brochette de tyrans qui se sont succédés au Libéria à partir de 1980), qu’ils frappent l’imagination de simples criminels.

Cheney n’a rien d’un génie, de toute façon il n’est pas besoin de l’être pour partager sa vision d’une « guerre nucléaire préemptive ». C’est là que réside le danger. Car n’étant pas un génie, il est de ce fait, tout comme ses associés idéologiques, un fou dangereux dans le domaine où s’exercent ses désirs les plus forts : la planification stratégique. Ce Cheney-là nécessite d’être bien compris. Imaginez un « Bugsy » (3) Cheney en compagnie du gangster Abe Reles [surnommé « Kid Twist », il aimait tuer ses victimes avec un pic à glace, NdT], mais un « Kid Twist » ne maniant pas un pic à glace mais des armes nucléaires. Souvenez-vous toujours d’une chose : le fait qu’il soit brutal ne signifie pas qu’il soit également intelligent. Bref, il est tout autant un danger majeur pour la sécurité des Etats-Unis que pour les cibles qu’il a choisies à l’étranger.

Le fait que le vice-président soit malfaisant ne signifie pas que ses projets de desperado vont se dérouler comme il le prévoit. Il suffit de voir les conséquences de la guerre en Irak. En réalité, il ne sait pas, et ne se préoccupe même pas de savoir, si ses plans de guerre sont compétents ou non. Comme le tueur professionnel qui prend plaisir à son activité, ce qui le fascine c’est de commettre l’acte. Si l’un de ses crimes s’avère être une erreur stratégique, comme avec les suites de la guerre en Irak, que lui importe ? L’échec de l’un de ses crimes le pousse - on l’a vu - à distraire l’attention en perpétrant une autre atrocité militaire, peut-être encore plus ambitieuse que la précédente. Les personnes sensées doivent évaluer la stupidité manifeste dont Cheney a fait preuve dans sa volonté persistante, depuis 1990-1991, de mener une guerre contre l’Irak, guerre qui continue aujourd’hui. Ne cherchons pas à sonder des signes d’intelligence ou une quelconque compétence de la part du personnage. Il faut surtout éviter de sous-estimer sa prédilection pour les erreurs fatales aux conséquences stratégiques potentiellement dramatiques.

Pour cette raison, on doit bien comprendre que ses intentions affichées ne sont pas exactement ce qui détermine son comportement. Ses actions sont un moyen en vue d’une fin. Quelle est cette fin ? Pas celle que la plupart de nos concitoyens ont été induits à croire jusqu’à présent.

Ces éléments, parmi d’autres, montrent qu’avec Cheney, Rumsfeld et leur entourage néoconservateur, nous sommes en présence d’une bande de déséquilibrés qui s’amusent avec des jouets mortels. Ils sont comparables à des forcenés armés de fusils à canons sciés qui retiennent une famille en otage, des gangsters dépourvus de toute compétence dans les axiomes de base de la planification stratégique.

Ne commettez pas l’erreur, potentiellement fatale, de supposer que les motifs qu’ils invoquent, de même que les explications de n’importe quel disciple de Leo Strauss (le protégé du juriste nazi Carl Schmitt), sont leurs motifs véritables. Ce couple de pervers devrait nous remettre en mémoire le cas de ces jeunes gens émotionnellement déséquilibrés qui ont abattu leurs camarades sans autre raison que de faire « en vrai » ce qu’ils font dans les jeux vidéo du style « viser-tirer ». Ce sont de véritables utopistes ; c’est la recette de cuisine, pas le repas, qui les motive à préparer des plats épouvantables. Ils représentent une menace pour l’intérêt public, du même type que celle des fous furieux dont le plaisir existentiel de passer à l’acte est la motivation principale, et non la cible dont le choix intervient souvent en partie de manière fortuite.

Les lecteurs de notre dossier sur le synarchisme reconnaîtront que le comportement manifestement psychopathe de ces deux individus illustre la façon de procéder des membres de cette organisation internationale, connue depuis le début du XXe siècle sous le nom de « Synarchie internationale ». Ce type d’association internationale a promu Benito Mussolini, Adolf Hitler, Francisco Franco, Pierre Laval et le gouvernement de Vichy en France ; également Degrelle en Belgique, la Garde de fer en Roumanie et les organisations dirigées par le Parti nazi allemand au Mexique et en Amérique du Sud pendant les années 30 et 40. Le mouvement synarchiste international était classé par le renseignement américain et l’OSS [Office of Strategic Studies, NdT] sous la dénomination « Synarchistes : Nazis-Communistes » ; les services américains de l’époque signalaient sa présence en Europe, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Le lecteur apprendra que cette Synarchie internationale, impliquée dans les vagues terroristes des années 70 et 80 en Europe, est l’une des principales sources des véritables menaces terroristes qui menacent actuellement les Etats-Unis. Reportez-vous aux années 1780, ce qui seraappelé Synarchie un siècle plus tard connaît alors ses débuts d’association occulte, pseudo-maçonnique, avec Cagliostro et Joseph de Maistre, lequel fit la carrière de Napoléon Bonaparte. On y trouve déjà cette orientation pro-terroriste - nietzschéenne, diront certains - qui a produit la Terreur jacobine, l’empereur Napoléon Bonaparte, Mussolini, Hitler, Franco, etc.

C’est cette mentalité qui est à l’origine de l’holocauste nietzschéen d’Hitler contre les Juifs d’Europe, beaucoup plus que l’objectif criminel pratique ostensiblement affiché (les nazis, tout comme Richard Wagner avant eux, ne disaient pas « les Juifs » ; ils parlaient « du Juif », désignant un objet collectif dépersonnalisé plutôt que les personnes). Ce comportement criminel est, depuis juillet 1789, caractéristique de la synarchie et représentatif de la Terreur jacobine en général.

C’est le type d’action criminelle telle que l’a décrit Alexandre Kojève (le collaborateur synarchiste du professeur Leo Strauss de l’université de Chicago) : l’intention est de perpétrer une action d’une horreur telle qu’elle réduira à un état de soumission terrifiée tous ceux qui en entendront parler. Ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 est l’expression de cette qualité d’intention, le plaisir de produire un crime horrible, digne de l’inquisiteur Torquemada.

Ce n’est qu’en saisissant à quel point l’holocauste est spécifiquement nietzschéen dans l’intention et le caractère, que l’on peut comprendre le danger qui menaçait à l’époque, jusqu’à se concrétiser dans l’horreur absolue, et menace à nouveau aujourd’hui l’humanité en général. L’holocauste en est l’expression. La folie thermonucléaire exprimée aujourd’hui par ces complices synarchistes, Cheney, Rumsfeld et leur entourage néoconservateur, relève d’une méthode semblable.

Cheney et ses alliés sont en train d’inciter le Président Bush, un homme aux facultés intellectuelles remarquablement limitées, à faire monter la tension internationale. Ni lui ni eux n’ont la moindre compréhension de ce qu’implique le risque croissant - à moyen ou à long terme - de guerre nucléaire d’une nouvelle nature. Pas plus, manifestement, qu’aucun des neuf moutons matés par les coups de pieds de l’âne (4) du Comité national démocrate dirigé par McAuliffe.

Alors, comment le danger posé au monde entier par cette forme spécifique de folie peut-il être diagnostiqué et soigné ? Pour dégager une réponse, on doit passer plusieurs éléments en revue l’un après l’autre. Dans un premier temps, considérons le cas du Président Harry Truman, dont nous tirerons une leçon fondamentale.

Le problème concernant Harry

Pour mettre ces questions dans la perspective historique qui convient, je voudrais attirer l’attention du lecteur sur les remarques faites par Correlli Barnett, un militaire et historien britannique (elles figurent au début de la page 13 du quatrième volume de sa série, intitulé The Verdict of Peace et publié en 2001). Ces remarques permettent de comparer la logique actuelle d’escalade à moyen terme vers un conflit nucléaire majeur et la situation stratégique qui existait en Extrême-Orient en 1949-1950. Je caractériserai la situation de l’époque par une citation du sous-secrétaire d’Etat du président Truman, George Kennan, mentionnée par Barnett : « (...)l’Administration américaine [de Truman] n’a pas tenu compte du fait que les Russes se préparaient à entrer en guerre. Les signes existaient, indiquant qu’ils avaient l’intention de se trouver une porte de sortie et il était raisonnable de supposer, par conséquent, que les Russes se livraient simplement à une manœuvre d’envergure pour tâter le terrain. Rien ne laissait voir que cette aventure contenait le germe d’une guerre majeure et, du coup, on voulait traiter cette affaire comme une affaire mineure. »

Il développe cette question dans les pages suivantes de son livre ; je vous conseille de lire et d’étudier son argument, en lui-même et pour vous-même. Ce que je résume ici, c’est mon propre point de vue sur la question, tout en gardant à l’esprit l’argument de Barnett. Comparez les deux par vous-même. Reconsidérez les circonstances qu’il vient de décrire sur la situation à l’intérieur du gouvernement américain de l’époque en tenant compte de mon point de vue. Après cela, nous reviendrons à ce qui nous intéresse, à savoir en quoi la thèse de Barnett a un rapport avec la manière dont le Parti démocrate choisit aujourd’hui ses principaux candidats et comment on peut l’appliquer à la situation qui découle de la politique actuelle de Cheney.

Par leur foi bipolaire, brutale, égoïste et orgasmique, en ce qu’ils imaginent être l’intelligence de leurs impulsions pathologiques, Cheney et ses complices synarchistes font preuve d’un aveuglement fatal. L’aveuglement qu’ils s’infligent, avec des conséquences stratégiques majeures, participe du même type de folie utopiste identifiée par Barnett à propos de l’administration Truman quand elle préparait la guerre de Corée. La politique actuelle, non moins délirante, de l’administration Bush envers la Corée, sous l’impulsion de Cheney, est une ironie de l’histoire, tant cette politique tend à devenir une terrible caricature des bêtises de Truman.

La politique coréenne menée par Cheney et son entourage est certes dangereuse en elle-même, mais le risque encouru est plus grand encore eu égard à leur volonté de propager, à partir des Etats-Unis, un conflit nucléaire de nature telle que personne, y compris les Etats-Unis, ne pourrait réellement gagner dans des conditions acceptables pour sa population. Ce nouveau type de guerre, de nature apocalyptique, est malheureu-sement possible si les circonstances se trouvent réunies, mais, pour les raisons que j’expose ci-dessous, aucun camp ne pourrait la gagner dans des conditions qu’une personne saine d’esprit et représentative de la culture européenne moderne puisse considérer comme acceptable. Avec Cheney maintenu au sein de l’admi-nistration Bush, de telles extrémités sont possibles parce que l’homme ne tient pas compte des conséquences de ses actes ; le plaisir néfaste qu’il en retire est la seule chose qui l’intéresse.

Comme le rapport de Barnett le suggère, le problème Cheney a commencé avec Truman. Barnett a analysé de façon assez juste les circonstances économiques et militaires du côté anglo-américain durant l’après-guerre. Son intuition sur cette période nous est d’une grande utilité pour comprendre la situation stratégique actuelle en Amérique et en Europe.

Le Président Franklin Roose-velt avait sauvé l’économie américaine des politiques désastreuses des administrations successives de Calvin Coolidge et Herbert Hoover. Ce dernier était techniquement compétent, comme le montrent de nombreux comptes-rendus détaillés, mais il se retrouvait du mauvais côté - avec Morgan, Mellon et Dupont - à chaque fois qu’il devait prendre une décision en matière économique (voir à ce sujet les articles de mon associé Richard Freeman). En fait, Hoover infligeait à l’économie américaine un traitement identique à celui qui ruinait l’économie allemande sous les chanceliers Bruening et von Papen. (5)

Présente depuis la Révolution française et l’avènement de Napoléon Bonaparte, la Synarchie avait atteint une certaine notoriété après la Première Guerre mondiale. Elle est devenue au cours de la période 1932-1945 le principal ennemi extérieur auquel l’économie américaine renaissante a dû faire face. Contrôlant un important réseau de banques privées des deux cotés de l’Atlantique, ses cercles avaient mis Hitler au pouvoir en 1933.

Alors que les Britanniques battaient en retraite à Dunkerque en 1940, Roosevelt se trouvait confronté à une menace générale contre les Etats-Unis eux-mêmes. La Synarchie internationale avait créé et installé Hitler en Allemagne, mais aussi mis précédemment Mussolini au pouvoir en Italie, créé le régime fasciste de Franco en Espagne et favorisé un réseau de dictatures similaires, incroyablement brutales, dans d’autres pays plus petits. En 1940, ces synarchistes étaient sur le point d’établir le régime fasciste de Vichy en France. Il existait notamment un réseau contrôlé depuis le quartier général du Parti nazi à Berlin, qui dirigeait les organisations synarchistes anti-américaines au Mexique et en Amérique du Sud par le biais de canaux fascistes espagnols. Leurs héritiers sont encore présents en Amérique du Sud : ce sont ceux qui militent pour une disparition rapide du pape Jean-Paul II.

Au moment de la débâcle de Dunkerque, le Premier ministre britannique Winston Churchill fit appel au Président Franklin Roosevelt. Churchill lui confia que les dirigeants nazis en Allemagne travaillaient avec des sympathisants nazis dans les principaux cercles de l’aristocratie britannique afin d’amener l’Angleterre à conclure une alliance avec les fascistes d’Italie, d’Espagne et de France. Le gouvernement de Laval à Vichy (6) étant un produit de cette coalition nazie appelée synarchie sur le plan international, l’invasion de l’Angleterre aurait créé en Europe une coalition de puissances sans rivale dans le monde, incluant les marines combinées d’Angleterre, de France, d’Allemagne, d’Italie et du Japon. La conquête de l’Union soviétique aurait été l’étape finale dans la consolidation d’une puissance capable et désireuse d’écraser les Etats-Unis de Franklin Roosevelt.

Roosevelt et Churchill ont réagi à temps. Conséquence immédiate parmi d’autres, l’amiral allemand Canaris, homme généralement discret mais l’un des principaux opposants à Hitler dans l’armée, prévint Franco du sort qui lui serait réservé s’il s’emparait de Gibraltar comme Hitler l’avait demandé. Franco sut s’abstenir à temps. Dans les hautes sphères angliases, les admirateurs d’Hitler furent mis au pas ou abattus. Roosevelt et Churchill agirent de concert, créant une alliance militaire d’une difficulté extrême, quasi impossible, qui incorpora ensuite l’Union soviétique et la Chine, et qui gagna la Deuxième Guerre mondiale. Les alliés improbables - Roosevelt et Churchill - mirent fin aux rêves synarchistes de conquête du monde caressés par Hitler. La guerre allait se poursuivre, brutale, mais ce qui avait un moment semblé une victoire assurée pour la constitution d’un empire mondial dirigé par les nazis, était déjà enlevé des griffes d’Hitler et de ses maîtres à penser synarchistes.

Mais la Synarchie n’était pas extirpée.

Le débarquement anglo-américain réussi en Normandie eut pour effet d’achever de convaincre les cercles d’extrême-droite pro-synarchistes aux Etats-Unis, qui avaient joué un rôle clef dans l’arrivée au pouvoir d’Hitler, de la défaite quasi inévitable de ce dernier. Certains milieux pro-synarchistes aux Etats-Unis et au sein de l’Empire britannique qui, pour des raisons d’intérêt national, avaient toléré Roosevelt à contrecœur, voire parfois collaboré avec lui (en particulier dans les premières phases de la guerre), cherchèrent alors à mettre fin à l’ère Roosevelt. Lors de la Convention démocrate de l’été 1944, ils réussirent à obtenir la nomination de Truman à la vice-présidence, en chassant Wallace. Dès lors, les conditions se trouvaient réunies pour que le bombardement d’Hiroshima soit ordonné et, grâce aux bons offices du général William Draper, que le cartel financier synarchiste (articulé autour d’institutions qui avaient financé la machine de guerre nazie, par l’intermédiaire notamment de la banque Worms) ne soit pas inquiété.

Comme l’avait prescrit Alexandre Kojève, synarchiste et vieil ami du professeur Leo Strauss, le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki par Truman visait à provoquer une action de terreur de type nietzschéen, typique de l’orientation d’extrême-droite pro-synarchiste que prirent les Etats-Unis après Roosevelt. C’est là que se trouve l’essence du problème concernant Harry.

Un ami proche du général Donovan, chef de l’OSS, a raconté comment il a vu ce dernier sortir, effondré, d’une entrevue dans le bureau du Président Truman en murmurant « C’est fini ». La Présidence Truman n’a pas pu revenir sur tout ce qui avait été accompli sous Roosevelt, mais Truman a préparé le terrain à l’extrême-droite. Celle-ci voyait dans la victoire acquise en Normandie un signal pour abandonner, autant que possible, les politiques de Roosevelt qu’elle avait toujours détestées et qu’elle ne jugeait plus nécessaires. Avec Truman, les utopistes du « complexe militaro-industriel », pour reprendre l’expression du Président Eisenhower, purent reprendre le contrôle des politiques étrangère et intérieure des Etats-Unis. Ceux-ci ont repris à leur compte les doctrines de « guerre nucléaire préemptive » de Bertrand Russell. L’autre vocable qui permet d’identifier ces utopistes était, et demeure, celui de « Syarchie internationale ».

J’insiste à nouveau sur ce point : la Synarchie internationale est à l’origine de ce que représente aujourd’hui Cheney et ses néoconservateurs à l’intérieur de l’administration Bush. Pour comprendre la nature de la force qui conduit le monde vers un type nouveau de guerre nucléaire sous la Présidence américaine d’après 2004, nous devons d’abord comprendre la forme que prend actuellement cette Synarchie internationale ainsi que ses types spécifiques d’objectifs de guerre. Pour ce faire, nous allons faire monter à la surface « l’histoire derrière l’histoire », à partir de ce que dit Barnett. Les raisons du bombardement d’Hiroshima et du déclenchement de la guerre de Corée par Truman deviendront évidentes.

Voici maintenant une synthèse des points essentiels à propos de la Synarchie internationale. Je clarifierai ensuite comment, si cette dynamique politique et stratégique n’est pas arrêtée, elle garantit l’éclatement d’un nouveau type de guerre dès le début de la prochaine administration américaine.

L’économie et les guerres mondiales

La Synarchie internationale a commencé à faire parler d’elle sous ce nom à l’époque de la négociation du traité de Versailles au lendemain de la Première Guerre mondiale. Cependant, son existence remonte à la période 1789-1815 qui a vu se succéder la Terreur d’« extrême-gauche » jacobine et la tyrannie d’« extrême-droite » de Napoléon Bonaparte. Cette caractéristique « droite-gauche » de la Synarchie, dont le synarchiste Jacques Soustelle est une très bonne illustration, a été une constante depuis cette époque de l’histoire de France jusqu’à aujourd’hui. La description qui suit pourrait sembler, à première vue, très mystérieuse pour ceux qui ne sont pas des spécialistes de l’histoire et du renseignement ; toutefois, sans cette connaissance, on ne peut comprendre de façon adéquate la menace qui pèse actuellement sur notre civilisation.

Cette succession de terreur et de tyrannie entre 1789 et 1815 a été promue par un groupe d’intérêts privés bancaires et marchands, incluant notamment les intérêts bancaires de Schlumberger, Neuflize et Mallet, y compris Mallet du Pan, ainsi que Jacques Necker, ami et associé de lord Shelburne. Ces familles de banquiers privés ont utilisé une association maçonnique passionnément occulte - les « martinistes » - comme bras politique. Jusqu’à ce jour, l’idéologie martiniste a toujours été dominée par la figure très excentrique de Joseph de Maistre.

Le nom de « synarchie » a été adopté par ces réseaux à la fin du XIXe siècle (7), en réaction au soutien que le Foreign Office de lord Palmeston avait apporté à Bakounine, le fondateur de l’« Anarchie ». Quant au terme « Synarchie internationale », encore utilisé aujourd’hui, on a vu qu’il apparaissait durant la période suivant le traité de Versailles. Les synarchistes du Mexique et d’Amérique du Sud incarnent, encore aujourd’hui, la continuation de l’existence de ces forces pseudo-maçonniques version martiniste, originellement dirigées par les nazis. Elles ont comme caractéristique une bipolarité « droite-gauche », ce qui, dans les années 30, a conduit les services de renseignement américains à les classer sous l’étiquette « Syn-archistes : Nazis-Communistes ». (...)

Depuis l’automne 2002, la Synarchie internationale a organisé une série de réunions coordonnées par un vétéran des fascistes franquistes, Blas Pinar, rassemblant des fascistes d’Italie, de France, d’Espagne, d’Amérique Centrale et d’Amérique du Sud, dans une campagne anti-américaine. Ceux qui connaissent leur histoire savent que la création des Etats-Unis en tant que république fédérale constitutionnelle a été la principale cible de l’hostilité synarchique depuis la prise de la Bastille le 14 juillet 1798 en France et jusqu’à ce jour. Ces deux systèmes antagonistes - notre forme de république constitutionnelle et la Synarchie - ne pourront plus très longtemps exister ensemble sur la même planète. Les synarchistes sont de nouveau engagés dans la création d’un empire mondial, comme à l’époque d’Hitler, en 1940. Cheney et son entourage font partie de ce projet utopiste.

La clef de ce conflit est à chercher du côté d’un vestige féodal qui nous a été légué par Venise, au temps où la Sérénissime était le centre d’un empire maritime oligarchique et financier. Ce vestige subsiste aujourd’hui à travers ce qui est devenu le système de banques centrales indépendantes. Comprendre le système de banques centrales est essentiel pour identifier la relation dynamique qui existe entre un système monétaire et financier mondial, de forme anglo-hollandaise, et l’avènement des guerres mondiales, comme les deux grandes guerres du XXe siècle.

Parfois et sous certaines conditions, l’Etat-nation souverain moderne, d’une part, et les formes modernes du système impérial usurier de Venise, d’autre part, coexistent dans une paix relativement stable (mais pas sans problèmes). En général, cet état de choses a prévalu dans la civilisation européenne au sens large, depuis les premières créations d’Etats-nations souverains modernes par Louis XI en France et Henry VII en Angleterre, au cours de la Renaissance du XVe siècle. Cette Renaissance, qui fit revivre l’héritage grec classique, devint possible dans un contexte où l’Europe s’efforçait de sortir du « nouvel Age des Ténèbres » du XIVe siècle, provoqué par l’effondrement général du système bancaire lombard. Au cours de cet « Age des Ténèbres », l’Europe perdit plus d’un tiers de sa population du fait de l’usure financière organisée par Venise. C’est au milieu de ce chaos que la tradition augustinienne du christianisme rassembla ses forces pour créer la Renaissance, inspirée des Grecs classiques, et supplanter l’héritage ultramontain écrasant des empereurs Dioclétien, Constantin et Julien « l’Apostat » (présentés comme des modèles dans son histoire de l’Empire romain par l’historien Gibbon, écrivant au service de Shelburne pour défendre l’utopie impériale britannique).

Au XVe siècle, l’apparition de la civilisation européenne moderne se heurta à une nouvelle montée en puissance de Venise. Depuis 1511 environ, la civilisation européenne moderne au sens large, telle qu’on la nomme, a été prisonnière d’une série de conflits meurtriers récurrents entre, d’une part, les Etats-nations modernes naissant en Europe et dans les Amériques, et d’autre part, les vestiges de la tyrannie normando-vénitienne qui avait précédemment dominé le bassin méditerranéen et au-delà (depuis l’époque de Mathilde de Toscane et de la conquête normande de l’Angleterre). Ce conflit a notamment vu l’Espagne des Habsbourg jouer un rôle très néfaste dans les guerre de la période 1511-1648, en particulier les guerres de religion.

Au cours du XVIIIe siècle, de nombreux européens engagés à établir des Etats-nations modernes en vinrent à penser que le développement des colonies anglophones d’Amérique du Nord représentait la meilleure opportunité pour constituer un nouveau type de véritable république, lequel pourrait devenir un modèle pour des réformes similaires en Europe même. Comme l’atteste le principe de la « poursuite du bonheur », inscrit dans la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis (8), ce sont les idées exprimées par l’attaque de Gottfried Leibniz contre John Locke, et formulées dans ses Nouveaux essais sur l’entendement humain, qui influencèrent cette initiative des républicains européens en faveur des dirigeants intellectuels de l’Amérique du Nord, comme Cotton Mather et son plus célèbre successeur, Benjamin Franklin. A partir de 1750, mais surtout au milieu des années 1760, les plus grands esprits d’Europe, comme Priestley en Angleterre, Lavoisier en France, Kästner en Allemagne, aidèrent Franklin à développer son mouvement de jeunes en Amérique du Nord ; il constitua ensuite la direction intellectuelle et politique de la jeune république.

Pratiquement au moment même où le texte de la Constitution fédérale des Etats-Unis était adopté (1787), la monarchie française sombrait dans une faillite économique (1789) résultant des clauses de libre-échange incluses dans son traité de paix de 1783 avec l’Angleterre (9). Deux patriotes français - Bailly et Lafayette - rédigèrent une constitution pour la monarchie française, inspirée par l’exemple américain. Il apparut alors que le modèle américain de république, déjà très populaire auprès des patriotes européens, était sur le point d’accomplir sa destinée, c’est-à-dire entraîner l’émergence de véritables républiques sur le vieux continent. Le Foreign Office intervint par l’intermédiaire de ses agents en France comme Philippe Egalité et le banquier suisse Jacques Necker, organisant la prise de la Bastille du 14 juillet. Ce fut le début de la descente aux enfers pour la France, précipitée par les agents britanniques Danton et Marat ainsi que par la Terreur jacobine. Les principales personnalités françaises influentes qui, comme Lavoisier, avaient été associées à la cause américaine, furent les victimes de cette Terreur.

Puis vint ce que l’on pourrait appeler le « tournant à droite » : Napoléon Bonaparte. Lors du Congrès de Vienne, la république américaine était isolée, en danger, prise entre les fourberies et les menaces de Londres et le mal incarné par la Sainte Alliance des Habsbourg. Le syndrome « gauche-droite » illustré par la Terreur jacobine suivie de l’ancien jacobin devenu empereur, Napoléon Bonaparte, devint le modèle de référence non seulement pour bloquer l’influence exemplaire de la république américaine, mais aussi pour chercher à l’écraser dans les Amériques, comme ce fut le cas avec la création de la Confédération sudiste et la mise au pouvoir par les Anglais et les Français au Mexique d’un boucher habsbourgeois, Maximilien. Depuis les développements de la période 1789-1815, cette association occulte que l’on appelle aujourd’hui la Synarchie est un facteur fondamental dans l’histoire de la civilisation européenne.

Cette contamination synarchiste de la société moderne a été favorisée par l’existence d’une différence cruciale entre le modèle typiquement libéral anglo-hollandais des démocraties parlementaires d’aujourd’hui, et la Constitution de la république des Etats-Unis. Cette différence est la clef permettant de comprendre le lien entre les cent dernières années de crise économique et les guerres mondiales. Le système constitutionnel de gouvernement américain est défini en tant que principe dans le Préambule de la Constitution fédérale.

Ce Préambule consiste en trois principes physiques universels multiplement connectés, qui servent de référence pour l’interprétation de tout autre aspect de cette constitution et de toute loi fédérale. Ces trois principes sont les suivants : 1) l’entière souveraineté de la nation et de ses citoyens sur tout leur territoire et dans toutes leurs affaires intérieures et étrangères ; 2) l’intérêt général de tous ses citoyens ; 3) la responsabilité vis-à-vis de notre postérité.

Cette notion d’« intérêt général », opposée à la notion de « propriété » de Locke et de la Confédération sudiste, ou de « valeur actionnariale », est issue du concept d’agapè que la République de Platon nous présente à travers Socrate, et du même concept tel qu’il est présenté par l’apôtre Paul dans son Epître aux Corinthiens, I.13. Cette notion d’intérêt général est parfois désignée par l’expression « bien commun ».

Leibniz donne un autre synonyme pour « intérêt général » : la « poursuite du bonheur ». Ce concept a été emprunté par Benjamin Franklin et son entourage aux Nouveaux essais sur l’entendement humain de Leibniz, qui s’en prennent aux idées de Locke. La « poursuite du bonheur » est une manière plus subtile et scientifiquement plus précise pour exprimer le concept d’agapè ou d’intérêt général. Il souligne la différence absolue qui existe entre l’homme et l’animal : ce qui est essentiel à l’humain pour être véritablement humain, c’est d’exprimer sa créativité, par la science ou l’art classique, laquelle n’existe que chez l’individu humain et pas chez l’animal. La manière la plus efficace d’exprimer cette qualité pour l’intérêt de la société se trouve dans la Déclaration d’indépendance de 1776, qui demandait à la république naissante de stimuler en chacun de ses citoyens cet état vertueux de « bonheur ».

Considérons la question de l’esclavage comme un exemple d’application d’une forme constitutionnelle de loi naturelle.

Dans l’approche originelle de 1776-1789, un compromis a été décidé en ce qui concerne le processus, par ailleurs voulu, d’éradication de l’esclavage. Ce compromis récurrent ne découlait pas d’une question de principe. Il était dicté par des considérations stratégiques générales. Les restrictions mises à l’élimination de l’esclavage ont été nécessaires pour rassembler les Etats de l’Union en vue de défendre la nation américaine contre son adversaire, la monarchie britannique. Celle-ci voulait en effet détruire les Etats-Unis en jouant sur les folies hétéronomes des intérêts esclavagistes au sein de certains des Etats fédéraux, son but ultime étant ainsi de maintenir l’esclavage. Il s’agissait donc d’un compromis tactique, sans raison d’être philosophique ou économique relevant de l’intérêt de la nation américaine.

Par principe, l’esclavage a toujours été pour les Etats-Unis un fléau dont l’économie nationale n’a jamais tiré aucun bénéfice, contrairement à la monarchie britannique, aux esclavagistes, aux trafiquants d’esclaves espagnols et aux planteurs de coton. En fait, la principale nation qui se livrait au trafic d’esclaves au XIXe siècle, c’était l’Espagne. La Compagnie britannique des Indes orientales avait abandonné son commerce d’esclaves africains qu’elle jugeait non rentable, le laissant à l’Espagne. De même, au cours des années 1890, l’Essex Junto, la principale faction traîtresse au sein des Etats-Unis de l’époque, avait abandonné le trafic d’esclaves pour libérer ses navires et les utiliser, en partenariat avec les Britanniques, pour le commerce bien plus lucratif de la drogue. Cependant, l’esclavage s’était accru à l’intérieur des Etats-Unis pour le plus grand bénéfice d’intérêts britanniques et de leurs alliés, dont les fabricants de textiles de l’Essex Junto et la monarchie espagnole.

L’impossibilité pour les Etats-Unis de faire la guerre à leurs ennemis en Europe les a condamnés à demeurer otages de ces intérêts esclavagistes d’héritage portugais, espagnol, hollandais et britannique, jusqu’à ce que le président Lincoln batte la Confédération sudiste, soutenue par les Britanniques, et fasse du pays une puissance que les forces oligarchiques combinées de la Grande-Bretagne, de la tradition napoléonienne et des Habsbourg ne puissent plus écraser.

Selon la Constitution américaine, dont les principes ont été mentionnés ci-dessus, le souverain, c’est-à-dire le gouvernement, a le pouvoir absolu et la volonté exclusive d’émettre de la monnaie et du crédit national, ou plus généralement la dette de la république. Ainsi, le premier secrétaire au Trésor, Alexander Hamilton, ayant expliqué comment mettre cette intention en pratique, le système requis par la Constitution fut donc celui de banque nationale, et non pas celui de banque centrale indépendante. Cela signifie que cette forme de gouvernement doit être protectionniste, notamment afin d’empêcher que l’augmentation du prix de l’argent dépasse celle du prix de la richesse physique produite.

La Constitution américaine a doté l’exécutif des grands pouvoirs nécessaires pour défendre les citoyens contre les faiblesses et les folies coutumières des gouvernements parlementaires ; cependant, les pères fondateurs ont également créé des garde-fous puissants contre les abus de l’exécutif, en particulier pour ce qui concerne le pouvoir de faire la guerre.

Dans le modèle libéral anglo-hollandais de gouvernement parlementaire, aucune souveraineté efficace ne peut être assurée. L’appareil permanent du gouvernement n’est pas contrôlé de manière efficace et les institutions parlementaires sont vulnérables. Sa pire caractéristique est l’existence d’un système de banque centrale indépendante qui est une sorte de franchise octroyée à des intérêts bancaires privés, leur permettant de contrôler l’émission de monnaie et de crédit de la nation. L’imbrication de tels intérêts dans ce système de banque centrale indépendante, ou son équivalent fonctionnel, est la clef pour comprendre les causes des deux guerres mondiales du siècle dernier, et de celle qui pourrait éclater au cours de la prochaine décennie.

Le facteur de crise financière

Dans la période qui suivit immédiatement la guerre, les aspects protectionnistes du système original de Bretton Woods, fondé sur la disposition établissant un système à réserve-or (à ne pas confondre avec l’étalon-or) à taux de changes fixes, ont freiné les abus qui caractérisent le système de banque centrale indépendante. L’aban-don en Amérique, en Europe occidentale et au Japon d’une économie basée sur la production et disciplinée par un système à taux de changes fixes, qui en fait était déjà en cours avant la destruction du système de Bretton Woods original en 1971-1972, est à l’origine de l’effondrement actuel du système monétaire et financier à « taux de changes flottants », semblable à l’effondrement du système de Versailles. La corruption anticonstitutionnelle des Etats-Unis par l’établis-sement du système privatisé de la Réserve fédérale et des folies monétaristes introduites après la Deuxième Guerre mondiale par des hommes comme Arthur Burns, ont miné les dispositions prévues dans la Constitution et rendu possible l’autodestruction de l’économie américaine au cours des dernières décennies.

L’envolée des prix nominaux des actifs financiers, par rapport aux investissements dans le développement technologique des infrastructures économiques de base et aux investissements à haute intensité capitalistique dans le progrès technologique orienté vers la production de biens, a produit une tendance générale d’inflation financière et monétaire s’accélérant. Ceci a duré assez longtemps pour que la crise devienne systémique, menaçant l’ensemble du système d’un effondrement général. Maintenant, qui, de la nation ou des intérêts financiers, va régler la dette ?

Dans la mesure où les gouvernements existants sont responsables de l’intérêt de l’ensemble de la population, leur devoir et leur impulsion naturelle les pousseraient plutôt à défendre la souveraineté, l’intérêt général ainsi que la postérité de la nation et de ses citoyens. Pour savoir dans quelle mesure, il faudra voir la part de responsabilité dans l’élimination de cette dette qui échoira à la classe des créditeurs financiers. C’est là que les financiers se mobilisent pour renverser les gouvernements qui ne placeraient pas leur intérêt oligarchique au-dessus de tout, y compris de la vie de leur population.

L’établissement de la première véritable république souveraine - les Etats-Unis de 1787, avec leur Constitution fédérale - a représenté une menace mortelle pour les intérêts féodaux et libéraux-financiers d’Europe. Le risque que le modèle américain devienne la base pour une reconstruction constitutionnelle de la monarchie française était donc une éventualité que les principaux intérêts financiers privés voulaient à tout prix empêcher. Un groupe de ces financiers, composé d’intérêts rivaux mais néanmoins liés, comprenant la Compagnie britannique des Indes orientales de lord Shelburne et un cercle de banquiers suisses francophones principalement protestants, comme Jacques Necker et Mallet du Pan, créèrent donc en France ce qui donna naissance à la Synarchie du XXe siècle.

Cette concoction, composée d’un processus de transition « gauche-droite », du gauchisme jacobin au fascisme impérial, est le modèle d’encerclement qui est devenu la principale force organisée déployée par les financiers dans le monde, et utilisée par eux pour renverser les formes républicaines de gouvernements lorsqu’une crise générale du système monétaire et financier menace de les forcer à régler leur part de la faillite - faillite due principalement à leurs propres pratiques.

Personne ne pourrait créer une prospérité immédiate. Roosevelt ne le pourrait pas ; moi non plus. Il est cependant possible d’en créer immédiatement les conditions. Roosevelt organisa la sortie d’une dépression qui avait divisé le niveau de vie moyen des Américains par deux, ou davantage. De même, 80% des foyers américains qui ont aujourd’hui les revenus les plus bas ont vu leur niveau de vie réel chuter de moitié depuis 1977 (en tenant compte des manipulations statistiques utilisées dans les calculs « hédonistes » de la Réserve fédérale depuis 1962). Je pourrais rapidement engager l’économie dans un processus de reprise qui ramènerait la prospérité en une génération environ. Il n’y a rien de magique là-dedans ; tout ce qui est nécessaire, c’est le type de compétence en économie dont mon succès unique en matière de prévision économique à long terme est un reflet.

De ce fait, la question est essentiellement politique. C’est un conflit politique à l’intérieur des Etats-Unis entre ceux qui partagent l’engagement de Franklin Roosevelt pour l’intérêt général, inscrit dans la Constitution, et ceux qui partagent aujourd’hui les mêmes engagements que Coolidge et Hoover. Il existe également en Europe une résistance institutionnelle plus profondément enracinée à de telles mesures de reprise.

Pour n’importe quel patriote américain connaissant la véritable histoire de l’économie nationale de son pays et l’économie moderne en général, la leçon de la reprise dirigée par le président Franklin Roosevelt donne une idée claire du type de solution dont nous avons besoin pour sortir de l’actuel effondrement monétaire et financier général. De ce point de vue, une question se pose : « Qui va régler la mauvaise dette ? » Est-ce les financiers dont la spéculation a coulé notre économie ou, au contraire, les payements mirobolants qu’ils réclament seront-ils réglés en prélevant des livres de chair sur les êtres humains ? Dans cette controverse, nous savons de quel côté penche le juge fasciste Antonin Scalia de la Cour suprême des Etats-Unis ; nous avons une idée fortement étayée de faits pour déterminer de quel côté se trouve Howard Dean. Nous nous rappelons de quel côté Franklin Roosevelt se trouvait ; et nous savons où se trouvent les héritiers politiques de ses adversaires.

Ayant à l’esprit les exemples de certaines reprises économiques de l’histoire et, en particulier, celle de Roosevelt, je pourrais, en tant que Président, conduire rapidement les Etats-Unis dans une phase de croissance à long terme. Aucun autre candidat déclaré à ce poste ne le pourrait ; ils pourraient l’apprendre, mais aujourd’hui, livrés à eux-mêmes, ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’il faut faire. Ils n’ont jamais compris la leçon des reprises du passé qui nous ont sortis des folies de Coolidge, Hoover, Arthur Burns, Nixon, Brzezinski, Volker et du cas extrême actuel incarné par Greenspan.

En dehors des Etats-Unis, la principale source de résistance à tout programme compétent de reprise économique se situe dans le préjugé solidement enraciné selon lequel, en vertu des traditions libérales anglo-hollandaises de gouvernement parlementaire, il faut s’opposer à toute mesure qui violerait le sacro-saint système indépendant de banque centrale. Les synarchistes (fascistes) se sont servis de ce préjugé en Europe après le traité de Versailles ; aujourd’hui, c’est un levier essentiel pour les projets des synarchistes européens. Tout comme ceux qui se trouvaient derrière les martinistes de la période 1789-1815 ou les synarchistes des décennies qui suivirent Versailles, ce sont des banquiers prêts à tout qui exploitent aujourd’hui les faiblesses intellectuelles promonétaristes des gouvernements et des dirigeants, pour imposer des dictatures et des guerres aux nations de la civilisation européenne moderne, de la même manière que les banquiers de Venise ont organisé les horreurs de la période médiévale en parrainant la chevalerie normande.

Tout comme dans la période précédant la Deuxième Guerre mondiale, le principal facteur entraînant le monde dans des guerres générales et des dictatures réside dans ces différents milieux dont nous avons parlé et qui s’opposent tous aux approches, nécessaires et urgentes, pour une réforme financière et monétaire générale.

Si la prochaine guerre mondiale arrive

Supposez que vous soyez un dirigeant dans un pays comme la Russie, la Chine ou l’Inde. Supposez que vous sachiez que votre nation a été désignée pour être détruite à moyen terme par une guerre nucléaire ou par un autre moyen, si vous ne parvenez pas à résister à l’agresseur. Supposez que vous sachiez que d’autres nations d’Asie partagent votre préoccupation. Comment réagiriez-vous ?

Comment la Russie, la Chine et la Corée du Nord réagirent-elles pendant la guerre de Corée, convaincues d’être confrontées à des menaces similaires de la part de l’administration Truman ? Quelle était leur évaluation d’un certain ensemble de provocations émanant de cette administration ? Qu’est-ce que ces nations, qui se voyaient comme cibles, ont lu dans la publication d’une menace écrite, en septembre 1946, par le pire monstre existant au monde à cette époque, Bertrand Russell, exprimant son argument en faveur d’une doctrine de « guerre nucléaire préemptive » contre l’Union soviétique ?

Comparez cela avec les menaces répétées de Cheney, depuis l’époque où il était secrétaire à la Défense dans l’administration Bush de 1989-1992 - ses menaces de guerre nucléaire, visant implicitement la Russie post-soviétique et d’autres nations. Comparez cela avec la multiplication des menaces de la part de Cheney depuis le soir du 11 septembre 2001. Si vous saviez que cet ennemi puissant a l’intention de détruire totalement votre nation, et d’autres, et si vous étiez une cible disposant du potentiel d’infliger un coup terrible à cet ennemi, hésiteriez-vous à définir une ligne de défense, y compris au risque de perdre la moitié de votre population ?

A ce sujet, l’histoire des guerres terrestres en Asie, incluant le rôle de la Chine dans la guerre de Corée, et l’expérience des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam, devrait donner matière à réflexion aux personnes prudentes.

Si, par exemple, étant dans le commandement militaire d’une nation ciblée, vous connaissiez des moyens de disposer d’engins mortels dans des endroits où ils seraient très difficiles à détecter, et qui, s’ils étaient activés, auraient un effet gigantesque, seriez-vous tenté de le faire ? Vous rappelez-vous de la taille respective des armements de l’armée allemande et de la population soviétique, au cours de la Deuxième Guerre mondiale ? Ou encore, vous rappelez-vous la situation quelque peu différente, mais tout aussi significative, de Carnot lorsqu’il assura avec succès la défense de la France jusqu’à la victoire en 1794 ? Dans certaines circonstances, les gens combattent d’une manière qui reflète leur volonté de placer l’existence future de leur nation et de sa culture au-dessus de leur propre vie. Ceci est une qualité de la nature humaine que des tyrans inhumains comme Hitler et les synarchistes ont tendance à oublier. C’est une caractéristique stratégique du monde réel que l’on ne trouve pas dans un sandbox [par référence aux coffres remplis de sable utilisés par les démineurs pour faire exploser les engins en toute sécurité, il s’agit aussi de scénarios de conflits ne devant pas s’étendre au-delà d’une certaine limite, NdT] de la Rand Corporation, ni dans les calculs de la théorie des jeux.

On ne trouvera jamais les solutions à toutes ces questions de stratégie nationale dans un sandbox, dans un ordinateur ou même dans un cerveau humain. Elles n’existent que dans le potentiel créatif d’un esprit humain développé de manière appropriée.

Notre préoccupation n’est pas de nous interroger sur des systèmes d’armes spécifiques. Ce qui nous intéresse ici, c’est de savoir comment empêcher une telle guerre d’avoir lieu. Si nous ne mettons pas fin à ce que Cheney représente, elle aura probablement lieu, et c’est sans doute pendant le mandat du prochain Président des Etats-Unis. Le principe de cette guerre est le même qui a conduit à la guerre utopiste de Corée du Président Truman, dont nous sommes sortis grâce aux militaires traditionnels et au candidat présidentiel Eisenhower. Avec un Cheney autorisé à courir en liberté, les Etats-Unis pourraient ne pas s’en sortir à si bon compte cette fois-ci.

Prenons un exemple simple du type de systèmes et de mesures en cours de préparation. Considérez les petits sous-marins ultrasilencieux, plus silencieux que les sous-marins nucléaires militaires actuels - des sous-marins plus petits qui peuvent transporter de petits objets et les déposer dans des endroits où ils sont très difficiles à détecter par les défenses. Considérez encore des sous-marins pouvant plonger en eaux très profondes et mener des opérations très spéciales. On peut également produire des armes nucléaires ou thermonucléaires ayant une grande variété d’effets, certaines pouvant être relativement petites. Il existe aussi des moyens de produire des effets globaux, que nous avions considérés lorsque, étant impliqués dans la proposition de l’IDS (Initiative de défense stratégique), nous avions défini les conditions pour altérer l’environ-nement à une échelle relativement grande, pendant des intervalles de temps courts mais significatifs.

Ce que je veux illustrer par ces exemples, c’est le fait qu’il existe de nombreux moyens « asymétriques » par lesquels le dispositif nucléaire américain peut être rendu obsolète. Ces moyens consisteraient à définir un nouvel espace technologique dans lequel se déroulerait la guerre, différent de celui dans lequel ce dispositif a été conçu pour fonctionner. Ce n’est pas une question concernant un système d’armes particulier. Il est ici question d’un adversaire menacé, imaginant une dimension technologique réalisable à laquelle vous n’auriez tout simplement pas pensé. Lorsqu’un groupe de scientifiques est confronté à ce qui semble être un obstacle insurmontable défini par une technologie, les scientifiques ordinaires y voient une limite dans le cadre de laquelle devra se trouver toute solution qu’ils proposeront ; les autres considèrent l’immense univers de possibilités qui existe au-delà de cette frontière, sachant que s’y trouvent toutes les solutions réelles à cet obstacle apparemment insurmontable. Le grand scientifique militaire, à qui l’on dit que l’ennemi possède un armement parfaitement invincible, sourira et répondra tranquillement : « Ils croient vraiment cela ? »

Si la réponse des experts militaires est affirmative, le scientifique, toujours souriant, hochera la tête : « Alors, c’est comme ça que nous allons le battre. »

L’incompétence générale sur les questions militaires et connexes dont font preuve les économistes de l’administration Bush et les néoconservateurs qui entourent Cheney et Rumsfeld (c’est dans ce contexte que se situent certains événements comme la récente réunion, pas si secrète, qui a eu lieu dans le Nebraska), montrent qu’il y a dans les intentions de ces individus une telle confiance dans l’invincibilité de leur doctrine stratégique que toute nation plus faible, mais dotée de certaines capacités, est intrinsèquement capable de découvrir comment les vaincre, si elle n’a pas déjà défini de telles solutions.

La stupidité sur laquelle les membres de l’administration Bush font reposer leurs doctrines absurdes concernant les principes économiques, exprime précisément leur type de maladie mentale, capable de pousser ce gouvernement à aller au-devant d’une débâcle auto-infligée du fait de sa foi aveugle dans son invincible armada. L’incompétence militaire dont ont fait preuve Cheney, Rumsfeld et leurs faucons mouillés en Afghanistan et en Irak illustre ce facteur d’incompétence scientifique et technologique générale, répandu dans l’administration Bush... mais aussi ailleurs.

Dans certains passages qui précèdent, j’ai donné quelques exemples d’approches technologiques actuellement mises en œuvre pour attaquer par le flanc la manière de penser des utopistes américains. Je sais qu’il en existe d’autres, mais je pense qu’il serait superflu, voire même contre-productif, pour plusieurs raisons, de mettre en avant ici ces possibilités. Sur cette question du développement et du déploiement des technologies stratégiques existantes et nouvelles, je renvoie le lecteur au travail de Correlli Barnett sur la façon dont s’est produit la ruine systémique des capacités - autrefois considérables - du Royaume-Uni et ses effets. Ce processus est très semblable à ce que connaissent les Etats-Unis depuis, à peu près, le début officiel de leur guerre du Vietnam.

La folie de Cheney et des autres synarchistes de l’administration Bush devrait attirer notre attention et nous faire reconnaître que c’est le même type d’erreur qu’ont commis les utopistes de l’administration Truman, pris deux fois par surprise en Corée. D’abord par les forces de Corée du Nord, puis par celles de la Chine. Truman a refusé de comprendre qu’en adoptant une politique brutale consistant à lancer un certain type de menace existentielle contre la Chine et l’Union soviétique, il était en train d’engager les Etats-Unis dans un type de guerre totalement inattendu pour lui.

Fondamentalement, la folie de l’administration Truman consistait à ne pas comprendre que ses menaces forçaient l’Union soviétique et la Chine à faire un choix entre mener une guerre à la fois contre les Etats-Unis et l’OTAN, ou être démembrées. La citation de Kennan confirme cela. Le même type d’erreur axiomatique prévaut aujourd’hui chez les néoconservateurs.

La combinaison entre l’ordre de Truman de bombarder Hiroshima et Nagasaki, la publication, en septembre 1946, de la déclaration de Bertrand Russell en faveur d’une politique de guerre nucléaire préemptive, visant en particulier l’Union soviétique, et le soutien apporté par Truman au discours de Churchill sur le « rideau de fer », a défini une situation dans laquelle Staline et Mao Tsé-Toung pensaient que les Etats-Unis et l’Angleterre étaient déterminées à utiliser la menace nucléaire pour les faire disparaître en tant qu’Etats. Dans ce contexte, le type de provocations exercées par l’administration Truman en Asie, telles qu’elle sont identifiées par Barnett, ont placé le monde à un seuil. D’une manière assez semblable, les bouffonneries combinées de « Svengali » Cheney et des « Trilby » de l’administration Bush et du Parti démocrate ont contribué à créer des tensions du type de celles qui précèdent une guerre mondiale.

Tout comme Truman en 1949-1950, les néoconservateurs straussiens qui agitent leur marionnette présidentielle, George Bush, sont en train de forcer le déploiement d’opérations qui obligent des nations, dont certaines puissances à travers le monde, à y voir une intention de détruire la Chine et la Russie, c’est-à-dire, au bout du compte, de diviser et détruire petit à petit l’ensemble des nations d’Europe et d’Asie.

Du fait que Cheney et son entourage sont cliniquement déments et incompétents en matière stratégique, comme je l’ai décrit dans ce rapport, leur obsession quant à leurs projets tend à les aveugler, comme des terroristes psychotiques, face à toute réalité qui pourrait soulever de graves doutes stratégiques concernant les aspects caractéristiques de ces projets. Comme cela s’est passé avec Truman vis-à-vis de la Chine et de l’Union soviétique, à une époque relativement plus rationnelle, ces malades mentaux conduisent aujourd’hui un nombre croissant de nations ciblées en Eurasie à réfléchir et anticiper des réponses face à des attaques américaines, comme on peut s’y attendre de la part de cultures asiatiques, lesquelles, aujourd’hui, disposent de fortes capacités scientifiques et technologiques modernes.

En résumé : ce que Cheney et ses associés sont en train de faire, avec les échos répétés du slogan du Président Bush en 2002 sur « l’Axe du Mal », a engendré une réaction en chaîne à travers le monde, une réaction qui pose la menace d’une guerre plus importante que ce que le gouvernement Bush pourrait imaginer possible - une guerre qui, si les événements suivent leur cours actuel, devra être anticipée par le Président élu en 2004. Manifestement, cette administration n’a retenu des leçons de l’histoire que ce qui est faux.

Quelle est l’alternative politique pour le monde ?

La Synarchie pousse à la guerre nucléaire

En principe, les procès pour crime de guerre au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et la constitution de l’ONU avaient rendu illégales les « guerres d’agression ». Depuis cette époque, nous avons eu l’occasion de déplorer le fait de ne pas avoir découvert également le moyen d’empêcher une puissance importante d’en forcer une autre plus faible - comme la Corée du Nord - à lancer une attaque « agressive », en vue de répondre à une menace plausible contre sa propre existence. C’est ainsi que les menaces de l’administration Truman vis-à-vis de l’Union soviétique et de la Chine suscitèrent la réponse militaire de la Corée du Nord. A ce sujet, il se pose essentiellement deux défis à la puissance qui cherche à éviter une guerre contre une autre puissance. Le premier est d’éviter de menacer l’autre puissance d’une guerre. Le second est d’éviter de provoquer cette nation, comme le fait Cheney, d’une manière telle que la préservation de ses intérêts vitaux lui imposerait de lancer une attaque. En août 1945, la Deuxième Guerre mondiale n’était même pas terminée que le Président Truman commençait à violer ces deux règles de prudence, au nom de ses illusions utopistes. Aujourd’hui, les leçons de cette expérience devraient inciter les Etats-Unis à redéfinir une politique acceptable par les Etats-nations souverains - une politique conçue pour supprimer la menace réelle et immédiate de guerres à court terme, dont les effets en chaîne dépasseraient l’imagi-nation de la plupart des chefs de gouvernement.

Pour présenter un cas de figure pour une alternative à une telle guerre, nous devons commencer par considérer brièvement les vestiges des formes anciennes et médiévales de l’impérialisme. Il faut pour cela mettre en lumière certains aspects cruciaux de cette histoire, depuis l’exemple de la folie impériale d’Athènes dans sa guerre du Péloponnèse.

Cheney et ses associés ignorent la leçon de cette expérience fondamentale de la civilisation européenne ancienne et moderne. Le Président Bush, de son côté, contribue à cette folie avec ses menaces répétées de « conséquences », dignes d’une brute dans la cour de récréation. Ils sont pires que les fous épouvantables, responsables de la guerre de Trente ans (1618-1648) - une guerre menée au nom de serments soi-disant sacrés (mais en fait, sataniques), qui transforma ces dirigeants, comme par magie, en sortes de bêtes, semblables aux Cheney d’aujourd’hui. Ce que Cheney représente, c’est la pire forme imaginable et recensée d’impérialisme, qui, si elle n’est pas bloquée et éradiquée, pourrait détruire toute forme de civilisation sur cette planète pour les générations à venir.

Depuis le début de la guerre du Péloponnèse jusqu’à la Renaissance du XVe siècle, la tradition prévalant dans toute la culture d’Europe et du Moyen-Orient fut le type d’impér-ialisme qui a corrompu Périclès d’Athènes, qui a dominé les cultures romaine et byzantine, et qui a également dirigé l’Europe pendant près d’un millénaire, depuis la conquête de l’Angleterre par les Normands, sous l’hégémonie impériale de l’oligarchie financière vénitienne et des partenaires normands de Venise. Ceci est très mal compris, mais la forme d’impérialisme de l’histoire européenne actuellement la plus influente, c’est celle qui nous vient d’une Europe sous domination de la loi ultramontaine, imposée par les Normands et liée aux Croisades (10).

Comme l’expérience du féodalisme le prouve, la caractéristique essentielle de l’impérialisme, c’est le pouvoir d’imposer une autorité basée sur une certaine forme ultramontaine de loi. L’exemple de la doctrine romaine impériale de Pontifex Maximus, qui vient des césars, est le modèle permettant de comprendre l’impé-rialisme, depuis Auguste et Tibère jusqu’à aujourd’hui.

A ce jour, l’impérialisme ultramontain, semblable à celui du féodalisme, s’exprime essentiellement dans les intérêts spécifiques d’un type particulier, monétariste radical de système financier-oligarchique, financier-monétaire, mondial : le système en faillite du FMI. Dans une civilisation moderne, le principe général pour une stratégie militaire et les questions connexes, doit être, comme je l’ai souligné plus haut, une doctrine de défense stratégique cohérente avec les définitions et les actions de deux grands commandants : le Français Lazare Carnot et l’Allemand Gerhard Scharnhorst.

Malheureusement, la dictature martiniste (synarchiste) de Napoléon Bonaparte a fait revivre l’institution et les méthodes de l’empire sous une forme nouvelle. Ce fut une forme radicalement nouvelle, que l’on appela plus tard fascisme, d’une institution aussi impériale que les empires britanniques et habsbourgeois. Cet impérialisme a été la principale maladie interne de la civilisation européenne depuis la guerre du Péloponnèse dans laquelle la Grèce s’est pratiquement autodétruite. L’Europe s’était provisoirement débarrassée de cette maladie grâce au rôle primordial du cardinal Mazarin dans ce coup de génie que constitua le Traité de Westphalie en 1648. Depuis Hitler jusqu’à aujourd’hui, cette nouvelle forme d’impérialisme, introduite sous Napoléon Bonaparte, a souvent été identifiée par ses promoteurs pro-synarchistes, comme Michael Ledeen, sous le nom de « fascisme universel ».

Comme je l’ai souligné plus haut, la naissance du fascisme moderne dans la France de 1789-1815, fut essentiellement la réponse combinée de l’Empire britannique en plein essor et de son rival, la tradition habsbourgeoise, à la menace mortelle que la Révolution américaine de 1776-1789 représentait pour ces deux types de systèmes politiques. Cet effort pour écraser l’influence de l’Indépendance américaine s’est immédiatement concentré dans la période 1781-1783 dans les préparatifs de la Révolution française orchestrés par le personnage le plus puissant de l’Empire britannique mondial naissant : lord Shelburne. C’était le principal dirigeant de la banque Barings et de la Compagnie britannique des Indes orientales, et le premier à promouvoir le processus d’intervention qui a conduit en France aux développements de 1789-1815. Les développements les plus importants qui doivent être attribués directement et explicitement à Shelburne datent de 1763. C’est un réseau de banquiers privés, mis en place et dirigé par Shelburne, opérant depuis les Pays-bas et la Suisse francophone, qui organisa les étapes cruciales dans la préparation de la Révolution française. Ce fut particulièrement le cas en 1782-1783, quand Shelburne fut le Premier ministre britannique.

Dans les années 1780, Shelburne et principalement ses collaborateurs suisses et français créèrent une sorte d’exécrable association occulte pseudo-maçonnique - les martinistes - une secte incluant des personnalités notables telles que Mesmer (11) et Cagliostro qui jouèrent un rôle clef à la fois dans la Terreur jacobine et dans la montée au pouvoir de Napoléon Bonaparte. « L’affaire du collier de la reine » est un exemple du rôle des martinistes dans la préparation d’événements en France parmi lesquels figure la décapitation de cette reine. Cette secte martiniste, ainsi que les agents de Shelburne comme Philippe Egalité et Jaques Necker, ont organisé la prise de la Bastille du 14 juillet 1789, laquelle a lancé la dynamique de violence criminelle conduisant à la Terreur.

Pour ce projet dirigé par Shelburne, le point de référence historique est celui élaboré par l’un de ses nombreux laquais, l’historien Gibbon, connu pour son Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain. Ce n’est pas vraiment une coïncidence que Gibbon ait été un associé des cercles d’un autre agent de Shelburne, Jacques Necker. L’aspect le plus important du projet de Gibbon, au sein de son oeuvre titanesque, est qu’il se livre à une apologie du célèbre empereur Julien l’Apostat. La conclusion de Gibbon est que c’est le christianisme qui a détruit l’Empire romain de l’intérieur, un empire que l’on pourrait restaurer avec succès sous la forme d’un Empire britannique, à partir de la Compagnie britannique des Indes orientales, à condition que le christianisme soit supprimé. La secte des martinistes fut l’instrument francophone choisi pour lancer les opérations contre la France. Les martinistes convenaient tout à fait pour jouer ce rôle. Leur œuvre prit d’abord la forme de la Terreur jacobine puis, comme par un effet de main du martiniste Cagliostro, cette Terreur apparut dans l’uniforme d’« extrême-droite » de l’ex-jacobin, empereur et assassin Bonaparte.

Ce n’est pas la secte pseudo-maçonnique des martinistes, avec ses éléments bavarois et autres, qui a conçu cette séquence gauche-droite, de la Terreur jacobine à l’impérialisme de Bonaparte. Les martinistes ont été choisis par un réseau de banquiers privés européens héritiers d’une tradition vénitienne, un réseau alors dirigé par Shelburne et largement constitué par lui, personnellement, pour être le type d’instrument idéologique choisi par la Compagnie britannique des Indes orientales dans l’intention d’éradiquer l’influence de la Révolution américaine. Les martinistes, dont l’idéologie est représentée par des auteurs tels Joseph de Maistre, avaient comme qualité d’être le type d’instrument dédié à la destruction du christianisme, tel que décrit par G.W.F. Hegel - un admirateur obsessif de Napoléon Bonaparte, au même titre que Nietzsche, qui s’en inspire pour décrire son « surhomme ». Le maître d’œuvre terroriste Jeremy Bentham était à la tête du « comité secret » de la Compagnie britannique des Indes orientales de Shelburne qui dirigeait la Terreur. La personnalité de Bentham reflète le même type de mentalité que les martinistes, comme on peut le constater dans plusieurs de ses écrits, toujours largement disponibles à l’heure actuelle.

La procession qui partit de la Bastille, avec, à sa tête, le buste de son héros Jacques Necker, en arborant la tête de ses victimes plantée sur des piques, illustre l’esprit martiniste de l’événement à partir duquel s’ensuivit la Terreur et la tyrannie de Napoléon. Cet événement, mise en œuvre théâtrale de la Terreur, portait la marque de ce qui allait devenir ce que l’on désignera plus tard par le terme technique précis de synarchie, à l’époque d’Hitler et aujourd’hui.

Cette horreur était-elle réellement la France ? Lafayette, qui en fut le témoin, aurait dit « non ». La Révolution française est un mélange complexe de contradictions, présentant des vertus comme le génie scientifique et militaire de Lazare Carnot, l’« organisateur de la victoire », et le sublime Bailly, martyrisé par les Jacobins. Comme pour la France elle-même, la conclusion qu’il faut en tirer, c’est que les êtres humains sont naturellement dotés de bonté. Ceci est prouvé à cette époque non seulement par Bailly, ou par le collaborateur de Benjamin Franklin, le grand Lavoisier, liquidé par la Terreur, mais aussi par le travail scientifique des cercles de Monge et de Carnot. Cette histoire, parmi d’autres, prouve de manière répétée que le mal n’est pas naturel à l’homme, bien qu’il soit très répandu.

Ayant en vue cette période, ou n’importe quelle autre, de quel homme s’agit-il et quelle est cette maladie qui l’a affecté ?

Les patriotes français qui veulent faire une nouvelle évaluation de leur histoire devraient se donner pour tâche prioritaire d’expliquer les choses plus profondément que dans ce résumé, sur le mal qui a été fait à cette époque, et de mieux séparer ce qu’ont fait à la France Shelburne et les martinistes, de ce que la France a accompli de bon. Ces patriotes travailleraient à la lumière des éléments cruciaux que nous avons été forcés d’examiner plus en profondeur au cours de notre récente enquête sur le mal que représentent autant les complices d’Hitler autrefois que les complices de Cheney aujourd’hui. Dans le même esprit, les patriotes américains devraient aujourd’hui se pencher sur le mal que Truman a fait après la mort du Président Franklin Roosevelt.

Mis à part Hiroshima et Nagasaki, la question la plus significative qui doit être soulevée contre Truman, c’est qu’en fait Roosevelt avait l’intention de conclure la guerre en libérant la planète de toute forme de colonialisme. L’action de Truman a, de fait, soutenu la politique britannique de restauration du colonialisme par la force militaire, dans des lieux où il avait été renversé au cours de la guerre. Truman a donc fait pencher la balance en faveur d’une restauration de l’impérialisme, qui devint alors une caractéristique de l’ONU.

Peu de temps après la retraite de Truman et la mort de Staline, l’homme le plus monstrueux de la planète à cette époque, Bertrand Russell, a négocié un compromis avec le nouveau dirigeant de l’Union soviétique, Khrouchtchev, dans le contexte de la Conférence à Londres des parlementaires du monde pour un gouvernement mondial. Comme toujours chez lui, l’intention de Russell était motivée par sa haine véhémente envers l’existence même des Etats-Unis. Son intention, telle qu’il l’a exprimée à maintes reprises, était d’établir une sorte de gouvernement mondial qu’il avait appelé de ses vœux avec H.G. Wells et tel que celui-ci le prescrit dans son ouvrage intitulé The Open Conspiracy (1928). C’est explicitement au nom d’un gouvernement mondial que Russell a proposé, publiquement et à plusieurs reprises, à partir de 1946, une guerre nucléaire préemptive comme moyen d’atteindre son utopie et assurer la paix.

Ainsi, après successivement les négociations de Russell, la crise des missiles en 1962 et l’assassinat du Président Kennedy, les Nations unies ont organisé une approximation de gouvernement mondial impérial avec les accords de « détente » entre les superpuissances nucléaires anglo-américaine et soviétique. Des guerres entre les superpuissances furent autorisées, comme la guerre du Vietnam des Américains, par Etats interposés et dans la mesure où elles étaient « organisées » selon les notions de « règles du jeu » en vogue dans le sandbox de la Rand Corporation. Cet arrangement s’est maintenu jusqu’en 1989, c’est-à-dire jusqu’à l’effondrement du Pacte de Varsovie, puis de l’Union soviétique elle-même.

L’effondrement de la puissance soviétique a exacerbé l’envie des utopistes fous anglo-américains de consolider immédiatement une puissance mondiale unique - un empire mondial anglo-américain pour diriger le monde à tout jamais, mettant ainsi fin à l’histoire de l’humanité (12). Cheney représentait les fiers-à-bras les plus fanatiques qui poussaient cette politique dans l’administration Bush entre 1989 et 1993. En 1991-1992, Bush Sr., le père du Président actuel, avait rejeté ses conseil ; Cheney eut plus de succès avec le fils après le 11 septembre 2001. Son intention est d’utiliser la guerre nucléaire préemptive, en tant que menace ou en passant à l’acte, pour réaliser de son vivant la conquête impériale du monde, y compris de la Russie et de la Chine. Il réclame sans plus attendre de nouvelles guerres ; certains esprits plus modérés autour de cette Administration ont proposé d’attendre que les élections de 2004 soient passées pour passer à l’action.

Si cette perspective militaire utopiste que représente Cheney n’est pas extirpée le plus tôt possible du gouvernement américain, le monde se trouvera au bord d’un état de guerre général qui ne laissera pas grand-chose de ressemblant à une vie civilisée sur cette planète, et cela pendant très longtemps. On peut estimer que le type de guerre qui découlerait des impulsions de Cheney, dans les circonstances réelles que la stupidité de l’actuelle Administration Bush refuse de prendre en compte, créerait les conditions entraînant l’élimination d’au moins la moitié de la population d’un pays ciblé.

Il est de ce fait urgent qu’une alternative soit clairement apportée.

Le recours à la défense stratégique

En supposant que les plans de guerre et de dictature américaines élaborés par Cheney soient contrecarrés, la principale option disponible pour les grandes nations du monde consiste à décider, en concertation, de mettre en règlement judiciaire l’actuel système monétaire et financier mondial, presque en faillite - c’est-à-dire le système à « taux de changes flottants » du FMI. L’intention générale devra être de rétablir une nouvelle forme de système protectionniste à taux de change fixes, inspiré des aspects les plus réussis du système de Bretton Woods tel qu’il fut mis en place.

Sous réserve que du crédit à long terme et à faible taux d’intérêt soit engendré par les moyens combinés du droit des gouvernements d’émettre de la monnaie et de traités internationaux à long terme, il est possible d’accroître substantiellement l’emploi. Pour cela, il faut s’inspirer de la manière par laquelle le Président Franklin Roosevelt a combattu la dépression économique américaine de Coolidge et Hoover, en accordant une grande importance aux formes publiques de développement d’infrastructures économiques de base. Sous ces conditions et avec la réforme indiquée du système monétaire et financier mondial, les préconditions existent actuellement pour un accroissement massif du commerce de biens tangibles entre les nations eurasiatiques.

Dans un monde transformé par ces réformes bénéfiques, il sera de l’intérêt général des nations de favoriser et de préserver des institutions vouées à la coopération pour le développement économique à long terme. Un tel état de choses conduit à un type d’ordre entre les peuples tel qu’il fut défini dans le traité de Westphalie de 1648, un ordre régi par le principe de « l’avantage d’autrui ». Dans ces conditions, les relations militaires entre les nations prennent la forme d’institutions et de politiques de défense stratégique.

Une réflexion sur ce genre de remède à long terme au principal danger qui menace notre planète attire l’attention sur deux problèmes distincts mais interdépendants : la nécessité d’en finir avec les défauts systémiques de toute méthode consistant à faire contrôler les gouvernements par des intérêts financiers privés organisés, et la nécessité d’affirmer le principe de souveraineté des Etats-nations républicains. Je conclurai ce rapport en traitant ces deux sujets dans cet ordre. Les conditions de faillite terminale de l’actuelle forme de système monétaire et financier mondial devraient être utilisées comme une opportunité salutaire pour débarrasser, enfin, cette planète des vestiges de ce système vénitien de pratiques bancaires qui ont produit le nouvel Age des Ténèbres dans l’Europe du XIVe siècle et permis la création de ce monstre que l’on appelle aujourd’hui Synarchie ou fascisme. L’erreur qui a produit sur le long terme le déclin hyperinflationniste catastrophique du système monétaire et financier mondial, depuis les changements de 1971-1972, montre que la sécurité de chaque nation et des nations entre elles exige que des gouvernements souverains contrôlent l’émission et la circulation de monnaie, les impôts et les conditions d’investissement et de commerce, afin que le prix de l’argent n’augmente pas plus vite que la valeur intrinsèque des biens produits et des services essentiels. Ceci nécessite un système monétaire à taux de changes fixes, au sein duquel des changements de prix entre monnaies, nécessaires et soigneusement pesés, puissent avoir lieu, mais dans lequel les libres fluctuations, en particulier la spéculation financière, soient vigoureusement empêchées.

L’expérience des trente dernières années devrait nous montrer que le système de banques centrales indépendantes est détestable et qu’il faut l’abandonner pour le remplacer par des notions de banque nationale déjà implicites dans la Constitution fédérale américaine de 1789. L’Etat-nation doit être totalement souverain et la direction de ses intérêts nationaux vitaux rendue efficacement transparente à son gouvernement et ses citoyens.

Dans un tel contexte, la pertinence du système à réserve-or - absolument opposé à l’étalon-or - est sans rivale, du moins dans l’avenir visible. Celui-ci doit être mis en place par une coalition de nations, inspirée par la façon dont le Président Franklin Roosevelt avait, en son temps, appliqué les pouvoirs extraordinaires des Etats-Unis à cet effet. Il n’y a pas de prix naturel de l’or en dehors de sa gamme de prix de production. Dans le cas de l’or monétaire d’un système à réserve-or, son prix est déterminé enconsidérant la quantité d’or nécessaire pour constituer la réserve, en fonction du prix de la production du moment, à cette échelle, pour l’investissement et le commerce.

La fonction propre du secteur bancaire en général, c’est d’administrer un système d’épargne solide et régulé, dirigé vers les investissements dans la promotion du commerce, la production et l’accumulation du capital physique utile du gouvernement, des entreprises et des ménages. La fonction de la banque nationale est de coordonner le fonctionnement de ce système combiné comme un tout, en portant une attention particulière à ce qui concerne, d’une part, le monopole de l’autorité sur la création de crédit exercée par le gouvernement à travers la banque nationale et, d’autre part, la relation de cette fonction avec les décisions importantes à prendre pour favoriser le progrès scientifique et technologique, ainsi que les relations étrangères.

Cette action supprime les abus, comme ceux du système bancaire privé dans la tradition vénitienne, responsable des ravages qu’a connus la civilisation pendant des siècles, et bloque ce pouvoir de nuisance qu’exerce un tel système bancaire dans le phénomène synarchiste.

La souveraineté nationale est le dernier sujet qu’il faut aborder ici. C’est un domaine où la manière de légiférer et de mener des politiques doit être gouvernée par le respect de l’autorité supérieure que représente la distinction physique absolue entre l’homme et l’animal, incarnée par le principe œcuménique tel qu’il a été défini, par exemple, par la biogéochimie de V.I. Vernadski.

Ici entrent en jeu surtout deux principes, distincts mais interdépendants. Le premier est le besoin d’éradiquer les vieilles pratiques traditionnelles de certaines sociétés consistant à traiter le plus grand nombre d’êtres humains comme s’ils étaient du bétail, sauvage ou domestique, comme le prescrit le dogme répugnant néocathare de François Quesnay. Le second, lié au premier, est le rôle essentiel des ironies, propres à toute culture, qui permet à ses membres de participer à la conceptualisation de questions de principe, comme la découverte et l’application de principes de la science physique. La fonction de la nation souveraine - favoriser le développement continu de tels processus de culture nationale - est la condition préalable pour élever l’individu au-dessus de son statut pratique et formel de bétail humain, dans lequel les physiocrates et John Locke voulaient enfermer les familles travaillant pour le compte des actionnaires.

La fonction de gouvernement, qui doit être reconnue comme le but de l’Etat-nation souverain républicain moderne, est de libérer l’individu d’un mode de vie dans lequel il se concevrait comme membre d’une variété d’animaux existentialistes. Ce but doit également être atteint en favorisant, en chaque être humain, le sentiment de se concevoir comme contribuant de manière volontaire au processus par lequel les générations successives augmentent le pouvoir de l’humanité à maîtriser l’univers dans lequel nous vivons. Le rôle du citoyen dans cette république doit être reconnu comme un rôle essentiel et fonctionnel de la matrice républicaine, celui de servir les buts communs de l’humanité du passé, du présent et du futur, chacun à l’avantage de l’autre. Le spectacle des horreurs résurgentes de la Synarchie doit nous inciter à vouloir non seulement délivrer le monde des politiques de Cheney et de ses faucons mouillés, mais aussi à établir un ordre durable de coopération entre Etats-nations souverains. Cet ordre n’éradiquerait pas simplement le mal que reflètent les martinistes dans le temps présent, mais l’extirperait en éliminant les conditions dans lesquelles une telle pestilence pourrait revenir dans le futur. Nous devons maintenir des capacités de défense stratégique, mais dans l’espoir de les utiliser pour empêcher les guerres, plutôt que d’être obligé de les mener.


Notes

1. Chickenhawks (faucons mouillés) : l’on désigne ainsi aux Etats-Unis les va-t-en guerre contre l’Irak, qui, auparavant, lors de la guerre du Vietnam, avaient évité par tous les moyens d’aller se battre. (Retour au texte)

2. « Freddie » est le monstre d’un film d’horreur américain, qui eut son heure - douteuse - de gloire. (Retour au texte)

3. Bugsy Siegel était un mafieux américain associé de Meyer Lansky. (Retour au texte)

4. L’âne est aux Etats-Unis le symbole du Parti démocrate, comme l’éléphant est celui du Parti républicain. (Retour au texte)

5. En France, ce fut la politique de Pierre Laval en 1935. (Retour au texte)

6. Le gouvernement de Pierre-Etienne Flandin, après le « règlement de comptes » du 13 décembre 1940 et l’élimination temporaire de Pierre Laval (il revint au pouvoir le 13 avril 1942), fut la tentative synarchiste la plus aboutie pour tenter de parvenir à une alliance entre Paris, Berlin et Rome d’une part et Londres de l’autre. Bouthillier, Bichelonne et Baudouin, en particulier, poursuivaient ce projet dans un but de cartellisation économique. Leur échec fut consacré par l’équipée de leur allié Pierre Pucheu à Alger, qui fut condamné à mort pour trahison et fusillé par le gouvernement de la France libre. (Retour au texte)

7. C’est Saint-Yves d’Alveydre qui utilisa, semble-t-il pour la première fois dans un contexte explicitement politique, le mot « synarchie ». (Retour au texte)

8. Le texte inspiré par Leibniz - « La vie, la liberté et la poursuite du bonheur » - l’emporta alors sur celui que défendaient les partisans de John Locke - « la vie la liberté et la propriété ». (Retour au texte)

9. Accompagnée d’une politique de « dérégulation » intérieure, notamment le libre commerce des grains et l’abandon des stocks de précaution alimentaires. (Retour au texte)

10. Comme on peut le voir sur la tapisserie de la reine Mathilde,à Bayeux, le vaisseau de Guillaume le Conquérant arbore la croix pontificale, exprimant la première déviation féodale de l’Occident chrétien. (Retour au texte)

11. Franz Anton Mesmer (1734-1815) est le fondateur du « magnétisme animal ». Les autorités viennoises s’étant émues de ses pratiques, il sévit à Paris en manipulant les femmes de l’aristocratie et en créant un engouement irrationnel. Il fut condamné dans un rapport présenté au roi par Jean-Sylvain Bailly, qui deviendra plus tard maire de Paris et sera guillotiné par les Jacobins. (Retour au texte)

12. La théorie de la « fin de l’histoire » d’Alexandre Kojève, reprise par le néo-conservateur américain Francis Fukuyama, trouve ainsi sa justification. Fukuyama prophétise l’avènement d’un « homme nouveau », ou d’une société « au-delà de l’humain », grâce à la généralisation des biotechnologies et de l’informatique. (Retour au texte)

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