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Les analyses de Jacques Cheminade

Loi de modernisation de l’économie (LME) : le gouvernement joue les supermarchés contre les producteurs et l’emploi

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Par Jacques Cheminade

D’abord, ce sont les librairies de quartier qui sont parties. Presque toutes et, avec elles, la fonction de conseil du libraire, devenu peu à peu un ami qui ouvrait des pistes, indiquait des œuvres, partageait des idées. Maintenant, ce sont les épiceries, et plus généralement les commerces alimentaires, qui s’en vont. Ainsi, peu à peu, le tissu urbain se décompose, et les grandes surfaces deviennent le point de passage obligé pour lire et pour manger. Sans pour autant faire vibrer la corde de la nostalgie Chtis-Amélie Poulain, nous devons combattre cette priorité donnée au financier, que le gouvernement Sarkozy-Fillon tente de faire prévaloir dans tous les domaines, sans opposition socialiste manifeste. Si nous ne nous battons pas, nos centre-villes seront vides, à l’exception de magasins de luxe, et à l’allemande ou à la suisse, on ne trouvera plus que des « hypers » et des « hard discount » occupant les banlieues, où l’on ira s’approvisionner de façon fonctionnelle, avec des cartes pour choisir et pour payer, sans présence humaine même à la caisse, à l’exception de quelques gondoliers.

Evidemment, dès qu’on avance cet argument, l’accusation des bien pensants libéraux tombe : vous êtes un réactionnaire, c’est nous, les gros qui, en regroupant les commandes et en négociant durement avec les producteurs, pouvons offrir aux consommateurs des prix raisonnables. On voit alors apparaître M. Michel-Edouard Leclerc en croisé de la révolution contre la vie chère, ce qui suffit à faire tout de suite soupçonner l’arnaque.

Qu’en est-il en réalité ? Le gouvernement prépare deux mesures partant du principe que plus de concurrence et moins d’organisation fera baisser les prix en faveur des consommateurs.

D’une part, il s’apprête, dans la LME (loi de modernisation de l’économie), à ne plus obliger les grandes surfaces à passer devant une commission pour s’implanter à moins de 1000 m2 (alors que le seuil est aujourd’hui de 300 m2). C’est dire que l’implantation pourra se faire sans l’accord des communes. La seule chose que M. Fillon accepte de laisser aux maires, c’est un droit – dérisoire – de préemption sur les locaux de centre-ville : ils pourront geler pendant un an les implantations d’entreprises non commerciales en pas de porte pour permettre à un commerce de récupérer le lieu.

D’autre part, le gouvernement veut aussi libéraliser totalement les conditions commerciales entre fournisseurs et distributeurs.

La conséquence de cette double décision revient à laisser des milliers de PME productrices face aux cinq ou six centrales d’achat des « grands » qui pourront implanter leurs hypermarchés de moins de 1000 m2 partout. Ce qui aggravera la situation actuelle, car plus on introduira de souplesse dans les implantations en périphérie et plus on livrera les PME aux centrales d’achat, plus on affaiblira le commerce de centre-ville, les cœurs de ville et les producteurs. Avec un effet direct sur l’emploi, car ceux perdus chez les producteurs et les commerces ne se retrouveront en aucun cas dans des « hypers » de plus en plus robotisés et informatisés.

Déjà, depuis dix ans, malgré les lois Galland et Raffarin, plus d’un millier de poissonneries, 10000 boucheries et quelque 5000 boulangeries-pâtisseries ont disparu, sans compter les drogueries, les fromageries et les épiceries. Un hypermarché propose à ses clients entre 30000 et 60000 produits référencés. Il peut donc, à tout moment, comme le remarque Marianne, « se passer d’un petit industriel qui ne pratiquerait pas les prix souhaités. A l’inverse, aucun producteur de l’industrie agro-alimentaire ne peut prendre le risque de se voir fermer les portes de la grande distribution, qui représente 80% de ses marchés ».

Le consommateur y gagnera-t-il ? Peut-être pour les produits en vrac de première nécessité, du moins au début. Mais si Carrefour, Auchan, Intermarché, Casino, Système U, Cora, Leclerc et bientôt Wal-Mart (qui ne sera plus bloqué par les autorisations préalables), et les hard-discount exercent un monopole, ce sera en important le bas de gamme de Chine ou d’ailleurs. Ce qui est un pari spéculatif sur l’exploitation de la main-d’œuvre chinoise, contre les producteurs français, qui ne peut pas durer. Mais quand les producteurs chinois deviendront légitimement plus exigeants et qu’il n’y aura plus de producteurs français, il sera trop tard.

La logique d’une « concurrence libre et non faussée » aboutirait ainsi à détruire la production nationale et conduirait à exercer des pressions sur les pays du Sud pour qu’ils continuent à nous servir à bas prix, donc à maintenir l’exploitation de leur main-d’œuvre.

Le futur, dans ce cas, ce serait des hypermarchés et des hard-discount important leurs produits de pays à bas salaire « imposé », s’implantant en banlieue, faisant travailler leurs employés le dimanche avec des salaires cassés, vendant à 80% de la population et livrant leurs poubelles aux travailleurs pauvres et aux chômeurs, pendant que le reste de la population, les 10% privilégiés implantés en centre-ville, garderait des commerces de luxe. Bref, la « walmartisation », comme on dit de l’autre côté de l’Atlantique, dans un contexte de guerre financière et commerciale permanente.

Enfin, les hypermarchés, en réglant leurs fournisseurs à 60 ou 90 jours, et vendant leurs produits très vite (pour des denrées périssables comme le yaourt, la préemption court sur 15 jours), bénéficient d’une trésorerie très importante. C’est en faisant avec elle des placements financiers qu’ils se sont enrichis. Or, aujourd’hui, le meilleur placement est... de jouer la hausse des produits agricoles et alimentaires.

Là, c’est le serpent qui se mord la queue, sauf le respect que l’on doit à MM. Sarkozy, Fillon, Leclerc et à nos timides opposants socialistes. Et lorsqu’on se mord la queue, on ne produit plus et fatalement on se met à détruire.

L’on ne peut arrêter ce « système » en se focalisant sur le seul aspect de la distribution. Il faut étendre la lutte, pour réorienter toute la société vers autre chose que son auto-destruction, et le monde vers autre chose qu’une mondialisation financière qui cannibalise son avenir.

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