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M. Bébéar chasse en meute : l’affaire Breton ou la malédiction de Bercy

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Les analyses de Jacques Cheminade sont publiées tous les quinze jours dans le journal Nouvelle Solidarité, sur www.solidariteetprogres.org ainsi que www.cheminade2007.org, et consitutent le principal regard du candidat à la présidentielle de 2007 sur l’actualité française et internationale.

Pour la première fois dans l’histoire de la République, des juges d’instruction ont procédé les 27 et 28 juin à des perquisitions dans le bureau du ministre de l’Economie et des Finances, Thierry Breton. En même temps, les juges Henri Pons et Jean-Marie d’Huy ont lancé toute une série d’autres perquisitions au domicile personnel de Thierry Breton, au siège de Rhodia à Boulogne-Billancourt, aux domiciles personnels de trois anciens dirigeants de Rhône-Poulenc, Jean-René Fourtou, Igor Landau et Philippe Langlois, ainsi qu’au siège de la chaîne Canal Plus. Après la démission du prédécesseur de Thierry Breton, Hervé Gaymard, en raison de sa situation immobilière, cela fait beaucoup en quelques mois ! Rien ne dit que le ministre actuel devra faire comme son prédécesseur ; cependant, dans un contexte économique, politique et social turbulent, son autorité, celle du gouvernement et, plus généralement, celle de la France, s’en trouvent fortement affaiblies. Notre objet ici n’est pas de participer à une chasse aux sorcières, mais de tenter de faire comprendre à nos lecteurs comment une telle situation a pu s’installer dans un contexte de spéculations, de volonté de puissance des entreprises, d’egos surdimensionnés de leurs dirigeants et de leurs relations incestueuses au sein de groupes de pression dépendant du pouvoir des marchés financiers internationaux et non de la volonté d’Etats-nations.

L’affaire Rhodia

Thierry Breton, interrogé par les médias, se défend de toute responsabilité dans l’affaire (cf. chronologie plus bas). Il affirme n’avoir été « qu’un petit administrateur parmi d’autres » et déclare que « rien qui ait pu heurter ma rigueur, mon éthique ou ma déontologie n’a été porté à ma connaissance ». Dans ces conditions, il s’agit soit d’un être d’une grande naïveté ne prenant pas au sérieux ses attributions, soit d’un complice de malversations. C’est bien ce que les juges essaient de déterminer.

Car l’instruction ouverte en octobre 2004 contre Rhodia l’a été pour « présentation de comptes inexacts, diffusion d’informations boursières fausses et mensongères, délit d’initié et recel de délit d’initié ». En fait, Jean-Pierre Tirouflet, le PDG de Rhodia, a accepté que son entreprise devienne « la poubelle de Rhône-Poulenc » : à Rhône-Poulenc, avec son mentor Jean-Marie Fourtou, restaient les activités nobles (pharmacie, pour pouvoir s’unir à la société allemande Hœchst) et Rhodia reprenait les dizaines de sites chimiques pollués, dont certains étaient fermés depuis des années, et devait assurer les retraites de 13 000 ex-salariés de Rhône-Poulenc, le tout en échange de garanties insuffisantes. L’ambitieux Tirouflet a alors triché sur les crédits d’impôt, multiplié les acquisitions désastreuses (Chirex), parfois dans des conditions litigieuses (A et W). L’Autorité des marchés financiers (AMF), dans son rapport de mars 2005, ne peut que le constater, tout en exonérant Breton - pourtant administrateur et président du comité d’audit - de toute responsabilité !

Rappelons que le comité d’audit est censé « vérifier les rapports financiers périodiques » et veiller « à ce que tous les moyens soient mis en œuvre pour prévenir et maîtriser les risques ». L’on ne peut pas dire que l’actuel ministre de l’Economie ait eu « l’œil du maître »... L’AMF n’a retenu que des faits commis après le départ de Breton mais, plus logiquement, la justice n’a pu que constater l’existence d’un fait générateur bien auparavant.

L’affaire Canal Plus Technologies

Problème supplémentaire : Breton et Fourtou, les mêmes protagonistes, se retrouvent dans le dossier Canal Plus Technologies.

En septembre 2002, devenu patron de Vivendi Universal sur la forte recommandation de Claude Bébéar, Fourtou vend Canal Plus Technologies à Thomson Multimédia, que dirigeait alors Breton, pour un prix, tout à fait sous-estimé, de 190 millions d’euros. Quelques mois plus tard, en août 2003, Thomson recèdera Canal Plus Technologies par appartements, avec une plus-value de 110 millions d’euros. C’est beaucoup en quelques mois, beaucoup trop pour un accord honnête. L’hypothèse évoquée par les mauvaises langues est celle d’un échange de bons procédés ou d’un renvoi d’ascenseur : Breton aurait fermé les yeux lorsque Fourtou s’occupait de Rhodia, et celui-ci, dans son nouvel habit de PDG de Vivendi, aurait fait un petit cadeau à Breton. Fourtou, bien entendu, se récrie : l’affaire aurait été concoctée par Messier, avant que lui-même ne devienne PDG de Vivendi, et qui plus est, un homme désintéressé comme lui, venu à Vivendi en sauveur, n’aurait jamais pu songer à de pareilles combinaisons. Cependant, s’il a bien dit venir s’occuper de Vivendi à titre désintéressé, il a touché de diverses manières des sommes très élevées pour rétribuer ce désintéressement, ce qui permet de douter de sa parole. Quant à Breton, il souligne qu’au moment de la revente par Thomson, il n’était plus PDG, donc plus responsable. Cependant, non seulement il a bel et bien entamé l’opération, mais si après le 2 octobre 2002, il n’était plus PDG, il était tout de même resté administrateur et président du comité stratégique de l’entreprise.

Thierry Breton, pourtant partisan libéral du « capitalisme ouvert » à l’anglo-saxonne, en a remis une louche en critiquant ses accusateurs, Edouard Stern (assassiné) et Hugues de Lasteyrie, « financiers internationaux qui entrent dans le capital des sociétés en difficulté pour en tirer le maximum de profit ». Marianne, début juillet, commente : « Vive le capitalisme à l’anglo-saxonne, sauf quand il m’est défavorable. »

La bande à Bébéar

Thierry Breton a aussi affirmé : « [les administrateurs], ce ne sont pas des dirigeants opérationnels (...) Ils sont tous égaux, ils votent toutes les décisions. » Le comité d’audit chez Rhodia ? « Cette instance n’avait aucune existence juridique. Elle n’était là que pour préparer le travail en amont. »

Croit-il à ses déclarations ? Le pire est que probablement oui. Car à la tête du capitalisme français il s’est créé une « culture » de l’irresponsabilité qui donne l’illusion d’être par nature et par droit intouchable.

Thierry Breton est un poulain de Claude Bébéar ; il appartient à son club patronal, Entreprise et Cité, chez lequel on retrouve, parmi une trentaine de grands PDG, mais proche d’entre les proches, Jean-René Fourtou. Ces anciens « copains giscardiens » sont devenus les maîtres du capitalisme financier français, tout en servant soigneusement l’idéologie des marchés internationaux et de leurs parrains. Matignon et plusieurs ministres, de droite mais aussi de gauche, ont très souvent demandé à ce réseau du « libéralisme à la française » de penser pour eux. Jean-Marie Messier, qui en a été expulsé pour cause de mégalomanie, dans Mon vrai journal (Balland), exprime toute sa rancœur à l’égard du « groupe ».

Notons en passant que Bébéar soutient Nicolas Sarkozy, plutôt que Jacques Chirac, et que c’est un vieil ami de Dominique Perben et de Pascal Clément, son successeur au ministère de la Justice. Il est opposé au « néo-colbertisme archaïque » de Jean-Louis Beffa, à son Agence de l’innovation et à toute velléité de stratégie industrielle.

Voilà comment, bien au-delà de la personne de Thierry Breton, dans ce climat d’inceste financière, de telles choses ont pu se passer. Ne serait-il pas temps d’y porter un coup d’arrêt, dans l’intérêt général, et en rétablissant la volonté de l’Etat ? Ne pas le faire nous expose à sombrer avec tout le système financier et monétaire international existant, qui n’est qu’un morto qui parla, comme on dit au sud de Naples.

Chronologie des événements
  • 1997 - 2 octobre 2002 : Thierry Breton, poulain de Claude Bébéar, « parrain » du capitalisme financier français, est PDG de Thomson.
  • 1998 : création de Rhodia, entreprise reprenant les activités chimiques de Rhône-Poulenc. Février 1998-juillet 2002 : Jean-René Fourtou, PDG de Rhône-Poulenc, est administrateur de Rhodia.
  • Avril 1998-septembre 2002 : Thierry Breton est administrateur de Rhodia. Il devient également président du comité d’audit de Rhodia, censé vérifier les comptes de l’entreprise, à partir du 17 novembre 1998.
  • Mars 1999 : le conseil d’administration de Rhodia accepte de monter une structure financière non consolidée pour acheter l’entreprise anglaise Alwright et Wilson (A et W).
  • Printemps 2000 : achat définitif de A et W par Rhodia, puis achat de Chirex ; frénésie d’acquisitions par le PDG de Rhodia, Jean-Pierre Tirouflet, un protégé de Jean-René Fourtou.
  • 2000-2003 : chute de Rhodia.
  • Septembre 2002 : devenu PDG de Vivendi après la chute de Jean-Marie Messier, Jean-René Fourtou vend Canal Plus Technologies à Thomson Multimédia, que dirigeait encore Breton, pour 190 millions d’euros.
  • Printemps 2003 : ouverture d’une enquête sur les opérations de Rhodia par l’Autorité des marchés financiers (AMF), gendarme de la Bourse.
  • Août 2003 : Thomson découpe Canal Plus Technologies par appartements et en revend la plus grande partie pour 300 millions d’euros (en réalisant une plus-value de 110 millions d’euros).
  • Automne 2003 : plainte déposée par Edouard Stern, actionnaire minoritaire de Rhodia, qui aurait perdu plusieurs dizaines de millions d’euros, et démission de Jean-Pierre Tirouflet.
  • Août 2004 : Hughes de Lasteyrie, actionnaire minoritaire, dépose une plainte au nom de Rhodia contre Sanofi-Aventis, successeur de Rhône-Poulenc.
  • Octobre 2004 : ouverture d’une information judiciaire contre Rhodia.
  • Mars 2005 : conclusion du rapport de l’AMF et envoi de griefs à l’encontre de Rhodia et de Tirouflet. Breton n’est pas poursuivi pour ses responsabilités entre avril 1998 et septembre 2002.
  • Juin 2005 : les perquisitions.
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