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Les analyses de Jacques Cheminade

Mosquée Adda’wa : L’injustice faite à l’Islam

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Ce samedi 30 janvier, je viens d’assister à un séminaire à la Mosquée Adda’wa, rue de Tanger, à Paris. Son recteur, Larbi Kechat, est pour moi plus qu’un ami ; c’est un homme qui s’efforce toujours d’enrichir l’autre, de donner à sa foi un sens universel et, en même temps, ici et maintenant, de faire de sa mosquée un lieu de formation, d’intégration et de citoyenneté, contribuant ainsi à l’enrichissement intellectuel et moral de notre pays. Ce que je viens d’entendre, le 30 janvier, témoigne une fois de plus de l’ouverture et de la qualité du dialogue interprofessionnel qui est le caractère même de ce lieu : Anna Bozzo et Bruno Etienne nous ont parlé d’Abdelkader, « homme de méditation et d’action », trait d’union entre l’Islam et l’Occident, entre l’Algérie et la France, héros positif pour qui le monde musulman doit relever le défi du développement technologique et le monde occidental entamer un "redressement traditionnel". Homme d’entre deux mondes, homme de compassion et de justice - lors des massacres de l’empire ottoman, à Damas, il sauva la vie de plus de dix mille maronites et druzes - Al Amir Abdelkader, inspiré par l’esprit des philosophes péripatéticiens d’Andalousie, a été l’un des premiers à comprendre que la question d’Orient était en fait une question d’Occident.

La discussion, à la mosquée Adda’wa, est toujours fraternelle, mais jamais complaisante : elle remet en cause les idées reçues, non pour la satisfaction de remettre en cause, mais pour définir un principe plus élevé de vouloir vivre en commun, un bien commun qui est notre chance d’avenir. Juifs, chrétiens, musulmans, ceux qui croient en Dieu et quelques uns qui n’y croient pas, mais tous réunis par la cause de l’homme, ont fait de ce lieu, j’en suis intimement convaincu, un creuset de ce que sera la France à venir.

Cependant, comme je rentre ce samedi soir chez moi, inspiré par le débat et par la verve érudite de Bruno Etienne, je lis soudain dans un dossier du Figaro Magazine sur la France musulmane :

« En réalité, la grande majorité des lieux de culte musulmans de France échappe au contrôle des Etats et dépend d’associations islamistes radicales. C’est ainsi que la mosquée Al-Dawa (sic) ("l’Appel"), située rue de Tanger, dans le XIXème arrondissement, est le point de rendez-vous quasi officiel des étudiants algériens et tunisiens, sympathisants du FIS ou du GIA et du parti islamiste tunisien d’opposition Ennahda. »

Etonnant amalgame, révélateur d’un journalisme qui trouve ses sources dans des rapports de basse police et présente le résultat des ses « recherches » à des lecteurs ignorants dont elle flatte les préjugés. En tant que tel, cela ne mériterait même pas un commentaire. Cependant, ce paragraphe calomniateur - au sens où Beaumarchais définissait la calomnie - s’insère dans un contexte où il prend un sens qu’il est nécessaire de dénoncer.

Tout d’abord, la mosquée Adda’wa, qui occupe actuellement un ancien entrepôt, entend, sur les lieux mêmes, se donner une belle apparence, conforme à la tradition des lieux de culte musulmans. Cette reconstruction, qui devrait être encouragée - un lieu de beauté ennoblit, donne une plus haute idée de soi et des autres, intègre - se trouve au contraire sabotée par la mairie de Paris. Alors, en effet, que toutes les autorisations administratives ont été obtenues et que tous les services concernés ont donné un avis favorable, la mairie de Paris bloque le dossier et refuse tout dialogue.

L’article du Figaro Magazine, dans ce contexte, constitue un « justificatif » bien venu pour M. Tibéri... L’état d’esprit de son auteur, M. Alexandre del Valle, est révélé par son premier article dans le « dossier d’ensemble », qui se conclut en ces termes :

« La France devrait commémorer cette année le 900ème anniversaire d’un événement qui a profondément marqué son histoire : la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon. La France qui aime tant célébrer les anniversaires fêtera-t-elle celui-là ? »

Provocation gratuite et irresponsable, qui est à l’opposé même de tout ce que j’ai vu et entendu à la mosquée Adda’wa. Après le massacre de Tibéhirine, notamment, le recteur Larbi Kechat avait su trouver des paroles et des actes allant droit au coeur de tous ses amis, juifs, chrétiens, musulmans ou humanistes, tous également blessés par l’horreur.

Je voudrais ensuite répéter ici une phrase de Bruno Etienne : « Les petits qui cassent dans les banlieues ne le font pas parce qu’ils sont musulmans, mais parce qu’ils ne le sont pas. » Comprendre l’Islam, en effet, conduit à rejeter toute violence faite à l’autre. C’est ce que l’on enseigne rue de Tanger, avec courage, et c’est ce que le Figaro Magazine et la Mairie de Paris, consciemment ou pas, sabotent. N’est pas républicain, trop souvent, celui qu’on croit.

Je voudrais, sur ce point, dire que mon ami Larbi Kechat, victime d’injustice, hier interné abusivement à Folembray, a toujours su faire preuve d’une ferme et tenace patience et n’a jamais perdu espoir dans les valeurs de sa foi, bien entendu, mais aussi dans les principes de notre République. Il m’a, à plusieurs reprises, fait part des efforts que la communauté musulmane, dans le monde, devrait et doit faire pour s’améliorer. C’est cette vaste entreprise de réforme qui était, aussi, l’engagement d’Abdelkader.

J’ajouterai simplement que les attitudes de la Mairie de Paris et du Figaro Magazine nous montrent que, du côté de l’Occident, nous avons aussi un long chemin à parcourir.

Adda’wa témoigne en offrant, pendant le mois du Ramadan, 20 000 repas chauds à tous les nécessiteux, 800 personnes chaque jour et 200 dîners en famille, quelle que soit l’origine des bénéficiaires. Elle offre un espace de dialogue à tous ceux qui ont foi en l’homme et accomplit un effort vers l’unité dans la diversité. Puisse-t-elle enfin être autorisée à extérioriser sa beauté intérieure et, par son exemple, convaincre jusqu’à M. Tibéri et les lecteurs du Figaro Magazine.

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