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Les écrits de Lyndon LaRouche

Pour un monde d’Etats-nations souverains

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Ce texte donne un aperçu sur la politique étrangère que compte suivre Lyndon LaRouche, candidat à la nomination du Parti démocrate aux élections présidentielles de novembre 2004. M. LaRouche a réuni le plus grand nombre de contributeurs au sein de son parti et se trouve donc en tête des participants à ces primaires.

Bien que cette déclaration soit largement distribuée aux Etats-Unis mêmes, elle constitue un document de référence communiqué pour information aux responsables politiques et aux citoyens qui, dans d’autres pays, désireraient en prendre connaissance.

L’effondrement de l’Union soviétique, en 1989-1991, a créé les conditions dans lesquelles les Etats-Unis, sous la présidence de George H.W. Bush père, ont assumé le rôle d’une super-puissance mondiale pratiquement incontestée (1). Cette occasion a été malheureusement mise à profit pour lancer une entreprise de pillage des secteurs physiquement productifs de l’ex-Union soviétique et des anciens pays membres du Pacte de Varsovie. Inspiré par des considérations stratégiques, ce pillage s’est accompagné, avec l’impact destructeur des guerres balkaniques, d’un effort visant à affaiblir les économies « rivales » des pays alliés d’Europe continentale, en particulier de l’Allemagne.

Au cours de ce processus, deux types de visions impériales, auparavant latentes parmi quelques-unes des plus puissantes factions politiques américaines, sont devenues de plus en plus antagonistes. L’une représente une impulsion impérialiste libérale, copiant la tradition britannique connue sous ce nom. L’autre reflète la tradition des légions impériales romaines et de la Waffen-SS. L’orientation fasciste de cette dernière a d’abord été mise en avant au cours des années 1991-1992, mais sans succès, par Richard « Dick » Cheney, qui était alors secrétaire d’Etat à la Défense, et ses associés néo-conservateurs (connus aux Etats-Unis sous le nom de « neo-cons »). Et c’est cette politique qui a été réactivée après le 11 septembre 2001 par le même Cheney, devenu vice-président, et par le même groupe d’hommes, réunis autour de lui et du nouveau secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld (2). La clique Cheney-Rumsfeld, véritable parodie de la Waffen-SS à composante nucléaire aérienne, s’est fait connaître, au cours de ces dernières décennies, sous le label de « Révolution dans les affaires militaires « (RMA).

Ainsi, la différence pratique entre ces deux types d’impulsion impérialiste, au sein des Etats-Unis d’aujourd’hui, se situe entre, d’une part, une approche libérale plus prudente et moins rapide, et, d’autre part, l’explicite marche en avant fasciste vers l’enfer d’un nouvel âge des ténèbres planétaire par les Cheney et les Rumsfeld. C’est cette politique explicitement fasciste qui doit être mise en échec de toute urgence, sans la moindre complaisance, ici et maintenant.

Les succès récents, mais à vrai dire partiels, des jumeaux virtuels Cheney et Rumsfeld, qui sont parvenus à imposer certaines parodies des politiques nazies à l’administration du président Bush, ont provoqué une démoralisation parmi les responsables des pays européens dont l’intérêt bien compris est de se défendre contre cette nouvelle menace stratégique. Même les gouvernements qui ont fait face à cette menace tendent désormais à hésiter, espérant minimiser, par leur complaisance, le risque de devenir des adversaires déclarés des Etats-Unis.

Cette inquiétante évolution dans les affaires militaires américaines s’accompagne de l’effondrement du système monétaire et financier international à taux de change flottants, qui atteint sa phase finale après avoir prévalu entre 1971 et 2003. L’actuel refus par l’administration Bush de considérer, ne serait-ce que l’éventualité de réformes monétaires et financières du système du FMI, dont le besoin est cependant très urgent, constitue - comme je vais le montrer ici - un motif d’inquiétude au moins aussi fondamental que la menace militaire fasciste évoquée ci-dessus.

Il est malheureux pour nous tous que je ne sois pas encore le Président américain en exercice. Cependant, dans mon rôle de candidat démocrate actuellement en tête par le nombre de contributeurs financiers à ma campagne, je représente une force significative en faveur des idées autour desquelles les responsables du monde entier pourraient, et maintenant devraient, se rallier, afin de présenter au peuple et aux institutions dirigeantes des Etats-Unis et d’autres pays l’image de ce que serait une nouvelle et meilleure inspiration américaine, en accord avec les vrais intérêts des Etats-nations souverains du monde.

Aujourd’hui, l’impulsion en vue de ce nécessaire changement de perspective dans les affaires mondiales doit, probablement, venir d’abord des Etats-Unis eux-mêmes. Il n’y a, à présent, pas d’autre possibilité venant d’une autre partie du monde. Des contributions essentielles ont, certes, été faites par la France, l’Allemagne, la Russie, la Chine et d’autres encore. Cependant, le pouvoir impérial dont disposent aujourd’hui les Etats-Unis provoque une tendance à l’hésitation potentiellement fatale chez de nombreux gouvernements, y compris ceux que je viens de citer, lorsqu’ils ont à faire face aux pressions de Washington. A l’exception de Jean-Paul II, seul, peut-être, un homme parlant de l’intérieur même des Etats-Unis, un candidat présidentiel qui connaisse et ressente le pouvoir global des Etats-Unis et qui sache comment l’utiliser afin que des groupes de dirigeants d’autres pays puissent se sentir encouragés, comme je m’efforce aujourd’hui de le faire, seul peut-être cet homme sera donc en mesure de réunir les forces suffisantes en faveur de ces réformes aujourd’hui si urgemment nécessaires et qui servent l’intérêt de tous.

Le fondement d’une telle approche se trouve dans l’histoire de la création des Etats-Unis et dans les très nombreuses batailles qui l’accompagnèrent, histoire dont on se souvient à peine en Europe ou ailleurs, et que l’on comprend tout aussi peu. Je situe ma politique étrangère par rapport aux éléments significatifs de cette histoire, j’identifie l’adversaire qui doit être par principe combattu et vaincu, je définis la racine de la crise économique actuelle et c’est en conclusion que j’énonce la politique étrangère américaine que je propose, en la considérant comme une prémisse active aux relations concrètes entre Etats-nations, même à l’heure actuelle.

La Révolution américaine

Ma politique étrangère en tant que candidat et ancien candidat à la présidence des Etats-Unis s’est toujours inscrite dans la tradition whig (progressiste, ndt) américaine, celle du président John Quincy Adams, du grand économiste Henry C. Carey et du président Abraham Lincoln. Ces références politiques ne peuvent se réduire à un slogan ou à une formule algébrique, mais renvoient à un principe. Il s’agit d’un principe qui, comme n’importe quel principe validé en science physique, se fonde sur un énoncé historique de l’expérience humaine. Dans ce cas, cette histoire est, ainsi que le grand historien et poète classique allemand Friecridh Schiller nous l’accorderait, l’expérience des Etats-Unis en tant qu’élément dans le développement de la civilisation européenne depuis Solon d’Athènes.

La création de la République fédérale constitutionnelle américaine, écho historique voulu de la tradition de Solon, fut un projet nourri par les efforts des principaux penseurs, savants et artistes des deux côtés de l’Atlantique. Ces forces historiques virent en la naissance la République américaine, telle que Lafayette la décrivit un jour, un temple de la liberté et un phare d’espérance pour toute l’humanité.

Malheureusement, ainsi qu’en attestent les événements qui succédèrent au 14 juillet 1789 à Paris, la terreur jacobine, les déchaînements meurtriers de Napoléon Bonaparte et les faits et gestes de Metternich et Castlereagh au Congrès de Vienne, l’Europe moderne n’avait pas alors atteint le niveau de maturité politique qu’aurait dû lui inspirer le traité de Westphalie, c’est-à-dire la capacité d’ériger de vrais et stables républiques.

Malgré tout, même dans les conditions d’isolement et en traversant les périodes de décadence dont les Etats-Unis souffrirent, depuis1789 jusqu’à la victoire du président Lincoln sur cette chose de lord Palmerston qu’était la Confédération, la Constitution américaine a prouvé, à plusieurs reprises, qu’elle était un instrument remarquablement solide. Le président Franklin Roosevelt, qui ramassa le flambeau américain là où l’avaient laissé tomber, par leur acharnement à détruire nos institutions, les présidents Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson, Calvin Coolidge et Herbert Hoover, démontra la vitalité de notre Constitution lorsqu’elle se trouve placée entre des mains fidèles et compétentes.

Le dessein fondamental de la Révolution américaine et de ses principaux partisans européens fut, depuis le commencement, de faire des Etats-Unis une République phare contribuant à inspirer l’émergence d’une communauté de principe parmi les républiques souveraines indépendantes du monde entier. Tel fut le but défini par l’un de nos plus grands hommes d’Etat, John Quincy Adams, et telle fut aussi la politique que le président Lincoln résuma dans son discours de Gettysburg. C’est au nom de ce même dessein que le président Franklin Roosevelt fit savoir au Premier ministre britannique Winston Churchill qu’il était personnellement engagé à décoloniser le monde de l’après-guerre, contrairement à ce que fit plus tard le président Henry Truman. C’est pourquoi, aujourd’hui comme alors, on doit comprendre l’importance unique pour le monde du Préambule de notre Constitution telle qu’elle fut adoptée en 1787-1789.

L’intention ayant guidé ses rédacteurs devrait aujourd’hui inspirer à la majorité des peuples du monde une déclaration de principe unificatrice. Cette intention, qui définit légitimement la loi fondatrice et la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique, deviendra absolument claire lorsque la nature légitime de l’autorité du Préambule de la Constitution fédérale américaine sera comprise. Ce point mérite explication.

Il faut reconnaître que les Etats-Unis ont souvent violé le principe légitime sur la base duquel ils ont été fondés. Depuis 1763, les principaux courants politiques de l’Amérique du Nord anglophone se sont principalement divisés en fonction de deux principes opposés. Les uns, ce sont les patriotes qui ont créé la République américaine ; les autres, ceux qui, comme les dirigeants de l’Essex Junto (cabale d’Essex, ndt), sont les « Tories (conservateurs ) américains », connus sous ce nom depuis l’époque de Benjamin Franklin jusqu’à celle de Franklin Delano Roosevelt, et que je désigne également ainsi. Ces « Tories américains », originellement associés, en affaires comme en philosophie, à la Compagnie britannique des Indes orientales, ont transmis jusqu’à aujourd’hui l’héritage philosophique de Lord Shelburne, Aaron Burr et Jeremy Bentham. Ils constituent la racine fondamentale et la base politico-philosophique constante des deux factions pro-impérialistes de mon pays, la « libérale « comme la plus ouvertement fasciste. Les mouvements, parfois extrêmement brutaux, du balancier de la politique américaine expriment plus que tout autre facteur les flux et reflux de la tradition patriotique opposée dont je suis aujourd’hui le vétéran aguerri.

La présidence de Franklin Delano Roosevelt fut un temps où l’héritage patriotique américain s’exprima avec le plus de vigueur. Cependant, depuis l’assassinat de John F. Kennedy, le déclenchement de la guerre d’Indochine et la campagne présidentielle de Richard Nixon, en 1966-1968, l’héritage tory a dominé les principaux partis américains, jusqu’à ce qu’éclate la crise actuelle.

Malgré les querelles politiques et les variations de rapports de force entre les deux factions dominantes, c’est le courant de Benjamin Franklin, que le président Franklin Roosevelt représenta et que je représente aujourd’hui, qui rédigea la Déclaration d’indépendance de 1776 suivant des principes définis par Wilhelm Gottfried Leibniz et composa le Préambule de la Constitution fédérale.

Ce Préambule repose sur trois principes qui furent adoptés comme autant d’expressions de la loi naturelle. Ces principes sont ceux de parfaite souveraineté nationale, de bien public (general welfare) et de service des générations futures. Aucune interprétation d’un autre aspect de la Constitution, aucun amendement, aucune loi, ne peuvent être reconnus valables s’ils ne sont en accord avec l’effet combiné de ces trois principes. L’extension de ces mêmes principes à une communauté de principe parmi une communauté d’Etats-nations parfaitement souverains a été l’intention, implicite ou à plusieurs reprises réaffirmée, présente à l’esprit de chaque partisan conscient du parti patriotique de mon pays. C’est conformément à l’élan de l’histoire américaine que, de même, notre politique militaire doit exprimer ce dessein qui est de promouvoir et de défendre une telle communauté de principe durable entre pays du monde.

La lettre adressée par John Quincy Adams, alors secrétaire d’Etat, au président James Monroe, source de la doctrine Monroe de 1823, est une expression fondamentale du principe ci-dessus défini. En effet, suivant cette doctrine, les Etats-Unis s’engageaient à défendre la souveraineté nationale des républiques émergentes des deux Amériques contre les pouvoirs prédateurs de l’Europe dès qu’ils en auraient la possibilité. Les Etats-Unis tinrent leur engagement, lorsqu’ils le purent, après la défaite des Confédérés de lord Palmerston, en aidant les Mexicains de Juarez à expulser de leur pays le corps expéditionnaire de Napoléon III, qui soutenait le tyran Maximilien de Habsbourg.

Aujourd’hui, les principaux pays du monde doivent dès maintenant agir pour mettre en œuvre une forme efficace de cet ordre légitime, établissant une fois pour toutes une coopération pacifique entre tous les pays qui le souhaitent.

C’est la conviction historique implicite de la tradition patriotique de mon pays que le rôle de la civilisation européenne, de Solon d’Athènes à nos jours, doit être de servir la promotion et la pratique des principes fondamentaux mentionnés ci-dessus au sein de notre pays comme à travers notre contribution aux affaires du monde. Cette politique a été la prémisse essentielle de notre véritable intérêt national depuis le commencement de notre combat pour l’indépendance. Les trois principes que les pères fondateurs des Etats-Unis ont tirés de l’influence de cercles associés à Wilhelm Gottfried Leibniz sont pourvus de racines historico-philosophiques profondes et anciennes, plongeant dans l’histoire de la civilisation européenne, entendue globalement, ainsi que dans celle d’autres civilisations (3). Je m’efforcerai maintenant de les décrire succinctement.

La racine commune à tous ces principes est la notion suivant laquelle la nature humaine se situe à part et au-dessus de celle des bêtes. Par exemple, le grand savant russe V.I. Vernadski toucha à ce sujet en définissant un ordre plus élevé d’existence qu’il appela noosphère, distinct et supérieur à celui de biosphère. Seul l’individu humain dispose de la capacité innée de faire ce qu’aucune bête ne pourrait faire, c’est-à-dire de créer et de construire une noosphère, en l’accomplissant par la découverte et l’usage de principes physiques universels qui sont invisibles, échappent au témoignage de nos sens et sont cependant universellement efficients (4). Le partage de cette expérience de la découverte de principes universels efficients et du profit que l’on peut en tirer, au sein de la société contemporaine ainsi que dans la transmission efficace de ce savoir, du passé au présent puis aux générations futures, nous montre que le vrai sens pratique et immortel de la vie humaine individuelle tient à ces qualités n’appartenant qu’à l’homme. Cela nous montre que l’intérêt de l’humanité repose essentiellement sur cette distinction de principe entre l’homme et l’animal.

Pour ces raisons, l’ardente aspiration de toute la civilisation humaine a été de réaliser des formes de société qui éradiquent définitivement les traditions suivant lesquelles certaines personnes en chassent d’autres ou les réduisent à l’état de bétail humain. Cette éradication exige un mode de vie social dans lequel chaque individu se trouve encouragé à participer consciemment à la génération et la reproduction des actes de découverte de ces principes universels qui sont les moyens par lesquels l’homme assure la progression de son espèce. Ceci définit le principe de bien public, tel qu’il dérive de la notion de justice qui apparaît sous le nom grec d’agapê dans La République de Platon et de charité universelle dans l’épître de Paul aux Corinthiens (I, 13), autrement dit de « bien commun ». Ceci définit à son tour le principe du service des générations à naître, véritable principe de l’histoire conçue comme processus légitime.

Implicitement, ceci définit aussi le principe de parfaites souverainetés nationales.

Cet objectif primordial de l’art de gouverner fut partiellement réalisé avec la naissance de l’Europe moderne, au XVème siècle. Alors apparurent en effet les premiers Etats-nations, la France de Louis XI et l’Angleterre du jeune Thomas More, sous le roi Henry VII. Il s’agissait là d’Etats engagés à mettre en œuvre le principe du bien public. Bien que des expressions opposées relevant de la loi impériale du Moyen-Age et même de circonstances antérieures aient alors perduré, l’émergence agitée de l’Etat-nation moderne et souverain, dans son combat contre les institutions médiévales réactionnaires, a été une grande bénédiction pour toute l’humanité. Le Préambule de la Constitution fédérale américaine adopta cet apport en tant que principe constitutionnel directeur. Les conséquences, voulues, qui en découlèrent furent les suivantes.

La souveraineté légitime d’un Etat-nation tient à la fonction absolument justifiée et obligatoire du bon gouvernement : celle de promouvoir efficacement le bien public et le service des générations à naître en prenant la responsabilité de ne jamais agir contre ces deux principes.

L’efficience de cette souveraineté dépend du développement, du partage et de la préservation du savoir. Ceci doit être accompli à travers un processus continu d’amélioration de la culture existante du peuple, en particulier de la culture linguistique, au sein de laquelle s’élaborent les processus sociaux de réflexion. Si l’on ne peut recourir à cette culture pour développer l’individu humain, les termes de droits de l’homme ou de l’individu tendent à devenir des phrases creuses et c’est ainsi qu’un peuple se trouve efficacement privé de ses droits par sa propre ignorance. La liberté et le développement du peuple et la parfaite souveraineté de l’Etat-nation sont donc des principes inséparables.

Fondamentalement, les principes universels s’expriment sous forme d’un corps de savoir cohérent et en continuelle expansion. Toutefois, pour acquérir efficacement ce savoir, le peuple doit passer par l’usage et le développement de la culture qu’il possède, y compris sa culture linguistique. L’aspect le plus fondamental de cette culture linguistique n’est pas constitué par ces phrases et ces mots pris dans leur sens littéral qui peuvent être tirés d’un dictionnaire, mais bien plutôt par ces subtilités métaphoriques et ces ironies d’expression qui sont, comme l’indique Percy Bysshe Shelley, le moyen par lequel un peuple est capable d’impartir et de recevoir les conceptions les plus profondes et les plus passionnées concernant l’homme et la nature.

L’objectif de susciter une véritable communauté de principe parmi les Etats-nations souverains est donc le reflet du principe de loi naturelle et universelle.

Ce vieil Hobbes, l’ennemi intérieur

Le principal ennemi intérieur de la civilisation contemporaine européenne, entendue au sens global, a été et reste l’empirisme social de ce tyran de Venise qu’était Paolo Sarpi, un empirisme néo-ockhamiste reflété dans l’activité de son laquais Galilée. Cet empirisme émergea, sous la tutelle de Galilée, au cœur des conceptions hideusement misanthropiques de Thomas Hobbes. Depuis Hobbes, en passant par les John Locke, Bernard Mandeville, Jeremy Bentham, Thomas Huxley, Friedrich Nietzsche et H.G. Wells, vint la fausse conception de l’homme aujourd’hui si communément admise, celle d’une bête sauvage, existentialiste et prisonnière de ses instincts. Le fascisme international moderne des partisans de feu le professeur Leo Strauss et de son allié synarchiste Alexandre Kojève, comme le sont les cercles néo-conservateurs entourant le vice-président Cheney, est une excroissance typiquement hobbesienne-nietzschéenne d’une conception existentialiste de la nature humaine qualifiée tour à tour, avec plus ou moins de bonheur, de dionysiaque, bestiale ou sataniste.

C’est cette fausse conception de l’homme qui imprègne notre époque et constitue le plus grand danger pour l’ensemble de l’espèce humaine.

La condition actuelle de notre planète, avec sa population et ses technologies existantes, ne permet pas d’assurer la continuation de la civilisation humaine en se fondant sur un système organisé autour de percussions interactives entre personnes et institutions, système dans lequel on peut reconnaître l’héritage de cet empiriste social qu’était Hobbes. Le maintien des niveaux de population actuels, ou au-delà, sur cette planète exige que l’on défende et améliore toujours ces perfectionnements humains de la nature qui sont, en termes physico-capitalistiques, parmi les plus évidentes caractéristiques de la noosphère. Le combat mené contre le manque d’améliorations apportées au stock existant de capital physique, tout comme le combat contre les lacunes de l’éducation et pour de meilleures conditions de vie en faveur de toute la population, définissent les mesures indispensables à prendre pour éviter de voir l’espèce humaine sombrer dans un nouvel âge des ténèbres planétaire.

La passion de détruire, qui se manifeste si haineusement chez Hobbes, en vient aujourd’hui à prendre la forme du droit à une guerre nucléaire préventive, tel que l’expriment les politiques fascistes de Cheney, Rumsfeld et leurs laquais néo-conservateurs ; ceux-ci, bafouant le droit des gens, constituent ainsi pour notre civilisation une menace que notre planète ne peut tolérer.

Le fascisme de Cheney, Rumsfeld et consorts est, il faut l’admettre, une forme tout à fait extrême au sein du vaste héritage laissé par Hobbes, mais nous ne pouvons négliger le fait que pour aussi longtemps que l’art de gouverner obéira à une conception des relations nationales et internationales inévitablement définies par des chocs à l’intérieur et entre nations, il y aura non seulement une tendance récurrente à l’apparition de conflits inutiles, mais une insensibilité aux mesures qui permettraient de surmonter d’anciennes querelles par des actes bénéfiques et exécutés sans délai dans l’intérêt commun. Trop de Hobbes engendre beaucoup trop de Cheneys.

L’homme naît pour faire le bien. Si elle développée, la capacité innée d’un enfant originaire de n’importe quelle partie de cette planète lui permet de devenir au moins virtuellement un génie, un individu qui aime découvrir la vérité et participer au bien commun, donnant sens à sa vie mortelle en la vouant à ceux qui sont encore à naître. C’est cette capacité qui symbolise la bonté innée propre à la nature humaine. La véritable mission et le vrai devoir de tout Etat-nation souverain, de toute République, est de susciter la motivation et de fournir les moyens permettant le développement de ce potentiel de l’individu.

Si, au lieu de se fonder sur une telle perspective, la politique des Etats reposait au contraire sur l’axiome suivant lequel l’homme est par disposition naturelle un animal prédateur, la pratique des sociétés continuerait à encourager l’homme à être un loup pour l’homme. L’homme étant ainsi défini, chacun serait considéré, du point de vue hobbesien, comme une menace vis-à-vis de tout autre et il règnerait dans la société une guerre de tous contre tous. La conséquence serait alors un état de « guerre préventive » généralisé et perpétuel, comme ce fut le cas sous le régime hitlérien, et comme ce serait aujourd’hui le cas sous la loi des cercles fascistes de Cheney et Rumsfeld, si elle continuait à prévaloir, écho moderne des politiques que pratiquèrent ces canailles médiévales que furent Biche et Mouche ou, peut-être, plus près de nous, Burke et Hare.

L’aspect spécifique de l’empirisme de Sarpi, qui engendra de telles expressions de haine individuelle et sociale, est la négation de cette capacité spécifique propre à l’individu qui distingue l’espèce humaine des bêtes et l’élève au-dessus d’elles. L’expression de cette capacité spécifique, souvent appelée potentiel de l’âme humaine individuelle, se caractérise par la découverte et le partage de ces principes physiques universels validés par l’expérience qui ne peuvent se réduire et ne sont pas réductibles à un simple témoignage des sens. Ce type de capacité spécifique, ainsi désigné par Platon, et parfois, répétons-le, appelé spirituel, s’exprime aussi, de manière similaire, à travers les grandes compositions artistiques classiques qui, en conséquence, le caractérisent elles aussi.

Cette capacité propre à l’humanité s’incarne en pratique sous une forme qu’ont su illustrer les humanistes classiques comme Friedrich Schiller et Wilhelm von Humboldt. Ceci inclut les avantages engendrés par les progressions technologiques qui ont permis à l’humanité de passer d’un potentiel de densité démographique relative caractérisant les grands singes à un ordre de grandeur qui lui est aujourd’hui supérieur de trois décimales. L’enrichissement des relations sociales, à travers l’art classique, exprime lui aussi la même caractéristique qualitative spécifique à chaque membre de l’espèce humaine. La tentative de dégrader l’art et la science au niveau d’une interprétation statistique du simple témoignage des sens révèle une culture qui s’efforce de dégrader l’être humain au niveau d’un simple animal. Cette bestialité est l’hypothèse de départ de l’élève de Galilée qu’était Hobbes ; cette dégradation est la racine axiomatique de la vision qu’a Hobbes d’un homme qui n’est qu’un loup pour l’homme. C’est aussi la racine axiomatique de la bestialité que manifestent les disciples de feu le professeur Strauss ou d’Alexandre Kojève, celle des complices néo-conservateurs du vice-président Cheney.

L’engagement en faveur d’un progrès spécifiquement humain dans les domaines de la science et de l’art, ainsi que dans leur application, est une forme de pratique sans laquelle toute société tend à adopter le comportement de bêtes humaines. La bonté de l’humanité et des nations n’est assurée que lorsqu’on leur donne les moyens de vivre au sein d’un environnement défini par le progrès, un progrès qui exprime l’appétit de la nature la plus authentique et la plus élevée de l’âme.

En conséquence, ne laissons pas se former des sociétés dans lesquelles la population serait conditionnée à se comporter de manière bestiale. Ne soyons pas non plus de ces sophistes qui, constatant la dégradation hobbesienne que la déraison de nos nations a imposé à la culture de nos peuples, y trouveraient l’excuse pour mettre en cage nos concitoyens ou leurs enfants, ou ceux d’autres nations, comme s’il s’agissait de bêtes qu’il faut empêcher de nuire.

La situation stratégique actuelle

Les circonstances dans lesquelles l’action concertée des Cheney, des Rumsfeld et de leurs laquais fascistes en vue d’usurper l’autorité constitutionnelle de la Présidence, du Congrès et de la Cour suprême n’a pas été déjouée, ont été déterminées par la situation économique. Comme lors des actions concertées de certains cercles de Londres, de New York et d’autres centres financiers, visant à conférer à Adolf Hitler des pouvoirs dictatoriaux le 28 février 1933, les politiques imposées à l’administration Bush après le 11 septembre 2001 n’ont pas été causées par le délabrement du système financier et monétaire international existant, mais en sont cependant le reflet.

Les initiatives prises par les cercles de Londres et de New York autour de Montagu Norman, visant à soutenir financièrement le parti nazi, déployer Hjalmar Schacht et leurs autres atouts allemands pour imposer Hitler auprès des institutions de Weimar et faire finalement en sorte qu’Hitler assume des pouvoirs dictatoriaux le 28 février 1933, avaient pour but d’empêcher qu’un chancelier allemand favorable au programme du Dr Wilhelm Lautenbach puisse exercer le pouvoir au moment de l’inauguration de la présidence Roosevelt aux Etats-Unis. Aujourd’hui, le coup d’Etat virtuel organisé par le vice-président Cheney, immédiatement après les attaques du 11 septembre 2001, a eu pour objectif d’empêcher que les méthodes de reprise économique de l’administration Roosevelt puissent être de nouveau mobilisées afin de faire face à l’effondrement du système financier et monétaire international, le système de changes flottants en vigueur depuis 1971.

Alors, comme aujourd’hui, l’usurpation fasciste se proposait de déclencher une fuite en avant vers une guerre mondiale pour éviter que soient mises en œuvre les réformes économiques nécessaires au bien public.

Aujourd’hui, nous devons retenir deux leçons de cette expérience, et en tirer les conséquences.

Tout d’abord, connaître le rôle historique de certains intérêts financiers, qui ont soutenu les opérations synarchistes (fascistes) des deux côtés de l’Atlantique entre 1922 et 1945, comme la montée au pouvoir de Mussolini et d’Hitler, et qui aujourd’hui opèrent aux Etats-Unis, nous fournit un aperçu révélateur sur les rapports entre les événements qui se déroulèrent en Allemagne de 1932 à 1934 et les développements de la politique américaine après le 11 septembre 2001.

Ensuite, constater que malgré une tentative d’assassinat et un coup d’Etat avorté, Franklin Delano Roosevelt put devenir président en 1933 et lancer la reprise économique qui empêcha une prise de pouvoir fasciste aux Etats-Unis et assura la défaite finale d’Hitler et de ses alliés. Tirer les leçons de cette expérience de 1932-1935 est essentiel pour faire face à la menace qui pèse actuellement sur l’ensemble de la civilisation.

Le type de guerre de tous contre tous, c’est-à-dire de guerre mondiale permanente que poursuivent ces disciples de Carl Schmitt, Leo Strauss et Alexandre Kojève que sont Cheney et Rumsfled, doit être identifiée comme une nouvelle expression de la matrice qui engendra les deux « Guerres mondiales » du XXème siècle. En effet, la guerre que le duo Cheney-Rumsfeld entend déclencher, pour la cause de ce que le néo-conservateur Michael Ledeen appelle explicitement « fascisme universel », doit être comprise comme le début d’une « Troisième Guerre mondiale géopolitique ».

La flambée de pouvoir économique et, plus généralement, de pouvoir tout court aux Etats-Unis pendant et après la défaite des Confédérés entraîna, au moment de la célébration du centenaire de leur Indépendance, en 1876, un fort sentiment d’admiration envers ce qu’ils accomplissaient. Ceci se traduisit par l’estime générale que rencontrèrent les travaux du plus grand économiste de l’époque, Henry C. Carey, ainsi que ceux de l’économiste germano-américain Friedrich List. Les politiques économiques de l’Allemagne de Bismarck, le développement industriel de la Russie d’Alexandre II, entrepris sous l’impulsion de D.I. Mendeleïev, l’essor industriel du Japon sous la restauration Meiji, directement inspiré par Carey, et de semblables développements dans la France du troisième tiers du XIXème siècle, sont caractéristiques d’une convergence d’efforts, notamment à travers l’Europe continentale, visant à accomplir là ce que les Etats-Unis venaient d’accomplir en termes de croissance agro-industrielle grâce à leur propre développement ferroviaire transcontinental.

Les milieux du prince de Galles - le futur Edouard VII, formé par Palmerston - et en particulier, ceux de la Société Fabienne (les Fabian Coefficients), réagirent en recourant à leurs machinations géopoliticiennes pour faire en sorte que les nations et les peuples d’Eurasie se sautent à la gorge. C’est dans ce contexte d’incessants conflits, et avec la petitesse exhibée par l’ensemble des chefs d’Etat, confinant à la folie criminelle, qu’éclata la Première Guerre mondiale.

Pour des raisons analogues, Adolf Hitler fut installé au pouvoir en Allemagne, ses parrains londoniens espérant que leur atout au sein du gouvernement nazi, Hjalmar Schacht, organiserait le financement des forces militaires allemandes pour attaquer, envahir et détruire l’Union soviétique. La France, elle, était supposée se lancer contre les arrières de ces forces lorsqu’elles seraient enlisées en URSS. La découverte par Londres que, sous une dictature hitlérienne, la politique militaire allemande serait de frapper d’abord à l’Ouest, amena le Royaume-Uni à changer de politique et à rechercher la coopération de Franklin Delano Roosevelt pour venir à son secours contre l’attaque nazie qui se préparait.

Pour les utopistes anglo-américains actuels, raisonnant en termes de frappes nucléaires aériennes, la perspective d’une Eurasie continentale engagée dans une coopération pacifique constitue un intolérable affront fait à la cause de leurs fantasmes géopolitiques. Pour les milieux associés aux néo-nietzschéens néo-conservateurs de Rumsfeld et de Cheney, une coopération pacifique au sein de l’Eurasie est une perspective qui doit être écrasée par la force, en instaurant un état de guerre perpétuelle sur tout le continent. A cet effet, les populations musulmanes sont prises pour cible et transformées en détonateur humain pour semer partout la confusion.

Les conditions dans lesquelles la clique fasciste des Cheney et des Rumsfeld est parvenue à exercer son influence actuelle se sont accumulées depuis plus de quarante ans, à commencer par l’impact cumulatif d’une série d’événements terrifiants, tels que la crise cubaine des missiles en 1962, la série de tentatives d’assassinat menées contre le général de Gaulle, l’assassinat non élucidé de John F. Kennedy et le lancement par les Etats-Unis de leur aventure militaire utopiste en Indochine. La rapide émergence d’une contre-culture rock-drogue-sexe à destination de la jeunesse et contraire à l’idée de progrès, l’intégration de la tradition criminelle du Ku-Klux-Klan au sein de la campagne présidentielle de Nixon en 1966-1968, la démolition du système monétaire international régulé et à taux de change fixes en 1971 et les développements économiques subséquents au cours des années 1970, transformèrent les Etats-Unis de l’état de première nation productrice du monde en société de consommation post-industrielle de plus en plus prédatrice. C’est ainsi que l’économie et la moralité de la Rome ancienne dégénérèrent, approximativement après la fin de la seconde guerre punique.

L’effondrement moral du système des partis politiques américains, sous l’impact combiné de la chute des revenus des ménages les plus modestes (80% du total) et de l’élimination de catégories entières de fermiers indépendants et d’autres entrepreneurs productifs, a conduit, par exemple, à la prise de contrôle du Parti démocrate par une bureaucratie droitière connue sous le nom de Democratic Leadership Council. L’électeur type appartenant aux 80% des ménages les plus modestes se trouve face à la croyance dominante suivant laquelle il n’existerait que deux choix : « acheter » les produits que ces supermarchés politiques que sont devenus les « partis » ont dans leurs rayons, ou boycotter obstinément les élections, parce qu’il est convaincu qu’il ne peut disposer d’une représentation efficace au sein de ces partis. (5)

Cet effondrement moral au sein des partis politiques créa les conditions dans lesquelles, momentanément du moins, aucune opposition significative ne put se dresser face aux impulsions fascistes et aux extravagances économico-politiques que la clique Cheney-Rumsfeld imposa au président George Bush.

Si des dirigeants de poids provenant de divers pays du monde combinaient leurs ressources, nous, ensemble, pourrions présenter l’authentique alternative au chaos actuel, qui se nourrit de l’effondrement monétaire et financier en cours et des projets fascistes que nous avons mentionnés. Cependant, ceci signifie remettre à l’ordre du jour des gouvernements et des partis politiques les questions fondamentales concernant l’insécurité économique étreignant les nations et leurs peuples. Mettre un terme aux tentatives actuelles de coup d’Etat fasciste à Washington est un acte essentiel, en lui-même et de par lui-même. Les fonctions constitutionnelles et la séparation des pouvoirs doivent être rétablies et l’usurpation récente arrêtée net. Aucune personne de bonne volonté ne peut se dérober devant cette tâche.

Cependant, l’indispensable rétablissement de la loi constitutionnelle aux Etats-Unis ne pourra être accompli tant qu’une base économique internationale ne viendra pas soutenir une telle action correctrice. La capacité pour construire cette base existe, pourvu que des niveaux pertinents de coopération entre la majorité des pays de l’Eurasie fournissent le pivot à partir duquel les mesures de stabilisation monétaires et financières, nécessaires à une échelle plus vaste, pourront être mises en œuvre.

Certaines des conditions nécessaires à une coopération continentale eurasiatique sont déjà réunies. En effet, dans les conditions d’un système monétaire international réformé, s’inspirant des aspects les plus réussis du système originel de Bretton Woods des années 1944-1958, la conclusion d’accords protectionnistes à long terme sur le crédit, les tarifs douaniers et le commerce permettrait de favoriser une croissance accélérée en Eurasie, entraînant pour la condition humaine l’amélioration la plus remarquable et la plus équitable de toute son histoire. Ce serait aussi un moyen d’arrêter le génocide et les injustices de tout type qu’un pouvoir sans limites a imposé à l’Afrique, ainsi que le pillage des peuples d’Amérique centrale et du sud, dont tous les droits ont été bafoués sous le système monétaro-financier des taux de change flottants.

Pour ceux d’entre nous qui partagent des convictions civilisatrices, la Chine et l’Inde sont des acteurs de poids, composants décisifs au sein d’un groupe de nations qui doit chercher à obtenir des accords de partage de technologie avec l’Europe, à long terme et vaste portée, pour répondre aux exigences du développement économique nécessaire aux besoins de leurs peuples. L’Europe, de son côté, a un besoin immédiat de ces marchés, afin de sortir par le haut d’une situation de dépression économique interne de plus en plus grave. Le rôle de la Russie, en coopération stratégique avec des pays d’Europe occidentale groupés autour de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, est également d’une importance fondamentale vis-à-vis du triangle Russie-Chine-Inde de coopération asiatique en matière de sécurité et de développement économique.

Ce rôle essentiel du développement eurasiatique est un sujet que j’ai traité à maintes reprises sous les rubriques complémentaires de « Pont terrestre eurasiatique » (6) et de « nouveau Bretton Woods » (7). Ces initiatives font partie - et sont caractéristiques - d’un groupe de réformes économiques et de mesure corollaires à mettre en œuvre de toute urgence.

Les options actuelles

Le succès d’une telle alternative dépend de l’accord sur plusieurs actions réformatrices à convenir entre nations.

Tout d’abord, les Etats-Unis doivent remplacer cette épave ambulante qu’est leur politique impériale actuelle par un véhicule différent et de meilleure tenue. Nous devons assumer notre responsabilité morale de promouvoir le bien public d’autres nations, qui nous est imposée par le pouvoir que nous avons acquis. Les Etats-Unis doivent agir en accord avec cette responsabilité propre à la nature de leur pouvoir, mais aussi conformément à la résolution exprimée explicitement et implicitement dans leur propre déclaration d’Indépendance et le Préambule de leur Constitution de 1776.

Tous les pays du monde reconnaissent aujourd’hui le pouvoir relatif des Etats-Unis comme un fait établi. La plupart, je le soupçonne, sont convaincus qu’ils doivent s’y faire. Nous devons, en tant qu’Américains, nous y faire également. La distinction à opérer n’est pas, en effet, de savoir si les autres pays doivent ou non se résigner à notre puissance, mais de savoir si les Etats-Unis sont prêts à traiter les autres pays en partenaires ou en clients d’un empire mondial. Nous devons traiter les problèmes de l’ensemble du monde, mais l’autorité et la responsabilité de ce qui arrive dans l’arène internationale doit, elle, relever de la coopération entre puissances également souveraines.

En conséquence, mon intention est d’appeler les représentants des pays du monde à se réunir de toute urgence au sein d’une conférence parrainée par les Etats-Unis, en vue de procéder à la mise en règlement judiciaire du système financier et monétaire international, aujourd’hui en banqueroute virtuelle. Les gouvernements du monde doivent relever le défi que constitue la condamnation sans recours du système en son état actuel et la nécessité de prendre, de toute urgence, les types de mesures suivantes :

  1. Suivant les termes de la réforme, toutes les institutions financières et monétaires pertinentes, y compris les systèmes de banque centrale, seront mises en règlement judiciaire par l’autorité souveraine de l’Etat-nation correspondant. Cette mesure et toute autre mesure corollaire exigeront le soutien et la coopération de tous les gouvernements parties prenantes à l’accord.
  2. La première préoccupation est d’empêcher une dégénérescence chaotique des institutions de dépôt existantes, publiques et privées, de protéger les modestes avoirs financiers des individus et des ménages, de maintenir le niveau des retraites, de garantir le bon fonctionnement des institutions traditionnelles d’émission de crédit et, en général, d’assurer la continuation et l’amélioration des productions essentielles, du commerce, des collectivités locales et de l’administration du bien public. Les avoirs financiers revêtant le caractère de jeux, comme les produits financiers dérivés, seront en règle générale éliminés et plusieurs autres formes d’endettement feront l’objet d’un moratoire en vue de leur réorganisation.
  3. Dans le cadre de telles mesures, mettant en règlement judiciaire un système malade, nous devons susciter suffisamment d’investissements valables pour que les seuils de rentabilité annuels puissent être franchis par rapport aux coûts et aux dépenses courantes des systèmes nationaux. A cet effet, le principal stimulant sera constitué par les opérations gouvernementales en matière d’infrastructure économique de base, ou par les investissements publics dans les services relevant, en tout ou partie, de l’Etat. Dans les cas jugés appropriés, une activité de service public peut d’abord être organisée au sein du secteur public, puis être attribuée plus tard au secteur privé.
  4. Dans ces conditions, l’avenir des économies nationales dépendra largement de mécanismes nationaux et internationaux établis au sein des gouvernements et entre gouvernements en vue d’émettre des crédits à long terme et à faible taux d’intérêt avec des échéances comprises entre 25 et 50 ans, c’est-à-dire équivalant à la durée d’une ou deux générations. Cela signifie, de manière générale, des crédits émis à des taux d’intérêt (des taux annuels simples) ne dépassant pas 1 à 2%. Une telle proposition ne peut être mise en place que dans le contexte d’un système monétaire réglementé à taux de change fixes, prenant pour modèle les meilleurs aspects du système monétaire de Bretton Woods avant 1971 et s’inspirant de son fonctionnement.
  5. Deux sources sont en mesure d’alimenter l’émission de crédit public. La première est un système bancaire national se référant implicitement à celui prévu par la Constitution fédérale américaine. La seconde est l’émission de crédit découlant de traités sur le commerce et les investissements, convenus entre Etats souverains ou par un groupe d’entre eux en faveur d’Etats tiers. Une troisième possibilité doit être aujourd’hui rejetée. Il s’agit du recours au multiplicateur keynésien, propre au système de banques centrales du modèle libéral anglo-hollandais, qui n’est pas acceptable dans les conditions extrêmes qui vont inéluctablement prévaloir au cours des années à venir de réorganisation financière et monétaire généralisée.

    Il doit être pris en compte que la reprise économique européenne, pendant les deux décennies qui ont suivi la fin de la Deuxième Guerre mondiale, a reposé sur le rôle unique qu’a alors joué un dollar américain soutenu par ses réserves de métal précieux. Cette situation exceptionnelle du dollar, pendant cette période, a permis à l’ordre du FMI de protéger les devises européennes, certaines autres devises et leurs systèmes de crédit. Cela n’a plus été possible après les crises sterling-dollar des années 1967-1971. Dans la crise actuelle, nous devons parvenir à un aussi bon résultat que pendant les Trente glorieuses, bien que le dollar américain soit intrinsèquement plus faible en termes de valeur physique réelle. Dans ces conditions, des additifs keynésiens ne sont pas acceptables aujourd’hui.

    Prenons le cas de la Réserve fédérale américaine pour illustrer le défi auquel nous devons faire face.

    Le recours tactique à un « mur d’argent » mobilisant, depuis octobre 1998, des méthodes d’impression monétaire électroniques ou autres pour renflouer les secteurs des marchés financiers en état de faillite virtuelle, a engendré un potentiel hyper-inflationniste dans des domaines de plus en plus étendus, sous forme de ce qu’on peut justement qualifier de « bulles financières », dans la tradition des frasques auxquelles s’adonnait un John Law. Un tel état de choses définit la faillite de la Réserve fédérale américaine, parmi d’autres systèmes de banque centrale également affectés. La situation du système américain de Réserve fédérale se reflète, en grande partie, dans un déficit fédéral en croissance exponentielle et dans la détérioration corollaire de la balance des paiements américaine. Actuellement, la pensée dominante de la présidence américaine et des partis représentés au Congrès, si toutefois on peut qualifier cela de « pensée », n’a plus aucun rapport avec l’univers réel.

    Ainsi, si j’étais aujourd’hui président, mon secrétaire au Trésor et les principaux dirigeants du Congrès seraient en train de préparer les plans visant à mettre le système de Réserve fédérale en règlement judiciaire. Dans une situation similaire à celle à laquelle Franklin Delano Roosevelt eut à faire face en prenant les mesures du « bank holiday » (fermeture des banques américaines, ndt), en 1933, ma politique aurait, dans l’immédiat, un triple objet :

    1. empêcher un effondrement en chaîne au sein du système monétaire et financier national ;
    2. maintenir sans rupture la continuité des fonctions économiques nationales essentielles, dans le secteur public comme dans le privé ;
    3. ouvrir la voie à une vigoureuse expansion de l’emploi, en mettant largement l’accent sur le crédit en faveur de travaux publics fédéraux, des Etats et des collectivités locales.

    Avant d’entreprendre une telle action, je m’imposerais d’informer mes partenaires d’autres gouvernements sur la nature et la portée des mesures à prendre. Ces mesures susciteraient alors des discussions confidentielles avec des représentants de ces gouvernements, qui devraient avoir lieu immédiatement à Washington ou dans ses environs. Un tel processus conduirait à la signature de traités internationaux mettant en place un nouvel ordre économique et monétaire mondial.

    En publiant aujourd’hui le présent rapport, ce sont ces considérations fondamentales que j’ai présentes à l’esprit. Les gouvernements doivent parfois agir par surprise, mais ces surprises doivent être peu nombreuses et ne jamais violer des principes préalablement posés.

    Suivant la Constitution fédérale américaine, l’endettement public est une fonction réservée à l’exécutif, dans les limites du consentement donné par le Congrès. Ceci inclut le monopole fédéral de l’émission de monnaie, ainsi que les obligations implicitement contractées en contrepartie de l’émission future de cette monnaie. Ce pouvoir est la principale source d’expansion nette du crédit dont dispose l’autorité gouvernementale. Ce pouvoir a été prudemment utilisé pour émettre le crédit utilisé à la fois par le gouvernement fédéral et les Etats, en particulier en faveur des programmes infrastructurels fédéraux ou entrepris par les Etats. J’ai déjà indiqué les principaux types de programmes que j’ai l’intention de lancer ou de soutenir, et j’ai fourni les principes directeurs pour certains d’entre eux (8).

  6. L’avantage de prendre pour modèle d’une réforme en profondeur du FMI, le système réglementé de taux de change fixes de la période 1944-1958, apparaît clairement lorsque l’on compare les succès relatifs de ce dernier à l’échec systématique de ce qui s’ensuivit :
    1. La mutation de la période 1964-2003, au cours de laquelle les Etats-Unis, le Royaume-Uni et les principales économies occidentales passèrent d’un modèle réussi de société de producteurs à la société de consommateurs que nous connaissons à présent et qui se trouve en banqueroute virtuelle ;
    2. le système de changes flottants de la période 1971-2003, également en banqueroute.

Les mesures de principe à prendre de toute urgence en vue d’une réforme d’ensemble du système ont en leur faveur le poids de l’expérience : le succès historiquement prouvé du modèle de société de producteurs à taux de change fixes contre l’échec calamiteux et cumulatif du modèle ultérieur à taux de change flottants, déréglementé et inéluctablement condamné à la ruine.

Le Titanic du système financier et monétaire international est en train de couler, et la réalité fera désormais preuve d’une patience très limitée vis-à-vis de tous ceux, passagers et équipage, qui nous demandent de rester à bord.

En conséquence, une fois que l’on suppose que le système financier et monétaire du FMI, fondé sur des taux de change flottants et virtuellement en état de banqueroute, sera remplacé par une nouvelle version du système de Bretton Woods, réglementé et à taux de change fixes, il devient possible de recourir à ce système nouveau pour en faire le contexte d’accords tarifaires et commerciaux bilatéraux et multilatéraux, mutuellement avantageux et s’étendant sur une durée de 25 à 50 ans, avec des taux d’intérêt de l’ordre de 1 à 2% par an.

Des durées de cet ordre sont imposées par le rôle dominant que doivent jouer les programmes de développement d’infrastructures économiques de base, notamment dans les secteurs suivants : production et distribution d’énergie, régulées ou re-régulées ; systèmes de transport de masse incorporant à la fois fret et passagers ; développement et gestion des ressources hydrauliques ; sylviculture et autres programmes de gestion des sols à grande échelle ; complexes urbano-industriels ; systèmes de santé publique et d’éducation nationale. Ces programmes, dont les meilleurs exemples sont les accords multinationaux pour le développement du Mékong et les batteries de grands travaux infrastructurels entrepris par la Chine, suscitent autour d’eux l’expansion des marchés entraînant le financement de catégories nouvelles de production de biens à partir d’un réseau croissant d’entreprises et d’associations de producteurs.

Ces éléments infrastructurels sont ceux qui définissent ce liquide économique au sein duquel nage le poisson entrepreneur, connu sous le nom de « marché ». La durée des cycles les plus longs d’investissements infrastructurels définit les échéances correspondant aux remboursements des crédits, organisés par des accords préalables sur le financement, les tarifs, les prix et le commerce.

Le système global qui est nécessaire se trouve en gros défini de la manière suivante.

La principale impulsion en faveur de ces accords à long terme vient principalement du continent eurasiatique. Il s’agit d’abord d’une Europe menée par un ensemble de nations regroupées autour de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et de la Russie ; ensuite, d’un groupe eurasiatique conduit par la Russie, l’Inde et la Chine, et enfin, nous l’espérons, d’un groupe moyen-oriental jouant le rôle de carrefour de développement pour la croissance économique entre la Méditerranée et l’Océan indien.

La seconde composante est la coopération entre les Amériques.

La troisième est l’Afrique.

Les autres régions du monde se raccorderont à ces trois-là.

L’aspect commun à chacune de ces régions est qu’il s’y trouve un ensemble cohérent de matières premières et fossiles. Au sein de chacune de ces régions, l’amélioration et la gestion de la biosphère, et de ses composants matériels à long terme les plus nécessaires, définissent les principaux aspects des relations fonctionnelles entre matières premières, habitat et production.

Dans le cas particulier de l’Afrique, les effets cumulés d’un pillage infligé, de pratiques génocidaires et du démantèlement de la plus grande partie du continent par les agences coloniales passées et actuelles, ont réduit son développement par tête et par kilomètre carré à tel point qu’aujourd’hui, elle ne dispose pas de ressources autochtones en capital suffisantes pour engendrer les principaux éléments de l’infrastructure économique de base indispensable à son développement légitime. Une vaste aide extérieure, sous forme de programmes progressifs de transferts de technologie à grande échelle, est nécessaire pour fournir les éléments stratégiques essentiels à une infrastructure économique de base et au désenclavement du continent, permettant ainsi à l’Afrique de développer ses propres moyens d’opérer, de maintenir son secteur primaire et de développer son secteur secondaire en liaison avec le primaire.

Cette aide indispensable ne pourra pas être apportée à l’Afrique sans un vigoureux développement au sein de l’Eurasie et des deux Amériques.

Le thème de la défense stratégique

L’expérience de la guerre d’Indépendance américaine, le développement du concept de défense stratégique par « l’organisateur de la victoire » que fut Lazare Carnot, le rôle connexe joué par les réformateurs prussiens autour de Wilhelm von Humboldt et de Gerhard Scharnhorst, ainsi que le développement des académies américaines de West Point et d’Annapolis au XIXème siècle, annoncent la fin, prévisible bien qu’encore distante, du type de politiques militaires associées à l’ancienne Rome, au féodalisme et à la guerre en dentelle du XVIIIème siècle. La défaite du fasciste Napoléon Bonaparte par le tsar Alexandre Ier et ses alliés réformateurs prussiens, et la défense puis la contre-offensive soviétique ayant abouti à la débâcle des forces d’invasion hitlérienne, démontrent l’efficacité du principe de défense stratégique. Une telle démonstration montre la nécessité dans laquelle nous sommes aujourd’hui de substituer le concept de défense stratégique à ces notions de guerre napoléonienne ou hitlérienne, si pitoyablement parodiées par la notion de révolution dans les affaires militaires du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld.

Contrairement à ce que pensent les partisans de l’empiriste Thomas Hobbes, la guerre n’est ni un état naturel ni une institution nécessairement permanente des affaires humaines. Pour aussi longtemps que les nations devront être préparées à mener de justes guerres pour se défendre, des capacités militaires relativement puissantes demeureront nécessaires. Cependant, si nous prenons en compte les leçons du génie militaire français qu’était Louis XI, le rôle joué par Mazarin et Colbert dans la négociation et la mise en œuvre du traité de Westphalie, ainsi que le développement du principe de défense stratégique par Lazare Carnot et le travail original des réformateurs prussiens, nous sommes amenés à comprendre ce que devrait être le processus naturel de mise en phase de capacités logistico-militaires en un temps où la mission d’institutions militaires compétentes se fond dans une conception élargie du génie militaire.

L’incompétence bestiale du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, concernant la conduite de la guerre contre l’Irak en est une illustration.

Il est vrai que le gouvernement du président George W. Bush a violé le droit, la morale et la Constitution américaine lors de l’invasion de l’Irak. Cependant, une fois que les forces américaines ont envahi et occupé le territoire irakien, elles sont devenues responsables de l’ordre et du bien publics sur le territoire qu’elles occupent. Des divisions lourdes convenablement approvisionnées et ayant reçu une instruction militaire suffisante sont indispensables pour mener à bien des opérations compétentes, même dans des conditions où l’opposition militaire se dissout, comme c’était le cas en Irak. Car de telles divisions représentent la masse critique nécessaire pour assumer efficacement la responsabilité d’une occupation pacifique susceptible de bénéficier aux territoires occupés. Avoir recours à des forces légères composées de post-adolescents mis en condition par un entraînement vidéo induisant le triple réflexe de viser, tirer et tuer, est, au contraire, indigne de la conduite d’un secrétaire à la Défense compétent.

Le rôle du génie, de l’ingénierie et des fonctions militaires qui leur sont connexes, lors de la phase finale des combats, préfigure la manière dont une politique de défense stratégique conduit à surmonter l’état de guerre. Ainsi, la politique menée sous la direction du général Douglas MacArthur, qui était de gagner la guerre en contrôlant le plus grand territoire possible et en évitant tout combat inutile, s’oppose à l’immoralité du bombardement nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki décidé par le président Harry Truman. La pratique d’une juste guerre a pour objet l’apparition la plus rapide possible d’un résultat pacifique. Les capacités militaires et stratégiques mises en œuvre et déployées pour réellement parvenir à ce résultat pacifique sont un moyen nécessaire pour atteindre l’objectif plus élevé qui est d’échapper enfin à la guerre elle-même. Ce résultat pacifique n’est pas en vue en Afghanistan, en Irak ni au Moyen-Orient, et ne le sera pas tant que les Cheney et les Rumsfeld continueront à contrôler la situation.

La stratégie des fortifications, telle qu’elle fut développée par Vauban, reprise par Carnot dans son Eloge et dans ses campagnes, et appréciée par le « vieux » Moltke, exprime le principe plus général de défense stratégique.

Aujourd’hui, la manière de plus en plus visible dont transparaissent les errements criminels des Cheney, des Rumsfeld et de leurs laquais néo-conservateurs, permet de comprendre, par contraste, l’urgence de mettre en œuvre ce type de réformes économiques qui permirent de vaincre le fascisme pendant la présidence de Franklin Delano Roosevelt. La solution apparaît dans le fait que, même pour le type de famille qui ne brille pas par ses connaissances scientifiques ou théologiques, la morale « traditionnelle » trouve son expression pratique dans le bien qu’elle entend transmettre aux générations futures, à ses enfants, petits-enfants et au-delà. C’est l’engagement des peuples à améliorer la condition humaine par de grandes œuvres, tout particulièrement en coopérant avec d’autres nations, qui suscite le sens profond d’un rapport moral entre nous-mêmes et les générations futures.

Le danger est que si des hommes et des femmes cupides et petits continuent à se battre pour les miettes de plus en plus minuscules d’un système économique en voie d’effondrement, plutôt que de lutter pour que naisse au plus vite un nouveau système, s’accrocher ainsi aux vieilles habitudes de ce système condamnera presque à coup sûr toute l’humanité à une chute dans un nouvel âge des ténèbres planétaire pour plusieurs générations. Cependant, si nous mettons en œuvre le type de changements que je m’engage moi-même à introduire, en tant que candidat à la présidence américaine, nous aurons alors la possibilité d’entrer dans un monde meilleur et plus sûr, dans lequel un état de guerre de tous contre tous ne pourra jamais revenir.


Notes

(1) En 1983, j’avais prévu que si le Secrétaire général soviétique, Youri Andropov, s’obstinait à refuser l’offre de coopération du président Reagan en vue de mettre en place une Initiative de défense stratégique (IDS), la politique soviétique allait conduire à un effondrement économique d’ici « approximativement cinq ans ». L’économie soviétique s’effondra six ans plus tard. Le 12 octobre 1988, j’ai fait, en tant que candidat à la présidence américaine, une déclaration à Berlin-Ouest, prévoyant l’effondrement économique imminent du bloc soviétique et anticipant la réunification allemande avec, probablement, Berlin pour future capitale. Cette « déclaration de Berlin » engloba ma politique de « nourriture pour la paix » : une coopération à grande échelle pour la reconstruction économique des pays de l’Est. Ma conférence de presse télévisée du 12 octobre fut reprise quelques semaines plus tard par les réseaux de télévision américains.

(2) Il est significatif que les conceptions les plus délirantes du secrétaire à la Défense, Cheney, aient alors été mises en échec par l’administration du président Bush père, avant d’être largement reprises par celle de Bush fils et de Cheney lui-même, devenu vice-président.

(3) Par exemple, la déclaration d’Indépendance américaine de 1776, rédigée sous la direction de Benjamin Franklin, reprend la conception leibnizienne de « la vie, la liberté et la recherche du bonheur », concept que Leibniz lui-même opposa à celui de « la vie, la liberté et la propriété » de John Locke, utilisé pour justifier l’esclavage (propriété d’êtres humains, ndt).

(4) Par exemple, dans la science physique expérimentale, nous pouvons ressentir les effets de la gravitation, du principe de moindre temps, du principe de moindre action universelle et, plus généralement, les effets du domaine complexe, mais nous ne pouvons pas « sentir » ces principes physiques universels eux-mêmes, bien que leur efficience soit démontrable. Il ne s’agit pas ici d’une connaissance moderne, mais du principe de « puissance », souligné à diverses reprises par Platon, notamment dans son Théétète.

(5) Mon propre but est de réintroduire la voix du citoyen dans les débats du Parti démocrate, perspective généreusement haïe par la bureaucratie vieillissante du Democratic Leadership Council !

(6) cf. « Le Pont terrestre eurasiatique : une nouvelle Route de la soie, locomotive du développement économique mondial », publié en anglais dans un rapport spécial de l’Executive Intelligence Review (janvier 1997) et disponible en français (Editions Alcuin, Paris).

(7) cf. Voici venu le temps du nouveau Bretton Woods de Lyndon LaRouche, comité pour un nouveau Bretton Woods de Lyndon LaRouche (juin 2000), publié en langue anglaise. En français, un rapport sur Un nouveau Bretton Woods pour sortir de la crise systémique est également disponible (Editions Alcuin, Paris).

(8) « Le programme de LaRouche pour une infrastructure économique à mettre en place de toute urgence aux Etats-Unis », publié en anglais dans un rapport spécial de l’Executive Intelligence Review (novembre 2002).

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