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Déclaration de Jacques Cheminade

Pour une juste laïcité

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Paris, le 5 avril 2011 — L’accueil de l’autre et la définition avec lui d’un vouloir vivre en commun est au fondement de toute société humaine. « Reçois tout homme avec un beau visage », nous dit le Traité Avoth (Pères), 1,15. C’est en partant de ce bon pied que Jaurès voyait en la laïcité, qui postule au départ une raison humaine commune, la « fin des réprouvés ».

Assurant la « liberté de conscience » et garantissant « le libre exercice des cultes » sans en reconnaître, salarier ni subventionner aucun, la loi du 9 septembre 1905 crée un espace public équitable offert à chaque croyance respectueuse des principes de notre Constitution. C’est dans cet espace que doit se dérouler un dialogue permanent en vue d’éviter la guerre de tous contre tous, chacun participant à l’élaboration concrète de grands projets d’intérêt mutuel valables pour tous, croyants ou pas. La laïcité devient ainsi « positive » ou « juste », non parce qu’elle tolère telle ou telle manifestation sectaire ou irrationnelle, mais parce qu’elle se fait porteuse d’une dynamique d’interpellations mutuelles pour affermir le combat contre tout ce qui réduit l’être humain à un instrument ou même à une apparence.

Ces principes fondamentaux sont aujourd’hui cyniquement écartés et la laïcité elle-même se trouve instrumentalisée. Marine Le Pen s’y réfère pour rejeter l’immigration et en ce 5 avril, l’UMP tient une convention sur la laïcité car « l’évolution de la société nécessite une adaptation de son cadre juridique », nous dit Jean-François Copé, son secrétaire général. Cette « adaptation » consiste à faire que l’Etat, contrairement au texte de 1905, se mêle du fonctionnement interne des religions. Ainsi Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement, entend conditionner les différentes techniques juridiques et financières mises en place par l’Etat pour faciliter la construction de lieux de prière, à « l’affiliation à un culte représentatif ayant passé une convention avec l’Etat et respectueux de ses lois ». Cela est en réalité fait sur mesure pour les mosquées ou les centres culturels musulmans. Par delà la loi du 12 octobre 2010, interdisant le port du voile intégral dans l’espace public, une circulaire du ministre de l’Education, Luc Chatel, vise à interdire le simple port du foulard aux mères accompagnant les sorties scolaires. En fait, il ne s’agit pas ici de contraindre à montrer ce que l’être humain devrait avoir de plus beau, « le beau visage », mais de punir un choix vestimentaire de mamans qui ne le cachent pas : foulard n’est pas burqa, sauf pour celui qui ne veut pas voir.

L’on voit bien l’arrière-pensée, comme dans toutes les déclarations récentes de Claude Guéant : le musulman est un « autre », qui doit être contrôlé et abandonner ses signes extérieurs, défini par ce qu’il est ou manifeste qu’il est, et non par ce qu’il fait. Une directrice d’école peut préférer une maman voilée qui fait attention aux enfants à une maman non voilée qui « parle mal aux enfants » ou qui n’est pas fiable. Ce type de jugement, manifestation d’un vrai esprit de laïcité, paraît étranger à MM. Copé, Apparu, Chatel et Guéant. C’est extrêmement grave car on met ainsi à vif une plaie vis-à-vis d’une catégorie de la population par ailleurs économiquement défavorisée.
Preuve que la convention de l’UMP n’est pas un débat sérieux, elle se déroulera pendant à peine quatre heures. Il s’agit de faire « un signe à son électorat » en vue de le fidéliser par le bas, calcul stupide car à le faire, on finit toujours par trouver plus bas que soi-même.

Le 30 mars, à la télévision, Chemseddine Hafiz, vice-président du Conseil français du culte musulman, a situé le sujet là où il le mérite en soulignant trois choses fondamentales. D’abord qu’un débat aussi sensible et complexe ne pouvait être organisé dans une malsaine fébrilité. Ensuite qu’il n’appartient pas à un parti politique de le lancer seul, que ce soit l’UMP ou le Parti socialiste, mais à l’Assemblée nationale, au sein de laquelle tous les Français sont en principe représentés. Enfin, que sur la notion de laïcité, il appartiendrait aussi aux Eglises et aux grands courants humanistes de solliciter la réflexion et les avis de nos compatriotes. La Conférence des responsables de cultes en France a d’ailleurs dit haut et fort : « Nous militons ensemble pour une laïcité de bonne intelligence » … et « les améliorations du cadre juridique et réglementaire »… doivent plutôt « s’inscrire dans la durée » de façon que « le facteur religieux soit un élément de paix et de progrès et non de division ».

Je serais tenté de citer pour finir le Traité Sanhédrin de Tossefta, chapitre 8 : « Le juste des Nations vaut le juste d’Israël », en conseillant à tous ceux qui parlent sur cette question de laïcité de relire d’abord Jaurès et de procéder à ce que les musulmans appellent une djihad al nafs (une guerre intérieure purificatrice) ou à ce que le christianisme appelle un « examen de conscience ».

Ainsi, élevant le débat, il apparaîtrait qu’une laïcité juste est l’ennemie de tout esprit d’oligarchie car elle libère les capacités créatrices de l’être humain dans l’espace social.

En référence à cette réflexion, j’ai écrit il y a plus de dix ans un texte sur le Dialogue inter-religieux disponible ICI...


Voir aussi : La vidéo « Pour une juste laïcité »


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