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Les écrits de Lyndon LaRouche

Pourquoi les économistes ont échoué

Economie et créativité
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par Lyndon LaRouche, le 10 octobre 2008

Nous vivons dans un monde qui, en ce bref instant de son histoire, est dominé par l’échéance fiscale fatidique du 10 octobre. Le système financier de ce monde malade vit désormais l’agonie du jeu mondial que l’on appelle les produits financiers dérivés. Les détenteurs de ces produits ont parié sur l’hippodrome virtuel de la spéculation financière, ils ont perdu et ne méritent aucune récompense. Annulons leurs titres – de la monnaie de singe sans aucune valeur – et, ainsi libérés, passons aux affaires de l’économie physique, réelle, du monde. Et que vivent les gens de cette planète, n’en déplaise au prince Charles d’Angleterre et à son démentiel World Wildlife Fund.

En ce 10 octobre, la question est : où va le monde ?

Comme je vais le montrer dans ce rapport sommaire, la seule réponse adéquate au défi actuel posé à la civilisation est à chercher dans la rubrique « créativité scientifique », au sens propre du mot créativité (contrairement à la simple innovation), tel qu’il est défini, en pratique, par la découverte du principe de gravitation régissant le système solaire. Cette découverte est due au seul Johannes Kepler, un fidèle disciple de Nicolas de Cues. Conformément aux remarques de John Maynard Keynes, oublions les revendications frauduleuses d’Isaac Newton. Refermons le coffre des arcanes pervers et inutiles de Newton ! Cette découverte de Kepler, et de nul autre, est une manifestation supplémentaire du remarquable triomphe de la méthode scientifique du cardinal Nicolas de Cues, cette méthode platonicienne que, profondément inspiré, celui-ci avait réintroduite dans la civilisation européenne moderne avec sa Docte Ignorance.

Aujourd’hui, faute d’adopter cette approche face à la crise économique globale qui s’abat sur le monde, il ne reste guère d’espoir de voir notre civilisation échapper à une descente soudaine et prolongée dans un nouvel âge des ténèbres planétaire.

Ceci dit, poursuivons notre analyse.

Notre planète est en proie à une désintégration physique accélérée, comparable à un glissement de terrain. Ce ne sont pas seulement les marchés financiers qui se trouvent condamnés à jamais dans le cadre des règles actuelles. Chaque partie du monde pâtit de l’effondrement — essentiellement physique, bien que déclenché par des facteurs financiers – des moyens physiques de l’existence humaine.

Regardons la réalité en face : le système financier international ne peut être sauvé ! Il est trop tard pour tenter de sauver les marchés, ils sont totalement exsangues et ne peuvent être ressuscités sous leur forme actuelle. La seule alternative saine est d’assurer la continuité de la vie économique-physique quotidienne de la planète, à travers un processus de redressement judiciaire, une réorganisation aboutissant à la création d’un système de crédit international à taux de change fixes, débarrassé du cadavre de ce régime fou, et ruiné, de taux de change flottants.

C’est l’économie physique des nations que nous devons ressusciter de toute urgence, tant qu’il existe encore des économies réelles pouvant être relancées. Pour réussir ce nécessaire sauvetage, il faut mettre en place un système de crédit hamiltonien, selon les principes inscrits dans la Constitution fédérale des Etats-Unis, qui deviendra le noyau d’un système global à taux de change fixes, similaire au dessein voulu par Franklin Roosevelt pour la conférence de Bretton Woods de 1944.1

La crise qui sévit aujourd’hui est bien pire que celle dont le président Franklin Roosevelt sortit le monde il y a 75 ans. Les méthodes qu’il mit en oeuvre évitèrent à notre planète de sombrer dans un « nouvel âge des ténèbres », où l’auraient entraînée les « libre-échangistes » britanniques, pro-nazis et autres, s’ils en avaient eu l’occasion. Bien que la crise actuelle soit bien plus grave qu’à l’époque de Roosevelt, sa vision et sa passion peuvent encore nous servir de guide aujourd’hui.

Votre crise personnelle

Dans le cas des Etats-Unis, le déclin de l’économie physique, qui se précipita en avalanche, remonte à l’année fiscale 1967-68, point de départ de la tendance à la baisse de la croissance économique physique par tête et par kilomètre carré. Ce fut le début d’un recul net du capital physique investi dans l’infrastructure économique de base sur le long terme, marqué par d’importantes réductions des investissements dans l’aérospatial, première source de l’accroissement de la productivité physique réelle et potentielle. Durant les quarante années suivantes, après le printemps 1968, puis l’abolition du système de Bretton Woods par le président Nixon en 1971-73, suivie par la ruine de l’économie physique intérieure de la nation sous l’impulsion de la Commission trilatérale, l’on assista, lors des législatures successives, à un processus ininterrompu de détérioration, menant inexorablement à la catastrophe économique terrible que nous subissons actuellement. (...)

Malgré les bêlements des optimistes aveugles à la tête des partis et du gouvernement, atteignant désormais l’hystérie, les principales causes de ce déclin de quatre décennies devraient être évidentes pour tous. Le principal facteur peut en être décrit ainsi.

1. La différence entre le singe et l’homme

De prime abord, pour de nombreux citoyens, il aurait dû être facilement et largement reconnu, tout au long de ces quarante années de folie, que la richesse de toute économie nationale comme de l’économie mondiale, repose sur l’accroissement de la productivité du travail, par tête et par kilomètre carré. Pourtant, jusqu’à présent, très peu de « grands » économistes, dans les Amériques et en Europe occidentale et centrale, ont compris qu’il n’y avait aucune possibilité de réussite réelle dans le cadre des stupides théories sur la croissance économique qui continuent à faire autorité depuis quarante ans ; or, elles ne sont que les illusions inhérentes à la politique ruineuse mise en œuvre dans les grandes nations.

Aujourd’hui, toute reprise exige le retour à un accroissement général de la créativité physique, ancrée dans la science, seule source d’augmentation durable de la richesse physique (et pas seulement monétaire) des nations, mesurée par tête et par kilomètre carré. Cela signifie, en particulier, le retour obligé aux politiques du président Franklin Roosevelt, avant leur renversement par le président Harry Truman, qui partageait certaines des aversions impérialistes de Winston Churchill pour l’heureuse politique de reprise de Franklin Roosevelt.

De même, bien qu’une part non négligeable des économistes aient une notion, vraie ou fausse, de l’importance de l’infrastructure économique de base pour le maintien de la productivité, la plupart ne voient pas l’aspect décisif du rôle de l’infrastructure dans toute forme viable d’économie. Du point de vue scientifique, le bienfait attendu ne s’obtient que s’il amplifie les pouvoirs productifs du travail, sur le lieu de production des biens physiques comme au niveau de tous les services essentiels, visant à accroître la productivité des capacités mises en oeuvre sur le site de production.

En cette époque de crise internationale, il faut minimiser la doctrine erronée d’impérialisme britannique, que Karl Marx proclama fièrement avoir copiée, dans ses axiomes, d’Adam Smith. En fait, on ferait mieux d’éliminer totalement l’influence toxique d’Adam Smith pour la remplacer par les principes leibniziens du Système américain d’économie physique qu’Alexander Hamilton, le premier secrétaire américain au Trésor, décrivit dans ses célèbres trois lettres au Congrès. L’autorité politique de ce Système américain reste, à ce jour, consacrée dans les implications pratiques du Préambule (anti-Locke) de la Constitution fédérale des Etats-Unis.2

Le Système américain a une histoire bien définie : son origine remonte au legs de Platon, et plus récemment, au grand Concile œcuménique de Florence, puis à la création des premières économies physiques modèles d’Etat-nation moderne, dans la France de Louis XI et l’Angleterre de Henri VII, un admirateur de Louis XI.3

Historiquement, les Etats-Unis restent, aujourd’hui encore, le principal adversaire anglophone du système britannique impérial global, intrinsèquement pervers. La fondation de notre République recèle un facteur culturel crucial de l’histoire mondiale, qui fait que les Etats-Unis sont, essentiellement, l’antagoniste le plus efficace du système libéral anglo-hollandais d’oligarchie financière, incarné par l’empire financier oligarchique britannique de 1763-2008, toujours hégémonique aujourd’hui. Nous représentons, aux Etats-Unis, une tradition pour laquelle il n’existe, jusqu’à présent, aucun substitut culturel dans l’histoire. Faute de remettre ce legs en honneur, il sera impossible d’établir l’accord global viable entre nations, seul capable d’empêcher la chute dans un « nouvel âge des ténèbres ».

L’Europe depuis Charlemagne

La tâche politique la plus urgente incombant aux nations, notamment transatlantiques, consiste à étudier les méthodes des Augustiniens, notamment Isidore de Séville et d’autres prédécesseurs du cardinal Nicolas de Cues, qui allumèrent l’étincelle de ce qui allait devenir la civilisation européenne moderne, bâtie sur les grandes réformes lancées par Charlemagne.

Malgré la destruction, après la mort de Charlemagne, d’une bonne partie de son œuvre, à la fois par ses ennemis et ses successeurs, les aspects décisifs de ses contributions perdurèrent, sous forme de progrès physiques et d’orientations politiques. Ils seront repris, y compris par le cardinal Nicolas de Cues, pour la fondation de l’Europe moderne, issue de la Renaissance du milieu du XVe siècle. De même, le système constitutionnel des Etats-Unis, forgé dans la résistance à la culture perverse de l’impérialisme financier et oligarchique anglo-hollandais, produisit des accomplissements uniques dans la tradition de la Renaissance, fruit du Concile de Florence.4

Portons, momentanément, notre attention sur les aspects cruciaux des réformes de Charlemagne qui nous aideront à trouver des remèdes à la crise actuelle. Considérons le rôle principiel de la véritable infrastructure économique (contrairement aux fraudes intrinsèquement ruineuses de type mussolinien, concoctées par des personnes aussi peu ragoûtantes que Felix Rohatyn, George Soros ou Michael Bloomberg, le maire de New York).

Sous le règne de Charlemagne, et grâce à son rayonnement, une forte augmentation de la productivité du travail fut réalisée, par tête et par kilomètre carré, grâce à différents moyens, comme la mise en place d’un réseau de fleuves et de canaux qui devint le principal moyen de transport fluvial interne en Europe. Le rôle de ce système allait être supplanté, vers la fin du XIXe siècle, par le développement de chemins de fer transcontinentaux, qui démarra pendant la présidence d’Abraham Lincoln. Plus tard, pendant la période précédant la Première Guerre mondiale, le développement du moteur électrique par Thomas Edison, malgré l’opposition du New York Times, permit un accroissement général de la productivité industrielle, même en l’absence d’améliorations comparables des modes de production.

Pour emprunter le langage du grand scientifique russe du XXe siècle, V.-I. Vernadski, l’accroissement de la productivité intervient surtout lorsque la production et le transport de biens et de services se situent dans le cadre de l’amélioration qualitative de la biosphère par l’homme, ce qui est assuré par l’amélioration qualitative de la noosphère en tant que telle.

Le germe de ces bonifications réside dans des découvertes fondamentales de principes physiques, telle la découverte de la gravitation universelle par Johannes Kepler (et lui seul).

Voilà l’aspect essentiel de toute conception compétente des principes physiques de l’économie, sa signification devenant évidente dès que l’on compare le taux d’accroissement du potentiel de densité démographique relative caractérisant des formes de société prospères, au taux relativement fixe constaté chez toute espèce animale ou culture dite « traditionnelle ». L’accroissement potentiel de densité démographique relative d’une société, réalisé grâce aux pouvoirs créateurs de l’esprit humain, ne trouve pas d’expression correspondante chez les formes de vie inférieures. Le pouvoir propre à l’homme d’accroître, volontairement, le potentiel « écologique » de son espèce, produit un effet « écologique » qui ne peut être comparé, chez les formes de vie inférieures, qu’aux seuls processus d’évolution biologique anti-entropique.

Voilà, exprimé du point de vue de l’économie physique, le sens correct du concept de découverte de principes physiques universels.

La nature de la créativité

Ainsi, depuis l’avènement de l’espèce humaine sur cette planète, une évolution progressive de l’écologie humaine s’est produite grâce aux processus de développement correspondant exclusivement aux pouvoirs créateurs de l’esprit humain individuel. La découverte et l’adoption de principes physiques universels par l’esprit humain individuel et, de là, par la société, représentent la seule forme anti-entropique compétente d’« écologie » humaine qui soit. Toute « écologie » humaine hostile à la croissance mène, en soi, à un refus tragique d’agir à la manière propre des êtres humains, qui servira d’alibi à un crime contre l’humanité en général, comme celui du prince Philip et de son World Wildlife Fund.

L’humanité est la seule espèce volontairement créatrice connue aujourd’hui, à l’exception du Créateur présenté dans la Genèse 1, dont nous sommes là pour imiter la nature créatrice. Ce Créateur est aussi l’expression de nos connaissances nettes des obligations et du pouvoir de notre espèce. La distinction normale, saine, de l’humanité, est celle d’une espèce qui évolue vers un état supérieur, sans changement biologique par ailleurs, en se transformant à travers les effets de ses pouvoirs créateurs tels qu’ils se reflètent dans la découverte et l’application révolutionnaire de principes physiques universels.

Cette distinction de l’homme par rapport au grand singe ou à la souris donne le véritable sens de la créativité humaine individuelle potentielle. Pour les économistes compétents, ce principe de créativité spécifiquement humaine peut être compris, dans l’Europe moderne, à travers l’âpre controverse entre les disciples de Paolo Sarpi et René Descartes, d’un côté, et le cardinal Nicolas de Cues et ses disciples comme Léonard de Vinci, Kepler, Gottfried Leibniz et Bernhard Riemann de l’autre.5

Le fondement de ce conflit se situe, catégoriquement, dans l’équivalence ontologique du concept leibnizien d’infinitésimal ontologique 6, à l’opposé de l’incompétence intrinsèque des adversaires de son principe universel de moindre action physique. Parmi ces adversaires, on trouve de Moivre, D’Alembert, Euler, Lagrange, ainsi que les écoles de Cauchy et de Clausius au XIXe siècle puis, plus tard, le positiviste Ernst Mach et la forme numérologique plus extrême de positivisme associée aux escrocs que furent Bertrand Russell et ses fidèles serviteurs, Norbert Wiener et John von Neumann.

Cette forme cartésienne de corruption morale de l’esprit s’exprimera aussi, plus tard, dans toutes les publications du notoire Adam Smith au sujet de la méthode. Ce lien est évident dans son méprisable essai de 1759, La théorie des sentiments moraux.7

Si j’introduis ici le thème de ces empiristes mécréants, c’est pour mettre en lumière la suppression systémique de la véritable créativité dans le comportement des libéraux vis-à-vis des questions scientifiques. Cette suppression est typique des disciples de la méthode empiriste. La discussion qui suit sur cette question de méthode scientifique (et anti-scientifique) posera des difficultés à certains lecteurs, à cause de la nature inévitablement scientifique d’une telle entreprise. Mais si l’on veut comprendre les implications du degré d’effondrement dans le monde actuel, on ne peut s’en passer.

Avant d’aborder le chapitre suivant, prenons le cas problématique d’Adam Smith.

Lorsque des cultures modernes vivent une tragédie, telle la crise monétaire et financière actuelle, la cause première réside dans l’influence intrinsèquement tragique, retransmise dans la culture, de l’interdiction de toute créativité, faite aux classes populaires considérées comme inférieures. On retrouve ce genre d’interdiction dans diverses cultures, y compris dans la plupart des universités des Etats-Unis et d’Europe aujourd’hui.

Cette idée trouve son illustration typique dans le Prométhée enchaîné d’Eschyle, où le Zeus de l’Olympe, un sinistre tyran, condamne Prométhée à la torture perpétuelle pour avoir permis au commun des mortels d’accéder à la connaissance scientifique, à travers l’utilisation du « feu ». Zeus accuse Prométhée d’avoir offensé la tyrannie de l’Olympe en révélant le secret de l’utilisation du feu (ce qui correspondrait aujourd’hui à la maîtrise de la fission et de la fusion nucléaires) à ses serviles sujets, c’est-à-dire aux hommes ordinaires.8

La théorie sociale d’Adam Smith, sa Théorie des sentiments moraux sur laquelle repose tout son dogme économique, reflète la même doctrine de domination que le Zeus d’Eschyle. Elle adopte aussi le dogme de l’irrationnaliste médiéval Guillaume d’Occam, sur lequel s’appuya Paolo Sarpi pour formuler ce qui allait devenir le dogme caractéristique du système libéral anglo-hollandais moderne.9

La civilisation européenne eut un avant-goût de la puissance qu’exerce la tragédie à travers les générations successives d’une culture, dans la relation entre l’Iliade d’Homère et le sujet commun de ce qu’on appelle aujourd’hui les tragédies grecques classiques.

Dans l’histoire, l’individu, tel qu’il est présenté dans l’Iliade et ses échos ultérieurs dans la tragédie grecque, n’est pas un élément isolé, de type cartésien. Au contraire, il est l’expression d’un processus véritablement dynamique, dans le sens où les anciens pythagoriciens et Platon utilisent ce concept (dynamis) comme fondement de leur méthode scientifique et où Leibniz l’oppose à la nature frauduleuse de la méthode de René Descartes, ainsi qu’à la méthode réductionniste de Paolo Sarpi et de son disciple, le cartésien Antonio Conti, suivi par le néo-cartésien Isaac Newton, puis par Voltaire, de Moivre, D’Alembert, Euler, Lagrange, Laplace, Cauchy, Clausius, etc.

Ceci dit, si nous voulons réellement comprendre la racine des problèmes de l’économie mondiale, nous devons poser les deux questions étroitement liées, mais distinctes, découlant du conflit entre la méthode scientifique de Cues, de Vinci, Kepler, Fermat et Leibniz, et celles des aristotéliciens médiévaux et des disciples de Guillaume d’Occcam, dont le modèle intellectuel fut adopté par Paolo Sarpi, qui, à son tour, inspira la philosophie libérale moderne de l’impérialisme anglo-hollandais depuis février 1763.

La première de ces questions concerne la méthode moderne à la base de toute science physique compétente, méthode en grande partie redevable à Nicolas de Cues dans sa Docte Ignorance, mais faisant aussi écho à l’ancienne méthode scientifique des pythagoriciens et de Platon.

Au sujet de la créativité humaine

Euclide, lui-même élève du dogme aristotélicien, contribua à ce titre à détruire la science classique de son époque, en cooptant et retravaillant des théorèmes développés avant lui par des chercheurs plus compétents et plus honnêtes, afin d’en faire un système dans lequel tout ce savoir antérieur fut objectivé de manière à se conformer aux notions a priori utilisées par Euclide en guise de définitions, d’axiomes et de postulats. La méthode frauduleuse d’Euclide fut reprise par Claude Ptolémée, un escroc de l’ère romaine, pour formuler une représentation consciemment biaisée de l’astronomie grecque classique.

A l’ère de la culture européenne moderne, on vit apparaître un objectivisme similaire du savoir pratique avec la méthode, encore plus irrationnelle, associée à Guillaume d’Occam. Celle-ci fut adoptée et promulguée par la nouvelle faction vénitienne de Paolo Sarpi et par son laquais Galileo Galilei, aboutissant à l’empirisme et à son dérivé, le positivisme, tels que nous les connaissons aujourd’hui.

En cela, Sarpi poursuivait un double dessein. D’abord, fournir à la faction vénitienne un motif justifiant l’acceptation de certaines formes d’innovation technologique, alors interdites par le dogme aristotélicien, tout en bannissant le rôle de la pensée réellement créatrice de l’esprit humain. Le dogme « empiriste » de Sarpi, Galilée, René Decartes, Antonio Conti, etc., fournit la base de l’escroquerie morbide montée par le spéculateur Isaac Newton, un adepte de la magie noire, comme John Maynard Keynes le révélera plus tard.

La clé pour appréhender l’effet de ce dogme de Sarpi sur la science physique et la pratique économique réside dans cette caractéristique commune à l’ancien dogme euclidien et au nouveau dogme sarpien, à savoir exclure de toute considération certains principes physiques réellement universels, en adoptant des suppositions a priori comme celles d’Euclide et de Descartes, respectivement. Au lieu de découvrir dans la nature un principe physique réel, comme le fait Johannes Kepler dans son oeuvre, les empiristes y substituent une forme de description, une formule mathématique ou quelque chose de comparable, voire même une escroquerie aussi éhontée que le positivisme mécaniste d’Ernst Mach et de son disciple Ludwig Boltzmann, ou encore la numérologie complètement délirante que l’on trouve dans le Principia Mathematica de Bertrand Russell, ou les fraudes de ses fidèles, Norbert Wiener et John von Neumann.

Pour comprendre le positivisme moderne des disciples de Mach et de Russell, il est utile de le comparer aux instruments et aux effets de l’escroquerie euclidienne.

Dans les deux cas, la place que devrait occuper la découverte, expérimentalement validée, de principes universels, est occupée par l’appel arbitraire à l’idée populaire des perceptions sensorielles en guise de réalité. Dans les modalités euclidiennes antiques, cette fonction est remplie par les définitions, axiomes et postulats. Dans le cas de l’empirisme sarpien, la formulation d’une composition convaincante de présomptions arbitraires est plus compliquée. Pour résoudre ce problème, on créa la doctrine mystique des formes a priori, sur lesquelles Descartes fonda ses mathématiques frauduleuses. L’ensemble de l’empirisme moderne habituellement adopté et ses dérivés reposent sur les notions cartésiennes sous-jacentes d’une trame donnée de formes.

Descartes et ses fidèles, les Conti, Voltaire, de Moivre, D’Alembert, Leonhard Euler et le protégé de ce dernier, Joseph-Louis Lagrange, devinrent les principaux inconditionnels du culte empiriste sarpien et anti-leibnizien. L’école britannique empiriste, avec son caractère néo-cartésien et apparemment newtonien, n’est qu’une marque déposée dérivée de ce culte. Les « enfants » de cette clique sont aussi amusants à lire qu’une bande dessinée, mais rares sont les lecteurs qui apprennent quoi que ce soit d’important sur les sujets dont ils se vantent de parler, en parodiant un dialogue érudit.

Le trait essentiel de l’empirisme sarpien se manifeste, après Galilée (autre laquais de Sarpi), chez Descartes, dont les dogmes mathématiques sont la simple projection d’un système de formes mathématiques a priori.

Dans les deux cas, chez Euclide comme chez Descartes, le sujet de délibération porte sur un ensemble de formes mathématiques a priori, attribuées à des perceptions sensorielles et non à des principes physiques réels. Chez Descartes, par exemple, la connaissance de l’univers est limitée à cet ensemble de formes a priori. En cela, il imite l’escroquerie d’Euclide et des euclidiens. Les deux écoles posent comme prémisse qu’il existe une barrière infranchissable séparant l’expérience de telles formes, supposée correcte, de la réalité sous-jacente, que les empiristes jugent inaccessible à l’esprit humain.

Au contraire, la science, telle que la définissent les pythagoriciens et Platon, ne voit dans la perception qu’une simple ombre que peuvent reconnaître nos instruments de perception sensorielle, qu’il faut bien distinguer des principes universels expérimentalement découvrables qui ont projeté ces ombres perçues par nos sens. La créativité, qui distingue absolument les pouvoirs humains de ceux de l’animal, est le fondement même de la connaissance systématique que nous ont léguée les pythagoriciens et Platon, et aussi de la science physique de l’Europe moderne depuis les découvertes scientifiques fondamentales accomplies par Nicolas de Cues et certains de ses disciples tels Luca Pacioli, Léonard de Vinci, Johannes Kepler, Fermat, Leibniz, Bernhard Riemann, ainsi que Max Planck et Albert Einstein au XXe siècle.

En outre, la compréhension des principes universels, physiques et équivalents, n’existe que du côté ontologique, celui opposé à la perception sensorielle, et en forme la substance véritablement efficiente. En vérité, aucun principe physique universel réel ne peut exister, ontologiquement, dans le domaine de la perception sensorielle en tant que telle. Les principes physiques universels n’existent que sous forme d’universaux efficients expérimentalement définissables. Dans un cours moderne, cette définition sera parfaitement illustrée avec la présentation, par Kepler, de sa propre découverte de la gravitation universelle dans ses Harmonies : elle n’est perçue ni par la vision ni par le son (harmonique), mais elle se manifeste à travers la contradiction ontologique projetée comme si les deux coïncidaient expérimentalement.

La véritable découverte de principes physiques, effectivement universels, exprime ce pouvoir propre à l’homme, contrairement à toutes les autres espèces. (...)

Au sujet de l’immortalité

Le récit, par Kepler, du problème que pose la définition d’un principe de gravitation universelle omniprésent dans l’ensemble du système solaire, nous amène à une question afférente, soulevée par Albert Einstein, éclairant ainsi le vrai sens de l’infinitésimal, au sens où Gottfried Leibniz le définit et l’emploie. Le lien entre le travail de Leibniz, un disciple de Kepler, et Einstein, qui sut apprécier Kepler, définit l’utilisation correcte du mot « infinitésimal » dans la pratique de la science physique.

Employé dans ce contexte, ce mot ne se rapporte pas au « tout petit dans l’espace-temps », contrairement à ce qu’affirme cet escroc de Leonhard Euler. La petitesse relative d’un intervalle d’action dans un champ gravitationnel représente en fait la relation entre la taille de l’univers défini par le principe de gravitation universelle, et la petitesse ou la brièveté de l’action locale que l’on a choisi de mesurer. En ce sens, et uniquement en ce sens, la petite taille de l’intervalle d’action examiné démontre que ce principe enferme l’univers, tel que le comprenait Einstein : cet univers est fini, mais non limité par une quelconque considération extérieure efficiente.

Toute notion de principe physique universel, définie de manière compétente, nous confronte à cette même « ironie » qu’Einstein reconnut chez Kepler, lorsque ce dernier fonda la seule approche permettant de créer une science physique expérimentale universelle.

Ainsi, Leibniz (et Einstein) rejettent une multiplicité cartésienne, parce que, pour eux, l’univers n’est pas défini par des formes inconnaissables, empêchant l’esprit de comprendre ce qui n’est pas perceptible par les sens. C’est la découverte de principes physiques universels qui limitent l’univers, par rapport à un principe donné. Ainsi, Einstein affirme que l’univers est un système, à l’image des processus physiques fournis par la découverte de la gravitation universelle par Kepler.

C’est à travers cette méthode de découverte, remontant aux pythagoriciens et à Platon, en passant par les découvertes fondamentales de Nicolas de Cues et de ses disciples parmi les fondateurs de la science européenne moderne, que l’homme transforme, à partir du haut, ce que Vernadski appela noosphère, créant ainsi l’environnement général dans lequel l’individu humain peut réaliser le changement.

Seul un esprit qui aborde l’économie de ce point de vue physique, à la différence de toute approche comptable, peut comprendre et calculer les valeurs relatives générées par un processus économique.

Un résumé des progrès effectués jusqu’ici par l’humanité peut être associé à l’oeuvre de Bernhard Riemann, un Riemann qu’il faut considérer, comme le fit Einstein, dans son domaine de recherche, ou moi, dans le mien. Ces deux approches aboutissent à un résultat essentiel : révolutionner la pratique sociale de l’homme en encourageant les capacités de découverte créatrice spécifiques à l’esprit humain. Le progrès n’est pas le fruit d’habitudes, mais de révolutions dans les habitudes de la société dans son ensemble.

Notes :


1. Contrairement au système monétaire impérialiste, qui fut substitué au système de crédit anti-impérial voulu par Roosevelt. Celui-là est le système de John Maynard Keynes, adopté par le [successeur de Roosevelt], le président Harry Truman, un admirateur du pro-impérialiste Winston Churchill.

2. Quant aux problèmes de l’économie américaine depuis 1968, seul un niais pourrait tenir la victime d’un viol pour responsable de la grossesse qui en découle.

3. Cet aspect est très peu compris, voire pas du tout, parmi les générations nées depuis 1945. Aux Etats-Unis, par exemple, on ne trouve pratiquement plus de professeurs d’histoire compétents dans les universités. A la place, on a des chroniqueurs, plus ou moins honnêtes, qui interprètent les faits comme autant de données. Ils prennent ces exercices pour le travail infiniment plus profond et sérieux de l’historien qualifié, qui examine le processus historique du point de vue de la tragédie classique, en recherchant la détermination caractéristique des processus qui se développent au fil des générations successives. Le processus de déclin ininterrompu qui affecte l’économie américaine depuis quarante ans un illustre ce problème.

4. Le principe de l’histoire ainsi exprimé est connu, dans le monde des théologiens, comme la « simultanéité de l’éternité ». Il s’agit du Concile oecuménique de Florence, où fut célébré le génie de Filippo Brunelleschi, l’architecte qui appliqua le principe physique de la chaînette pour ériger la coupole de Santa Maria del Fiore.

5. J’écarte de nos considérations présentes les « scholastiques », pour me concentrer sur l’élaboration cartésienne de la méthode occamiste de l’empiriste et d’autres disciples de Sarpi.

6. C’est-à-dire différent de l’infinitésimal purement mathématique des empiristes après de Moivre, d’Alembert, Euler, Lagrange, etc.

7. Le pamphlet anti-américain de Smith publié en 1776, La richesse des nations, est en grande partie un plagiat d’une oeuvre du Français Turgot, publiée plus tard dans ses Réflexions. Nous nous référons ici à La Théorie des sentiments moraux, plutôt qu’à cette diatribe anti-américaine, largement copiée de l’oeuvre originale, et défectueuse, d’un Turgot trop confiant.

8. Il n’est donc pas faux de considérer les « environnementalistes » anti-nucléaires comme de « petits assistants véreux de Satan ».

9. Pour des raisons pédagogiques, je traiterai plus loin cette relation tout à fait significative.

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