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Les analyses de Jacques Cheminade

Réforme de la PAC : le véritable enjeu

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Vivre de son travail : un projet contre la rente financière, pour une politique du juste prix

« Produisez, vendez moins cher, payez vos dettes, dites merci pour les aumônes, polluez moins et, pour finir, préservez le paysage pour qu’on s’y promène ! » Tout ça pour gagner moins que le Smic ou à peine plus, à l’exception des gros céréaliers et des producteurs de « luxe ». Voilà ce qui est demandé aux paysans français, dont un tiers a disparu en douze ans et la moitié en vingt ans, sans compter encore la moitié de ceux qui restent aujourd’hui, en 2002, et qui devraient mettre la clé sous la porte si les aides directes étaient réduites de 3 % par an pendant six ans, comme le voudrait la Commission de Bruxelles !

Face au défi, les responsables politiques actuels bombent le torse et affirment qu’ils « défendront la PAC », jurant de tenir demain là où ils ont cédé hier, tout en assurant, comme le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard, « qu’ils accueillent avec intérêt les intentions de la Commission en faveur du développement rural » (sic).

Tous vous mentent, non parce qu’ils sont personnellement malhonnêtes, mais parce qu’ils sont tous politiquement soumis à un ordre injuste. Soumis à une mondialisation financière qui favorise les gains à court terme, les stocks-options, les salaires faramineux des grands patrons, mais qui pénalise systématiquement la production réelle de biens, comme les produits agricoles, qui demande du temps, du dévouement et du savoir-faire à long terme. Soumis à une Europe qui fait de la concurrence un dogme et de la protection du producteur un péché mortel.

Alors, pour ne pas continuer à vous mentir, un autre choix politique fondamental est nécessaire. Je vous propose un projet en dix points - pas des tranches de saucisson, mais un tout cohérent :

1). Profiter de la chute actuelle du système financier et monétaire international (Enron, Global Crossing, Worldcom, Kirch, l’Argentine, Vivendi...) pour remettre les choses à plat. La France doit se battre pour un nouvel ordre financier et monétaire international (un nouveau Bretton Woods et un plan Marshall à l’échelle de la planète), pour que l’argent revienne au travail et à la production.

2). Pour y parvenir, il faut organiser des crédits à long terme et faible taux d’intérêt pour de grands projets de développement dans le monde. En clair, cela signifie d’abord combattre l’oligarchie financière anglo-américaine - pas les peuples américain ou anglais, au contraire - et ses complices en Europe. Ensuite, éliminer le pacte de stabilité européen et les dispositions de Maastricht qui empêchent l’émission de crédit par les Etats.

3). Dans ce nouveau contexte, nécessaire pour échapper à la dictature financière du court terme, l’agriculture pourra retrouver sa place : le « modèle français » de solidarité et de mutualisation, le vrai, pas sa caricature actuelle.

4). Cela suppose des marchés organisés pour les « produits bruts » et non une libération aberrante des échanges, c’est-à-dire rétablir un protectionnisme intelligent.

5). Le système ne doit plus être celui des aides directes, trop pesantes et trop inégales (80 % d’entre elles vont à 30 % des exploitations), ni celui des transferts d’argent du versant « productiviste » ; au versant « développement rural » (signifiant en réalité « exode rural »), mais celui de prix rémunérateurs garantis, de « justes prix » permettant de vivre et d’investir.

6). L’organisation des marchés ne doit pas se limiter aux agriculteurs français et européens, elle doit se faire dans un contexte mondial, incluant les pays du Sud et de l’Est, dans le cadre du plan Marshall que je préconise. Entre agriculteurs, on peut et on doit s’entendre, car on souffre partout du même mal contre lequel on doit se protéger : l’oppression financière, le diktat du court terme et l’ordre du FMI. Il faut remplacer, ensemble, l’arbitraire financier de l’Organisation mondiale du commerce et arrêter la domination des cartels sur la fixation des prix.

7). Il faut, en attendant, prévoir des « aides ciblées », par exemple une forte augmentation de la prime à l’herbe pour les éleveurs, dégressive au fur et à mesure de l’augmentation de la taille des exploitations. Pour les produits haut de gamme, il faut une aide à l’exploitation et à la commercialisation, selon les obstacles rencontrés par région et par secteur.

8). Il faut aussi multiplier les circuits courts : vente à la ferme (y compris pour la viande), vente directe aux grandes surfaces et aux cantines. L’animal, par exemple, pourra ainsi être payé au juste prix, sans subir la loi et le poids des intermédiaires. Tout en étant conscient que ces « circuits courts » ne peuvent être qu’une béquille - utile mais insuffisante - contre le mal financier.

9). Un moratoire sur la dette inéquitable doit être organisé, suivant les parcours individuels, les régions et les domaines de production.

10). Les contrats territoriaux d’exploitation (CTE) ne seraient pas nécessaires si les paysans disposaient des conditions économiques leur permettant de vivre justement (c’est-à-dire devenir chefs d’une entreprise productive pour le bien commun). Ils ont fait la beauté de nos paysages dans le passé, ils continueront lorsqu’ils gagneront à nouveau leur vie de manière décente. Cependant, dans les conditions actuelles, les CTE ne devraient pas être supprimés ; seulement, il faut en simplifier les modalités administratives et les réorienter en faveur de l’emploi et de l’agriculture de qualité, pour en faire bénéficier tous ceux qui en ont réellement besoin, pas uniquement les agriculteurs économiquement solides. Bien entendu, les consommateurs veulent des produits sains et qu’on protège l’environnement, mais la meilleure manière d’y arriver n’est pas par un assistanat vexatoire, mais en responsabilisant les producteurs agricoles, c’est-à-dire en leur permettant de gagner normalement leur vie par la vente de leurs produits.

Alors, me direz-vous, vous voulez changer la règle du jeu ? C’est utopique ! Non, c’est continuer comme on va qui mène dans le mur. La politique agricole doit devenir un élément d’une politique d’ensemble courageuse, autrement nous n’aurons que du sparadrap sur un corps malade.

Le but est de redonner aux jeunes l’envie de reprendre la place des vieux qui s’en vont, sans servage financier ni assistanat dépendant, et empêcher ainsi que se disloquent la trame sociale de notre pays et la beauté de nos paysages.

Ceux qui font partie du système refusent absolument de penser en ces termes, car leur carrière s’est faite au sein de ce système. La crise n’est pas celle de l’agriculture ; l’agriculture n’est qu’un symptôme. Il y a une crise générale, financière, monétaire et de société. Rendre justice à ceux qui produisent ce que nous mangeons est un devoir de base si nous voulons changer les choses en général, c’est-à-dire sortir du régime de rente financière qui saccage le travail et la production.

Voilà ce que je pense utile et nécessaire de « mettre sur la table ». La bataille sera rude.

Réforme de la PAC : le véritable enjeu


Après avoir présenté un plan de restructuration de la flotte de pêche européenne qui aboutirait à l’élimination de la moitié des pêcheurs français et espagnols, le commissaire Franz Fischler a soumis à ses 19 collègues de la Commission un projet de réforme de la politique agricole commune (PAC), qui aboutirait à la disparition de près de la moitié des agriculteurs français et espagnols d’ici à dix ans. Cette « réforme » d’une grande ampleur, qui n’avait pas été programmée au sommet de Berlin en mars 1999, lors de l’adoption de l’Agenda 2000 (loi de programmation budgétaire pour la période 2000-2006), se trouve soudain imposée sous le triple prétexte d’une PAC « trop coûteuse », qui garantirait aux agriculteurs des prix « trop élevés », de la demande de consommateurs qui exigeraient des produits plus sains, plus sûrs et d’une meilleure qualité et enfin de la nécessité d’adapter le système européen en vue de l’adhésion des pays de l’Est. En réalité, les 19 de la Commission, qui ont adopté à l’unanimité le texte de Fischler, ne font que poursuivre la soumission de l’Europe à la loi financière des marchés mondiaux, entamée en 1992, lorsque fut décidée la baisse des prix garantis sur le marché européen avec une compensation sous forme d’aides directes aux revenus des agriculteurs.

Le projet Fischler

Il comprend les mesures suivantes :

1 - Une baisse supplémentaire de 5% des « prix de soutien » (prix garantis) sur les céréales.

2 - Un « découplage » entre aides directes et production : les agriculteurs recevront une prime fixe à l’hectare, établie en fonction de ce qu’ils ont perçu au cours des trois dernières années, avec un plafond de 300 000 euros par exploitation et par an.

3 - Ces aides directes seront conditionnelles et dégressives. Les agriculteurs devront respecter les « normes réglementaires en matière d’environnement, de sécurité des aliments et de bien-être des animaux ». La Commission veut mettre en place un audit des exploitations, qui serait dans un premier temps obligatoire pour celles qui percevront plus de 5000 euro par an.

Une fois gelées, les aides diminueront de 3 % par an pendant six ou sept ans (jusqu’à baisser de 20 %), mais cette diminution ne s’appliquera qu’aux exploitations percevant des subventions supérieures à 5000 euros par an.

4 - La diminution des aides directes permettra de transférer l’argent du versant « productiviste » au versant « développement rural » : « au bout de sept ans, le budget du développement rural passera de 4,5 milliards d’euros à plus de 8 milliards », c’est à dire à 20 % du budget agricole.

La réalité

1 - Comme le reconnaît la Commission, la modulation « permettra une redistribution des aides entre les pays de culture céréalière et d’élevage intensifs et les pays plus pauvres, qui pratiquent une agriculture plus extensive ou de montagne, et aura des effets positifs sur l’environnement et la cohésion ». En clair, l’on prétend promouvoir l’environnement contre la production, la nature contre le travail, ce qui est une absurdité économique et humaine.

2 - Le libéralisme financier mondial impose des prix extrêmement bas. En effet, sur les « marchés », les producteurs agricoles, dépendant d’investissements à long terme, ne peuvent se défendre contre des spéculateurs financiers très mobiles. La solution de M. Fischler est de s’adapter à la loi de ces spéculateurs, en abaissant les prix agricoles au sein de l’Union Européenne (UE) pour les rapprocher autant que possible des prix mondiaux, sous prétexte d’une « écoconditionnalité » bien commode. Pascal Lamy, Commissaire européen au Commerce, reconnaît, dans Le Monde du 11 juillet, que « s’ils étaient soumis à la division internationale du travail, les agriculteurs disparaîtraient ». Comme elle accepte cette division, la Commission devrait organiser leur élimination, mais avec une infinie bonté elle se borne à organiser la disparition d’une partie d’entre eux, en offrant aux restants un assistanat paysager ou l’occupation de créneaux de productions de luxe, pour les riches.

3 - En bref, Franz Fischler « veut simplement aligner l’agriculture européenne sur les exigences libérales de l’Organisation Mondiale du Commerce », comme le jugent la Confédération paysanne et la Coordination rurale.

4 - Il s’agit également, dans le cadre des adhésions à l’UE, d’éviter « que les agriculteurs de l’Est s’engagent dans une coûteuse course à la productivité » (sic). Le but est qu’ils produisent juste assez pour fournir à bas prix les consommateurs aisés de l’UE, mais pas trop, pour ne pas profiter à l’excès des aides directes. Celles-ci n’atteindront pour eux 100 % du taux européen qu’en 2013, en attendant que leur nombre diminue en fonction des « normes internationales ».

Le combat

Certes, M. Chirac et le gouvernement français actuel entendent résister contre ce démantèlement. Cependant, ils n’en seront pas capables s’ils ne changent pas globalement de politique. En effet, si comme M. Chirac on admet le présupposé libéral financier de départ, l’on ne peut logiquement en empêcher l’aboutissement.

Par exemple, on ne peut traiter la question du maintien des productions des pays de l’Est si l’on ne revivifie pas en leur faveur le marché russe et, éventuellement, chinois, ce qui signifie une entente et une coopération à l’échelle eurasiatique. De plus, dans les pays de l’Est, la « thérapie de choc » libérale a fait que le chômage des villes a gonflé les campagnes de « réfugiés » et que les agriculteurs ou fils d’agriculteurs n’ont pas pu trouver d’emplois dans les centres urbains, comme dans la France des années soixante.

C’est donc bien - comme le montrent ces quelques exemples - toute l’orientation économique qui doit être changée en Europe pour mener une politique agricole juste et respectueuse des producteurs comme des consommateurs. C’est pour ce changement que nous nous battons ici, au nom d’un bien commun à rétablir.

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