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Les écrits de Lyndon LaRouche

Religion et sécurité nationale :la menace des sectes terroristes

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Essai sur le synarchisme et le terrorisme, rédigé par Lyndon LaRouche le 19 août 2003.

Durant la période 1511-1648, le processus de guerres de religion fut orchestré par le courant vénitien des adversaires de la Renaissance européenne qui, partant d’Italie, avait engendré l’Etat nation républicain moderne. A cette époque, ce courant vénitien était représenté principalement par la dynastie habsbourgeoise de Vienne et d’Espagne. Depuis l’avènement des « Lumières » anglo-hollandaises et françaises au XVIIIème siècle, le rôle provocateur décerné à des sectes religieuses d’importance relativement marginale, comme les sectes « millénaristes » (1), franc-maçonnes, ou d’autres se prétendant de confession chrétienne ou juive, servit de détonateur à des opérations internes constituant une menace mortelle pour la sécurité de la civilisation européenne. Ces sectes incluent souvent des éléments de l’aberration sexuelle qui caractérisa les variantes pseudo-judéo-chrétiennes de leurs prédécesseurs manichéens, cathares ou graalistes.

Depuis les événements qui se sont déroulés le 14 juillet 1789 à Paris, orchestrés par deux agents britanniques, Philippe Egalité et Jacques Necker, jusqu’à ce jour, la plus grave menace interne pour l’existence de la civilisation européenne moderne émane, sans conteste, des éruptions publiques répétées d’une association religieuse hybride, d’inspiration franc-maçonne quasi phrygienne-dionysiaque, dénommée les martinistes, qui vit le jour dans les dernières décennies du XVIIIème siècle. Ces martinistes collaboraient alors avec un réseau de banques commerciales familiales, qui les utilisaient comme instrument de pouvoir politique. Par exemple, l’un des éminents personnages qui joua un rôle clé dans le déclenchement de la Terreur en 1789-94 est le britannique Lord Shelburne, alors principal représentant politique de la Barings Bank. Nous avons là l’aspect voilé de cette menace à la civilisation que nos livres d’histoire et les titres de nos journaux qualifient de jacobinisme, de bonapartisme et de synarchie, ou encore de régimes fascistes pour ce qui est de l’Europe post-Versailles, des années 1920 jusqu’à 1945. Les réseaux synarchistes d’extrême-droite ayant survécu aux régimes fascistes d’avant 1945 ont joué un rôle décisif dans la vague terroriste des années 70 en Europe, où ils maintiennent aujourd’hui encore une activité, de même que dans les Amériques.

Bien que le terrorisme manipulé par les synarchistes représente actuellement la principale menace subversive pour les intérêts américains, je suis, jusqu’à présent, le seul candidat à l’investiture présidentielle de 2004 ayant fait preuve à la fois de la volonté et de la capacité intellectuelle d’examiner systématiquement le caractère explicitement religieux de cette menace spécifique. Certes, tout candidat qui dénonce cela s’expose à des risques politiques de la part des cabales synarchistes et la peur de ces risques politiques, mais aussi personnels, tend à empêcher la plupart des candidats d’aborder la menace politique que posent ces étranges cercles religieux, comme ceux du député texan Tom DeLay ou de Newt Gingrich, un idéologue martiniste typique du XVIIIème siècle. Or, dans les conditions actuelles, ceux à qui ce courage fait défaut ne sont pas aptes à devenir le prochain président des Etats-Unis.

Ainsi, l’un des problèmes majeurs de notre époque est, encore une fois, la menace synarchiste représentée par la tradition martiniste remontant à Mesmer, Cagliostro, Joseph de Maistre, etc., sous la Révolution française. Il s’agit à l’origine de la secte terroriste, soutenue par le monde bancaire, qui orchestra la grande menace systémique interne contre la France entre 1789 et 1815, et aussi contre le monde à la même époque. On retrouve la même symbiose banque-secte derrière les dictatures de Mussolini et de Franco, et derrière le rôle d’Adolf Hitler de 1923 à 1945. Aussi, pendant la Deuxième guerre mondiale, d’importants adeptes du synarchisme au sein de l’Establishment britannique tentèrent, dans le contexte de la retraite de Dunkerque, de pousser la France et la Grande-Bretagne dans une alliance avec Hitler, Mussolini, Franco et le Japon - dans le but de détruire les Etats-Unis à l’aide de cette combinaison de puissance navale globale. C’est pour vaincre cet ennemi que les Etats-Unis s’allièrent à Winston Churchill.

Depuis, la persistance de l’effort synarchiste se manifeste non seulement dans ses liens avec les insurrections fascistes d’alors, mais aussi à travers le syndicat financier international de pilleurs, contrôlant le vice-président Cheney et ses complices chez Enron, Halliburton, etc., qui ont orchestré le pillage de la Californie. C’est ce syndicat qui a poussé la candidature grotesque d’un hypocrite accompli, Arnold Schwarzenegger - « l’Autrichien importé aux Etats-Unis » - au poste de gouverneur de Californie.

Bien avant l’émergence de la menace incarnée par la secte martiniste, au XVIIIème siècle, le combat intellectuel contre l’influence de sectes terroristes similaires avait été mené, sous ses formes les plus notables, par des théologiens comme Philon d’Alexandrie, Augustin, le cardinal Nicolas de Cues, le cardinal Mazarin, pour ce qui est de l’élaboration du traité de Westphalie en 1648, et Moses Mendelssohn. A l’instar de Cues et de Mendelssohn, la meilleure compréhension du rôle de ce problème dans la civilisation européenne moderne a été exprimée par certaines figures profondément religieuses qui, comme le pape Jean-Paul II, appellent à une paix oecuménique entre religions. A l’opposé, se trouvent des forces, comme les synarchistes, qui cherchent à retourner à un syncrétisme ultramontain médiéval, lui-même basé, typiquement, sur de funestes précédents comme le panthéon romain et le culte de l’Olympe.

Cependant, l’importance des théologiens étant dûment prise en compte, la forme de défense la plus efficace dont dispose l’Etat-nation moderne, en tant qu’institution, contre la subversion de sectes terroristes comme les martinistes de notre époque, est le mode de séparation entre l’Eglise et l’Etat qui fut consacré dans la Constitution fédérale des Etats-Unis. Le moment venu, je montrerai pourquoi.

Les martinistes ont toujours représenté une forme de conspiration religieuse qui, comme en son temps, leur défenseur l’empereur Napoléon, est déterminée à détruire le véritable christianisme, tout en s’efforçant d’assurer leur emprise totale sur l’Eglise, de l’intérieur comme de l’extérieur. Leur dessein était et reste d’imposer aux églises leur domination et leur culte rampant, afin de créer une forme d’autorité religieuse impériale, ultramontaine et panthéoniste qui soit au-dessus de l’Etat-nation. Cette aspiration à devenir la nouvelle religion païenne conquérant, subvertissant et supplantant toutes les autres religions, est la clé de tous les atours religieux mystiques des martinistes et de leurs successeurs synarchistes actuels.

A ce point, certains lecteurs se demanderont : « Quel rapport y a-t-il avec l’arrestation d’individus terroristes qui veulent, en ce moment, causer du tort aux Etats-Unis ? » Ces lecteurs doivent d’abord comprendre ce qu’est le terrorisme, comment il fonctionne et comment empêcher, ou du moins contrôler, une opération terroriste en cours.

Prenons le cas de l’enlèvement et de l’assassinat de l’ancien Premier ministre démocrate-chrétien italien, Aldo Moro. D’après un témoin oculaire, celui-ci avait été personnellement menacé par Henry Kissinger, lors d’une rencontre à Washington. L’instrument terroriste utilisé pour cet assassinat incluait certains éléments des cercles fascistes, subrepticement introduits par les puissances anglo-américaines au sein de Gladio, une organisation qui regroupait, par ailleurs, d’anciens résistants démocrate-chrétiens, socialistes et communistes, au régime de Mussolini. Ce réseau d’« extrême-droite », auquel était associée la composante fasciste italienne des opérations terroristes « de gauche » des années 70, existe toujours et fait partie du réseau synarchiste qui regroupe des branches fascistes italienne, française et espagnole, collaborant avec un réseau synarchiste qui opère de manière plus ou moins coordonnée en Amérique centrale et du Sud.

En général, les opérations que l’on classe à bon escient dans la catégorie « terroriste » sont habituellement menées dans l’intérêt putatif d’un gouvernement ou d’un groupe de gouvernements. Elles sont habituellement utilisées comme éléments de la guerre dite « irrégulière », telle qu’elle a été définie lors de discussions avec l’expert militaire Friedrich A. von der Heydte, auxquelles j’ai participé dans les années 80.

L’élimination de Moro est un assassinat politique supervisé par une capacité gouvernementale secrète au sein de l’OTAN, motivée par l’engagement de l’ancien Premier ministre envers une politique ouvertement débattue à l’époque et que certains courants de l’OTAN voulaient étouffer à tout jamais. L’entité américaine associée au groupe fasciste italien en question n’était pas la CIA, mais une autre se croyant libre de défier l’autorité supérieure, conférée par la loi américaine au directeur du Renseignement de la CIA.

La cause habituelle de l’échec des efforts anti-terroristes est la suppression, à haut niveau, des faits concernant la véritable paternité politique de la décision d’organiser les attentats, laissant à la police un mélange de fausses pistes à remonter et d’instruments humains « jetables », utilisés pour les attaques. De plus, on utilise couramment différentes variétés de groupes et de groupuscules de gauche ou de droite, contrôlés par la police ; les entités gouvernementales considèrent ces éléments peu ragoûtants comme des « outils » nécessaires pour l’orchestration couverte des affaires politiques et de sécurité de la société.

Le plus souvent, l’action terroriste est soit un déploiement contrôlé au niveau des opérations clandestines d’une agence d’un ou de plusieurs gouvernements, soit un phénomène sociologique qu’on ne peut soupçonner d’un quelconque lien avec une agence gouvernementale, par exemple dans le cadre de la promotion de toute une série de coïncidences apparentes, destinées à semer la panique parmi les gouvernements et les populations. A titre d’exemple, la prolifération des jeux vidéos « point and shoot » (viser et tirer) pour enfants et adolescents, qui ont été développés pour l’entraînement militaire, assure qu’un certain nombre d’actes de « terrorisme aveugle » seront commis, comme des massacres dans la cour de récréation, etc. Ces incidents provoqueront une réaction politique prévisible de la part d’une population choquée et terrifiée.

D’une manière générale, pour être efficace, toute lutte contre le terrorisme doit commencer par rechercher du côté des cerveaux, au plus haut niveau, qui ont orchestré ces actes. Il faut considérer le terrorisme comme une façon de conduire la guerre, ou une insurrection, que l’on ne peut vaincre qu’à condition de connaître et de battre l’ennemi qui commande le déploiement de telles manifestations. Toute stratégie anti-terroriste efficace, comme toute stratégie compétente, commence par l’étude de l’esprit de l’architecte qui a conçu cette forme de guerre.

L’une des raisons du mystère persistant entourant le cas Moro est que trop de puissantes institutions, en Europe et ailleurs, avaient et ont toujours intérêt à couvrir les institutions synarchistes qui jouèrent un rôle clé dans cette opération. L’enquête sur le mobile et les instruments aurait dû commencer par le haut et focaliser sur la mise en place, notamment par la presse, de divers écrans de fumée destinés à faire diversion, afin de créer l’environnement de l’acte et de ses effets. Dans certains cas, il arrive que les coupables soient punis plus tard, secrètement, mais de telles représailles cachées ne résolvent pas le problème : l’effet principal de l’acte terroriste persiste, comme dans l’affaire Moro, jusqu’au moment où l’on dévoile au public la paternité en haut lieu de cet acte.

Kissinger menaça personnellement Moro. Est-ce lui qui donna vraiment l’ordre de tuer ? Nous n’avons, pour l’heure, aucune preuve, dans un sens ni dans l’autre. Kissinger avait-il les moyens d’ordonner l’assassinat ou de participer à l’approbation d’un tel acte ? Comme pour le cas Pinochet, sans l’ombre d’un doute. Devons-nous prouver qu’il a effectivement transmis l’ordre d’assassiner à l’exécutant en question ? Question hors de propos ! Les connexions, quelles qu’elles soient dans le détail, avaient été incorporées dans le système mis sur pied en vue de telles actions sous couverture, au moment où l’appareil fasciste (synarchiste) fut intégré dans la structure future de l’OTAN, peu après la Deuxième Guerre mondiale.

En l’absence de recherche comme celle que je présente ici, notre gouvernement ne saurait pas vraiment par où commencer pour défendre les citoyens et la nation contre la nouvelle vague de guerre et de terrorisme qui menace.

Par conséquent, la manière la plus efficace d’amener le citoyen à comprendre les types spécifiques de menaces terroristes, fascistes, etc., qui pèsent avant tout sur l’Europe et les Etats-Unis aujourd’hui, consiste à dévoiler le caractère frauduleux de certains aspects exemplaires de l’enseignement et de la pratique pseudo-chrétiens. Il importe de mieux comprendre pourquoi la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et pourquoi l’établissement d’une communauté de principe globale entre Etats-nations parfaitement souverains, constituent une défense nécessaire, tant sur le plan stratégique que moral, contre le type de menace que représentent, encore aujourd’hui, le martinisme et ses expressions synarchistes. Nous ne devons pas permettre que l’Etat devienne l’instrument d’une institution religieuse, ou inversement, qu’une institution religieuse devienne la victime de l’Etat.

En ce moment, par exemple, mes recherches portent sur deux sectes de droite de pedigree synarchiste, que j’observe à des fins de renseignement. La première est un groupe israélien fasciste de type néoconservateur, associé Rafi Eytan, un repris de justice réfugié à l’étranger. La deuxième est un réseau d’éléments pro-nazis basés en France, en Italie et en Espagne, également déployé, comme autrefois le parti nazi d’Hitler, dans les Amériques, notamment sous couvert de la doctrine fasciste de l’hispanidad, et qui est associé à un fasciste espagnol de premier plan, Blas Pinar. La première est un ramassis de prétendus sionistes quasi-religieux et autres. La deuxième est composée, pour l’essentiel, de catholiques d’extrême-droite typiquement synarchistes et souvent franchement gnostiques (les « intégristes »).

Ainsi, au cours des dernières décennies, aux Etats-Unis, des associés nominalement catholiques de cette secte furent souvent déployés conjointement avec des protestants moulés dans la tradition mystique de Jonathan Edwards et du stéréotype de nos « Elmer Gantry ». Gardez en mémoire (mais seulement à titre de modèles de référence) ces deux types de gnostiques, y compris dans leurs habits de gauche, car leur différence n’est qu’une question de degré, comme deux emballages différents pour des produits issus d’une mère commune, le culte synarchiste.

Pour simplifier la première phase de la présentation, focalisons-nous sur les aspects communs de ces sectes pro-terroristes dans leur opposition systémique au christianisme.

Qu’est-ce que le christianisme ?

Né sous le règne de l’empereur romain Auguste, Jésus Christ fut mis à mort sur ordre de Ponce Pilate, gendre de l’empereur Tibère, qui s’était alors retiré sur l’île de Capri, vouée au culte païen de Mithra. Malgré le règne impérial des Césars latins de l’époque, la Méditerranée orientale avait gardé comme culture dominante l’héritage de la langue et de la tradition grecque classique ; l’Evangile selon saint Jean et les épîtres de saint Paul reflètent ce choix de culture pour exprimer ce que le poète Shelley appelait « les conceptions profondes et passionnées concernant l’homme et la nature ». L’hébreu en tant que langue parlée n’existait pas ; outre le grec civilisé, l’aramaïque et un grec plutôt vulgaire étaient courants en Palestine à l’époque. L’Empire romain était alors considéré, comme Jean l’Apôtre le dit dans son rêve, comme la « putain de Babylone », l’écho de tout ce que les juifs et chrétiens haïssaient dans les systèmes politico-sociaux impériaux de la Mésopotamie d’autrefois, c’est-à-dire de la persécution pure.

C’est surtout par le biais de la culture grecque que le christianisme se propagea depuis le Proche-Orient, et cette culture rayonna jusqu’aux confins de l’Empire romain, notamment par l’intermédiaire des esclaves. L’expression type de ce travail missionnaire chrétien s’exprime dans l’Evangile selon saint Jean et les Epîtres de saint Paul, dans lesquels l’héritage de Platon sert de véhicule culturel pour transmettre des conceptions spécifiquement chrétiennes. De même, le plaidoyer de Philon d’Alexandrie contre les implications théologiques d’Aristote est le reflet de l’utilisation de cette langue-culture existante ; le legs de Thalès, Pythagore, Solon, Platon et la géométrie constructive pré-euclidienne qu’ils employèrent, s’avérèrent le moyen le plus adapté de transmettre les conceptions de principes physiques universels. C’est à travers la lecture des écrits de saint Jean et de saint Paul, en particulier, sur l’arrière-fond des dialogues de Platon, que l’intention des enseignements du Christ et des apôtres en matière de principes doit être recherchée, c’est-à-dire à travers des modes socratiques de reproduction cognitive de l’intention sous-jacente au texte écrit en grec. On ne peut admettre aucun sophisme symboliste, syncrétique ou autre, en guise d’« explication » ou d’« interprétation ».

Cette vue platonicienne de ce que nous appelons le « nouveau Testament », à condition que le lecteur la reproduise dans son propre processus cognitif - et non pas de la manière dont un chimpanzé peut être conditionné à répondre correctement à un texte simple - impartit au penseur, serait-il saint Thomas lui-même, un sens vivant, immédiat, de la présence immortelle du Christ et de ses apôtres, même à travers plus de 2000 ans - le sens d’une réalité qu’aucun texte littéral ne peut communiquer. Le sens d’une telle présence est vivement ressenti parmi ceux qui se rassemblent pour participer à la Passion selon saint Jean de Bach ou à l’Ave Verum Corpus de Mozart. C’est grâce à la méthode de l’ironie, incarnée par les meilleures formes de composition artistique classique, que l’esprit humain s’élève au-dessus de la relative stérilité cognitive du texte simple, pour pénétrer la présence efficiente des significations situées bien au-delà de la bestialité des seules perceptions sensibles.

Contrairement à la doctrine bestiale se cantonnant au texte (qui est celle appliquée par le juge Antonin Scalia, de la Cour suprême américaine), le Nouveau Testament et, bien après lui, la Constitution des Etats-Unis, furent composés pour des hommes et des femmes, et non pour l’édification du docte chimpanzé cher à Noam Chomsky, du MIT.

De ce point de vue, on peut presque toucher et sentir le mal à l’état pur que représente ce qui se nomme synarchie, comme si quelque chose de satanique infestait l’atmosphère. Le fait qu’ils soient les ennemis du Christ est ressenti par les personnes avisées comme une « présence » dans la salle. Le règne de la Terreur, Napoléon Bonaparte, GWF Hegel, le terroriste Richard Wagner, tout comme le sataniste avoué Friedrich Nietzsche ou le nazi Martin Heidegger, évoquent un sens de mal imminent plus répugnant encore que Judas, la prescience d’une qualité apparentée aux dégénérés non repentis que furent Nietzsche et Adolf Hitler.

Cette comparaison n’est pas faite dans le but de préparer un dossier juridique pour une cour de justice mortelle. Il s’agit d’établir ou de définir plus clairement, pour son propre entendement, l’origine et la nature de la passion interne qui pousse le synarchiste moderne à créer ce type de mal typiquement incarné par Nietzsche, Heidegger, Mussolini, Hitler, Theodor Adorno, le général Franco, Laval, etc. En pratique, il nous faut comprendre pourquoi, comment et quand une telle association peut frapper, propager son influence, et même transformer nos meilleurs amis, ou même des prêtres chrétiens, en porcs des Gergénésiens possédés par les démons [Luc 8], ou autre chose du même genre.

Toutes ces considérations peuvent se résumer en un seul principe, mais on n’obtient pas aussi facilement la compréhension de l’auditeur. Ce principe, exprimé sous forme de question, est : quelle est la différence entre l’homme et la bête ? C’est la question de principe que j’ai posée, comme pierre angulaire de l’éducation supérieure, à mon mouvement international de jeunes, et que je situe dans l’étude de l’attaque de Carl Gauss contre la fraude d’Euler et de Lagrange, qui est exposée dans son rapport original de 1799 sur la découverte du théorème fondamental de l’algèbre. Cette démonstration, exprimée sous forme d’« exercice spirituel », fournit la clé pour comprendre la source du mal qu’incarne toute la synarchie, droite et gauche confondues.

Les implications de ce rapport de 1799 (j’ai d’ailleurs basé un programme d’éducation supérieure de mon mouvement de jeunes sur l’étude de ce travail et de ses implications profondes) nous servent à nouveau ici en nous indiquant les principes qu’il faut connaître pour comprendre de manière adéquate la fonction de sectes telles que le synarchisme des néoconservateurs américains actuels. Je vous renvoie à mon récent écrit sur « La visualisation du domaine complexe », pour l’analyse du rôle que jouèrent cet essai de 1799 et les travaux subséquents de Bernhard Riemann pour définir la distinction entre l’homme et la bête, du point de vue de la physique mathématique. Ainsi, se trouvera clarifié de manière efficiente, pour le penseur moderne, l’importance du grec classique pour les œuvres de saint Jean et saint Paul.

Science et religion

En termes formels, la science moderne représente, comme l’Etat-nation moderne, un changement qualitatif de la condition humaine, le résultat d’un pas de géant accompli par la culture européenne, qui prend sa source dans la tradition de la Renaissance de Brunelleschi, Nicolas de Cues, Léonard de Vinci, Jean Kepler et Gottfried Leibniz. Cette révolution scientifique et sociale puise quelques racines dans certains aspects connus des anciens calendriers astronomiques et d’autres domaines de la navigation transocéanique. Les anciens calendriers védiques en sont un exemple, au même titre que les implications de la conception des grandes pyramides égyptiennes. Toutefois, l’histoire interne de la science, au sens moderne du terme, remonte à la culture classique grecque et à sa dette envers l’Egypte, principalement, depuis l’époque de Thalès et de Pythagore. Voilà la signification historique unique de l’essai de Gauss de 1799, non seulement parce qu’il y dénonce les fraudes conscientes des réductionnistes Euler et Lagrange et aussi, implicitement, de Kant, mais parce que dans son examen du lien entre la physique mathématique moderne globale de Kepler et Leibniz et la géométrie constructive pré-euclidienne, orientée sur l’astronomie, de Pythagore et Platon, il en fait ressortir la continuité systémique.

Les expressions successives de la méthode spécifique partagée par la science ancienne et la science moderne ont une caractéristique cruciale : c’est la seule méthode permettant de définir strictement la distinction absolue entre l’homme et l’animal, en tant qu’objet d’un principe physique universel expérimentalement prouvé.

La conséquence politique pratique de cette démonstration n’est pas de consacrer tel ou tel choix de confession religieuse, mais plutôt d’informer la république moderne de l’importance à long terme, pour l’économie physique, de certains types oecuméniques de principes moraux qui sont dotés d’une autorité de certitude scientifique comparable à celle des principes universels en science physique. Tels sont les trois principes de la loi naturelle (souveraineté, bien-être général, postérité) énoncés dans le préambule de la Constitution des Etats-Unis. Pour toute nation moderne, négliger ces principes entraînera des effets systémiques pénalisants dont elle est seule responsable.

Ainsi, les Etats-Unis faillirent s’autodétruire pour avoir toléré l’esclavage, pratique allant directement à l’encontre des principes du Préambule et de la Déclaration d’Indépendance de 1776. Aujourd’hui, les Etats-Unis souffrent surtout des conséquences de mesures adoptées depuis 1963, telles, par exemple, une « dérégulation » à outrance, qui sont contraires, de par leurs effets, aux principes constitutionnels de la loi naturelle fondée sur la science. De même, la méthode associée à cette démonstration nous permet de prévoir avec une précision scientifique, comme je l’ai fait ces dernières décennies, les terribles calamités qui s’abattront sur toute société qui se soumet aux caprices sataniques de cultes comme les synarchistes et aux réseaux de banques commerciales familiales qui les soutiennent.

Pour comprendre l’esprit du synarchiste (et de son banquier), nous devons identifier à la racine la pathologie qui pousse un esprit empiriste bestial, comme ceux de Bernard Mandeville, des physiocrates et d’Adam Smith - tous précurseurs du culte synarchiste - à construire ce qui est, en fait, une religion païenne synthétique, comme le culte explicitement irrationnel et néo-païen de la « main invisible » propagé par un Smith. Ce dernier avait déjà présenté auparavant cette image hédoniste ; c’est le principe de l’irrationalisme purement bestial, copié sur l’écrit explicitement pro-satanique de Mandeville, publié en 1714 sous le titre La fable des abeilles, ou Vices privés, Bénéfices publics, et esquissé par Smith en 1759 dans sa Théorie des sentiments moraux. La fiction qu’ils ont construite ne convient qu’à l’instruction et à l’adoration de masses crédules que l’on a réduites au statut de bétail humain, chassé ou parqué en troupeaux (et soumis également au triage).

La croyance caractéristique de l’empiriste - tels Locke, Mandeville, Smith ou le coordinateur terroriste Bentham - il la tire du sophisme de la Grèce antique : il part de la prémisse que l’homme est un « bipède sans plumes », une bête qui ne connaît rien d’autre que ce que lui apprennent ses sens ou ses instincts purement animaux, ou encore un prêtre adepte de la tradition delphique. Faisons maintenant une petite pause, le temps de nous faire une idée appropriée de la pratique de ce culte d’Apollon et de son influence, aujourd’hui encore, sur la culture européenne populaire. La description générale donnée par des sources informées en Grèce nous fournit le tableau suivant.

Regardez ! Voilà le site de l’ancien culte delphique de la déesse mère-Terre, Gaïa, et de son consort-serpent, Python. Et voilà qu’arrive le hooligan oriental Apollon ! En bon macho, Apollon, qui voit sans doute en Python un rival masculin qui veut s’imposer sur ce terrain, coupe le pauvre serpent en morceaux. Plus tard, il fera la cour à Gaïa, implorant son pardon.

Cet Apollon bipolaire dépose tendrement les morceaux de Python dans un tombeau et construit un temple autour du site.

Par la suite, une prêtresse portant le titre de Pythie exécute le rite suivant. En échange d’une rémunération appropriée, elle s’assoit devant le tombeau de Python, à côté d’une urne contenant des balles. Elle prophétise à la demande, en fonction de l’importance de la somme, soit en retirant une balle de l’urne, soit, pour un prix plus élevé, en proférant des cris incohérents, un peu comme un discours électoral d’Arnold Schwarzenegger.

A ce point, le suppliant, perplexe, tourne les yeux vers la rangée de sièges où sont assis les prêtres d’Apollon, face au tombeau, comme le célèbre Plutarque en son temps. Moyennant un bon prix, ils fourniront aux crédules l’explication du mystère impénétrable. Si le suppliant est à la fois crédule et influent, l’histoire de la Grèce (et du monde) se laissera déterminer, dans une large mesure, par la foi que le suppliant prêtera à l’histoire racontée par la prêtresse de Delphes.

Telle est la méthode de Delphes, la méthode du sophisme. Telle est aujourd’hui la croyance religieuse de l’empiriste ou de son dupe. Telle est la base des succès relatifs de la secte martiniste et des banquiers qui la déploient pour qu’elle gère les troupeaux de dupes, à la Bourse et ailleurs, que l’on soumet de temps à autre au triage. C’est aussi, comme le prouve l’écrit de Gauss de 1799, la méthode delphique d’Euler et de Lagrange, mais aussi d’un certain Emmanuel Kant, qui contribua si activement à transformer tant d’Allemands en vaches, existentialistes ou autres.

La distinction essentielle entre l’homme et la bête - ou l’empiriste, comme Euler - est justement l’objet des attaques de Gauss contre les escroqueries delphiques à l’égard de la science, concoctées par ces deux fanatiques du culte empiriste que furent Euler et Lagrange.

A propos de la science, je m’explique.

L’ancienne notion grecque, pré-euclidienne, de l’univers relevait non pas d’un schéma euclidien pour interpréter l’expérience, mais de ce qu’on appelait les « sphériques ». Ces « sphériques » étaient synonymes d’astronomie, ou de ce qu’il faudrait plutôt décrire comme l’astrophysique. Les pythagoriciens et leurs disciples, comme Platon, observaient les cieux pour y trouver des preuves ce qu’on pourrait appeler l’« univers ». Ils y cherchaient des « principes physiques universels », comme Johannes Kepler bien plus tard.

Ils cherchaient la forme typique du mouvement universel, l’imaginant comme reflété sur la surface interne d’une sphère de grand diamètre, comme s’il était représenté par les mouvements du ciel nocturne et le déplacement apparent du Soleil et de la Lune. La sphère et les courbures qui en découlent, si elles sont supposées élémentaires, fournissent alors le point de départ à la recherche de la composition légitime de cet univers qui génère les ombres de notre perception sensible des processus astrophysiques observables et, partant de là, d’autres processus observés.

De cette façon, nombre d’études basées sur la notion d’une géométrie purement constructive d’action principalement sphérique, ont mis en évidence des anomalies, des cas dans lesquels le mouvement récurrent observé n’était pas uniforme, dans le sens où l’entend la mécanique aristotélienne présumée d’une surface sphérique. Dans l’histoire de la science, un exemple de ce type d’anomalie est la découverte par Kepler d’un principe de gravitation universelle. De telles anomalies nous démontrent que ce que nos sens nous transmettent, ce ne sont pas les réalités de l’univers mais plutôt, comme pour la gravitation, les ombres que l’univers réel projette sur nos organes sensoriels.

Une démonstration expérimentale, reposant sur les méthodes florentines d’entraînement vocal au bel canto, nous permet de prouver que ce qui est décrit comme la définition pythagoricienne de l’intervalle musical comma ne représente pas un calcul possible à obtenir dans une multiplicité euclidienne ; il s’agit d’une anomalie apparente, engendrée par quelque principe physique efficient oeuvrant derrière les ombres de la perception sensible.

Les cas du doublement d’une ligne, d’un carré et d’un cube - traités dans l’essai de Gauss cité plus haut - font ressortir également la fausseté inhérente d’une géométrie, euclidienne ou autre, qui se base sur des définitions a priori. La construction des solides platoniciens nous mène droit au cœur des questions posées par les méthodes de la géométrie constructive pré-euclidienne utilisée par Platon et les Pythagoriciens.

Situés sur l’arrière-fond des travaux des pythagoriciens et de leurs prédécesseurs, les dialogues socratiques de Platon présentent une solution générale à ce type de paradoxes, nés d’une foi naïve dans la certitude sensorielle. La célèbre allégorie de la grotte, dans La République de Platon, en est une illustration. Nos organes sensuels font partie de notre organisation biologique. Ce qu’ils nous présentent n’est pas une image du monde en dehors de nous, mais plutôt l’effet sur nos organes sensoriels des actions de ce monde extérieur. Comme il est souligné dans Le Timée de Platon, entre autres, ce sont les anomalies associées au principe d’une forme pré-euclidienne d’astronomie qui démontrent l’existence de principes universels physiquement efficients, hors de portée de toute compréhension directe par nos sens.

Ainsi, la culture de la Grèce antique connaissait ces formes de démonstration, montrant que l’univers physique est contrôlé par des principes qui ne sont pas, en soi, connus des perceptions sensibles, mais qui sont des puissances, selon le sens scientifique précis que donne Platon à ce terme, des puissances qui contrôlent les effets anormaux se présentant de façon répétée à nos perceptions sensibles. Nous savons que c’est par l’utilisation volontaire de ces principes découverts, validés par l’expérience, que l’humanité acquiert la capacité d’augmenter son contrôle sur l’univers tel qu’il est perçu par l’homme. Comme le souligne Platon, ce principe était déjà connu à l’époque ancienne. Cela seul permet de définir la différence entre l’homme et la bête. L’émergence de la civilisation européenne moderne en a porté les implications à un niveau qualitativement supérieur.

Dans son essai de 1799, Gauss compare ces accomplissements anciens dans la définition de principes physiques universels, avec les progrès induits par le développement révolutionnaire de la physique mathématique globale moderne, depuis Brunelleschi, Cues, Léonard de Vinci, Johannes Kepler et Leibniz. Sur cette base, Gauss dévoile la fraude d’Euler et de Lagrange et, implicitement, des disciples empiristes et positivistes de ce dernier, tels Laplace et Cauchy.

Notons ici que Gauss montra, dans des écrits postérieurs, à commencer par ses Disquisitiones Arithmeticae, que l’arithmétique associée à la physique mathématique moderne repose sur des principes de géométrie constructive identiques à ceux exprimés par les découvertes pré-euclidiennes d’Archytas, Platon, etc. La définition par Gauss du domaine complexe et les travaux de ses élèves Dirichlet et Riemann ont mis en avant les implications plus profondes de l’existence d’une géométrie supérieure qui rende compréhensible la nature, expérimentalement vérifiable, de la relation fonctionnelle entre l’étendue visible et celle, invisible et supérieure, du domaine complexe.

Pour le dire aussi simplement et brièvement que possible, Gauss aborde le point suivant.

Le fait que Cardan ait posé le problème des racines algébriques cubiques mena les idéologues empiristes Euler et Lagrange à concéder l’existence purement formelle de certaines grandeurs algébriques, qu’ils nommèrent à tort « nombres imaginaires ». Comme Gauss le montra à l’époque, et plus amplement par la suite, l’inclusion de ces nombres - en tant qu’expressions de fonctions du domaine complexe - ouvrit à la physique mathématique la possibilité de traiter, d’un coup, les relations entre les causes physiques perçues ou réelles.

Pour des raisons politiques, créées par la tyrannie de Napoléon en Europe, suivie par les conditions afférentes découlant du Congrès de Vienne de 1815, Gauss craignit d’exprimer ses découvertes originales portant sur une géométrie non pas non-euclidienne, mais anti-euclidienne. Ce ne fut que quelques décennies plus tard qu’il fit publiquement référence aux découvertes qu’il avait faites dans sa jeunesse, lorsqu’il était élève de Kästner et de Zimmermann. Ce n’est que lorsque la science moderne a considéré l’ensemble des travaux de Gauss du point de vue des travaux de Dirichlet et de Riemann et de la preuve expérimentale par Wilhelm Weber du principe d’électrodynamique d’Ampère, que l’on commença à comprendre de façon adéquate toute la signification physique des manuscrits non publiés de Gauss datant des années 1790.

La possibilité pour l’homme d’aller, grâce aux pouvoirs propres à l’esprit humain, au-delà de la perception sensible, afin de découvrir et de maîtriser des processus résidant uniquement dans le véritable univers physique, inaccessible aux sens de l’animal, constitue la première étape vers la connaissance réelle de ce domaine que nous qualifions de métaphysique ou spirituel. Par « connaissance », j’entends quelque chose qu’il faut découvrir, de la même façon qu’un principe physique universel n’est pas seulement découvert, mais est maîtrisé de par son application à un ensemble amélioré de pratiques humaines. On ne découvre pas cette connaissance par des instincts essentiellement animaux, on ne l’apprend pas sous forme d’une règle fournie par une autorité acceptée. On en fait l’expérience, chacun, lorsque l’esprit génère une hypothèse permettant de surmonter un véritable paradoxe, une hypothèse prouvée par les formes de méthodes expérimentales que la civilisation européenne a développées en partant de la tradition pré-euclidienne de géométrie constructive.

Je reviendrai sur ce point à plusieurs reprises, dans le développement de mon exposé.

L’homme et sa nature

Pour comprendre aujourd’hui n’importe quel aspect de la civilisation européenne moderne et de sa religion, nous devons prendre en compte le profond changement de la condition humaine, successivement induit par la Renaissance du XVème siècle, le traité de Westphalie de 1648 et la Révolution américaine. C’est la haine accumulée envers ces trois développements historiques cruciaux qui motiva les martinistes et toutes les autres expressions de cette forme de mal, ce depuis les dernières décennies du XVIIIème siècle.

Tout d’abord, avant la Renaissance du XVème siècle, la condition ordinaire de l’humanité, aussi loin et aussi extensivement que nous puissions remonter, était celle du règne brutal d’une oligarchie relativement restreinte avec ses conséquences, sur une masse d’hommes ravalés au rang de bétail humain, chassé ou parqué en troupeaux. Le christianisme représenta, implicitement, une amélioration fondamentale de la condition humaine générale, car il introduisit la notion d’une pratique reposant, en principe, sur l’universalité de l’humanité. Cependant, pour voir l’instauration d’institutions politiques de gouvernement conformes à cette notion chrétienne, il fallut attendre la Renaissance qui, depuis l’Italie, jeta les bases des deux premiers Etats-nations modernes, la France de Louis XI et l’Angleterre de Henry VII.

Cependant, jusqu’à nos jours, la victoire n’a jamais été complète. Depuis la Renaissance, l’histoire de la lutte pour asseoir cette victoire est source de nécessaires intuitions à propos des défis à relever, et des obstacles à éviter, si l’on veut progresser vers cet objectif.

Le système féodal, régi en partenariat par la puissance maritime impériale de Venise, sous sa forme rentière oligarchique, et par la chevalerie normande, se trouvait dans un état d’effondrement systémique relatif, suite au « nouvel âge des ténèbres » du XIVème siècle, causé par l’impact de l’usure sur une Europe soumise au joug de la tyrannie vénéto-normande. Alors que l’Europe sortait progressivement de ce terrible holocauste, le Concile de Florence, une grande assemblée œcuménique, devint le centre de référence pour un essor platonicien déjà engagé, centré sur la langue grecque, qui allait devenir une grande Renaissance. Ce fut la naissance de la civilisation européenne moderne, une institution différente, surpassant toute organisation humaine ayant jamais existé dans l’histoire connue.

Cette révolution engendra aussi la science moderne, dont l’élan fut exprimé par Brunelleschi et, en définitive, par l’initiative de la Docte Ignorance de Nicolas de Cues, ainsi que par ses successeurs, comme Léonard, qui furent les précurseurs directs de Johannes Kepler, fondateur d’une forme globale de physique mathématique.

L’ensemble des étapes menant à la conception d’un gouvernement ayant la responsabilité d’assurer la promotion du bien-être général, tant des générations contemporaines que de celles à venir, fut le triomphe posthume de l’œuvre de Dante Alighieri. Cette Renaissance mit fin, du moins implicitement, à l’ordre établi suivant lequel quelques couches dirigeantes de la société pouvaient soumettre les autres au statut de bétail humain, chassé ou parqué en troupeaux, et condamné à un niveau pratiquement fixe de technologie, arrangements d’ailleurs prescrits par le code de Dioclétien.

Pour les dirigeants de la Renaissance, il n’était plus admissible qu’une poignée d’individus poursuivent leurs plaisirs et s’enrichissent aux dépens de la multitude. Traiter les paysans comme autant de têtes de bétail utiles, que l’on possède et entretient, comme le sont les serfs ou les peons d’un latifundiste, allait à l’encontre de la notion de bien-être pour des hommes dont la caractéristique essentielle est la nécessité de se développer.

En France, la révolte menée et inspirée par le personnage sublime de Jeanne d’Arc défia la tyrannie ultramontaine des Normands, menant à leur renversement, et fit naître la France en tant que véritable Etat-nation, gouverné par le maître des principes de défense stratégique que fut Louis XI. Le sacrifice de Jeanne d’Arc inspira les conciles de l’Eglise, alimenta le processus de la Renaissance et contribua à la restauration d’une papauté éclatée. La naissance de l’Angleterre, suite à la défaite infligée par Henry VII à la tyrannie normande représentée par Richard III, fut le fruit de l’oeuvre antérieure de la Pucelle, des Conciles et du règne de Louis XI.

Suivant la nouvelle conception de l’Etat élaborée à la Renaissance, le gouvernement était tenu pour responsable de l’amélioration des conditions de vie de la population et, plus important encore, de celles de la postérité. Cette responsabilité s’étendait à l’ensemble de la population et de la superficie géographique ; en d’autres termes, elle exigeait une notion d’économie auto-gouvernée par des principes physiques universels ayant un effet physique universel.

Ainsi, la Docte ignorance de Nicolas de Cues, définissant la mission de la science physique expérimentale moderne, apporta un complément à la définition de communauté d’Etats souverains qu’il avait élaborée auparavant dans sa Concordantia Catholica. Ce que Dante Alighieri avait proposé, par exemple dans son élaboration de la langue italienne et dans De Monarchia, fut effectivement réalisé grâce au rôle joué par Nicolas de Cues dans la Renaissance du XVème siècle. C’est de cette façon que naquit l’Etat-nation moderne, comme alternative aux aspects ultramontains, abrutissants, du féodalisme, et notamment du système médiéval de Venise et de ses partenaires normands. Suivant cette nouvelle conception de gouvernement, la société devait se préoccuper de la découverte et de l’application des principes scientifiques permettant de pourvoir aux exigences universelles de l’ensemble de la société. Ceci donna naissance à une nouvelle conception de la science physique, à la physique mathématique universelle que fonda effectivement le successeur de Cues et de Léonard que fut Johannes Kepler. Il s’agissait d’une nouvelle conception de la relation universelle de l’homme à la nature, d’une nouvelle conception de la science.

La révolution qu’engendra cette Renaissance et qui se poursuivit au-delà, força des débats intenses, en droit et en science physique, sur la nature de l’individu humain. Qui pouvait-on légitimement réduire au statut social sous-humain d’esclave, de bétail virtuel ? Qui avait-on le droit de traiter à peine mieux qu’un esclave, un peon mexicain, par exemple ?

Au XVIème siècle, le commerce de personnes capturées en Afrique subsaharienne, d’abord par le Portugal puis par l’Espagne, ouvrit la voie ; les Anglo-Hollandais allaient suivre, avant de laisser bientôt ce commerce jugé trop désagréable et trop peu rentable aux Ibériques, considérés comme suffisamment inférieurs pour s’occuper d’un trafic aussi pénible et médiocre. Troublés, Isabelle et Ferdinand tentèrent de s’y opposer, mais leurs décrets restèrent sans effet dans les conditions imposées par l’oligarchie dominante de la nouvelle nation. A partir de la succession des Habsbourg (Habsbourg espagnols), l’Espagne fut le principal boucher de la civilisation européenne, avant de devenir la référence de la secte maçonnique martiniste en France et l’objet de référence nostalgique des fascistes hispanophones dans le monde, encore aujourd’hui. Comme en témoignent la guerre des Pays-Bas et la guerre de Trente ans (1618-1648), c’est la bestialité de la dynastie habsbourgeoise d’Espagne et de Vienne qui contribua le plus à la création, en Europe, d’une dépravation de type médiéval qui ne sera surpassée qu’avec l’avènement des Compagnies des Indes orientales hollandaise et britannique. Ces Compagnies furent créées dans le climat dépravé résultant des efforts vénitiens et habsbourgeois pour effacer l’histoire de la période 1511-1648, que certains historiens britanniques décrivent comme un « petit âge des ténèbres ».

Au cours des premières décennies du XIXème siècle, l’Espagne, qui n’avait jamais abandonné la traite des Noirs, devint le principal trafiquant d’esclaves au monde, quoique sous concession et supervision britannique, et le resta même après l’époque où la monarchie espagnole avait soutenu la cause de la Confédération des Etats du Sud, aux Etats-Unis. A cette époque, l’essor de l’économie interne espagnole, conjugué à l’effondrement de son trafic d’esclaves à destination d’Amérique du Nord, avait affirmé ses propres habitudes, mauvaises mais relativement plus productives, contrairement à celles de la monarchie décadente qui était à mettre au rebut de l’histoire.

Plaidant contre les prohibitions inefficaces d’Isabelle Ière, notamment, les trafiquants d’esclaves espagnols et leurs alliés cherchèrent à démontrer que les Africains n’étaient pas vraiment humains, qu’ils n’avaient pas d’âme, qu’ils n’étaient aptes qu’à être chassés comme des bêtes sauvages et à voir leur population réduite en esclavage. Le même argument était utilisé par l’administration espagnole du Mexique, qui prétendait que les pauvres paysans mexicains n’étaient pas « rationnels » et ne valaient par conséquent pas mieux que des sortes de têtes de bétail humanoïde, à qui l’on devait refuser le respect et les droits économiques accordés aux latifundistes. Cet argument sera repris plus tard par Quesnay et d’autres physiocrates français, ainsi que dans la curieuse logique de la branche hispanophone de la tradition synarchiste, aujourd’hui implantée en Espagne et dans les Amériques.

La capacité de l’individu humain à augmenter le pouvoir de l’homme sur la nature, à travers la découverte et la reproduction de la découverte de principes physiques universels manifestement efficaces, tels la gravitation, le moindre temps et la moindre action physique universelle - principes que les sens ne perçoivent pas directement - cette capacité, donc, montre que l’homme possède, de par sa nature, un pouvoir, une qualité, qui fait défaut à toutes les formes de vie inférieures ; ainsi, ce pouvoir n’appartient pas aux processus vivants en général. C’est cette qualité qui définit l’homme, intrinsèquement, comme un être spirituel, comme je l’ai noté plus haut.

Le sens physiquo-scientifique du mot « spirituel » fut identifié par le savant russe V.I. Vernadski, dans sa définition de la noosphère. J’ai traité ce sujet dans mon livre The Economics of the Noosphere, publié en 2001. Partant du point de vue de la chimie physique expérimentale, la géobiochimie, Vernadski divisa ce domaine en trois types d’espaces de phases : abiotique, biotique et noëtique. L’abiotique comprend les principes physiques universels, expérimentalement définis, qui ne sont pas spécifiques aux processus vivants en tant que tels. Le biotique englobe les principes physiques universels, expérimentalement définis, spécifiques aux processus vivants. Le noëtique désigne les pouvoirs créateurs uniques à l’esprit humain, qui lui permettent de découvrir les principes physiques universels, expérimentalement définis, des domaines abiotique et biotique. Autrement dit, nous pouvons répartir l’univers expérimental en trois classes de principes distinctes, mais liées entre elles : non vivantes, vivantes et spirituelles.

C’est cette dernière, unique à l’être humain, qui définit une réalité correspondant à une expérience religieuse valable. C’est la combinaison de la génération et de la transmission de la découverte de principes physiques universels dans les domaines abiotique, biotique et noëtique, qui exprime la distinction fonctionnelle de l’être humain, en tant qu’espèce, par rapport à toutes les autres.

Cette qualité noëtique, ou spirituelle, se rapporte au pouvoir de l’esprit humain individuel d’acquérir la connaissance d’une classe de principes physiques universels dont l’efficience est démontrée, mais qui se situent en dehors du domaine des phénomènes sensuels.

Cette conception de la nature humaine, qui est intrinsèque à la Genèse et au christianisme, est parfois appelée conception prométhéenne de l’être humain.

L’homme prométhéen

Tant que persiste le progrès scientifique et technologique, cette tendance milite contre l’influence des vestiges encore puissants du legs vénéto-normand. Cependant, de ce fait même, les survivants culturels des traditions féodales passées deviennent d’autant plus enragés et plus enclins à recourir à des mesures désespérées pour écraser à tout jamais la Renaissance et ses effets.

Relevant la tête, la puissance vénitienne riposte : l’éclatement des guerres de religion dans la période 1511-1648, orchestré par Venise, menace de noyer dans le sang cette civilisation européenne moderne encore naissante. Tenace, la force du progrès survit cependant. Après le traité de Westphalie, qui représente un sursaut de la civilisation européenne moderne, la fondation de la république des Etats-Unis incarne le meilleur exemple de l’objectif politique auquel la Renaissance et le traité de Westphalie ont ouvert la voie. Si une Constitution de type américain, comme celle proposée par Bailly et Lafayette, avait été adoptée par la monarchie française, le modèle de la jeune république américaine aurait transformé toute l’étendue de la civilisation européenne au sens large. Plus tard, grâce au leadership du président Abraham Lincoln, les Etats-Unis survivront aux machinations des forces coalisées de la monarchie britannique, de la France de Napoléon III, de l’Espagne et des Habsbourg, devenant bientôt la première nation productive et la plus grande puissance mondiale.

Mais avant cela, alors que la jeune république américaine de 1789 est sur le point d’étendre rapidement son influence et de transformer la société européenne, l’ennemi contre-attaque, sous la houlette de la Compagnie britannique des Indes orientales de lord Shelburne, mobilisant les martinistes qui, à partir du 14 juillet 1789, prennent la tête de la Terreur de gauche, tout en contrôlant aussi la réaction de droite à cette Terreur, concrétisée par la première dictature fasciste moderne, celle de Napoléon Bonaparte. On assiste pour l’essentiel, au cours de cette période 1789-1815, à une révolution culturelle dirigée contre la conception de l’homme associée à la Renaissance, conception que vient de réaffirmer la Révolution américaine.

Aux Etats-Unis mêmes, alors gouvernés par un président John Adams trop indécis, l’agent du Foreign Office britannique sir John Robison tente, à travers son livre Proofs of a Conspiracy, de rallier les troupes félonnes de l’Essex Junto (2), en Nouvelle Angleterre, afin de persuader le gouvernement américain de s’allier à la monarchie britannique contre la France révolutionnaire, afin d’étouffer la cause américaine de part et d’autre de l’Atlantique ! C’est l’indétermination du gouvernement Adams sur ce point qui déclenchera la crise autour de l’Alien & Sedition Act (3), conduisant à son tour à la disgrâce et la disparition du Parti fédéraliste, surtout après la mort d’Alexander Hamilton, le plus lucide des dirigeants américains de l’époque, tué en duel par Aaron Burr, un autre agent du Foreign Office.

Depuis la guerre d’Indépendance, les martinistes et leur excroissance synarchiste ont toujours été le principal ennemi de notre république, de l’intérieur comme de l’extérieur. Ils réincarnent le mal que furent l’empire romain et le long règne de la tyrannie vénéto-normande sur la majeure partie de l’histoire de l’Europe médiévale. Ils sont l’ennemi de la Renaissance du XVème siècle, l’ennemi de la création de l’Etat-nation républicain souverain et les héritiers des forces qui ont lancé les guerres de religion, entre autres, qui ont failli détruire la civilisation moderne à plusieurs reprises. Ce sont les monstres qui essaient, aujourd’hui, de nous ramener en arrière vers ce qu’on appelle, aujourd’hui, la « fin de l’histoire ».

Les vestiges du féodalisme ne peuvent concurrencer, sur le plan économique ou autre, la dynamique de progrès de la civilisation européenne moderne. Ils peuvent la ralentir ou même l’arrêter complètement, mais non la concurrencer « toutes choses égales par ailleurs ». Ils tentèrent bien de l’écraser par la force, par exemple avec la campagne de guerres de religion de 1511-1648, initiées par les Habsbourg. A défaut, ils peuvent s’attaquer au problème par le biais culturel, tentant de déraciner et d’étouffer cette nouvelle conception de l’homme qui donna naissance à la civilisation européenne moderne.

C’est ce qu’entreprend le parti vénitien en faisant revivre d’abord l’aristotélisme, puis le legs de Guillaume d’Occam sous la forme de l’empirisme promu par Paolo Sarpi et son laquais, Galilée. La conception dégradée de l’homme, véhiculée par ces deux assauts contre la conception chrétienne de la nature humaine, est au centre des efforts visant à détruire la civilisation moderne, efforts aujourd’hui dominés par les initiatives synarchistes. La principale cible idéologique de cette attaque est la notion d’« homme prométhéen ».

La conception moderne de l’« homme prométhéen » remonte essentiellement à la première partie de la trilogie du tragédien classique Eschyle, Prométhée enchaîné, les deux autres parties étant perdues. Dirigés par Zeus le tyran, les dieux de l’Olympe assujettissent l’homme à des conditions de vie bestiales, lui refusant l’accès au feu et, implicitement, à la découverte et au progrès technologique en général. Pourtant, cette humanité ainsi opprimée est, implicitement, celle de la Genèse I, l’homme et la femme créés égaux, à l’image du Créateur de l’univers, et dotés par Lui du pouvoir et de l’obligation de développer le monde ; autrement dit, de changer le monde suivant des lois que seul l’esprit humain peut découvrir. C’est cette mission que l’oppresseur satanique refuse à l’humanité, en nous opprimant ou nous corrompant, ou les deux. Prométhée se bat pour libérer l’humanité afin qu’elle y parvienne, combat dont il sortira vainqueur. Dans la trilogie d’Eschyle, le personnage tragique n’est pas le sublime Prométhée, mais Zeus, le potentat dépravé.

Dans l’histoire réelle, le rôle du tyran condamné à l’échec est tenu par le parti vénéto-normand, en tant qu’oligarchie ; la rédemption de la vraie nature de l’homme et de son véritable destin, à travers la crucifixion du Christ, fait écho au rôle de Prométhée. Tel est le principe de rédemption de l’humanité, exprimé dans le portrait de la Renaissance du XVème siècle.

L’ennemi craint par dessus tout que les gens ordinaires, ou une partie significative d’entre eux, n’en viennent à adopter cette image prométhéenne du rôle de l’homme, conforme à la Renaissance et aux expressions ultérieures du progrès de la civilisation européenne moderne au sens large. C’est contre cette perspective que l’ennemi utilise la guerre culturelle, y compris sous sa forme religieuse, ou tout autre moyen, afin d’amener l’homme à se dégrader. Ceci comprend, notamment, les attaques contre l’image prométhéenne de l’homme au nom d’une religion qui n’en est pas une, comme celles menées par ce porc de Jonathan Edwards, le grand-père d’Aaron Burr.

Les individus malfaisants et leur politique économique

On peut retracer la façon dont cette corruption culturelle de l’humanité fut poursuivie par les empiristes et leur excroissance martiniste, depuis la personnalité satanique du fondateur de l’empirisme, le vénitien Paolo Sarpi, et de son laquais Galilée, suivis par Francis Bacon, Thomas Hobbes, John Locke, Bernard Mandeville, David Hume, François Quesnay, Adam Smith et Jeremy Bentham. Pour en avoir une image plus exacte, nous situerons dans ce cadre le cas paradoxal de Karl Marx.

La dépravation morale que représente l’empirisme, et son excroissance le positivisme, a pour prémisse la négation de la capacité de l’homme à connaître les principes universels validés par l’expérience, existant hors du domaine de la perception sensible. Habituellement, les empiristes ne nient pas la possibilité que quelque chose d’invisible existe, mais ils affirment que, le cas échéant, cette existence restera à jamais inconnue pour l’homme, ou qu’elle n’est qu’une simple présomption permettant d’expliquer des phénomènes sensuels de manière plus ou moins statistique. Ajoutons à cela l’existence d’impulsions primaires évidentes poussant à la cupidité et la concupiscence, cela nous donne l’image de l’homme hobbésien.

Sur cette base, John Locke définit le pouvoir du seigneur sur le serf, ou autres relations analogues, comme étant le principe du droit à la propriété ; c’est une notion que l’on peut traduire aujourd’hui par le « profit aux actionnaires » ou, dans la Confédération du début des années 1860, de « profit aux maîtres d’esclaves ». Les Essais sur l’entendement humain de Locke définissent cette notion empiriste, alors que les Nouveaux essais sur l’entendement humain, publiés plus tard par Gottfried Leibniz, critiquent la perversité de ce schéma. C’est l’œuvre de Leibniz qui influença Benjamin Franklin et ses cercles ; son élaboration du principe de « la poursuite du bonheur » allait servir de prémisse à la Déclaration d’Indépendance américaine, en 1776, et de base pour le Préambule de la Constitution fédérale des Etats-Unis.

Avec Mandeville, Quesnay et Adam Smith, le désir de faire le mal se fait plus explicite que chez Locke. Jeremy Bentham, dont la dépouille est encore conservée, embaumée, à l’université de Londres, ferait rougir de honte la plupart des fascistes modernes, et peut-être le diable lui-même, s’ils étaient au courant de tout ce qu’il a publié et de son rôle réel pendant la Révolution française. Le principe explicitement hédoniste de l’utilitarisme - tel qu’on le retrouve dans les méthodes frauduleuses utilisées depuis 1982 par la Réserve fédérale des Etats-Unis pour calculer l’inflation - est caractéristique de Bentham. Etudiez ses Principes de la morale et de la législation, ou encore son œuvre En défense de l’usure ; voyez aussi comment Simon Bolivar dénonça à l’époque le rôle du Foreign Office de Bentham dans la perversion des révolutions sud-américaines.

Auparavant, Mandeville, objet d’une adulation immodérée de la part de la Société du Mont-Pèlerin, créée après la Deuxième Guerre mondiale par Friedrich von Hayek, s’était vanté d’être - et de promouvoir - le mal. Regardez comment cette Société du Mont-Pèlerin adopta La Fable des Abeilles, le péan à Satan imaginé par Mandeville. La doctrine du laissez-faire de Quesnay, copiée par Adam Smith dans sa notion de « libre-échange », repose sur l’argument qui est la base de la doctrine économique de l’ensemble des physiocrates, mais aussi de la dérive de la politique agricole des Etats-Unis ces dernières décennies ; à savoir que les cultivateurs employés sur les terres d’un propriétaire oisif ne sont que du bétail, qui ne participe en aucune manière à la création de profit pour cette exploitation, ni pour la société dans son ensemble ; au contraire, le propriétaire, en vertu de sa qualité magique de détenteur du « titre » (comme le détenteur d’actions) est le seul producteur de richesse nette sur son domaine, ou dans la société.

Ces dogmes étranges de Mandeville, Quesnay, Smith, Bentham, etc., ont leur racine dans des sectes pour le moins bizarres, tels les Cathares ou le culte du Graal. Avant que Bentham ne jouisse d’un tel pouvoir sur les opérations du Foreign Office, Mandeville était le pire de tous, suivi de près par les autres empiristes des XVIIIème et XIXème siècles. Les martinistes, eux, vont plus loin, aujourd’hui encore, mais ils ne font que rendre explicitement religieux ce mal qui caractérise l’empirisme de l’âge dit des « Lumières », au XVIIIème siècle. Considérez ce passage, que j’ai souvent cité ailleurs, de La théorie des sentiments moraux de Smith (1759). Lisez-le ou, en l’occurrence, relisez-le, comme un exemple d’une forme pro-satanique sous-jacente de croyance religieuse. Lisez-le de ce point de vue. Je fais ressortir les éléments les plus pertinents de l’extrait.

« L’administration du grand système de l’univers (...) le soin du bonheur universel de tous les êtres rationnels et sensés, c’est l’affaire de Dieu et non de l’homme. A l’homme est attribué un département bien plus humble, qui convient bien mieux à la faiblesse de ses pouvoirs et à l’étroitesse de sa compréhension : le soin de son propre bonheur, celui de sa famille,de ses amis,de son pays (...)

« Bien que nous soyons dotés d’un fort désir de parvenir à ces fins, il est confié aux déterminations lentes et incertaines de notre raison de découvrir les moyens corrects de les réaliser. La nature nous a dirigés sur la plupart d’entre eux par nos instincts originels et immédiats. La faim, la soif, la passion qui unit les deux sexes, l’amour du plaisir et la crainte de la douleur, nous amènent à appliquer ces moyens en soi, et sans la moindre considération de leur tendance aux fins bénéfiques que le Grand Directeur de la nature entendait qu’ils produisent . »

Ces propos relèvent d’une confession païenne quelconque, hautement irrationnelle, et non de la science. Comme la doctrine cathare au centre du dogme physiocrate pro-féodal de Quesnay, il s’agit d’une conception du monde et d’une définition blasphématoire de Dieu, déduites d’un ensemble a priori de définitions, d’axiomes et de postulats. Pourtant, de même que l’argument de Smith, dans son ouvrage de propagande anti-américaine publié en 1776, La richesse des nations, fut copié en grande partie de l’œuvre des physiocrates français Quesnay et Turgot, le dogme prosatanique du laissez-faire, qui devient dans le plagiat d’Adam Smith la « main invisible » du « libre-échange », allait constituer - en tandem avec la doctrine malthusienne du vénitien Giammaria Ortes - toute la base de l’Ecole Haileybury d’économie de la Compagnie britannique des Indes orientales, ou l’« école anglaise d’économie politique » d’où Karl Marx tire ses propres définitions de la science économique : les suppositions axiomatiques de l’argument d’Ortes, plus fidèlement copiées dans la version anglaise de Malthus et d’autres que dans le texte allemand de Marx.

La façon dont l’école empiriste de Bentham se propage dans le mouvement social marxiste est soulignée de manière extraordinaire par l’influence de Thomas Huxley sur Frederick Engels, comme en témoigne sa spéculation, scientifiquement absurde, selon laquelle l’homme descend du singe grâce au développement du pouce opposable ! Engels est un empiriste purement britannique de l’école de Bentham, c’est un homme d’affaires britannique produisant des biens avec du coton cultivé en Amérique par des esclaves, un dilettante politique qui transmet à son protégé vivant dans la misère, Karl Marx, sa haine explicite pour les plus grands économistes de son siècle - d’abord le germano-américain Friedrich List, puis, plus tard, les américains Alexander Hamilton et Henry C. Carey.

Le pauvre Marx est, sans le savoir, un protégé de lord Palmerston, lui-même un élève de Bentham, qui coordonne à l’époque deux conspirations « de gauche », La jeune Europe et La jeune Amérique, par différents biais, notamment depuis le poste du renseignement extérieur, occupé par Urquhart (un rival de Palmerston) à la British Library, la bibliothèque où Marx peaufine ses études sur l’économie politique britannique et ses racines physiocrates. Il poursuit ses études essentiellement sous la houlette de ce même Urquhart, un vétéran du renseignement britannique qui s’occupe de la correspondance du réseau de La jeune Europe et fournit des conseils ostensiblement utiles à un Marx piégé dans ce montage.

Dans un « âge de mensonges », comme celui qui couvre la majeure partie de ces trois derniers siècles de la civilisation européenne, il est inévitable que la vérité poussiéreuse puisse être dénichée du grenier où l’on a tendance à stocker des opinions non conventionnelles, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. L’économie moderne, depuis ses origines avec le recensement opéré par Charlemagne, découle principalement de la Renaissance du XVème siècle ; développée plus avant par les travaux du cardinal Mazarin et de Jean-Baptiste Colbert, elle voit le jour, en tant science, avec Leibniz lorsqu’il développe, dans la période 1671-1716, une branche de la science physique baptisée plus tard économie physique. Le Système américain d’économie physique est avant tout le résultat de l’influence européenne qui amène les travaux de Leibniz à façonner la conception du monde de Benjamin Franklin et de ses associés, et à prendre la forme reflétée dans les célèbre trois Rapports au Congrès du secrétaire au Trésor Alexander Hamilton, notamment celui intitulé Au sujet des manufactures.

Dans ma jeunesse, et au cours des premières années de ma vie d’adulte, les travaux de Leibniz constituèrent la principale référence retenue pour mes considérations sur les procédés technologiques de production et autres auxquels j’étais confronté à l’époque. De là découlent mes contributions originales, datant de la période 1948-53, qui allaient devenir ma propre méthode leibnizienne d’analyse et de prévision économiques à long terme, à partir de l’économie physique, pour laquelle je suis reconnu aujourd’hui dans divers cercles scientifiques, aux Etats-Unis et à l’étranger. C’est cette approche leibnizienne de l’économie physique, exprimée par Hamilton, Mathew Carey, Friedrich List et Henry C. Carey, qui en vient à façonner l’état d’esprit de la majeure partie d’un monde époustouflé par la victoire de Lincoln contre la Confédération des Etats du Sud, complot résultant des efforts conjoints de la monarchie britannique et de la France de Napoléon III, entre autres. Depuis approximativement la convention de Philadelphie, organisée à l’occasion du centenaire des Etats-Unis, en 1876, le système américain d’économie politique commence à transformer la politique économique mise en œuvre dans de nombreuses nations du monde, en Europe continentale, au Japon, en Amérique centrale et Sud. Plus tard, à l’université de Harvard, et ensuite, en préparant sa présidence des Etats-Unis, Franklin Roosevelt renoue avec le legs du Système américain défendu par son célèbre ancêtre, le banquier new-yorkais Issac Roosevelt, un proche collaborateur de Hamilton. C’est ainsi que Roosevelt put délivrer notre république des folies de Coolidge et de Hoover.

L’histoire de la république des Etats-Unis a été marquée, depuis le début, par des hauts et des bas dans la lutte entre deux systèmes philosophiques irréconciliables : celui de l’économie physique de Leibniz et de ses successeurs, et celui de la tradition empiriste de Paolo Sarpi et des Lumières du XVIIIème siècle. Cette lutte constitue l’aspect central de l’histoire économique des Etats-Unis et de leurs relations philosophiques passées et présentes avec le reste du monde.

Le cas de Marx, d’Engels et de leurs successeurs doit être relié au fait que Karl Marx lui-même se déclara disciple de l’école empiriste d’économie politique des Lumières, celle de Quesnay et de l’école Haileybury d’Adam Smith, Jeremy Bentham, Thomas Malthus, etc. Ainsi, on ne peut comprendre l’œuvre de Marx et ses conséquences qu’en les replaçant là où Marx les situe lui-même, c’est-à-dire dans le camp des ennemis empiristes de Gottfried Leibniz et du Système américain d’économie politique. Ce qui passe aujourd’hui pour l’histoire de l’économie politique n’est pas une branche de la science, c’est l’œuvre du culte que l’on appelle les Lumières, culte empreint d’une forte composante pro-satanique dont les modèles les plus flagrants sont Mandeville et Bentham.

Mandeville, un sataniste déclaré, était plus franc qu’Adam Smith ; néanmoins, il n’y a aucune différence systémique entre les axiomes de La Fable de l’Abeille de Mandeville et ceux du passage de Smith que j’ai cité plus haut. Mandeville ajoute seulement une précision, à savoir que le tyran que Smith surnomme le « grand Directeur de la nature » a forgé l’univers de telle sorte que la poursuite effrénée du vice et de la corruption constitue pour ce « directeur » le moyen essentiel de faire produire des bénéfices pour l’ensemble de la société. Le dieu de Mandeville est le super gangster qui dirige la maison close et le casino pour l’éternité, et peut-être même le partenaire caché d’Enron et d’Halliburton ! Dans La Richesse des nations de 1776, Smith rend explicite le lien entre l’intention de son texte de 1759 et l’argument de Mandeville. Les écrits publiés de Jeremy Bentham et ses pratiques secrètes poussent à l’extrême la dégénérescence morale de Smith.

Le moyen le plus efficace pour assurer qu’une société s’autodétruise consiste à criminaliser les pratiques habituelles de ses dirigeants, tout en rendant les subalternes complices de ces perversions, et en même temps, de faire en sorte que les personnes honorables qui s’y opposent deviennent objet de dérision et de persécution, de telle façon que leurs amis trop lâches les abandonnent, sans doute dans l’espoir de trouver de nouveaux bienfaiteurs leur permettant de poursuivre le mode de vie et la carrière qu’ils ont choisis.

Ceci dit, reconsidérez maintenant ce que j’ai déjà dit au sujet des hommes malfaisants, mais du point de vue d’un cours de géométrie euclidienne. Que sont les définitions, axiomes et postulats de tout système empiriste de pensée sociale, en tant que système fermé basé sur un ensemble incomplet de règles de comportement mécaniques ? Ajoutez-leur plusieurs nouvelles règles qui tendent à établir une distinction entre la « géométrie » pré-Bentham de l’empirisme anglo-hollandais et le sanglant holocauste martiniste dont l’agent de Shelburne, Bentham, provoqua le déclenchement avec la Révolution française de 1789-1815.

Dès le début, l’empirisme, tout comme l’influence d’Aristote et d’Euclide, chercha à enrayer, voire même à renverser, l’engrenage du progrès humain, en décrétant un univers de principes fixes, régi par un Dieu effectivement incapable d’intervenir pour changer cet ensemble de principes, dès lors qu’Il l’a déclenché. C’est pour cette raison que Philon d’Alexandrie condamna Aristote. Au XVIème siècle, les Vénitiens imposent cette absurdité réactionnaire sous forme des systèmes astronomiques morts d’un Ptolémée ressuscité et des modèles stériles, essentiellement aristotéliens, de Copernic et de Tycho Brahe. C’est l’astronomie d’un univers dans lequel le Créateur reste, pour ainsi dire, les mains liées, en dehors de la réalité, et où l’homme est réduit au statut d’un animal parmi d’autres. Dans cet univers règne un ensemble fixe de définitions, d’axiomes et de postulats et l’histoire est pour l’essentiel morte, excluant l’existence même de principes universels révolutionnaires agissants, nouvellement découverts.

C’est un univers d’utopistes, dans lequel le seul changement autorisé consiste à respecter toujours mieux cet ensemble fixe de règles du jeu, cette interminable partie d’échecs dans laquelle le progrès n’a, en fin de compte, aucune importance ; les règles restent inchangées et le jeu, quels que soient les efforts des joueurs, ne modifie jamais rien dans l’univers réel. C’est l’univers odieux du Principia Mathematica de Bertrand Russell. C’est, au fond, l’univers du Zeus du Prométhée enchaîné d’Eschyle, le monde méprisé par le Prométhée poétique de Goethe dans son Grosskoptha, un monde dans lequel Zeus et ses laquais jouent de méchants tours à une humanité à qui il est interdit de faire quoi que ce soit pour se distinguer des bêtes. Un monde dont le dieu imaginaire, Zeus, est un bâtard cruellement capricieux, un surhomme nietzschéen, un Satan virtuel. C’est le monde de Jeremy Bentham, qui enfanta lord Palmerston, qui, pour ainsi dire, enfanta ce parangon de mal que fut Bertrand Russell, qui enfanta à son tour son enfant de chœur, le monstre perversement ludique John von Neumann, auteur de La Théorie des jeux et de Economic Behavior.

Avec Bentham et les martinistes, c’est l’homme d’une malfaisance inégalée, l’homme bestial nietzschéen, qui fait une entrée pompeuse sur la scène de l’histoire mondiale moderne, un homme qui, comme les Romains Tibère, Caligula, Néron ou Adolf Hitler, commet des crimes tellement monstrueux, à une échelle de masse, qu’il persuade le peuple terrifié de lui baiser les pieds et de chercher à égaler son nouveau maître en se surpassant chaque jour dans le mal. C’est cette « qualité » que Shelburne recherche chez des agents comme Philippe Egalité et Jacques Necker ; on la rencontre chez ces deux instruments de Bentham formés à Londres, Danton et Marat. C’est la terreur jacobine, c’est le rôle transitoire joué par le proxénète voleur Barras. Ce monstre, ce surhomme nietzschéen, c’est Napoléon Bonaparte dans le rôle d’empereur-bandit, la bête qui bâtit le premier empire fasciste moderne (que Cheney entend reproduire aujourd’hui par des moyens nucléaires). L’énergie criminelle de Napoléon motivera GWF Hegel, qui en est venu à l’adorer, à élaborer une philosophie de l’histoire et une théorie de l’Etat. Ce Hegel devait se consoler plus tard en se mettant au service du prince Metternich, de la Sainte Alliance et des décrets fascisants de Carlsbad.

L’impact cumulatif des horreurs qui se succédèrent pendant la rage martiniste de 1789-1815 fut la naissance du mouvement romantique. En rejetant la tradition classique allemande qui, à la fin du XVIIIème siècle, fit revivre le legs de la raison humaine représentée par Shakespeare, Leibniz et JS Bach et en rejetant aussi la Révolution américaine de 1776-1789, l’Europe se condamna en ce début de siècle à renouer avec le legs romantique de Rameau, Mandeville et Walpole. La décadence du romantisme de cette époque éclata au grand jour avec le couronnement de Napoléon et sa victoire ultérieure sur non seulement la Prusse, mais aussi implicitement l’Allemagne, à Iéna-Auerstadt. Après l’abominable issue du Congrès de Vienne organisé par Metternich, que l’on pourrait décrire comme un « congrès sexuel », l’Europe sombra de plus en plus profondément dans le pessimisme culturel, exprimée dans le romantisme post-Napoléon de Liszt, Berlioz, Schopenhauer, Wagner, etc. De cette même source de décadence allaient jaillir plus tard des tyrans napoléoniens comme Mussolini, Hitler, Franco, Laval et Vichy.

L’homme du mal, salué par Nietzsche comme la réincarnation du Dionysus phrygien, était venu sur la scène de l’histoire et était déterminé à y rester et à vaincre. C’est cet héritage que nous devons aujourd’hui contester.

La religion du mal

Le synarchisme n’est pas une doctrine politique ; dès sa création, c’était une forme franc-maçonnique de religion pro-païenne, une religion satanique : le martinisme. L’influence de cette religion est aujourd’hui exprimée, entre autres, par le vice-président américain Dick Cheney et ses « faucons mouillés » néoconservateurs. Tels des tyrans couards, ces dégénérés envoient les autres se faire tuer au champ de bataille tandis qu’ils suivent la procession des blessés comme des profiteurs prédateurs ou des busards. Il n’est donc pas approprié de décrire la différence entre le Prométhéen d’un côté, et le sophiste, l’empiriste et le martiniste de l’autre, comme une simple divergence politique. En effet, il s’agit presque d’une différence d’espèce fonctionnelle.

Il existe quatre qualités axiomatiques majeures qui distinguent les adultes normaux des sophistes et des empiristes en général, et des martinistes en particulier.

Elles peuvent se résumer en quatre thèses interdépendantes mais respectivement distinctes, comme je vais le faire ici.

D’abord, un représentant normal de l’espèce humaine se différencie de l’animal par sa capacité à distinguer des pensées-objets correspondant à l’existence de principes physiques universels validés par l’expérience, existant au-delà de la portée des perceptions sensibles en tant que telles, mais dont l’existence peut faire l’objet d’une preuve expérimentale concluante. La découverte de ces principes et leur preuve efficiente, d’abord sous forme d’hypothèse, puis comme démonstration expérimentale, sont réalisables grâce à la capacité propre à l’esprit humain, qui consiste à reconnaître la trace d’anomalies dans l’ordonnancement des événements perçus. Le terme « cognition » doit être réservé au processus de découverte et de preuve des principes permettant de résoudre les paradoxes anomaux en question.

Dans la physique mathématique de Gauss, Abel, Dirichlet, Wilhelm Weber et Riemann, ceci définit la réalité physique reflétée dans le domaine complexe. La maîtrise ainsi acquise de la conception de la réalité physique correspondant au domaine complexe est la clé de voûte de l’auto-développement intellectuel du mouvement de jeunes que j’ai parrainé.

Deuxièmement, dans de nombreux cas, l’homme est capable d’appliquer à l’univers qui nous entoure ces principes universels efficients, mais non perceptibles, de façon à augmenter le potentiel de densité démographique relatif de l’espèce humaine, ou de la culture spécifique qui en bénéficie. Du point de vue écologique, c’est ce qui distingue catégoriquement l’espèce humaine de toutes les autres espèces vivantes. Voici la base sur laquelle j’ai fondé la définition originale des principes correspondants d’une science de l’économie physique, pratique essentiellement riemanienne dans sa forme.

Troisièmement, le progrès soutenu de la société dépend de la transmission, tant « horizontale » que « vers l’avant », de ces principes nouvellement découverts, en entraînant la reproduction de l’expérience cognitive de la découverte faite par l’individu. Ce double processus de transmission et de création de nouvelles découvertes, tant en science physique que dans des modes classiques de composition artistique, est l’objet du terme « culture ».

Quatrièmement, les trois principes précédents élèvent l’individu de telle sorte que son existence mortelle devient, implicitement, immortelle, non pas en tant que simple créature vivante, mais en tant qu’être cognitif, dont l’existence contribue à la continuité de la culture et de l’espèce humaine en général. L’exemple des plus grands scientifiques, artistes classiques, héros et hommes d’Etat de l’histoire illustre ce sens d’immortalité cognitive qui est, potentiellement, à la portée de chacun d’entre nous. Ceux qui en ont conscience dans leurs conceptions et leur pratique vivent dans la simultanéité de l’éternité, où ils deviennent des êtres immortels vivant parmi nous aujourd’hui. Le véritable intérêt de l’être humain, sa seule véritable source de moralité, consiste à prendre place à tout jamais parmi ces compagnons, même après sa mort physique, afin d’estimer par-dessus tout le principe d’agape tel que l’exprimèrent le Socrate de Platon et saint Paul dans sa Lettre aux Corinthiens, I, 13. La véritable nature de l’homme et le principe d’agape, ainsi définis, sont des notions inséparables.

Pour résumer : les qualités transmissibles des principes découverts, représentés par ces quatre caractéristiques de notre espèce et de ses sociétés, forment une géométrie supérieure les incarnant toutes. C’est une géométrie riemannienne, composée d’une accumulation de principes universels actifs connus, correspondant à la relation immortelle de l’esprit individuel soit à la nature, soit aux aspects principiels des processus sociaux permettant à la société de coopérer dans sa mission de développement de l’humanité.

Comme l’attestent les meilleurs modes classiques de composition artistique, ces aspects principiels sont tout aussi définis et efficients, dans leur domaine, que les principes physiques universels dans leur domaine de référence. Les principes de la loi naturelle, comme ceux du Préambule de la Constitution fédérale des Etats-Unis, appartiennent à la catégorie de principes physiques universels de la composition artistique classique.

Comme Riemann l’écrit dans sa célèbre dissertation de 1854, la « géométrie » que j’ai définie ici ne reconnaît pas, dans l’univers, l’existence d’autres principes que les siens. Aucune définition, aucun axiome ou postulat a priori, comme ceux d’une géométrie euclidienne formelle, n’est admis. La géométrie dans son ensemble est un domaine complexe composé, d’une part, de la géométrie constructive de perception sensible de type pythagoricien et, d’autre part, de la géométrie des principes physiques universels connus à ce jour. L’intersection efficiente de ces deux géométries définit une notion supérieure, riemanienne, d’un domaine complexe gaussien.

A ce stade de l’histoire de notre planète, nous avons la mission et la capacité de réaliser l’intention de notre création : l’instauration d’une communauté de principe, en accord avec la loi naturelle, entre Etats parfaitement souverains sur cette planète, œuvre qu’il faut mener à bien principalement par la redécouverte et l’affirmation des traits les plus nobles de notre propre histoire, par l’exemple, la bonne volonté et l’influence que nous devons exercer en vue d’encourager la constitution d’autres républiques. A condition d’écarter de notre système politico-économique cet adversaire arrogant, ce vers corrupteur issu d’une espèce synarchiste qui nous est étrangère, le monde, actuellement plongé en pleine crise économique, se trouvera alors à un moment de l’histoire qui nous verra prêts à entrer dans une nouvelle ère de relations mondiales, celle d’une communauté de principe entre Etats-nations souverains.

A condition de faire cela, les martinistes et le type de mal extrême que représentent de tels sophistes seront relégués aux archives de l’histoire. Mais ils ne sont pas près à accepter un tel destin pour leur espèce. Ils sont porteurs d’une religion de la terreur, d’une forme nietzschéenne de terreur satanique dionysiaque. Voilà l’ennemi que nous devons vaincre ; voilà l’œuvre inachevée que nous laissa la mort prématuré de l’une des figures de l’histoire moderne que les martinistes haïssaient et redoutaient le plus, le président Franklin Roosevelt.

C’est pour cela que nous devons nous battre. C’est cette mission qui définit le seul véritable sens de l’existence de notre nation jusqu’à ce jour. Pour cela, nous devons vaincre les synarchistes et ce qu’ils représentent ; il ne suffit pas de les vaincre encore une fois, nous devons rendre cette défaite irréversible. Si nous échouons, ils se feront un plaisir de déployer leur terrorisme pour nous tuer, punissant l’humanité en la plongeant durablement dans un âge des ténèbres planétaire, conformément aux intentions actuelles des synarchistes.

Religion, passion et politique

Comme je l’ai souligné dans diverses publications, et plus récemment dans « Visualiser le domaine complexe », le problème essentiel de l’enseignement des mathématiques en tant que telles, c’est qu’elles se vantent - comme l’eunuque du sérail - de s’être libérées des passions naturelles de la vie. Cette dichotomie par rapport à leur conception de la nature n’empêche pas les eunuques, ni es esprits semblables parmi les mathématiciens, de détester l’autre ou de haïr son travail professionnel. L’indifférentisme moral ainsi exprimé, typique du mathématicien dans sa « tour d’ivoire » - depuis les sophismes de Descartes et d’Euler jusqu’aux complices des disciples actuels de Bertrand Russell - est la principale source de l’incompétence, de la destruction et même du mal explicite de leur pratique de ce qui passe pour être de la science. L’empirisme n’en est qu’un exemple parmi d’autres.

Actuellement, le résultat le plus significatif de l’influence de cette désorientation réductionniste est un utopisme proche de celui de HG Wells dans son Open Conspiracy de 1928 et de la doctrine de « guerre préventive nucléaire » conçue par un complice de Wells qui se prétendait pacifiste, mais était en fait ostensiblement synarchiste, Bertrand Russell. Une expression courante de l’indifférentisme formel régnant dans ces milieux professionnels est l’utopisme d’une géométrie, euclidienne ou autre, qui serait soumise à un ensemble de définitions, axiomes et postulats a priori. Les « nouvelles mathématiques » sont une expression particulièrement odieuse de son impact sur l’éducation publique.

Une autre expression typique en est le genre de populisme, d’anarchisme ou d’anarcho-syndicalisme reposant sur la substitution de principes simples « allant de soi », relevant apparemment du « bon sens », qui tend souvent vers le fascisme.

Pour éviter les erreurs catastrophiques de ce type, la société a besoin de principes pour guider sa pratique sociale, s’apparentant à des principes physiques universels de la pratique scientifique, mais s’appliquant aux relations entre les gens, à la différence de ceux reflétant les relations plus simples entre une personne et la nature dans l’univers qui l’entoure.

L’utopiste pathologique typique est illustré par le cas particulier du fanatique qui ne s’intéresse qu’à une seule cause, au point où il serait prêt à mettre en danger l’univers lui-même s’il estime qu’une telle mesure désespérée obligera la société à accepter son choix sur ce seul point particulier. J’exagère ? Pas vraiment. Regardez les sectes anti-avortement qui feraient tout pour empêcher un avortement, même s’il faut tuer le nouveau-né quelques minutes après sa naissance ; ou encore le fanatique qui n’hésiterait pas un instant à procéder à l’exécution rituelle d’un condamné à mort probablement innocent, dans le Texas du gouverneur George W. Bush par exemple, ou encore à euthanasier un patient pour limiter les frais d’assurance médicale. Ce ne sont pas là des exagérations, mais des controverses bien réelles, parfois acharnées, que j’ai eu à traiter en tant que dirigeant politique, face à des groupes de sophistes obsédés par leur marotte.

De même, les sympathisants de Bertrand Russelll étaient prêts à soutenir sa proposition de « bombardement nucléaire préventif » de l’Union soviétique, ou d’un autre pays, tout comme Cheney aujourd’hui, rien que pour terrifier le monde afin qu’il accepte de renoncer à toute souveraineté nationale en faveur d’une dictature impériale mondialiste. Nous avons encore le cas des fanatiques du Réarmement moral, qui trouvent attirant le régime d’Hitler.

Une autre espèce de fanatique, apparemment moins extrême, est le populiste qui ne s’intéresse à rien d’autre qu’aux problèmes locaux relatifs à sa famille ou à son quartier, même si cela l’empêche d’agir pour sauver la nation d’une dépression qui risque d’anéantir la petite vie familiale ou communale qu’il entend protéger. L’esprit du populiste est souvent prisonnier d’une fantaisie qui n’est pas étrangère à la croyance selon laquelle l’univers est plat. Et notre populiste peut effectivement voir qu’il est plat, même depuis la porte de sa maison !

Pour ce qui est de la science économique, par exemple, la productivité moyenne d’une entreprise, installée dans un endroit donné, est une fonction subsumée du niveau de développement de l’économie physique de la nation et de la région dans son ensemble. L’approvisionnement et le prix de l’électricité seront fonction du développement du système public intégré et régulé de production et de distribution. Si on dérégule, le coût physique de la production et de la distribution va inévitablement augmenter, tandis que le prix du kilowatt-heure va monter en flèche, comme ce fut le cas dans une Californie pillée par Enron. Obtenir des produits meilleur marché de l’étranger, grâce à la « délocalisation » et à la « globalisation », peut sembler avantageux, mais ça ne l’est guère si cela se traduit par la fermeture des sites de production et la perte de revenus de nos concitoyens qui voient leur pouvoir d’achat s’effondrer. La dérégulation du marché immobilier et la spéculation qu’elle entraîne ne sont sûrement pas une aubaine pour l’employé moyen, qui ne trouve pas de logement à moins de 1000 dollars par mois. Et cela n’améliore pas non plus les conditions de sécurité et de santé publique de la communauté.

Ceci nous amène au rôle joué par la religion, la passion et la politique en terme de sécurité nationale, ou même de paix mondiale. Ce sujet recoupe en partie la menace synarchiste, sans pour autant être identique ; parfaitement pertinent, bien que contigu, il nous montre comment la corruption peut amener sa victime à sympathiser avec la cause synarchiste. Cette source de corruption confère une dimension politique supplémentaire aux préoccupations de sécurité posées par le synarchisme. C’est surtout cette corruption populaire spécifique qui amena les Etats-Unis à se transformer, de première nation productive mondiale, en vaste casino, et ce, depuis environ l’assassinat du président Kennedy et la guerre d’Indochine (1964-1972).

Au milieu des années 60, la culture américaine est passée de la morale d’une société productive à la décadence d’une société « post-industrielle » qui « prend son pied », obsédée par l’idéologie du « moi, moi, moi ». Il est urgent que les citoyens regardent en face comment cette transformation s’est déroulée, exploitant le penchant à la « petitesse » caractéristique de la génération arrivant alors à l’âge adulte, qui cherchait à fuir les terrifiantes réalités simultanées de la crise des missiles de Cuba en 1962, de l’assassinat de Kennedy et du lancement de la guerre en Indochine.

Comment vous sentez-vous, Madame ?

Considérez ces expressions si souvent entendues : « Je sens que... » ou, au contraire, « je n’ai pas le sentiment que... ». L’activiste local populiste, par exemple, « sent » peut-être que les questions nationales n’ont aucune place dans la discussion des problèmes locaux. Que des questions nationales comme les soins médicaux, l’éducation, l’approvisionnement électrique, l’approvisionnement en eau, soient ou non le facteur déterminant du problème local abordé, il n’en reste pas moins que les liens qui les unissent sont toujours présents, implicitement, et sont souvent d’une importance décisive dans la recherche d’une solution au problème local en question. A titre d’exemple, la politique nationale de régulation des prix et du commerce, ainsi que les mesures protectionnistes dans les échanges commerciaux extérieurs, ont un effet, souvent décisif, sur l’emploi et les affaires d’une commune. La réticence à reconnaître ce lien s’exprime souvent ainsi : « J’ai le sentiment que ce n’est pas important », ou « mes amis et moi avons le sentiment que le libre-échange représente la tradition américaine ».

Ici, l’objection ne se situe pas au niveau des faits mais du « sentiment », qui n’a peut-être pas de place légitime dans ce débat pratique.

A la fin des années 50, le monde de la publicité fit appel aux psychiatres pour savoir comment donner aux produits courants un attrait plus puissant, intrinsèquement irrationnel, aux yeux des consommateurs. D’innombrables produits furent transformés, non seulement dans leur forme mais aussi dans leur contenu, suite aux recherches fiévreuses menées à Madison Avenue [la rue des agences de publicité à New York] sur les mystères lucratifs du « sex appeal ». A l’époque, certains d’entre nous, dans le monde de la consultation commerciale, se demandaient combien de cadres supérieurs faisaient passer leurs consultations psychiatriques personnelles dans la catégorie des frais professionnels...

La notion de démocratie basée sur le « sentiment », remplaçant la raison, constitue une contradiction potentiellement fatale, de la même façon que le vote funeste des Allemands, consacrant la dictature d’Hitler sur une Allemagne jusque-là démocratique, exprima une surdose de « sentiment », mais pratiquement aucune considération rationnelle.

De telles aberrations, dynamisées par l’émotion, constituent un important facteur du comportement politique de masse, tombant généralement dans la catégorie du comportement irrationnel motivé par une utilisation abusive du « je sens que » comme substitut du comportement rationnel.

« Que ressentez-vous à la mort soudaine de votre enfant, Mme Jones ? », demande le reporter, exultant de sadisme, tandis que la caméra scrute le visage de Mme Jones, à la recherche de la moindre nuance de changement dans son expression. Le reporter donne l’impression que la masse des téléspectateurs ne manquera pas de punir Mme Jones si jamais elle refuse de se plier à ce genre d’interrogatoire à la Tavistock.

La façon dont les reportages télévisés définissent aujourd’hui l’« intérêt humain » nous en dit long sur notre population. La tolérance des téléspectateurs, voire leur fascination, devant ce spectacle de « voyeurisme » est un exemple typique de la décadence de la culture populaire américaine. Le type d’aberrations que j’ai mentionné plus haut à titre d’exemple s’insère souvent dans une catégorie psychanalytique que Sigmund Freud appelait « cathexis », la question de l’attachement émotionnel à l’idée d’un objet, ou d’une classe d’objets. Ce type malsain d’émotion est attaché, irrationnellement, à l’idée d’un objet.

Ces cas de fixations pathologiques idée-objet, plus ou moins proches de l’obsession, affectant des personnes autrement saines d’esprit, fournissent une comparaison utile avec les cas d’aberrations politiques dues au « je sens que », déjà mentionnés. Les sordides campagnes politiques visent en grande partie à évoquer chez les électeurs des compulsions purement névrotiques, autour d’une querelle politique ou d’un candidat. C’est ainsi que la pré-candidature présidentielle du gouverneur George Romney fut aisément démolie en jouant sur une déclaration dans laquelle il affirmait qu’il s’était fait « laver le cerveau » sur la politique américaine au Vietnam. C’est son utilisation de l’expression « laver le cerveau », et non pas le bien-fondé de ses propos - car il avait raison, concrètement et politiquement - qui fut exploitée pour torpiller sa candidature.

Pour cerner le problème, détournons notre attention de la façon dont le psychiatre du directeur de publicité juge ce désordre névrotique, pour considérer le cas du mathématicien professionnel type, ou du comptable - celui d’Enron, par exemple - ou encore des économistes empiristes du monde académique. Ainsi, ce mathématicien est peut-être un tyran enragé en famille, mais il se vante d’être sans passion, pratiquement schizophrène, dès qu’il s’agit de mathématiques.

Je résume ici mon approche du rôle de la passion en science, telle que je l’ai présentée sous une forme plus approfondie dans la deuxième édition de « Visualiser le domaine complexe ». Ceci nous ramène à l’attaque menée contre Platon par un Artistote qui écrivait « énergie » là où Platon avait écrit, en fait, « puissance ». Je me réfère à la géométrie physique telle que je l’ai décrite ici et dans d’autres écrits.

Comme je l’ai indiqué, il existe deux classes distinctes d’idées. De prime abord, l’esprit humain, siège des certitudes sensibles et de l’apprentissage par l’expérience, est assez proche de celui d’une forme de vie inférieure. Dans un deuxième temps, cependant, l’esprit humain apparaît unique, par rapport à la vie et au comportement de l’animal, en raison de sa capacité noétique à découvrir des principes vérifiables, en partant des erreurs dans la conception expérimentale basée sur la certitude sensible. L’animal réagit à la certitude sensorielle avec passion ou indifférence. Mais lorsqu’un être humain réagit exclusivement ainsi, il est considéré, avec raison, comme stupide ou dément.

La santé mentale se traduit par la justesse du choix entre deux espèces distinctes d’objets mentaux : d’abord, les objets relevant de simples certitudes sensibles conditionnées et ensuite, les objets appartenant au domaine des principes universels existant hors de portée directe de nos sens. Ces principes sont de deux types différents, mais interagissant : d’abord, ceux relatifs aux principes physiques universels, et, ensuite, ceux associés aux processus sociaux, à l’interaction entre les individus, autrement dit, aux relations sociales. La composition artistique classique, comme les tragédies de la Grèce ancienne ou les œuvres de Shakespeare et Schiller, illustre bien la nature et le rôle des principes universels gouvernant l’ordonnancement réel des réponses dans le domaine des relations sociales.

Ainsi, à tout moment, nous devons considérer à la fois les différences et les relations entre ces trois qualités d’expérience intervenant simultanément : d’abord, la simple perception sensorielle, deuxièmement, ce qui se rapporte aux principes physiques universels découlant de l’interaction de l’esprit humain avec l’univers physique, et troisièmement, les principes des processus sociaux comme ceux des modes classiques de composition artistique. Maintenir le bon ordonnancement entre ces trois qualités, de façon à ce que notre réponse à chacune représente un choix judicieux, est le défi élémentaire que pose la définition des formes saines de comportement (contrairement aux formes pathologiques) de l’individu et de la culture.

Dans ce contexte, la difficulté la plus commune à laquelle se heurtent la majorité des gens, et la plupart des cultures, consiste à définir l’existence d’objets correspondant aux principes physiques universels. En science physique, par exemple, l’état d’esprit pathologique que l’on rencontre le plus souvent est la maladie typique de l’empiriste qui substitue à des principes physiques distincts, la notion algébrique de statistiques (la « probabilité » de Laplace). Il ne peut concevoir la gravité, telle que Kepler la définit, comme un objet spécifiquement platonicien, mais uniquement de façon statistique, pathologique (« l’action à distance »), comme le fait par exemple l’empiriste Galilée. L’état d’esprit d’Euler et de Lagrange, relevé dans l’écrit de Gauss rédigé en 1799, illustre également ce point.

Ce même sujet est abordé par Riemann dans des écrits publiés à titre posthume, commentant quelques aspects décisifs d’une série de conférences données à l’université de Göttingen par Herbart, un influent pédagogue et philosophe allemand du XIXème siècle. Protégé de Guillaume de Humboldt, lui-même célèbre pour avoir dévoilé l’imposture de l’empiriste de l’école écossaise que fut Emmanuel Kant, Herbart a fait une contribution vraiment extraordinaire et d’une grande pertinence pour les réalisations ultérieures de Riemann, devenu l’un des plus grands penseurs scientifiques de ces deux derniers siècles. Il s’agit de la notion de Geistesmasse, que l’on peut traduire approximativement, pour donner le sens pratique du terme utilisé par Riemann, par « objet-pensée » : c’est la qualité particulière de principes efficients formant pour ainsi dire un objet, appartenant à la classe d’hypothèses platoniciennes expérimentalement validées que l’on appelle les principes physiques universels.

Cette notion d’objets de l’esprit existant réellement et de manière efficiente, à la différence de ceux relevant des simples sens, est le sujet de l’allégorie de la grotte invoquée par Socrate dans La République de Platon. Le sujet en est la distinction de l’objet non vu, qui projette les ombres saisies par la perception sensible, à partir de ces objets identifiés par la simple perception sensible. L’illustration la plus simple que nous offre la science moderne, ce sont les objets microphysiques existant de manière efficiente dans l’infiniment petit, qui ne peuvent être discernés au microscope. La fission et la fusion nucléaires, par exemple, existent. Comme le soulignait le professeur Robert Moon de l’université de Chicago, la vue supérieure que représente la définition par Mendeleev de la table périodique constitue une géométrie physique efficiente de l’espace-temps physique dans le domaine microphysique, qui ne correspond aucunement à une physique confinée dans les présomptions géométriques de la méthode empiriste.

C’est l’incommensurabilité des effets anomaux décisifs, définis empiriquement, indiquant l’existence d’« objets » résidant, en principe, dans le domaine complexe, qui est la plus importante source de mystification dans le travail scientifique ou autre des individus emprisonnés dans les présomptions habituelles des mathématiques d’école généralement acceptées.

De même, dans le domaine de l’économie politique, le citoyen utilise l’imagerie de la simple certitude sensible, et des notions apparentées comme « la cause proche », pour présumer que, du point de vue de la perception, ce qui est le plus près est par conséquent le plus réel. Comme l’homme qui, n’ayant pas trouvé d’emploi, bat sa femme - mentalement et physiquement - supposant que parce qu’elle est proche de lui et du budget du foyer, elle est cause de son échec. Il peut détester Washington, mais seulement comme un phénomène étrange dont l’existence l’embête parce qu’elle confond ou mitige son désir de résoudre ses problèmes en frappant sur ce qui lui tombe sous la main.

Nous retrouvons une attitude semblable dans certaines formes aberrantes de comportement religieux, comme chez le « fondamentaliste » qui espère que la bataille d’Armageddon aura lieu avant qu’il n’ait à payer son prochain loyer ou pour qu’il puisse ressentir l’extase qui lui manque dans sa vie personnelle immédiate. N’ayant aucun sens de la véritable immortalité au sein de la simultanéité de l’éternité, le pauvre malheureux recherche par conséquent des miracles sensuels, davantage à sa portée immédiate : « Dieu va nous envoyer de l’argent et la santé le mois prochain ».

Aujourd’hui encore, il manque à notre société estropiée le sens de la beauté intrinsèque de la vie mortelle individuelle, qui est la possibilité de revivre passionnément, dans notre esprit, les grands accomplissements cognitifs ou autres de ceux qui nous ont précédés et de saisir avec bonheur l’occasion de consacrer le talent de notre existence mortelle limitée à quelque chose de bon, aux yeux de ceux qui ne sont plus et de ceux qui vont venir. Le pauvre type qui ne peut pas situer son existence dans le grand univers où nous vivons, ne peut appréhender l’existence d’un Créateur ayant engendré cet univers et ayant incarné en nous des qualités créatrices semblables aux siennes.

Ignorant notre valeur en tant que personne, nous nous vendons bon marché, pour un bol de soupe, ou alors, comme de pauvres Judas, nous trahissons tout le bien que nous représentons pour un moment de corruption fatal.

Il existe des principes dans l’univers, des principes physiques universels et des principes sociaux du type que nous reconnaissons dans les plus grandes compositions artistiques. Si nous sommes capables de concentrer notre attention mentale sur les objets efficients résidant hors du monde d’ombres de la perception sensible, nous devenons enfin libres. Libérés de la petitesse qui entraîne les hommes et les femmes, et des sociétés entières, dans l’abîme d’auto-dégradation auquel la secte martiniste et son expression néoconservatrice actuelle menacent de condamner la civilisation, peut-être pour plusieurs générations.

Notes

1. Les sectes millénaristes croient généralement en la fin des temps, basant leur enseignement sur une lecture littérale de la Bible et surtout de l’Apocalypse. (Retour au texte)

2. Essex Junto : groupe de conservateurs ou tories, originaires du comté d’Essex dans le Massachusetts. (Retour au texte)

3. Loi sur le traitement des non Américains engagés dans des activités dites subversives, surtout en faveur de la France. (Retour au texte)

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