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Les écrits de Lyndon LaRouche

Une mission, audacieuse mais modeste, pour les Etats-Unis au niveau mondial

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Voici l’introduction à un essai du candidat présidentiel Lyndon LaRouche, publié le 27 septembre 2002 par son comité de campagne, « LaRouche in 2004 ». Cet essai constitue sa réponse à la doctrine de guerre préventive énoncée en septembre 2002 par l’administration Bush, dans un document intitulé « Stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis d’Amérique ».

Message préliminaire aux citoyens concernés :

Contrairement au déni de la réalité qui a saisi la Maison Blanche, la politique menée par la présidence propulse notre nation, déjà en faillite, vers une apocalypse de guerre perpétuelle, risquant de condamner à jamais notre forme constitutionnelle de république. Dans de telles circonstances, il existe un seuil où le choix par le critique d’un langage suffisamment brutal pour décrire correctement cette politique, représente le test obligé de son utilité, de sa franchise et de ses capacités de jugement.

Sachant que l’ignorance et la brutalité vont souvent de pair, les politiques énoncées par l’administration de George W. Bush, autant que leurs conséquences inévitables à court terme, sont si redoutables qu’il serait inexcusable de ne pas mettre en relief la portée stratégique du style de prose d’une pathétique banalité, d’une brutalité absolue en terme de sentiments, qui imprègne la déclaration de sécurité nationale de notre Président. Tous les hommes d’Etat sérieux doivent reconnaître que l’état d’esprit pathétique que reflète le style littéraire de ce document, suffit à mettre en lumière la folie funeste de son intention. (...) Il suffit de lire attentivement ce document pour reconnaître la qualité littéraire et l’état mental d’un « Elmer Gantry ». 1

Pourtant, (...) Bush a permis que cet amalgame d’absurdités soit déclaré programme de « sécurité nationale des Etats-Unis ». Une telle négligence de sa part témoigne de ce que la plupart des gouvernements, de par le monde, reconnaissent aujourd’hui, avec horreur, comme les sinistres déficiences morales et intellectuelles de l’état d’esprit du Président. On peut espérer que si le Président réexaminait avec plus de lucidité ces mots qui lui ont été soufflés par de mauvais conseillers et les évaluait avec le détachement psychologique approprié, il pourrait s’apercevoir de la justesse de mon analyse à propos de la propagande régurgitée cette année par la Maison Blanche. Peut-être alors m’aurait-il déjà imploré de l’aider à sortir de la catastrophe économique et stratégique imminente dans laquelle il s’enfonce.

Contrairement aux constitutions parlementaires, notre Constitution, dans sa sagesse, n’autorise pas la destitution soudaine d’un chef de gouvernement. Comment, alors, garder la république américaine sur les rails de la survie et de la reprise économique pendant un peu plus de deux années encore, avec un Président perçu comme déficient par la plupart des cercles dirigeants dans le monde ? Nous devons donc nous concentrer sur la question suivante : quelles sont les apparentes déficiences faustiennes du Président qui lui ont été imposées par la racaille bruegélienne de chickenhawks 2 et autres conseillers méphistophéliens dans le sillage du vice-président Cheney ? Comment allons-nous, citoyens responsables de l’avenir de notre nation, amener ce président à endosser le rôle de leadership national qui s’impose face aux désastres qui vont pleuvoir, non seulement sur notre nation, mais sur l’ensemble de la planète ?

Par conséquent, avant d’en venir à ce que j’ai défini comme la nouvelle stratégie de sécurité nationale appropriée à notre république à ce stade de l’histoire mondiale, je vais présenter un condensé de l’approche constitutionnelle informée permettant de guider ce Président au cours des deux années à venir, avec, relativement, le moins de dommages et de souffrances possibles pour notre nation et le monde.

Plutôt que de sombrer dans le désespoir devant l’impact croissant des défauts de Bush fils, nous pourrions nous consoler à la pensée que la présidence des Etats-Unis a déjà été occupée, à divers moments, par un large éventail de talents : des vauriens (parfois des brigands ou pire), des personnalités prometteuses qui, en fin de compte, ont échoué, des hommes d’Etat honnêtes, des héros comme James Monroe et Franklin Roosevelt, et au moins deux génies authentiques et nobles, comme John Quincy Adams et Abraham Lincoln. L’histoire de notre nation montre donc que, trop souvent, nos électeurs font preuve d’une redoutable insouciance lorsqu’il s’agit de choisir leur Président, et ceci avant même le dégoûtant spectacle des conventions d’investiture présidentielle des grands partis, à l’été 2000. Tant que le « boulot » semble être fait, les citoyens négligents poussent parfois un soupir de soulagement irresponsable quand un président quitte ses fonctions, se disant en haussant les épaules : « Nous nous en sommes sortis ; mais je me sens quelque peu soulagé qu’il soit parti. Espérons que le prochain ne soit pas pire. » Et en général, ils choisissent tout aussi stupidement le nouveau Président. Néanmoins, tout bien considéré, notre république a survécu jusqu’ici.

Malheureusement, faute d’agir dès maintenant, il ne faut pas s’attendre à voir un nouveau Président entrer en fonctions sous la Constitution actuelle. Compte tenu de la sinistre prestation de notre Président en exercice, depuis janvier 2001, qu’est-ce que l’histoire de notre Constitution peut nous enseigner sur la possibilité de traverser en toute sécurité une époque aussi exceptionnellement terrible que la nôtre ?

Comment nous avons survécu jusqu’à présent

Aujourd’hui, eu égard aux faits, notre république est aux prises avec sa plus grave crise depuis celles de 1776-1789 et de 1860-1865. La dépression économique entraînant dans son tourbillon les Amériques, l’Europe, le Japon et d’autres pays, est pire que le krach de 1929-1933 préparé par Coolidge et Andrew Mellon. De plus, la marge disponible de capacités productives actuellement non utilisées, est de loin inférieure au potentiel mobilisé par Franklin Roosevelt lors du programme de reconstruction qu’il dirigea de 1933 à 1945, faisant de nous la première puissance mondiale, dotée d’une prospérité sans égale. Dans cette préface, je mentionnerai brièvement la base factuelle de comparaison entre la situation actuelle et la crise de 1929-1933, après avoir résumé l’importance d’examiner les implications des terribles déficiences du document présidentiel en question.

La force du système politique américain, à qui nous devons à nouveau faire appel, ne peut pas être comprise sans examiner le leadership exercé par le véritable père de notre république, Benjamin Franklin, qui fut l’inspirateur de la Déclaration d’Indépendance de 1776 et du projet de la Constitution fédérale américaine de 1789. Après sa mort, l’importance de son leadership se fit très rapidement sentir, comme en témoignent les stupidités individuelles et le désarroi général qui s’empara de la plupart de ses anciens collaborateurs, comme les futurs présidents Thomas Jefferson, James Madison et John Adams. Chacun d’eux, en particulier, se laissa désorienter, et parfois même égarer, dans le contexte stratégique extrêmement défavorable qui s’instaura du 14 juillet 1789 jusqu’à un Congrès de Vienne, littéralement sexuel, célébrant la fin de l’ère napoléonienne.

Ainsi, après la retraite de Washington, les fédéralistes autour de Adams, de même que le parti de Jefferson, s’enlisèrent dans un bourbier politique. Heureusement, à partir de 1812, quelques nouveaux dirigeants de premier plan apparurent, typiquement représentés par les Whigs américains réunis autour de Mathew Carey, l’héritier de Franklin pour le secteur de l’édition, du fameux président de la Chambre des représentants, Henry Clay, du président John Quincy Adams, de l’économiste Henry Carey, du président Abraham Lincoln, etc. Plus près de nous, cette tradition de héros est incarnée par le président Franklin Roosevelt. Ainsi, à travers toutes nos crises, celles imposées de l’extérieur et celles nées à l’intérieur, notre république a survécu pendant deux siècles, alors qu’aucune constitution dans un quelconque pays d’Europe continentale n’a duré plus d’une poignée de générations.

Cette résistance exemplaire du système constitutionnel américain, même confronté à des ennemis externes ou à des excès de corruption interne, s’est traduite par une résurgence de l’autorité de trois principes exprimés dans le Préambule de la Constitution : souveraineté absolue, autorité suprême du principe d’intérêt général et obligation de définir celui-ci comme un engagement constant envers la postérité. En vertu de notre Constitution, on ne peut en donner une quelconque interprétation ni promulguer une quelconque loi qui soient contraires à ces trois grands principes, héritiers de la sagesse de divers précédents, comme le traité de Westphalie de 1648, élaboré en grande partie par le pape Urbain VIII et le cardinal Mazarin, et qui définit, depuis lors, la frontière entre décence et bestialité dans les rapports entre nations.

La qualité unique à l’origine de la création de notre république, son rôle d’exception historique des temps modernes, reflète le fait que, durant tout le XVIIIème siècle, le seul endroit de notre planète qui offrît la possibilité immédiate, réelle, de bâtir une véritable république, était les colonies anglaises d’Amérique du Nord. Les plus grands esprits d’Europe, notamment les amis de Benjamin Franklin, confièrent à nos pères fondateurs le plus précieux legs de la science classique, de l’art classique et des réflexions historiques sur l’art de gouverner, venant d’une Europe elle-même redevable à la Grèce classique. Et ce legs nourrit la formation de notre culture nationale, aux XVIIème et XVIIIème siècle, à travers nos dirigeants intellectuels tels les Winthrop, Mathers, Logan et Franklin. Suivant la ferme volonté de Franklin, les dirigeants de second plan de la Révolution américaine forgèrent une forme d’auto-gouvernement, basé non pas sur un réservoir de « lois fondamentales » mais sur l’autorité suprême d’un ensemble cohérent de principes interdépendants, exprimés, de manière concise, dans le Préambule de notre Constitution fédérale, qui en représente l’essence.

Malgré l’excellente intention de notre Constitution, notre république a pâti de l’influence corruptrice d’un conflit interne permanent qui persiste depuis qu’en 1763, la monarchie britannique se tourna contre les intérêts vitaux des colonies. Depuis lors, la nation a sans cesse été divisée de l’intérieur, principalement par un choc entre deux grands courants politiques absolument irréconciliables.

Le premier, allant de Benjamin Franklin à Franklin Roosevelt et au-delà, représente, comme l’a reconnu en 1982 l’ancien secrétaire d’Etat et détracteur de Franklin Roosevelt, Henry Kissinger, « la tradition intellectuelle américaine ». C’est aussi la tradition dans laquelle je m’inscris, comme en témoigne ce texte.

Mes opposants et ceux de Franklin Roosevelt, ce sont les « tories américains », comme on les appelle depuis 1763-1789 jusqu’à aujourd’hui. Les racines historiques de ce courant remontent aux intérêts financiers de style vénitien, essentiellement anglo-hollandais. On le retrouve souvent associé aux intérêts contrôlant la traite d’esclaves et, aujourd’hui encore, au trafic de drogue lié aux intérêts de la Compagnie britannique des Indes orientales.

A chaque crise menaçant l’existence de la nation, comme en 1929-1933, cette tradition intellectuelle américaine est intervenue à temps, à maintes reprises, pour sauver notre nation alors qu’elle se trouvait au bord d’une destruction auto-infligée. Considérez le legs désastreux de tories américains comme Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Calvin Coolidge, puis la façon dont Franklin Roosevelt, en invoquant la tradition intellectuelle américaine, sauva notre république de la folie de ces prédécesseurs. Le contraste entre l’approche de Franklin Roosevelt et l’état d’esprit déréglé de la majorité des grands conseillers en poste à la Maison-Blanche, met en lumière l’origine torie sous-jacente et systémique de la menace pesant actuellement sur l’existence de notre république. C’est une menace redoutable, comme en atteste pleinement le document de « sécurité nationale » de George W. Bush.

Pour ce qui est de la crise actuelle, nous devons reconnaître que l’extraordinaire réussite de la présidence de Franklin Roosevelt revêtait deux aspects principaux. Tout d’abord, ce Président parvint à insuffler aux collaborateurs dont il s’entoura cette indispensable qualité de leadership personnel et individuel, analogue à celle dont fit preuve, en d’autres circonstances, le général Douglas MacArthur dans la Guerre du Pacifique. Ensuite, il sut faire appel à un leadership secondaire, animé d’un profond sens de mission, pour mener à bien les grands projets des années 30 qui permirent aux Etats-Unis de bâtir en profondeur la capacité logistique devant assurer la victoire pendant la période 1939-1945.

Toute l’histoire connue nous montre qu’en temps de crise, la réussite d’un dirigeant compétent dépend de sa capacité à mettre en valeur les meilleures qualités des personnes qu’il choisit pour composer son équipe dirigeante. Les qualités que ces personnes apportent à la mission qui leur est confiée ne proviennent pas seulement de leur expérience passée, mais de la capacité du dirigeant à susciter en elles, comme le fit Jeanne d’Arc en son temps, un esprit d’initiative et une créativité dans l’action que, plus tard, elles sembleront avoir perdus, comme si elles s’étaient élevés « au-dessus d’elles-mêmes » en ces jours plus glorieux.

Nous serions heureux de les entendre évoquer, un jour, leurs souvenirs de cette époque. Mais la plupart de ceux qui l’ont fait n’avaient gardé, semble-t-il, qu’un pâle souvenir de ce trait de génie dont Franklin Roosevelt les avait inspirés. Tout comme Jefferson, Madison et le président John Adams à la mort de Benjamin Franklin, de nombreux vétérans de la présidence de Roosevelt avaient perdu toute trace de cette étincelle de leadership qui leur avait été transmise. Ce Roosevelt-là fut un véritable dirigeant, porté par la passion du système américain anti-tory. Ce n’était pas seulement le feu de la passion, mais un sentiment profondément ancré dans une compréhension historique du système américain d’économie politique conçu par Alexander Hamilton, radicalement opposé au dogme d’Adam Smith, et dans une solide confiance en ce système. C’est cette politique économique que nous appelons notre Système national d’économie politique, à ne pas confondre avec le « capitalisme » de la Compagnie britannique des Indes orientales, ni avec le socialisme européen.

Voilà la clé pour comprendre cette singulière étincelle de génie unificatrice dont firent preuve les principaux décideurs proches de Roosevelt à leur époque glorieuse, et qui avait été allumée en eux par cette qualité exceptionnelle qui caractérise tout vrai dirigeant national, comme nous n’en avons plus vu depuis dans une haute fonction élective. Ce sens de mission qui caractérisait l’équipe de Roosevelt nous offre un modèle de mobilisation urgente des ressources humaines, afin de reprendre aujourd’hui le rôle joué à l’époque par l’équipe de Roosevelt, en puisant dans les vestiges de notre tradition intellectuelle américaine pour mener aujourd’hui à bien notre mission historique, comme à cette époque cruciale. Où trouverons-nous l’étincelle indispensable pour réveiller de tels talents et les amener à accomplir, encore une fois, ces coups de génie qui tiennent du miracle ?

Cette approche contient la solution éventuelle pour contrebalancer le danger que représentent, pour la civilisation, les défauts personnels de notre Président. Il lui faut, avant tout, une équipe rénovée, débarrassée de tous les fourbes qui faussent aujourd’hui son jugement, une équipe renouvelée à laquelle il puisse se fier pour amener son gouvernement à un résultat salutaire pour notre république. Tout comme Franklin Roosevelt s’appuya, après 1936, sur une équipe de démocrates et de républicains pour préparer et conduire l’action américaine durant la guerre, de 1939 à 1945, le Président en exercice doit disposer d’une équipe compétente, fidèle à cette tradition intellectuelle américaine tant haïe par Kissinger. Le Président doit être amené à accepter ce type de réorganisation, et le Congrès doit lui fournir un soutien bipartisan adéquat pour cette mission spécifique.

Pour fournir la direction nécessaire à la mobilisation d’une telle équipe, il faut un « ange gardien » bienveillant, ou quelque chose du même genre, pour voler au secours de la présidence en danger. Au moment où j’écris ces lignes, je joue effectivement ce rôle. J’apparais, comme le vieux Marley devant Scrooge, dans le roman de Dickens - apparition non désirée mais familière - pour dire au Président ce qu’il doit entendre, la dure vérité, pour son propre bien mais aussi pour celui de la nation. Avec le soutien d’une équipe compétente, il pourrait réussir, à condition qu’une tierce personne déclenche chez ses collaborateurs l’étincelle qui les pousse à agir de façon créative.

Un ange gardien n’est ni une fée ni un génie sorti de la bouteille. Il ne dit pas au Président ce que celui-ci souhaite entendre et n’exécute pas ses ordres au moyen de charmes magiques. Il lui dit ce qu’il doit entendre et ses conseils vont généralement à l’encontre des préjugés les plus tenaces de son interlocuteur. A présent, donc, écoutez-moi parler, comme le fit le vieux Marley à l’adresse de Scrooge, de ces terribles crises qui devraient effrayer suffisamment le Président pour qu’il accepte un peu d’une précieuse sagesse, celle de se libérer de l’emprise des mensonges que lui impose la sinistre volée de chickenhawks proches du vice-président Dick Cheney et de George Shultz.

Les menaces stratégiques qui se posent à nous

Oublions ce charabia décousu que certains escrocs farceurs (...), comme les tailleurs des « nouveaux habits du Roi » dans le conte d’Andersen, ont assemblé dans cet ignoble document sur la Stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis. Ce n’est pas le moment de tolérer des charlatans du type de ces chickenhawks, pour la plupart réfractaires au service militaire. Nous n’avons pas besoin d’une politique élaborée pour les imbéciles qui suivent l’opinion populaire et le goût du jour imposés par les médias, mais d’une politique destinée à guider « l’homme oublié » de notre époque, ce citoyen inhabituel, vivant dans son quartier, qui connaît le but de sa promenade, à pieds ou en voiture, mais aussi de ses investissements, et qui, par conséquent, réfléchit avant de voter. C’est à partir du leadership « de base », fourni par ces citoyens impliqués dans toutes les pores de la vie sociale et économique de notre nation, comme de vrais entrepreneurs anti-Wall Street, que la nécessaire mobilisation de la nation peut devenir possible.

Nous sommes actuellement confrontés à trois crises principales qui, combinées, menacent l’existence de notre république.

La première menace à court terme, omniprésente, est interne. Menaçant à la fois la souveraineté nationale et l’existence pure et simple de notre république, elle découle de l’interconnexion entre l’effondrement du système monétaire et financier international actuel (celui du FMI et de la Banque mondiale), pourri jusqu’à la moelle, et l’effondrement dévastateur de l’économie physique interne des Etats-Unis, auto-infligé et économiquement suicidaire, qui dure depuis trente ans.

La deuxième menace générale à court terme est mondiale. Il s’agit d’une perspective imminente de chaos, non seulement pour notre pays mais pour le monde entier. Faute de l’arrêter, ce chaos émergeant deviendra très vite le résultat inévitable de l’obstination à soutenir le système financier et monétaire mondial, sous son actuelle forme « libre-échangiste » intrinsèquement prédatrice, de plus en plus globalisée et déjà en banqueroute.

La troisième menace stratégique globale, pour les Etats-Unis et la planète, c’est l’influence de l’orientation utopiste vers des modèles impériaux de guerre perpétuelle. C’est cette tendance que reflète aujourd’hui le verbiage des disciples de H.G. Wells et de Bertrand Russell, deux fous partisans fanatiques de la terreur nucléaire. C’est le même mal méphistophélien que reflètent le vice-président Cheney, disciple du satanique Russell, et les « chickenhawks ».

Notre stratégie doit avoir pour but de localiser précisément l’origine de ces trois menaces, culminant avec les crises existentielles que traversent actuellement notre république et le monde. La source remonte, en gros, à la Convention du Parti démocrate de l’été 1944, quand le courant anglo-américain churchillien dominant réussit à imposer, comme candidat à la vice-présidence pour le quatrième mandat de Franklin Roosevelt, le sénateur Harry Truman à la place du vice-président Wallace. (...)A la mort de Roosevelt, cette investiture ouvrit la voie à un changement radical dans la politique militaire des Etats-Unis après-guerre. On abandonna progressivement la tradition militaire américaine, comme en témoigne la guerre de Corée menée de Truman, dans laquelle le général MacArthur se fit piéger. On appela ce changement, dans les premières décennies d’après-guerre, la doctrine stratégique utopiste ou « complexe militaro-industriel ».

La première étape de cette dérive vers une politique stratégique utopiste, délaissant la stratégie traditionnelle du Français Lazare Carnot et de l’Allemand Gerhard Scharnhorst, fut franchie immédiatement après la mort du président Roosevelt, avec le rejet par Truman des aspects décisifs de la politique étrangère anti-colonialiste prévue par Roosevelt pour l’après-guerre, tandis qu’il soutenait le maintien par les empires britannique, hollandais, français et portugais de leurs colonies, voire même leur reconquête par les armes, comme en Indonésie et en Indochine.

L’adhésion de Truman à une politique pro-impériale fut parachevée par le largage, militairement inutile, de deux bombes atomiques sur les populations civiles de Nagasaki et d’Hiroshima. Cette double action de l’administration Truman - l’adoption d’une politique étrangère pro-colonialiste et d’une stratégie nucléaire utopiste - signalait le début du renversement des politiques voulues par Roosevelt dans l’après-guerre, jetant les bases de la future mainmise virtuelle des utopistes sur notre nation, notamment après l’assassinat du président John Kennedy.

Le largage des bombes atomiques sur le Japon fut décisif pour permettre l’évolution vers un impérialisme utopiste, reprenant les aspects communs au fascisme de l’ancienne Rome impériale et à celui de l’empereur Napoléon Bonaparte, aspects que l’on retrouve également aujourd’hui dans la doctrine impériale de fascisme universel, prônée par les cercles proches du vice-président Cheney et ses chickenhawks. Contrairement au mensonge pur et simple, et pourtant généralement accepté, selon lequel le bombardement atomique du Japon « sauva un million de vies américaines », le général MacArthur avait la certitude que la nation nipponne était déjà incontestablement vaincue, tandis que le général Eisenhower exprimait explicitement ses objections au bombardement ; malgré cela, il eut lieu. Comme le note Machiavel, l’un des fondateurs de la science militaire moderne, dans ses commentaires sur les Dix Livres de Tite-Live, un commandant sain d’esprit n’engage pas de nouveaux combats contre un adversaire déjà vaincu et soumis à un blocus efficace, comme l’était le Japon en cet été 1945.

Rien ne légitimait ce bombardement nucléaire dans le cadre de la guerre. Le motif était ailleurs, dans l’influence d’un Bertrand Russell qui prônait l’utilisation de telles armes comme moyen, conforme à l’idéologie utopiste, de mener une « guerre préventive nucléaire ». Comme l’ont reconnu ouvertement, à maintes reprises, Russell et son complice H.G.Wells, cette guerre nucléaire avait pour but de terroriser les autres nations afin qu’elles renoncent à leur souveraineté en faveur d’un gouvernement mondial, tel qu’énoncé en 1928 par Wells dans The Open Conspiracy. Cette politique impériale de Wells et de Russell est la doctrine qui sous-tend l’influence actuellement exercée par George Shultz et Dick Cheney sur la politique stratégique du gouvernement Bush.

Le mécanisme de la « guerre froide » et le rôle de la future Rand Corporation dans la définition de la triade nucléaire des utopistes, grâce à l’ajout d’une puissance aérienne dotée d’armes nucléaires, ont déclenché un processus destiné à évincer de la tradition militaire américaine des personnalités comme MacArthur et Eisenhower. Mais ce n’est qu’à la fin de la présidence Eisenhower que les utopistes purent pleinement réaliser leurs rêves malsains. Ainsi, la baie des Cochons et la crise des missiles de 1962 furent suivies par d’autres événements semblables et par la folie stratégique qui précipita les Etats-Unis, en 1964-72, suite à la frauduleuse résolution du golfe de Tonkin, dans une guerre perpétuelle en Indochine, une guerre impossible à gagner, dans le style de celles de l’Empire romain. Cette guerre n’a jamais pris fin ; après environ huit ans de vaine brutalité, les Etats-Unis ont simplement abandonné un projet mal conçu, inachevé, un sale boulot qu’il valait mieux ne pas mener à bien.

A l’origine de toutes ces institutions ayant contribué au développement du dogme militaire utopiste, se trouvent certaines configurations institutionnelles, comme le projet de Russell pour l’unification des sciences, le rôle exemplaire de deux de ses disciples misanthropes, le professeur Norbert Wiener et John von Neumann, ainsi que le RLE [Laboratoire de recherche électronique] du Massachusetts Institute of Technology et la Rand Corporation. Wells et Russell n’étaient pas simplement les idéologues-écrivains de la doctrine utopiste militaire prônée par les poules mouillées de Cheney, comme le confirme une ample documentation disponible au public. C’est Russell en personne qui coordonna, concrètement, l’appareil chargé de diriger les opérations visant à la création du « complexe militaro-industriel », ainsi nommé et dénoncé par le président Eisenhower ; John J. McCloy, patron occasionnel de Kissinger, en faisait partie.

En complément au programme de Wells et Russell pour la mise en place d’un gouvernement mondialiste imposé par la terreur nucléaire, leurs disciples ont tenté de neutraliser et de détruire le principe d’engagement envers le progrès économique, scientifique et technologique. Cette destruction était déjà l’objectif de la campagne de la monarchie britannique, de 1763 à 1789, pour éradiquer le progrès technologique dans les colonies britanniques, puis dans notre jeune République.

Ainsi, depuis le milieu des années 60 jusqu’à ce jour, les Etats-Unis se laissent détruire de l’intérieur par leur propre dérive vers une « société postindustrielle », tout comme Rome, avec ses guerres civiles et ses Césars, élimina la culture italienne, au cours de la transition, progressive, d’une société de production à une société de consommation, à la fin de la Deuxième guerre punique.3

Le basculement vers l’effondrement économique interne des Etats-Unis, en tant que producteur, s’est clairement manifesté, d’abord par les coupes claires opérées dans le budget fédéral de 1966-67, affectant le programme scientifique de recherches spatiales. Si quelques missions d’alunissage eurent néanmoins lieu par la suite, avant la fin des années 70, les Etats-Unis avaient non seulement mis fin à leur effort spatial, mais perdu une bonne partie de l’assise technologique sur laquelle reposait le succès du premier voyage vers la Lune. Le désinvestissement dans l’infrastructure économique de base de la nation, amorcé par le président Nixon et ses délirantes mesures monétaires du 15 août 1971, a consolidé la décadence de l’économie physique américaine, qui s’est poursuivie depuis à un rythme de plus en plus soutenu.

Parallèlement, les efforts des utopistes favorisèrent l’auto-cannibalisme économique qui avait été lancé, dans le Royaume-Uni, par le premier gouvernement de Harold Wilson, l’authentique prédécesseur des désastreux gouvernements de Margaret Thatcher et de Tony Blair. Suivant les conseils de Henry Kissinger, George Shultz et Paul Volcker, le président Nixon institua, le 15 août 1971, le système monétaire à taux de change flottants. C’est ce changement dans les institutions internationales qui, au cours des trente dernières années, a ruiné les pays d’Amérique centrale et du Sud, provoqué des effets génocidaires en Afrique subsaharienne et entraîné l’Europe et le Japon dans ce marigot mondial où le président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, a concocté ses insanités monétaires et financières, notamment l’escroquerie de la « nouvelle économie », entraînant plus de trente ans de destruction globale de l’économie physique.

Puis, un peu moins de deux décennies après que Henry Kissinger ait été nommé conseiller à la sécurité nationale, il y eut un nouveau tournant crucial, avec l’effondrement du Pacte de Varsovie.

En 1988-1990, deux politiques stratégiques, diamétralement opposées, furent proposées pour les Etats-Unis : la mienne et celle que la première administration Bush adopta, de concert avec la stupide et malveillante Margaret Thatcher et le président François Mitterrand. En raison de cette différence profonde avec mes principaux adversaires, je suis devenu, à partir de 1986, l’objet d’une tentative de destruction politique relativement immédiate, mais aussi d’une destruction physique. Je devins, d’une part, la cible désignée d’un assassinat officiel ou d’une incarcération, tout en étant reconnu, d’autre part, comme un important penseur politique à l’échelle internationale. C’est ainsi que, depuis 1986, j’ai été propulsé sur la scène de toute l’histoire mondiale.

La justesse de ma prévision quant à l’issue tragique qui allait découler de l’adoption des politiques économiques et stratégiques de mes adversaires, me place encore une fois au coeur des événements américains et mondiaux, me donnant un rôle encore plus important.

LaRouche et Bush, 1988-1990

Le tournant majeur de l’histoire mondiale récente s’est produit le 12 octobre 1988, à Berlin-Ouest, où j’ai prononcé, en tant que candidat présidentiel, un discours décisif. Ce discours était filmé en vue d’une émission diffusée par la télévision nationale américaine à la fin ce même mois. Vu l’évolution actuelle de l’économie et de la politique mondiales, les implications de la prévision que j’ai faite, pour la première fois alors, à Berlin, devraient paraître évidentes.

J’annonçai que le thème décisif de la politique américaine, pour le prochain gouvernement, serait l’effondrement imminent du régime du Pacte de Varsovie et que cet événement mènerait à la réunification de l’Allemagne, avec le rétablissement de Berlin comme capitale. J’indiquai aussi quelle orientation politique le gouvernement américain devrait adopter face à ce séisme dans la politique mondiale. J’ai alors proposé, en tant que candidat présidentiel, que le prochain Président des Etats-Unis voie dans l’imminence de cette crise du Pacte de Varsovie, l’occasion d’offrir sa collaboration à un programme de reconstruction de l’Eurasie, dont le fer de lance serait une initiative américaine visant à revitaliser, dans un effort de coopération, les économies civiles, devenues obsolètes, d’Europe de l’Est et d’Union soviétique.

Ce programme, tel que je l’ai défini en octobre 1988, aurait rapidement réussi, dans les circonstances qui s’imposèrent un peu plus d’un an après ma conférence de presse de Berlin et que j’avais prévues. Rétrospectivement, ce programme aurait assuré la relance et la croissance, rapides et durables, de toute l’économie mondiale. Si mes politiques avaient été adoptées, la crise/dépression aux Etats-Unis et en Europe ne serait jamais devenue la menace dévastatrice imminente qu’elle représente aujourd’hui. Au lieu de cela, mes adversaires ont réussi à imposer, dans une large mesure, les plans utopistes délirants exigés, dès 1990, par exemple par Dick Cheney, alors membre du gouvernement de Bush père.

Ainsi, Thatcher, Mitterrand et Bush père réussirent à faire adopter une politique diamétralement opposée à celle que je proposais et qui reste vivace dans l’influence des utopistes enragés infiltrés au sein du gouvernement actuel. La réponse de ce trio à la chute du mur de Berlin, un peu plus d’un an après ma conférence de presse de 1988, fut donc l’un des principaux facteurs d’accélération du rythme d’effondrement de l’économie physique aux Etats-Unis et en Europe depuis lors.

Ceci est un exemple de ce qui sous-tend les divergences personnelles, souvent envenimées, découlant du conflit entre ma politique et la leur, amplifiées par la crainte inouïe que leur inspire la supériorité de mes capacités intellectuelles par rapport aux leurs, en matière de politique économique et autre. C’est cette crainte spécifique de mes capacités intellectuelles (les seules dont je dispose) qui anime la faction utopiste américaine depuis le débat, en 1982-83, autour de ce qui allait devenir l’IDS (Initiative de défense stratégique).

C’est mon rôle personnel dans l’élaboration de l’IDS, en collaboration avec des membres de l’administration Reagan, ainsi que dans des discussions officieuses sur ce thème avec le gouvernement soviétique, qui m’a pourvu des qualités uniques requises pour les négociations qui auraient dû se tenir en 1989-90, lors de l’effondrement du Pacte de Varsovie.

Mon projet de système de défense stratégique anti-missiles balistiques, basé sur de nouveaux principes physiques, que le président Reagan adopta alors en offrant à Moscou d’y collaborer, le 23 mars 1983, je l’avais conçu auparavant comme le moyen le plus efficace de saper l’attachement des factions utopistes, tant anglo-américaines que soviétiques, à la doctrine de destruction mutuelle assurée (DMA), prônée par Bertrand Russell. En février 1982, j’avais prévu que si le président Reagan faisait à l’Union soviétique l’offre que je recommandais et que celle-ci la rejetait, alors il fallait s’attendre à un effondrement probable de l’économie soviétique dans les cinq ans qui suivraient. Cet effondrement se produisit, en effet, un peu plus de six ans plus tard. Mon hypothèse se basait sur deux considérations. D’abord, j’avais pu détecter certains défauts caractéristiques dans l’économie civile soviétique. Deuxièmement, je disposais d’éléments recueillis au cours de mes efforts, en 1977-1982, pour définir une voie permettant aux Etats-Unis et à l’URSS d’échapper mutuellement au piège « kissingérien » de la destruction mutuelle et assurée.

Dès l’été 1982 et jusqu’en 1989, les utopistes enragés, comme la Heritage Foundation, les médias qu’ils contrôlaient et leurs nervis corrompus dans les partis politiques, mobilisèrent leurs forces, à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement, contre moi et, un peu plus tard, contre Edward Teller. Ma politique, telle que le président Reagan l’a exprimée le 23 mars 1983, puis en octobre 1986 à Reykjavik, dans son offre de coopération avec le gouvernement soviétique, tout comme l’esquisse de programme spatial sur 40 ans que j’ai développé au début de 1986, constituaient le fondement stratégique à long terme de l’annonce que j’ai faite le 12 octobre 1988 à propos de l’effondrement économique imminent du Pacte de Varsovie. En raison de l’influence internationale que m’ont value ces politiques, j’étais redouté et haï par les utopistes américains et par les secrétaires généraux du PCUS qu’étaient Youri Andropov et Mikhaïl Gorbatchev. Cependant, avec l’effondrement du système lié au Pacte de Varsovie, je gagnai en crédibilité dans ma façon de traiter avec le gouvernement soviétique des problèmes posés par la transformation radicale de la situation stratégique globale.

Ayant été temporairement écarté, presque immédiatement après l’entrée en fonctions de Bush père, en janvier 1989, la faction utopiste de George Shultz et Dick Cheney au sein du gouvernement américain put se livrer, presque sans rencontrer d’opposition, à ses terribles erreurs. Leur politique, adoptée en partie par Bush père, consistait à saisir l’occasion de l’effondrement du pouvoir soviétique pour imposer sur le monde un pouvoir « éternel » de type impérial, exercé conjointement par les Anglo-américains. Plus tard, au cours des années 90, les utopistes devenant de plus en plus fous, leur brigade de chickenhawks se montra déterminée à établir le pouvoir impérial éternel des Etats-Unis sur la planète. De plus en plus, leur partenariat avec le Royaume-Uni, jusqu’alors considéré avec révérence, ne devint plus pour eux qu’un inéluctable boulet, à peine supportable. Ils en vinrent à considérer Londres comme un Sancho Panza déchu, se traînant derrière un Don Quichotte américain fou et homicide. (Bien entendu, certains membres de l’élite britannique, sains d’esprit, n’apprécient guère les plans paranoïaques du vice-président Cheney et de ses chickenhawks.)

Une approche intelligente de l’effondrement du régime du Pacte de Varsovie aurait consisté à intégrer ce vaste potentiel de croissance économique nette dans une réduction des coûts d’exploitation des systèmes militaires existants, ainsi que dans une mobilisation de nouveaux mécanismes de crédit international, de façon à obtenir, globalement, un taux d’accroissement accéléré, et coordonné, de la production physique nette par tête et par kilomètre carré. Nous aurions pu sortir de la dépression de l’économie physique qui frappait déjà de plein fouet les Etats-Unis, pendant les années 80, pour nous lancer dans le plus fort taux d’accroissement de la productivité physique réelle de l’histoire, une croissance à l’échelle planétaire.

Or, sous couvert d’accords entre Thatcher, Mitterrand et Bush, nous avons fait exactement le contraire. La politique menée contre l’Europe et l’ancienne Union soviétique depuis 1990, a consisté à piller et détruire la plus grande partie du potentiel productif existant en 1989-90, non seulement dans les pays du Pacte de Varsovie, mais dans l’ensemble de l’Europe. Pire, pendant cette période 1989-2002, la politique des Etats-Unis, du FMI et de la Banque mondiale a eu pour effet d’accélérer la destruction délibérée de l’infrastructure économique de base et de la capacité de production physique dans les Amériques.

A cause de cette politique, et d’autres accords et pratiques supranationaux, nous avons employé les douze dernières années à provoquer, délibérément, le plus grand effondrement relatif du potentiel productif de l’histoire de notre planète.

La dérive des politiques et des pratiques en cours depuis 1944 nous confronte à cette combinaison des trois grandes menaces à la sécurité nationale déjà citées. Si les Etats-Unis disparaissaient bientôt, comme ce serait probablement le cas si on laissait sévir la politique de Cheney et de sa clique, et si quelqu’un devait survivre pour ériger une pierre tombale à notre pauvre nation défunte, alors il conviendrait d’y inscrire, comme ce fut le cas pour la gloire perdue d’Athènes à l’issue de la folle guerre d Péloponnèse : « Mort de blessures auto-infligées ».

A ce jour, au nombre de ces blessures, figurent en bonne place les conventions des deux grands partis politiques de l’été 2000 pour l’investiture [du candidat présidentiel].

Le fatal destin de nos économistes imbéciles

La civilisation européenne moderne naquit avec la Renaissance, de nature platonicienne, qui vit le jour au XVème siècle en Italie. La république moderne basée sur l’Etat-nation, ainsi que la forte augmentation de la productivité et du bien-être de l’époque moderne sont le résultat permanent de la tradition républicaine anti-oligarchique lancée par cette Renaissance. Le progrès économique moderne ainsi engendré n’aurait pas pu se produire sans l’apport du progrès scientifique et technologique, illustré par la fondation de la science physique expérimentale moderne par Nicolas de Cues, ainsi que par la poursuite de son programme par des génies comme Léonard de Vinci et, plus tard, par la fondation d’une forme systémique globale de physique mathématique grâce aux découvertes de Johannes Kepler, disciple déclaré de Cues et de Léonard.

Aujourd’hui comme hier, le progrès économique est le fruit d’une culture scientifique et artistique classique, anti-romantique, héritière, pour l’essentiel, de la dette intellectuelle de la culture européenne moderne envers la Grèce antique classique. C’est à travers la découverte et la mise en oeuvre de principes physiques universels, découverts grâce à la méthode socratique et validés par l’expérience, que l’espèce humaine est capable d’accroître volontairement le pouvoir de la société sur l’univers, contrairement à toute autre espèce.

Nous acquérons ainsi les moyens d’accroître le ratio de richesse physique essentielle que nous produisons, par rapport à la richesse consommée pour obtenir cette production. Cette marge de profit est limitée par le taux et l’échelle d’application relative des principes physiques universels mis en oeuvre. Une culture de « croissance technologique zéro » n’est pas une forme d’économie, mais la perspective d’une usure sans fin, un pacte de suicide économique.

Cette notion de découverte de principes physiques universels a été comprise de manière efficiente par les meilleurs esprits de la civilisation européenne depuis la Grèce antique, d’Archytas et Platon jusqu’à Archimède et Eratosthène, par exemple. Le progrès fulgurant de la science physique et de la productivité modernes, au cours des six derniers siècles de culture européenne, résulte avant tout de la remise en valeur, au XVème siècle, de la tradition scientifique et de composition artistique de la Grèce classique, telle qu’elle rayonnait du haut de la cathédrale de Florence, depuis la lanterne de la coupole de Brunelleschi, bâtie suivant le principe de la chaînette.

A l’opposé de cette notion, pour le financier parasite ou l’oligarque, mieux vaut, du point de vue politique, un serf ou un esclave pauvre et inculte qu’un citoyen intelligent et robuste, peu enclin à tolérer indéfiniment le règne de parasites oligarchiques, comme les associés politiques de l’équipe de Cheney ou la bande d’Enron et de George Soros. Dans tout empire, qu’il soit ancien ou contemporain, pour amener le « bétail humain » à se soumettre, on doit l’abrutir, comme l’a fait, progressivement, avec un succès notable, la politique américaine en matière d’éducation, de stupéfiants à but récréationnel, de médias, d’investissement et d’emploi, depuis le changement de paradigmes amorcé au milieu des années 60.

Dans le système éducatif des Etats-Unis post-68, nous avons remplacé les enseignants relativement compétents par des enseignants ignorants et férocement entêtés, adeptes de la ritaline, qui, avant le milieu des années 60, n’auraient pas obtenu, dans bien des cas, le niveau de fin d’étude primaire. Cette ignorance omniprésente et ces superstitions ancrées parmi une population abêtie par l’industrie du loisir, tout comme dans la Rome impériale du « pain et des jeux », reflètent le degré de décadence populaire recherché par ceux qui espèrent perpétuer un empire mondial de type romain.

Une population impliquée dans le vrai progrès scientifique et technologique ne peut pas être abrutie, contrairement à la plupart des jeunes victimes sortant aujourd’hui de nos écoles et de beaucoup de nos universités. Une population s’adonnant à la pseudo-science, quasi psychotique, des jeux vidéo est mieux adaptée au rôle de chair à canon pour une guerre perpétuelle globale dans le style de l’empire romain.

Ainsi, pour atteindre les objectifs de contrôle social visés par les utopistes, les Etats-Unis et l’Europe ont dû renier l’importance accordée au progrès technologique dans la production de biens physiques et au maintien d’un système de santé de qualité, pour se transformer en sociétés de consommation décadentes, comme nous tendons à le faire depuis l’époque, plus ou moins, où Zbigniew Brzezinski présenta son projet d’économie « technétronique » post-industrielle, à la fin des années 60.

Par conséquent, l’on pourrait en conclure que la solution immédiatement applicable face à l’urgence de la crise interne américaine serait, en quelque sorte, un retour au bon temps des administrations Eisenhower et Kennedy, l’objectif étant de neutraliser rapidement les dégâts causés par le changement de paradigmes culturels intervenu entre 1965 et 2002. Cependant, il serait insuffisant de se contenter d’imiter, en bloc, les folies et les réussites de la période 1945-1964. Nous devons les différencier et utiliser ces réussites comme autant de repères fiables nous montrant la voie vers le progrès novateur que les Etats-Unis ont été créés pour suivre.

Aujourd’hui, les décisions politiques doivent tenir compte de certaines différences essentielles entre le désastre de 1929-1933 et celui, bien plus grave, qui va s’abattre sur nous.

Malgré les crises financières et économiques de 1905-1907, les deux premières décennies du XXème siècle furent, pour les économies américaine et européenne, une période continue de forte expansion et de progrès technologique. Au cours des dernières décennies du XIXème siècle et jusqu’en 1914, le monde se mobilisait, en termes technologiques et de volume de production, pour la guerre que le prince de Galle (le futur Edouard VII), entendait déclencher sur le continent européen. Edouard dressa les uns contre les autres la France, l’Allemagne, l’Italie, la Russie, l’empire austro-hongrois, l’empire ottoman et le Japon, dans le but de maintenir la domination géopolitique de l’empire britannique sur le monde, grâce à sa suprématie maritime sur les Etats-Unis et le continent eurasiatique.

Pendant cette « guerre pour mettre fin à toutes les guerres » et lors des négociations menant au traité de Versailles, l’intention était d’ouvrir la voie à un futur « gouvernement mondial », dessein cher aux utopistes et parfois associé au fédéralisme mondial. A cette époque, puis sous l’influence des utopistes, après 1944, « la paix par le désarmement » devint un slogan signifiant désindustrialisation et arrêt du progrès scientifique et technologique, dans la mesure de ce qui était jugé possible. Ainsi, la « grande guerre » eut-elle deux effets : les destructions qui lui étaient directement imputables et l’abolition, perversement planifiée d’avance, de la richesse après la guerre, causée en grande partie par le cannibalisme économique.

Les conditions du traité de Versailles et d’autres politiques adoptées après-guerre eurent pour effet de détruire plus encore les références de croissance, de progrès technologique et d’entretien des infrastructures qui caractérisaient la période qui suivit l’émergence des Etats-Unis en tant que modèle mondial de progrès agro-industriel.

Entre la fin de la Première Guerre mondiale et le moment où le président Franklin Roosevelt lança la reprise économique, suite à la Grande dépression de 1929-33, il ne s’est pas passé une génération, alors qu’il s’est déroulé deux fois plus de temps depuis le début de la destruction délibérée de l’économie interne américaine, au milieu des années 60. Pire, le rythme de destruction délibérée de l’infrastructure économique de base a été particulièrement brutal depuis les mandats de deux tories américains, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski, au poste de conseiller à la sécurité nationale. Ce taux s’est encore accentué depuis 1990.

Alors que les principes généraux de reconstruction économique, valables pour notre époque, sont les mêmes que pendant les premier et deuxième mandats de Roosevelt, l’ampleur du désastre économique actuel aux Etats-Unis, mesuré par tête et par kilomètre carré, est, qualitativement, relativement beaucoup plus grande que dans les années 30. Nous aurions dû tirer, collectivement, suffisamment de leçons de l’expérience de 1933-1945 et de ses suites pour surmonter les difficultés qui se posent à nous, mais nous échouerons si nous n’identifions pas les facteurs de destruction, à la fois physiques et idéologiques, inhérents à l’économie actuelle et à ses idéologies.

Le plus grand danger pesant aujourd’hui sur notre république, ce sont moins les insuffisances physiques, même si elles sont graves, que nous avons accumulées depuis 35 ans au niveau de l’infrastructure et de nos capacités productives, que les habitudes qui ont pénétré notre culture populaire et notre pensée économique, au cours des trois dernières décennies et demi durant lesquelles nous nous sommes départis de notre consensus général en faveur d’une économie productive vigoureuse, pour sombrer dans l’abîme de la culture décadente « post-productive » d’une « société de consommation ». Les habitudes que nous avons cultivées, dans notre quête fervente d’une utopie « post-industrielle », sont devenues des réflexes culturels, des « automatismes » tendant à amener la majorité de l’opinion populaire à faire, invariablement, le mauvais choix, celui qui s’avère toujours, en fin de compte, auto-destructeur. Dans la mesure où nous considérons ces changements de paradigme culturel comme la sage expression de l’« opinion démocratique », les Etats-Unis sont, désormais, une nation auto-condamnée. Faute de reconnaître que ce danger, pour notre nation et nous tous, vient en grande partie de nous-mêmes, il n’y aura aucune possibilité démocratique de reprise économique aujourd’hui. Seule cette prise de conscience peut empêcher l’extinction de notre nation.

La politique utopiste menée par les fanatiques de Cheney n’est aujourd’hui possible que grâce au vent de folie qui s’est emparée de plus en plus de l’opinion populaire et de la prise de décision politique depuis environ 1964.

Voilà les caractéristiques essentielles, pour la plupart internes, des menaces stratégiques pesant aujourd’hui sur les Etats-Unis.

Notes

1. Ce personnage d’un roman de Sinclair Lewis est un pasteur évangéliste qui manipule les foules par sa rhétorique de bas niveau sur l’enfer et la vertu. Elmer Gantry en est venu à incarner l’hypocrite qui prêche la morale et s’adonne à tous les péchés. (NdlR)

2. Terme composé de chicken (couard) et de hawk (faucon), dont l’usage s’est répandu ces derniers mois aux Etats-Unis pour désigner des responsables qui, bien qu’ayant soigneusement évité de faire leur service militaire, sont aujourd’hui les premiers à encourager une guerre contre l’Irak, contre l’avis de la plupart des militaires aguerris. On les appelle aussi le « parti de la guerre ». (NdlR)

3. Soulignons que l’utilisation de termes comme « kaiser » et « tsar » reflétait la doctrine ultramontaine associée à des références comme la frauduleuse « donation de Constantin ». Cette doctrine, s’appuyant sur l’empire romain et ses prédécesseurs de Mésopotamie, est le précédent sur lequel se fondent les notions actuelles de « libre-échange », de « gouvernement mondial » et de « globalisation ». Dans le cadre de ce dogme, qui domina l’Europe depuis l’empire romain jusqu’à la Renaissance du XVème siècle, basée en Italie, le pouvoir de légiférer était réservé à l’empereur, titre équivalent à l’ancienne notion religieuse romaine, établissant l’autorité supérieure d’un Pontifex Maximus sur les cultes réunis dans un panthéon de religions officiellement autorisées. Ainsi, un gouvernement mondial nécessitait une « religion mondiale », et même l’autorité des monarques fut réduite à la fonction de simples administrateurs, privés de la compétence de définir les lois, prérogative du seul empereur. D’où l’effort actuel pour créer une « religion mondiale » en complément au gouvernement mondial, effort consenti, entre autres, par le prince Philip du Royaume-Uni. (Ndla)

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