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Le « culte du cargo » ou l’économie selon Dominique Strauss-Kahn et Paul Krugman

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L’article original en anglais est disponible sur le site du magazine EIR.


« Arrêtez le monde ! je veux descendre ! » C’est ainsi que l’on pourrait résumer le spectacle qui s’est donné lors de la récente série de conférences tenues à Washington à l’initiative du président des Etats-Unis, Bill Clinton. En témoignent les poses ironiques du ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn, proférant des âneries partagées pour l’occasion par un économiste du MIT plus stupide encore, Paul Krugman.

Le 7 octobre, le correspondant du Figaro à Washington, Jean-Pierre Robin, écrivait à ce sujet dans un article intitulé « Etats-Unis et Japon, les géants paralysés » :

« (...) La proposition du ministre des Finances nippon, Kiichi Miyazawa, de débloquer 30 milliards de dollars en faveur de ses voisins asiatiques - dont la moitié sous forme de crédits commerciaux pour les exportations - était accueillie avec ironie au MIT. Le professeur d’économie, Paul Krugman, a dit, "il est étonnant que le Japon présente un programme à 30 milliards de dollars pour l’Asie alors qu’il ne peut régler ses propres problèmes économiques et financiers" ».

Ce commentaire sur le Japon, tout comme l’article dont il est extrait, donne à penser que Krugman, de même que Dominique Strauss-Kahn, l’autre source citée par Le Figaro ce jour-là, ont quitté le monde réel pour quelque asile hors du temps. Le pays imaginaire de Strauss-Kahn, c’est l’euro, un endroit magique à l’existence improbable, où les dettes sans fin d’établissements comme le Crédit lyonnais seront éternellement payées par le contribuable allemand. Quant à la villégiature choisie par Krugman, nous y venons ci-dessous.

Juste avant et pendant les conférences de Washington, la pusillanimité du président Clinton, soumis à forte pression de la part des idiots en chef de Grande-Bretagne et du Commonwealth, mais aussi des responsables français et allemands victimes de l’euro-fantaisie, a transformé une opportunité prometteuse pour les Etats-Unis en désastre mondial imminent. N Krugman ni Strauss-Kahn n’ont apparemment saisi qu’il puisse y avoir une relation de cause à effet entre d’un côté l’attitude irresponsable de la France, entre autres, lors de ces réunions de Washington et, de l’autre, l’envolée - au même moment - du yen japonais.

Parallèlement à la contribution malheureuse de la France aux conférences de Washington, la situation financière depuis ces conférences est bien plus grave encore que ne le suggèrent les conséquences, en terme d’effet de levier inversé, de l’envolée actuelle du yen. Résultat de l’incapacité démontrée de l’administration Clinton, autant que des membres européens du G7, à faire face à la situation qui s’est instaurée entre le 23 septembre (l’éclatement de la crise du Long Term Capital Management fund - LTCM) et les conférences de Washington, le monde entier est entré dans une phase nouvelle, qualitativement plus critique, du plongeon économique global, qui doit paraître aux yeux des banquiers comme un maelström d’effets de levier financier inversés. Ceux qui peuvent anticiper davantage encore, y verront les signes de ce qu’on peut qualifier plus exactement de « supernova » financière en formation.

Au moment où j’écris ces lignes, si cette charge explosive, que constituent ces plus de 150 000 milliards de dollars de produits dérivés et autres produits financiers de la même espèce, ne s’est pas encore transformée en une supernova globale à effet de levier inversé, elle est au seuil d’un tel changement de phase. Dans tous les cas, la folle poursuite pour obtenir des liquidités à n’importe quel prix, ce « carnage financier » qui ravage maintenant le système monétaire et financier international, n’est encore que le déclenchement du détonateur, en attendant une implosion bien plus dévastatrice.

Tout effort des Etats-Unis et des gouvernements d’Europe occidentale pour « gérer la crise » en renflouant une quelconque partie des quelque 150 000 milliards de dollars estimés en dérivés et autres titres de papier, anéantira - sous la pression d’un effet de levier inversé qui tourne en moyenne jusqu’à 200 à 300 contre un - les actifs que l’on aura mobilisés dans ce plan de sauvetage. Les ventes actuelles pour se procurer des liquidités n’enlèvent rien à la pression qui s’exerce sur l’ensemble du système ; la marge de dépréciation des actifs cédés contre du cash ne fait qu’intensifier la pression de levier inversé. Cela ouvre la voie à un prochain round de baisse, une nouvelle série de crises se profilant dans les semaines à venir.

Dans de telles conditions, les tentatives pour « maintenir le cap sur les réformes » par des méthodes de « gestion de crise » mèneront tout simplement à sa fin le système financier mondial, quelque forme qu’il ait pu prendre depuis le début de ce siècle. Ce qui va se passer après l’intervalle de transition du 12-15 octobre, nul ne peut le dire avec certitude, et bien peu peuvent seulement l’imaginer. Il est cependant sûr que toutes les variétés de rafistolages de « gestion de crise », que proposent Tony Blair, la France, l’entourage de l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt ou encore Bill Clinton, ne serviront à rien sinon à empirer la situation, bien plus encore que s’ils ne faisaient rien. Jusqu’à présent, ces tentatives de replâtrage ont eu pour effet d’empêcher que les véritables solutions soient mises sur la table.

Nous sommes entrés dans une phase de désintégration du système monétaire et financier mondial, dans laquelle le processus d’effondrement est tout, sauf linéaire. Autrement dit, nous sommes dans un processus caractérisé non plus par des tendances prévisibles ou calculables, mais par une succession toujours plus rapide d’ajustements par le bas produisant des résultats statistiques de type non linéaire, qu’aucun professionnel standard dans le domaine des mathématiques n’a la compétence de prévoir, comme on l’a vu lors de la crise récente de Long Term Capital Management. Aussi longtemps que l’on essaiera de définir des politiques économiques dans le cadre du système financier et monétaire en vigueur, système condamné d’avance, l’on condamnera les nations qui essaient de pratiquer cette gestion de crise, comme la Corée et l’Indonésie en offrent l’exemple dramatique, à en subir les conséquences.

Cette perspective générale pour les prochaines semaines n’est pas le but de ce rapport, mais nous la résumons ainsi pour définir le contexte de notre propos. Ceci fait, revenons maintenant aux implications politiques pratiques des remarques de Krugman citées plus haut.

Krugman se serait-il quelque peu préoccupé de la réalité, il aurait pris la peine de réfléchir aux déclarations que je venais alors de publier sur le rôle crucial des exportations pour une possible convalescence du système financier japonais ruiné par les produits dérivés, notamment le rapport que j’ai rédigé le 21 septembre sur l’usage par le Japon des crédits à l’exportation >(« Sauvez le Japon, pas les banques ! », publié en anglais dans le magazine EIR du 2 octobre 1998).

Krugman est inexcusable de ne pas tenir compte de mon intervention. Aujourd’hui, alors que de nombreux banquiers et autres spécialistes du milieu financier en sont venus à reconnaître, quoique à contrecoeur, la pertinence de mes prévisions à long terme, ils se sentent obligés de tenir compte de mes analyses. Mes rapports sont épluchés par les économistes compétents et de nombreux responsables politiques de premier plan en Asie de l’Est et du Sud-Est, en Russie, en Europe occidentale et ailleurs, même s’ils répugnent souvent, généralement pour des raisons partisanes, à faire directement référence à mes travaux. Depuis la confirmation par les faits de mes analyses (voir mon texte sur la « Neuvième prévision »), un économiste qui n’étudie pas les thèmes essentiels de mes rapports, au moins en privé, affiche un manque de sérieux proche de lŒinconscience. Si Paul Krugman avait précisément montré quelque trace de sérieux et de sobriété au moment de l’interview du Figaro, il aurait fait le rapport entre ce que j’ai dit, ce qu’a dit Miyazawa, et les mouvements du yen, et il aurait reconnu la légèreté de ses propos et de ceux de Dominique Strauss-Kahn, au moins à l’occasion des récentes conférences de Washington.

Pour comprendre comment fonctionne la « logique » des esprits de l’« âge techno », comme ceux de Strauss-Kahn et de Krugman, il est utile de considérer le principe élémentaire d’une économie saine que, selon le compte-rendu du Figaro, ces deux messieurs ont violé. Quelque part dans les îles du Pacifique, nous devrions pouvoir trouver au moins deux anthropologistes mélanésiens vieillissants qui, étudiant leur cas, seraient stupéfaits par les superstitions primitives d’un Alan Greenspan, actuellement président de la Réserve fédérale, d’un Krugman ou d’un Strauss-Kahn. On peut presque entendre l’un d’eux dire à son collègue : « Tu ne vas pas me croire, ces cinglés d’universitaires français et américains croient encore au "Culte du cargo" ! Tiens, regarde par exemple les socialistes français : ils attendent l’arrivée d’un mystérieux cargo allemand venu décharger sa cargaison d’argent sur les berges de la Seine ».

Il y a bien eu, dans certaines îles de Mélanésie, des gens qui rêvaient au retour des bâtiments chargés de biens manufacturés américains, livrés dans la foulée de la mobilisation de guerre. Mais à comparer avec les errances du Wall Street Journal ou des adhérents de la société du Mont-Pèlerin, l’accent mis par les vétérans mélanésiens de la Deuxième Guerre mondiale sur l’utilité des biens acquis à cette période, dénote un sens louable des réalités économiques relativement aux folies actuelles d’un Krugman. Nos sauvages monétaristes de Paris, de Washington et d’ailleurs se couvrent de ridicule, eux qui attendent la livraison par le FMI de monnaie virtuelle, l’argent flashe le temps d’une microseconde vacillant sur l’écran d’une calculette de poche (monnaie calculée comme il se doit par le modèle Black-Scholès)... et n’arrive jamais.

C’est de cette façon qu’il faudrait juger le professionnalisme économique des adeptes internautes du « Culte du cargo », comme celui des banquiers irresponsables qui sont à l’origine du désastre du LTCM, et cela vaut, bien sûr, pour Strauss-Kahn et Krugman. Les interventions du Président aux récentes conférences de Washington ne furent hélas, pour l’essentiel, que la déclinaison d’une litanie extraite du « Culte du cargo ».

On est bien plus en sécurité dans les canots de sauvetage !

J’ai lancé une mise en garde juste avant ces conférences. J’ai averti : tant que mes prescriptions pour un nouveau Bretton Woods ne seront pas adoptées, le monde peut s’attendre à de nouvelles formes de crises, inédites et successives, chacune éclatant à l’échelle mondiale à quelques semaines d’intervalle, jusqu’au moment où le tout s’écroule. J’ai averti : ne faites pas l’erreur infantile de traiter la crise mondiale actuelle en l’assimilant à celle de 1929-31. J’ai averti, avec insistance, depuis des années, que la période la plus proche dans le temps que nous puissions comparer au « carnage financier » que nous vivons, c’est la période dite du « nouvel âge des ténèbres », commençant au milieu du XIVème siècle, qui fut déclenchée par l’effondrement du système des banquiers lombards. Quelques semaines après mon avertissement sur l’imminence d’une succession de changements de phase dans la crise en cours, est intervenue une réaction financière en chaîne à effet de levier inversé d’ampleur inconnue jusque-là.

Conséquence directe de l’incapacité catastrophique des conférences de Washington à tenir compte de cet avertissement, la situation qui se présente à court terme est désormais bien plus périlleuse et complexe que les problèmes évoqués par les participants à ces sessions. La médiocrité de leur prestation collective pèse lourd dans le déclenchement de la récente vague de catastrophes. C’est dans ce contexte qu’il faut situer la réponse du Figaro aux propos du ministre Miyazawa, c’est dans ce contexte que l’on doit situer les enjeux.

Même après la crise de cette association de joueurs nommée LTCM, le président Clinton et les responsables du G-7 ont encore défendu publiquement les axiomes de base qui sous-tendent les politiques ayant mené le système financier et monétaire mondial au bord de sa perte. Ainsi, le Président continue à invoquer la croissance récente de l’économie américaine, alors que c’est une illusion totale. Il a réitéré que les politiques actuelles de libre-échange et de globalisation, à l’origine précisément de la catastrophe, sont essentiellement saines, alors que cette affirmation est entièrement fausse ; tout au plus a-t-il concédé qu’il faudrait revoir quelques aspects de la situation présente , parce qu’ils représentent un danger ou qu’ils aboutissent à des injustices cruelles à l’égard de leurs victimes. En somme, il s’est raccroché à la défense des politiques dites de réformes qui sont de fait à l’origine d’un effondrement financier mondial et accéléré. Ce sont les mêmes politiques que celles imposées le couteau sous la gorge par l’accord des quatre à Berlin, dans la période 1989-1991. Promettant le remède, le Président a ainsi propagé la maladie.

Il a certes commis bourde sur bourde durant ces conférences ; mais ne le blâmons pas pour ce dont il n’est pas coupable. Ce n’est pas lui qui a causé cette crise mondiale ; il en a hérité de ses prédécesseurs immédiats. Le problème ne réside pas tant dans les nombreux non-sens proférés au long de ses déclarations, mais l’aspect pour lequel il est responsable et blâmable, c’est que seul le président des Etats-Unis est en mesure de coordonner l’action qui permette d’empêcher notre planète de plonger vers une sorte de chaos dont lui-même et la plupart des hommes au pouvoir de par le monde ne sont pas - psychologiquement - préparés à reconnaître l’ampleur. Sa faute ne réside pas dans ses prises de position et ses décisions politiquement mauvaises, dont certaines sont même très mauvaises. Son erreur politique quasi-fatale, c’est d’avoir manqué de nerf dans une situation qui n’est pas de son fait, mais qui se présente au moment où il est au poste de commande, où les responsabilités sont entre ses mains.

J’ai été parmi les premiers à reconnaître à Bill Clinton - et de la manière la plus claire - de nombreuses circonstances atténuantes à cette occasion et dans d’autres circonstances, car on peut lui trouver de bonnes excuses à titre personnel. Qui ne connaît les vicissitudes qui affectent président ? Mais quelles que soient ses excuses à titre personnel, un Président ne peut se permettre de leur concéder quoi que ce soit. Les ennuis qu’il rencontre font aujourd’hui partie de la fonction présidentielle. Ils ne viennent pas du « mauvais Tripp » sexuelles du champion de la pornographie mondiale, Kenneth Starr, et de son sponsor financier Richard Mellon Scaife. Ses ennuis ne peuvent pas davantage être imputés, en tant que tel, aux promoteurs anglais de l’opération de chasse contre Clinton, fussent-ils du plus haut niveau comme Lord William Rees-Mogg, Conrad Black, Rupert Murdoch et, dans l’orbite britannique, les organisations cultistes regroupées sous le vocable de « lobby sioniste d’extrême-droite », ainsi que les prédateurs du genre Elmer Gantry, Pat Robertson, Jerry Falwell, etc. Ses ennuis, il les doit principalement à des gouvernements étrangers ennemis des Etats-Unis, au Premier ministre israélien Netanyahou, un meurtrier de masse, et d’autres, qui ont sauvagement violé la sécurité nationale américaine et ont tendu un piège subversif au Président Clinton au travers de complices déployés par la Federalist Society, comme Starr et Newton « Benedict Arnold » Gingrich, dans une tentative d’une inconstitutionnalité flagrante, alliant la perversion sexuelle et la trahison pour une sorte de coup d’Etat parlementaire contre la Constitution américaine elle-même. Les Présidents John Quincy Adams et Abraham Lincoln l’en auraient sans doute averti, de telles mésaventures, incluant les trahisons à son encontre émanant du plus haut niveau, font partie intégrante des événements qui interviennent « sur le territoire d’un Président » en des temps aussi extraordinaires que ceux qui nous vivons.

Ceci dit et concédé, aucune accumulation d’ennuis de ce genre ne constitue une excuse pour ne pas prendre le commandement lorsque l’opportunité se présente. Je peux en parler avec l’autorité personnelle de quelqu’un qui a dû l’apprendre au prix fort, en payant de sa personne. La nature, l’étendue et la durée de la chasse aux sorcières à mobile politique dont j’ai été l’objet et durant laquelle j’ai dû continuer à travailler sur plus de deux décennies, constitue une épreuve bien plus lourde que tout ce qu’a eu à subir le président Clinton jusqu’à ce jour. Qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur ce point, le Président n’a aucun ennemi connu qui n’ait déjà été auparavant mon ennemi, et un ennemi vicieux de bout en bout. Je peux ainsi affirmer, en toute certitude et sincérité, que je n’aurais pas manqué à mes responsabilités de commandement dans les circonstances adverses auxquelles lui, sa famille et ses amis, ont été soumis. Quand on occupe une position de responsabilité telle que celle qu’il occupe, rien ne peut excuser le manque de nerfs, et je m’interdis moi-même toute défaillance, même à mon niveau. Sur ce point spécifique, le président Clinton, ayant choisi de remplir une fonction qui comporte de tels risques et de telles responsabilités, n’a personne à blâmer, sinon lui-même, pour son échec.

Comme dit le proverbe allemand, l’important c’est le résultat. Comme d’habitude avec le président Clinton, sa faute réside principalement dans ce qu’il n’a pas fait. Généralement, cela prend la forme d’une capitulation face à l’influence de mauvais conseillers politiques, surtout dans le Parti démocrate, et même parmi ses proches conseillers à la Maison Blanche.

En ce qui concerne les discussions autour des propositions de Miyazawa, le manque de courage de Clinton s’est caché derrière une soumission publiquement renouvelée aux dieux païens du FMI, du « libre-échange » et de la « globalisation ». Les conférences de Washington ont provoqué un grand malaise de par le monde, et même un certain désarroi suite à l’inaction du Président.

Ainsi, les divagations présidentielles sur le « Nouvel âge » proférées lors des conférences ont été perçues par la Russie, le Japon, la Malaisie, l’Indonésie et d’autres, comme le signal brutal qu’ils devaient abandonner tout espoir de coopération américaine véritable et décisive. Ce sont les effets de ce manquement de Clinton, tels que les éprouvent ces nations, qu’il faut prendre en compte. Nous ne devons pas considérer comme inattendue ou déraisonnable la réaction de tel ou tel pays face à la détermination évidente du Président à camper sur des positions intenables, dignes d’une tragi-comédie.

La Russie, par exemple, est confrontée à une crise existentielle qui va bien au-delà de ce que le Président Clinton pourrait même jamais imaginer. Aucune personne décente n’irait dire à la Russie, un pays virtuellement détruit par les politiques de réforme que Clinton et Gore ont reprises de l’administration Bush au nom du « libre échange » et de la « globalisation » : « Faites-nous confiance, tenez bon dans la voie de la réforme ». Personne n’irait dire à l’Indonésie, livrée aux effets meurtriers des raids des fonds de performance (hedge funds) et des conditionalités du FMI, avec leurs conséquences en chaîne : « Continuez à appliquer les conditionalités, essayez de les faire marcher ». L’on n’irait pas dire à la Malaisie, « s’il vous plaît, mettez-vous à plat ventre et laissez-nous vous faire ce que nous avons fait à l’Indonésie ; entre-temps, traitez correctement les pirates financiers, les criminels de masse et les légalisateurs de drogue, comme George Soros et Anwar Ibrahim, même s’il agit avec le soutien ouvert, éhonté, de Londres ».

Il y a une limite à l’écoeurante indifférence morale qui émane des officiels de Washington, sous peine de bafouer toute décence morale et de fouler au pied les plus élémentaires des droits de l’homme. Le Président doit enfin en prendre conscience et accepter la réalité ; dans des situations extrêmes, les nations ne se contenteront pas de rester immobiles à attendre la permission de continuer à vivre ; dans ces conditions, de simples menaces ne suffisent pas à imposer à une nation la soumission aux caprices douteux de la diplomatie de Washington. Quelle menace brandirez-vous contre une nation que vos différents abus sont déjà en train d’assassiner ? Qui ne hausserait les épaules de dégoût si le Président venait à dire : « Comprenez-moi ! je n’avais pas d’autre choix parce que... S’il vous plaît ! Vous comprendrez plus tard, soyez patients ».

Si, pour des raisons de force majeure, vous-même, en tant que responsable élu, ne pouvez agir dans un cas d’urgence, au moins admettez votre déficience, honnêtement et, par-dessus tout, publiquement. Tous les hommes d’Etat dignes de ce nom ont appris de Platon, comme le secrétaire d’Etat John Quincy Adams, que la moralité publique passe, aussi élevé qu’en soit le prix, par l’adhésion rigoureuse et ouverte aux causes conjointes de la vérité et de la justice.

Il est urgent de considérer les négligences du Président de la façon dont les victimes les voient et les subissent. Il est urgent de présenter, de manière véridique, la question de justice ici posée. Il faut bien faire la distinction entre l’autorité morale des traditions de notre République, celles de Lincoln et de Franklin Delano Roosevelt, et le mépris qu’inspire l’immoralité caractérisée de notre politique étrangère telle qu’elle a évolué ces dernières décennies. L’on doit tenir compte en toute franchise du sentiment de mépris qu’inspire l’hypocrisie dont font preuve d’ordinaire les diplomates américains et d’autres responsables de haut niveau lorsqu’ils parlent de manière mielleuse de « questions morales ».

Le président Clinton considère sans doute, à juste titre, Kenneth Starr comme le plus pervers, le plus vil des pornographes de la planète. Mais il doit aussi faire le parallèle entre les propos moralisateurs de Starr et de ses compagnons de route - dont le fameux Lord Jeffrey - et les niaiseries sur les « droits de l’homme » proférées par des diplomates américains se parant de toutes les vertus, alors même qu’ils nient à des nations entières le droit d’exister. A chaque fois que le droit à la vérité et à la justice dû à toute nation risque d’être en contradiction avec le courant de la troisième voie invoqué par le gouvernement de Tony Blair, dans la droite ligne du gouvernement Ramsay Mac Donald, le droit des nations se trouve très souvent ignoré ou même dénié. A chaque fois que la défense de ces droits interfère par ailleurs avec les illusions utopiques de la doctrine du Washington officiel, nos représentants ont la réputation bien méritée d’éviter les questions concrètes des droits de l’homme qui ont à voir avec l’existence même. C’est la même immoralité qui était à l’origine des pressions sur le Président pour qu’il signe en 1996 les réformes du Welfare, ou pour faire aboutir le programme de travail esclavagiste pour le nord du Mexique, le NAFTA. Les victimes de ces abus y voient à juste titre le mépris - exprimé cruellement et avec une hypocrisie moralisatrice - des droits élémentaires de nations et même de régions entières de cette planète.

Ainsi, en Asie, en Afrique et dans d’autres pays qui sont les principales victimes de l’hypocrisie de la diplomatie américaine et, le cas échéant, des négligences de Clinton, le message issu des conférences en question est clair : « Aucune direction compétente n’est à attendre des Etats-Unis ou de toute autre nation d’Europe occidentale pour le moment. »

Le soutien public accordé par l’administration Clinton au coup d’Etat fomenté par la monarchie britannique contre le gouvernement de Malaisie confirme cet état de choses. Les gifles diplomatiques gratuites infligées par les Etats-Unis au Premier ministre Mahathir ont eu pour effet que l’Asie n’attend plus rien de positif venant de Washington dans un futur proche. Cette façon de mener la diplomatie américaine est d’autant plus révoltante - et implicitement raciste - que, dans le même temps, notre département d’Etat, toute honte bue, joue les valets de chambre au service de la monarchie britannique et du Commonwealth, hier en soutenant le boucher africain Museveni, aujourd’hui en agressant la Malaisie.

Voici donc le message reçu, en provenance des Etats-Unis et d’Europe occidentale, par la Russie et les différentes capitales de l’Asie : « Notre bateau coule ; le commandant a capitulé face à ses conseillers politiques : tout le monde aux canots de sauvetage, sauve qui peut ! ». Alors que les plus grands noms du Gotha financier mondial courent un peu partout, à la recherche désespérée de tirelires bancaires pour récupérer de l’argent frais, la Russie, la Chine, le Japon, la Malaisie et d’autres qui suivent, perdent patience face à l’immoralité sans limites des politiques qui émanent non seulement de la mafia du FMI, mais aussi des gouvernements occidentaux. Ils agissent en conséquence ; leur réaction commence à avoir des effets et à devenir plus visible.

Certains me rétorquent : « Oui, mais les intentions du Président sont bonnes ». J’en conviens et réponds néanmoins « on peut être sincère sans pour autant avoir raison ou être raisonnable ». C’est en mesurant à quel point les Etats-Unis et l’Europe occidentale ont la tête plongée dans la grande illusion de la troisième voie, que l’on peut comprendre l’aliénation mentale qui sévit à Washington, Strauss-Kahn et Krugman en tête. Parmi les ennemis de Clinton, comme Gringrich, mais aussi parmi les conseillers politiques les plus influents du Président, on trouve dans le Washington officiel beaucoup de Miniver Cheevy qui préfèrent se bercer d’un passé qui n’existe plus ou n’a jamais existé, plutôt que de faire face à la réalité présente qui, elle, existe bel et bien.

Sur le Président lui-même

A titre personnel, j’ai encore quelque espoir, sans être aveuglément optimiste vis-à-vis de certaines faiblesses de Clinton. Il lui faut peut-être le choc d’une ou deux très fortes crises pour le faire changer de comportement. Je continuerai à faire le maximum pour le ramener à la raison. Mais, jusqu’à ce qu’il se détache des conseillers qui l’ont amené à signer en 1996 la réforme du Welfare et à laisser passer les opportunités qui se présentaient à lui, je ne conseillerais à personne de croire aveuglément que le Président pourra se ressaisir à temps. Il y a de fortes raisons de penser que, laissé à lui-même, il sera incapable de rester ferme dans les actions historiquement urgentes du moment. Mieux nous comprendrons les limites personnelles du Président sur ces questions, mieux nous serons placés pour l’aider à les surmonter.

Certes, il y a quelques bonnes nouvelles ces temps derniers à Washington. Malgré de récentes incartades, les relations entre la Chine et la Présidence américaine continuent à être excellentes. Clinton a réagi plutôt positivement vis-à-vis du nouveau gouvernement russe. La Maison Blanche fait preuve de constance pour négocier loyalement avec le gouvernement du Japon. Clinton a des qualités personnelles, il inspire une certaine sympathie et l’on peut trouver quelques autres sources d’optimisme sur des sujets similaires. Cependant...

Vu l’importance de la présidence américaine pour le monde entier, le problème politique principal à régler aujourd’hui demeure la propension fatale du président à écouter de mauvais conseillers. Bill Clinton n’a pas encore fait preuve des qualités de leadership soutenu requises pour empêcher la désintégration, pourtant évitable, du système financier et monétaire mondial. Il est apparemment si occupé à se faire présenter une solution facile et apparemment sûre à la crise avant d’y faire face, qu’il oublie qu’en temps de crise, le vrai dirigeant n’a d’autres opportunités que celles qu’il se crée lui-même.

Je ne reprendrai pas ici le point de vue ni le ton du vieil ami du Président, Robert Reich, dans ses récentes publications. Avec certaines réserves, je suis plus optimiste que Reich ne paraît l’être. De plus, pour l’instant, nous n’avons pas d’autre choix que Clinton. Toutes les possibilités légales disponibles pour lui trouver un successeur avant l’an 2001 voueraient certainement les Etats-Unis à leur perte.

Au lieu des arguments de Reich, je dirais plutôt que les tentatives de gestion de crise du Président ont déjà fait perdre trop d’occasions précieuses, à force de vouloir se concilier les différentes factions de la déviance démocrate et autres conseillers politiques à problèmes, ainsi que ses propres ennemis dans l’entourage du président de la Chambre, Newt Gingrich, et du « nouveau Ramsay Mac Donald » à Londres, Tony Blair. Ces temporisations ont favorisé un vide de pouvoir que ni la Russie, ni les principales nations d’Asie concernées ne continueront à tolérer, tout simplement parce qu’elles ne le peuvent pas. Elles ne peuvent accepter de telles excuses de la part du Président même s’il les implore de lui faire confiance et d’être patients.

Ceci dit (...) je pense que le Président est en train d’épuiser toutes les options, au fur et à mesure qu’il les gâche. J’y vois le reflet de sa dépendance vis-à-vis de certains conseillers, liée à un profond manque de confiance en lui. Ses « instincts » sont souvent bons, mais il cède à la pression de ses conseillers en opposition avec ses convictions intimes. Ses décisions publiques reflètent l’attitude suivante : « C’est peut-être vrai, mais je n’ai pas le droit d’y croire en tant que Président. Je dois souscrire à l’opinion de mes conseillers politiques ». Telle est l’image qui se dégage du candidat et du responsable politique, en tant que gouverneur de l’Arkansas depuis son deuxième mandat et en tant que Président.

Ce défaut manifeste entraîne des conséquences exemplaires déplorables. Ainsi, Clinton n’a pas remis à sa place le Premier ministre israélien Netanyahu, dont le comportement est proprement bestial, il a suivi ses propres agresseurs du « lobby sioniste » en bombardant le Soudan, on l’a vu capituler honteusement sur le Welfare en 1996 et temporiser lors des conférences de Washington. Ce trait récurrent de faiblesse a dangereusement miné la crédibilité stratégique du Président et de l’institution présidentielle américaine. Sa terrible prestation durant les récentes conférences est apparue comme telle.

Je souhaite ainsi que Reich modifie son point de vue sur Bill Clinton. Ce Président, et sa nation aussi, ont désespérément besoin que l’homme soit entouré de nouveaux conseillers, il faut écarter sans ménagement les mauvaises influences politiques et lui permettre de retrouver la confiance dont il a besoin pour faire face aux décisions cruciales qui l’attendent.

Si, à la place de son pragmatisme évasif et de son manque de franchise, le Président s’était au moins contenté de dire publiquement la simple vérité, on aurait pu calmer le jeu après les conférences de Washington. Aujourd’hui, la majorité des observateurs à travers le monde ne sont même pas hostiles à Bill Clinton, ils le voient plutôt avec regret comme un Franklin Roosevelt qui n’aurait pas fait ses preuves. A moins de modifier la composition de son entourage, « il n’avait pas l’étoffe d’un nouveau Roosevelt » sera probablement le titre de la future biographie de l’ex-président Clinton ; ce pourrait être aussi l’épitaphe des Etats-Unis mêmes.

Ce que Krugman n’est pas en mesure de comprendre

Les réactions du Japon doivent être comprises à la lumière de la situation stratégique globale, favorisée par les atermoiements du Président. Il en est de même du changement perceptible dans l’attitude du Premier ministre russe Primakov. Il n’y a là aucune conspiration. Ces tendances apparemment convergentes reflètent, de la part de ces nations, un constat commun face au refus persistant du Président d’assumer un leadership positif face aux attentes d’un large éventail de nations, d’électeurs, de situations. De même, les fréquents malentendus entre l’administration Clinton et des nations comme la Russie, le Japon, la Malaisie etc., n’indiquent pas pour autant une quelconque hostilité vis-à-vis de Clinton lui-même.

Si la situation paraît compliquée, c’est sans doute qu’elle l’est. Dans la vie réelle, plus une situation est grave, plus elle a tendance à se compliquer. Toutefois, « compliqué » ne veut pas dire « confus », ni « incompréhensible ». Les principaux aspects de la nouvelle situation s’éclairent dès lors que l’on prend en compte quelques éléments-clé.

Ces considérations de caractère général sur le rôle du président Clinton définissent le cadre de la situation actuelle, dont la stupidité de Paul Krugman et de Dominique Strauss-Kahn est un symptôme. Commençons par la proposition de Miyazawa en tant que telle, pour élargir ensuite le tableau à la situation plus générale illustrée par la situation japonaise. Au sujet de Krugman et de Strauss-Kahn, on pourrait reprendre la phrase si souvent usitée dans les réunions de conseil d’administration de sociétés : « Nous espérons voir une amélioration ». Or, jusqu’à présent tous deux se sont l’exemple typique des économistes et politiciens incapables de comprendre le principe le plus élémentaire de l’économie. Ni l’un ni l’autre n’ont compris pour l’instant que toute économie moderne s’articule autour de l’interaction entre une économie fictive, l’économie monétaire, et une économie réelle, reflétant les relations de la population à la réalité physique, non-monétaire. Pour comprendre quoi que ce soit en économie, mettez de côté toutes les déblatérations psychotiques sur la « théorie de l’information » et la « théorie monétaire » ; commencez par l’économie physique en tant que telle. De ce point de vue, les propos de Miyazawa apparaissent, dans le pire des cas, comme très raisonnables, tandis que Krugman, tel que cité par Le Figaro, en reste aux sophismes de café du commerce.

Quand il est question du Japon, les Américains, et surtout Krugman, devraient au moins se rappeler quelques vérités historiques : ce sont les forces commandées par le général Douglas MacArthur qui infligèrent la défaite au Japon lors de la Deuxième Guerre mondiale, tandis que ni le président Harry Truman, ni les bombes atomiques lancées à l’instigation de Winston Churchill et de Bertrand Russel, deux éternels criminels de guerre, n’y contribuèrent de quelque façon. Quel lien avec les divagations de Krugman et les citations du Figaro ? Il est direct et crucial, j’y viens.

Lorsque les bombes atomiques furent lâchées sur Hiroshima et Nagasaki, non seulement le Japon était déjà battu, mais l’Empereur Hirohito, par l’intermédiaire du bureau des affaires extraordinaires du Vatican, dirigé à l’époque par Mgr Montini, et en coopération avec Max Covo, de l’OSS, avait déjà adressé aux Etats-Unis, à l’attention du président Franklin Roosevelt, des termes de reddition identiques à ceux qui furent signés plus tard, plusieurs mois après ces bombardements.

Le coup de grâce militaire pour les Japonais, avant même le bombardement d’Hiroshima et de Nagazaki, fut l’efficace blocus militaire des îles du Japon qui, en coupant l’arrivée des matières premières et autres biens vers le pays, supprima la marge dont dépendait l’économie physique japonaise pour continuer à exister et à faire la guerre. Aujourd’hui comme hier, peut-être davantage encore, l’économie japonaise souffre de cette vulnérabilité stratégique. Apparemment, Krugman ne comprend rien à la question fondamentale de la sécurité économique du Japon ni aux questions afférentes touchant aux politiques de crédit à l’exportation. Je résume ici la situation pour ceux qui n’auraient pas lu mes précédents écrits sur le sujet.

Jusqu’au milieu des années 70, la politique économique du Japon était fondamentalement solide. C’était même l’une des meilleures au monde, rattrapée uniquement par les Etats-Unis et l’Allemagne du début et du milieu des années 60, suivis de près par la Vème République du général De Gaulle. La montée en puissance de l’économie japonaise était due à l’exportation d’équipements lourds et de technologies de pointe, spécialement dans le domaine industriel. Au début des années 70 et sous la pression de Kissinger et de Brzezinski, le Japon se vit forcé de se reconvertir dans des activités moins vitales, comme la vente de voitures et la négociation à grande échelle de titres financiers, ce qui s’avéra plus tard une très mauvaise affaire. Rappelons également qu’après la fondation - avec les Australiens notamment - de l’association Asie-Pacifique par le très honorable Nagano, de Nippon Steel, les discussions aboutirent, sous de néfastes influences dans les camps américain et anglais, à ce que toute impulsion visant à bâtir des Etats-nations en Asie du Sud-Est soit éliminée ; il s’agissait plutôt de développer des projets basés sur la concentration de main-d’oeuvre à bon marché, le tourisme par exemple.

Plus tard, après les accords du Plaza, l’on imposa au système bancaire japonais une évolution négative ; les pressions néfastes exercées par Londres et Wall Street redoublèrent avec l’invasion des produits dérivés, à partir de la fin 1989. Aujourd’hui, le système financier japonais est en train de crouler sous la plus dangereuse accumulation mondiale de papiers financiers sans valeur, générée avec la bénédiction d’Eddie George à Londres et d’Alan Greenspan à New York. Comme je l’ai répété à plusieurs reprises, les orientations prescrites après 1971 pour le Japon par Kissinger, Brzezinski, Volcker et autres sont autant de planches pourries, irrémédiablement. Ces options faillies, encore défendues par Strauss-Kahn et Krugman, ne peuvent être d’aucune utilité, et aucun effort ne doit être gaspillé pour essayer de les faire marcher.

Cependant, à la base, et malgré l’accumulation des titres de papier fictifs, l’économie industrielle japonaise demeure un leader potentiel de l’économie mondiale, ce qui n’est plus le cas d’une France ruinée notamment par un homme soutenu par Londres et qui haïssait De Gaulle : François Mitterrand. Pour compléter le tableau, les capacités japonaises de production de machines lourdes et de biens d’équipement hautement compétitifs voisinent avec le plus grand marché potentiel au monde pour l’importation de ces produits : les marchés d’Asie de l’Est.

Le Japon doit trouver les ressources pour payer les importations nécessaires à sa survie. Le seul atout dont il dispose aujourd’hui, c’est ce que Kissinger, Brzezinski, Volcker et autres gourous du « nouvel âge » ont essayé de détruire : son industrie - cette industrie qui vit dans la mémoire japonaise sous les traits de l’honorable professeur Nakijima, de l’Institut de recherche Mitsubishi. On doit se souvenir d’un Japon qui assurait brillamment son développement en exportant des machines lourdes et des biens d’équipement de haute technologie. Pour pouvoir importer, le Japon doit exporter les biens physiques dont le monde a urgemment besoin, et ses voisins asiatiques les premiers. Il lui faut préalablement en finir avec les aberrations post-industrielles du « Nouvel âge » et de la « globalisation », et retourner aux politiques de plein emploi industriel d’une période révolue et plus heureuse de son existence d’après-guerre.

La seule alternative saine est ainsi clairement définie pour ce pays. La nation japonaise a besoin d’une réorientation tous azimuts. Il faut provoquer l’éclatement de la bulle financière créée sous l’influence de Londres et de Wall Street, et ce aussi rapidement et impitoyablement que possible. En même temps, tous les actifs financiers disponibles ainsi que toutes les lignes de crédit à l’import-export doivent être mobilisés pour « déchaîner » les potentiels industriels à l’exportation vers les marchés d’Asie. Seul l’adepte des conversations de bistrot y trouvera à redire.

Je ne suis pas encore en mesure d’estimer à quel point les responsables japonais vont dans ce sens, à rebours de la folie « New age », pour revenir au Japon industriel. La proposition de Miyazawa constitue, contrairement à ce que distille Le Figaro, un pas dans la bonne direction, à la fois pour le Japon et pour ses voisins asiatiques.

Le Japon doit provoquer l’effondrement de la structure financière causée par les « Biche et Mouche » de notre temps, qu’ils soient à Londres ou à Wall Street, et concentrer toutes ses ressources disponibles pour réveiller l’ancien Japon industriel. Il est ainsi parfaitement logique d’organiser d’une part le démembrement du système financier axé sur les dérivés et de développer d’autre part le système de crédit industriel à l’exportation.

Ainsi le Japon doit faire disparaître un pan de son système financier et en développer un nouveau. Il n’y a rien à gagner à essayer de sauver le système en faillite ; tout doit être orienté vers la construction du nouveau système. D’un côté, on doit se débarrasser des papiers financiers sans valeur au prix le plus bas possible, même à zéro, ce qui provoque l’effondrement de cette partie du système. De l’autre côté, on doit construire un nouveau système financier, voué principalement à accroître les exportations de machines lourdes japonaises et de biens d’équipement à haute valeur ajoutée.

L’on entend d’ici une question anxieuse : « Qu’adviendra-t-il de ceux qui ont tant investi dans la bulle financière ? ». Voici la réponse : ils ont peut-être investi de l’argent dans cette entreprise, mais celle-ci a fait faillite. Ils ont joué et ils ont perdu ; nous n’avons aucune raison de pleurer sur les pertes au jeu de parasites inutiles. Expliquez-leur : « Dans notre système, nous ne pratiquons pas le renflouement socialiste, les joueurs professionnels ne bénéficient d’aucune sympathie ». Les parasites devront simplement passer leur capital par pertes et profits et retrouver un emploi utile, pourquoi pas en creusant des trous, ou en nettoyant les détritus qui sont sortis si abondamment des bouches de Kenneth Starr et du Speaker Newt Gringrich. Les parasites ruinés devront enfin apprendre à travailler pour gagner quelque argent nouveau, en s’assurant que cette fois ils le méritent vraiment.

L’économie du « culte du cargo »

Armés de massues, les individus qui peupleront encore la ville fortement dépeuplée de Washington en l’an 2020 auront l’air de sortir des cavernes du paléolithique. On ne devrait pas s’en étonner, c’est le résultat naturel des dogmes économiques les plus en vogue au Congrès comme à la Maison Blanche. « Adeptes du culte du cargo » : siune telle chose arrive, ce qualificatif appliqué à Paul Krugman et autres prétendus économistes suscitera très probablement l’approbation des anthropologues survivants chargés d’ici une génération d’étudier le phénomène. Ceux qui, pour décrire de telles opinions, préfèrent éviter de parler de « culte du cargo » n’ont pas encore tiré les leçons de cette histoire future ; ils parlent de « croissance zéro », de « libre-échange », de « mondialisation » et de « troisième voie ». En réalité, ils ne disent rien d’autre que « culte du cargo ».

Mais, je l’ai déjà dit, ne soyons pas injustes envers les Mélanésiens accusés autrefois, à tort ou à raison, de se vouer à ce culte. Qu’il ait existé ou non, ses adeptes fictifs ou réels étaient dans le pire des cas plus sains - et de loin - que les yuppies pratiquant leur jogging sur les trottoirs et les sentiers de Washington. Peut-être nous faut-il d’abord démontrer à quel point le qualificatif d’« adepte du culte du cargo » convient parfaitement aux habitués de l’American Entreprise Institute (organisation écran de la Heritage Fondation) et autres lieux de déraison, pour que les responsables de l’Establishment politique actuel en viennent à mesurer les implications historiques du culte « libre-échangiste ». Les Mélanésiens qu’on a voulu qualifier d’adeptes du « culte du cargo » n’avaient, de par leur structure de croyance, aucune notion des moyens par lesquels les biens qu’ils consommaient étaient produits. Bref, ils étaient comme la mère de famille bornée pour qui le lait dans le réfrigérateur vient directement du supermarché local, pas des agriculteurs qu’elle considère par ailleurs comme autant de parasites cupides. L’adepte moyen du « culte du cargo » est en général un fonctionnaire bureaucrate vivant dans la banlieue de la capitale, fidèle disciple de Newt Gingrich ; il en est venu à raisonner comme un petit chef de gang maffieux, pour qui les biens physiques sont produits non pas en semant les graines appropriées, en construisant des centrales électriques à haute densité énergétique ou en faisant tourner des machines, mais en investissant de l’argent.

  • Investir dans quoi ?
  • Investir mon argent pour avoir plus d’argent.
  • Comment cela peut-il produire davantage de biens dont nous avons besoin pour vivre ?
  • Ca marche comme ça.
  • Adorateur du cargo !

Prenons le cas de Paul Krugman par exemple. Selon les propos qu’on lui attribue, le Japon ne devrait pas se préoccuper du développement de ses exportations, mais se concentrer seulement sur l’incapacité mystérieuse qui l’empêche d’honorer ses engagements financiers, alors que ses marchés à l’exportation s’effondrent. Quant aux moyens d’assurer l’existence continue du Japon, cela ne concerne pas le ministre des Finances, affirme implicitement Krugman dans les propos cités. Tout comme Newt Gingrich et d’autres esprits paléolithiques, Krugman recommande au ministre des Finances de consacrer toute son attention à l’équilibre budgétaire, sans perdre son temps à s’intéresser aux activités qui pourraient augmenter le revenu net du pays.

C’est là, à Washington ou à Paris, que l’on trouvera l’adepte contemporain emblématique du « culte du cargo ». Au bout du compte, qu’il soit décideur au sein même du gouvernement américain, qu’il soit dans le camp de Gingrich au Congrès ou qu’il travaille à la rédaction du Wall Street Journal, quiconque se réclame des dogmes en vogue - « libre-échange » et « mondialisation » - appartient tout autant que Paul Krugman à la secte du cargo et s’avère implicitement au moins aussi dangereux, sinon plus.

On retrouve la même folie dans l’illusion que « la transition vers une économie de services » représente une alternative viable à la « société industrielle ».

Otez tous les ingrédients qui définissent une « société industrielle », par opposition à une « économie de services », quel est le résultat final ? On peut de fait imaginer une guerre de gangs paléolithique entre les tribus subsistant dans un Washington de plus en plus dépeuplé. Que dire de la personne qui refuse de tirer les conséquences chiffrées qui s’imposent et affirme sa foi aveugle dans la réussite de ce qu’elle appelle « économie de services » ou « société de l’information » ? Pincez-vous les narines d’une main et de l’autre, pointez du doigt l’homme ou la femme en question : adepte du « culte du cargo ! ».

Revenons de Washington vers le Paris du Figaro et les variétés francophones du « culte du cargo » qui, généralement à l’insu des Français plus sains d’esprit, hantent les rues de la capitale la nuit tombée. Revenons ainsi à Dominique Strauss-Kahn et Paul Krugman. Considérons l’existence purement fictive de l’« euro ». L’euro n’existe pas, si ce n’est sous forme de fiction juridique et, même ainsi, pas pour très longtemps. Considérons maintenant le rôle de l’Etat-nation souverain, le thème politique actuel le plus controversé et l’un des aspects centraux de l’idéologie du « culte du cargo ».

Sur ce thème, rien de fondamental n’a changé depuis la colonie de la baie du Massachusetts entre 1630 et 1684, voire même avant. Le revenu marginal indispensable à la poursuite de l’existence de toute société moderne n’a que trois sources possibles : d’un côté, les mesures protectionnistes associées au « système américain d’économie politique » tel que le définirent Alexander Hamilton, Mathew Carey, Friedrich List et Henry Carey, et de l’autre, le pillage de nations étrangères par l’exploitation colonialiste ou par le biais de prêts internationaux à des taux usuraires.

La forme protectionniste du système américain fut appliquée avec bonheur, à commencer par les Etats-Unis eux-mêmes, d’abord avec la reprise organisée sous Abraham Lincoln, de 1861 à 1876, ainsi que dans d’autres pays qui se sont inspirés de ce modèle, notamment l’Allemagne après 1877 et le Japon de la restauration Meiji. Le même succès a couronné la mobilisation économique américaine pendant la Première Guerre mondiale, ainsi qu’une bonne partie de la période 1934-1963. Comme mode d’économie nationale, le système dit « libéral », par contre, a toujours abouti à un échec, même s’il a semblé réussir dans certains cas, notamment celui du pillage par le système colonial britannique des colonies et des pays qu’il avait asservis, ou encore le recours à des prêts internationaux pour piller les territoires - colonisés ou non - ainsi que leurs populations.

Par succès économique, nous devons entendre, du point de vue de l’économie physique, l’accroissement général de la productivité du travail par tête et par kilomètre carré, combiné à une amélioration générale des caractéristiques démographiques de tous les ménages de la nation. Pour atteindre ce niveau de performance, l’on doit absolument exclure le pillage d’autres nations, que ce soit en leur imposant des prix très bas pour leurs produits d’exportation, en pratiquant le dumping sur leurs marchés ou en leur accordant des prêts financiers internationaux à des taux usuraires.

Dans l’histoire, chaque fois qu’une nation a été amenée ou s’est maintenue à ces standards de performance en économie physique, le succès de son économie nationale a reposé sur plusieurs éléments décisifs : 1)le rôle essentiel des investissements publics, notamment pour l’infrastructure de base ; 2)l’existence d’un système de banque nationale (en opposition à l’organisation d’une banque centrale) ou bien de certaines formes de « banques-industries » se rapprochant du système de banque nationale (comme le système de crédit mis au point par Herman Abs en Allemagne) ; 3)la réglementation par l’Etat de l’infrastructure, des échanges, des droits de douane et des mouvements de capitaux et de change ; 4) la promotion des modes d’investissement à forte intensité capitalistique et énergétique dans le progrès scientifique et technologique, de façon à accroître la productivité physico-économique de la population nationale prise dans son ensemble.

Sans ce type de mesures, ou d’autres analogues, aucune nation moderne ne serait en mesure d’offrir à sa propre population les fruits de la liberté politique. De telles mesures ne peuvent être mises en oeuvre que par un Etat-nation moderne et souverain.

Cette proposition, dont je viens d’esquisser les grandes lignes, a fait l’objet depuis des siècles de polémiques, avec des « pour » et des « contre », notamment depuis que Louis XI a bâti avec succès la première économie nationale moderne, jusqu’aux efforts des mercantilistes du XVIème siècle, surtout autour de Jean Bodin en France, de Gresham dans l’Angleterre des Tudor et en Italie. Une fois tous ces arguments et les faits s’y rapportant passés au crible, on ne peut que constater la force des arguments en faveur du modèle d’économie nationale, dit protectionniste, et la faiblesse du camp adverse « libre-échangiste ». La documentation et les preuves à l’appui sont écrasantes. Dans le domaine de la science économique, seuls les menteurs, les charlatans ou les illettrés rejettent la conclusion que nous venons de présenter.

Que doit-on inclure dans les coûts de production ? Dans le cadre d’une théorie générale d’économie physique, c’est cette question qui apporte l’élément principal de preuve, preuve déjà apportée sur le papier. Pour le dogme en vigueur - dans la version Adam Smith ou dans toute autre variante - le coût représente les sommes à payer, le plus souvent contre leur gré, par ceux qui contrôlent la production et la distribution pour tous les frais inhérents à ces activités. La science de l’économie physique adopte le point de vue opposé ; selon ses termes, certains coûts et dépenses liés à la production et à la distribution physiques doivent être assumés - et ceci en termes d’économie physique et non pas monétaires - pour maintenir l’équipotentiel des niveaux actuels de productivité du processus économique considéré comme un tout fonctionnel.

A cet égard, le système américain a toujours adopté, en pratique, le point de vue selon lequel les dépenses et les prix doivent être régulés. Ceci dans la mesure où la quantité de richesse réinvestie dans le processus productif - afin de maintenir l’équipotentiel de la productivité d’une nation, voire de l’économie mondiale - doit aussi être régulée. Cette régulation a pour but d’assurer, ni plus ni moins, au moyen de réglementations nationales, que les sommes déboursées pour l’entretien et l’amélioration de l’infrastructure, l’entretien et le développement de la population, de la production et la distribution des biens, soient suffisantes pour couvrir les coûts encourus afin de maintenir, et un peu au-delà, l’équipotentiel de la productivité mesurée par tête et par kilomètre-carré.

On ne peut mettre en oeuvre une telle politique qu’avec les pouvoirs propres à un gouvernement. Cela peut prendre la forme d’un contrôle des prix afin d’éviter des monopoles virtuels, de mesures visant à assurer une relative égalité de chances entre les différentes régions de l’économie nationale de se développer. Cela peut être aussi des accords sur les droits de douane et les échanges ayant, au niveau international, un objectif analogue, avec des politiques de taxation et de crédit qui tendent à avantager les investissements les plus utiles pour l’économie nationale et mondiale.

Sans de telles mesures, que seuls les gouvernements d’Etats-nations souverains peuvent prendre de manière efficace, les effets de friction dus à des politiques d’investissements et d’échanges décentralisées et relativement anarchiques feront baisser les prix de certains biens au point de paupériser et piller l’économie et la population, tout en encourageant l’émergence de quasi-monopoles prédateurs dans des domaines cruciaux pour les échanges nationaux et internationaux. Ces effets sont d’autant plus probables et destructeurs dans les économies où règne, outre la compétition sur les prix des biens, le travail et les actifs financiers, un « libéralisme » sur la valeur de la monnaie elle-même.

Les économies de la plupart des nations ont eu à souffrir de la mise en oeuvre de ces politiques « libérales » et de leurs effets associés.

Dans une économie industrielle moderne, ce danger est fortement aggravé étant donné les modes d’investissements productifs à forte intensité capitalistique. Pour encourager les investissements dans les biens d’équipement ayant une demi-vie de trois à vingt-cinq ans, il faut disposer de capital à des prix faibles et relativement fixes. Ceci est impossible à assurer au niveau des échanges et des investissements internationaux en l’absence de taux de change soigneusement régulés et relativement fixes sur le long terme. C’est également impossible à atteindre si le prix du capital est trop élevé, du fait que ce capital est escompté pour refléter les fluctuations du prix des monnaies entre elles.

De manière générale, l’économie moderne a besoin d’un taux d’intérêt d’emprunt de base pour le crédit émis par la banque nationale de 1 à 2% par an, pas plus. De même, des investissements capitalistiques à grande échelle dans la production et la distribution ne pourront se faire que si l’on prépare et entretient le terrain qui leur est propice, à savoir l’infrastructure de base. Les investissements de ce type dans le développement et la maintenance de l’infrastructure ont généralement (comme c’est le cas pour les voies ferroviaires, les systèmes de gestion de l’eau et les réseaux électriques) une échéance d’un quart de siècle, sinon plus. Ils ne sont supportables que si le capital à cet effet est disponible aux taux les plus faibles possibles, soit de l’ordre de 1 à 2%.

A une époque où les échanges internationaux de biens de production ou connexes constituent une fraction importante du chiffre d’affaires total de l’économie nationale pour tous les grands pays ayant une avance technologique, une certaine stabilité des prix mondiaux est requise pour les biens comme pour les crédits destinés à l’investissement capitalistique (à des niveaux égaux ou légèrement supérieurs à ceux requis par chaque économie nationale).

En somme (...), la régulation des affaires, selon les lignes indiquées ici, est la pré-condition pour que l’économie mondiale et les économies nationales connaissent une croissance saine et durable. Sans ce type d’accords entre gouvernements nationaux souverains, il ne sera pas possible de créer les préconditions pour une solide reprise internationale. Il ne peut y avoir d’économie, du moins pas pour longtemps, sans que l’Etat-nation n’exerce ses fonctions « protectionnistes » et régulatrices souveraines. Ceux qui supposent le contraire se trompent et trompent les autres.

Le fléau le plus évident découlant de l’absence de telles institutions protectionnistes est la tendance à se servir des mouvements de prix anarchiques et artificiellement induits sur les marchés pour piller les investissements en biens d’équipement productifs à forte intensité technologique et à relativement long terme, en favorisant les investissements à moindre intensité capitalistique, moins productifs et à court terme, avec, pour conséquence, l’abandonner des dépenses nécessaires au progrès scientifique et technologique. Tout ceci converge pour privilégier les investissements purement spéculatifs, en opposition aux investissements financiers productifs, et faire de la rentabilité des dépenses monétaires apparentes le principal facteur régulateur de l’investissement et du commerce, plutôt que de privilégier pour leur mérite économique les options d’investissement alternatives à moyen ou à long terme.

Dans des conditions de libre-échange incontrôlé, les économies nationales et mondiales affectées revêtent un caractère de plus en plus parasitaire. La tendance à délaisser l’investissement productif, surtout l’investissement en vue d’une haute densité capitalistique et énergétique, en faveur de projets non intensifs ou qui sont parfois de purs gaspillages, devient hégémonique ; c’est ce qui est arrivé à l’économie américaine dès 1966-67, début du changement dans les orientations de l’économie nationale et du budget.

La détérioration qui affecte ainsi l’économie se traduit par l’usure des équipements correspondant aux investissements à long terme pour améliorer le capital productif, cette usure indiquant le rythme de la dégénérescence économique sur le long terme postérieure aux changements instaurés depuis 1966-67. Si l’on fait le bilan de la dégénérescence de l’économie américaine sur la période 1966-1998, les industries dont le rythme de renouvellement du capital est le plus rapide sont touchées au bout d’une dizaine d’années, les conséquences à long terme dans le domaine de l’éducation et des autres secteurs d’infrastructures économiques de base se mesurant sur une génération ou plus.

Cette dégénérescence frappant en priorité les investissements en capital (par exemple l’amélioration à long terme de l’infrastructure économique de base), donc relativement épargnés par les considérations de marché à court terme, les pertes encourues chaque année par l’économie sont en quelque sorte temporairement cachées, elles ne sont pas prises en compte dans les procédures de comptabilité nationale. N’importe quel gouvernement peut simplement, dans la comptabilité nationale, décider ainsi d’ignorer comptablement ce qui n’est pas dépensé durant une période donnée, donc de ne pas prendre en compte ce qui devrait être considéré comme un coût relatif à la valeur ajoutée produite annuellement. Des milliers de milliards de dollars de pertes sur le poste « infrastructure » aux Etats-Unis ont ainsi été enterrés durant les années 70, précisément grâce à cet artifice comptable. Si ces coûts du capital, cachés mais réels, sont pris en compte, on peut calculer que l’économie américaine a opéré dans son ensemble avec une perte nette d’au moins 2 à 3% par an, durant toute la période 1972-1998. Si nous prenons en compte la part de revenu acquise par l’économie à partir du pillage de l’Amérique latine et d’autres nations « clientes », durant la même période, nous avons une meilleure estimation de la véritable source de l’indéniable catastrophe qui touche ce qui fut il y a trente ans une économie prospère : l’économie américaine.

Le processus dégénératif, conséquence récurrente des périodes dominées par les politiques de « libre-échange », aboutit à un détournement de richesse à partir de pratiques productives vers des pratiques non productives - quand elles ne sont pas ouvertement destructrices, comme par exemple lorsque l’on utilise le système financier comme lieu de blanchiment pour les opérations de trafic de drogue international. Une telle substitution entraîne le détournement de cette partie de la richesse nationale qui, précisément, est essentielle au maintien d’une croissance économique saine. Le comportement de Dominique Strauss-Kahn et de Paul Krugman, en tant qu’adeptes d’une variante dangereuse du « culte du cargo », est représentatif de l’idéologie de pillage organisé inhérente aux politiques de « libre-échange » et de « globalisation ». Malheureusement le « culte du cargo » est aussi à l’origine d’une part prépondérante des présomptions axiomatiques du Président. Lors des conférences de Washington, il en a exhibé une forme mortelle, potentiellement fatale.

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