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Daisuke Kotegawa : deux décennies perdues pour l’UE et les Etats-Unis

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Présentation de Daisuke Kotegawa, directeur de recherche de l’Institut Canon d’Etudes globales, ancien responsable du Japon au Fonds monétaire international (FMI), à la conférence internationale de l’Institut Schiller les 13 et 14 avril 2013 à Flörsheim, Allemagne.

En tant que directeur du ministère des Finances, j’étais en charge de la liquidation des principales institutions financières japonaises en 1997 et 1998, telles que Yamaichi Securities, LTCB et la Nippon Credit Bank (NCB).

A l’époque, nous avons réussi à contenir une gigantesque entreprise de mise en faillite d’institutions financières tout en évitant que le Japon ne devienne l’épicentre d’une crise économique mondiale.

Au cours du week-end où nous avons accompli ceci, nous avons dénoué toutes les transactions transfrontalières en cours, incluant celles impliquant d’immenses sommes de produits financiers dérivés. C’est cela qui n’a pas été fait par les autorités américaines et britanniques lors de la faillite de Lehman Brothers, ce qui a provoqué la crise économique mondiale.

Malgré notre réussite, nous avons été vertement critiqués par certains dirigeants d’autres pays, notamment des gens comme mon ancien ami Larry Summers [le conseiller économique qui a convaincu le Président Clinton d’abroger la loi Glass-Steagall en 1999, aujourd’hui conseiller d’Obama] et d’autres, aujourd’hui à leur tour aux prises avec la crise.

Au cours de la crise qu’a connue notre pays, des enquêtes publiques ont été menées et des poursuites en justice engagées, qui ont conduit à la perte de plusieurs collègues et amis ; certains ont été arrêtés et d’autres se sont suicidés. Ils siégeaient au conseil d’administration des grandes institutions financières qui furent liquidées.

Il est étrange de constater aujourd’hui comment des gens qui ont travaillé au Japon pour éviter que la crise ne se propage au reste du monde ont été punis, tandis que les véritables responsables ne l’ont pas été. En attendant, en tant que survivant de cette crise, il est facile pour moi de prévoir ce qui va arriver ensuite dans la crise actuelle ; cela me rappelle fortement les événements d’il y a dix ans.

Pourquoi en Europe les gens souffrent-ils de la crise actuelle ? La réponse est simple : Une bulle, initiée au début des années 2000, a explosé avec le choc de Lehman Brothers.

Qu’est-ce qu’une bulle financière, alors ? Une bulle financière se forme lorsque les gens rêvent que la prospérité durera indéfiniment. Dans le cas du Japon, les gens rêvaient que les prix de l’immobilier et des actions augmenteraient toujours. Qu’est-il arrivé en Occident ?

La crise a été déclenchée avec l’achèvement de l’abrogation de la loi Glass-Steagall en 1999. Ce changement de politique a permis aux banques d’investissement de mobiliser l’épargne collectée par les banques commerciales comme sources de liquidités pour leurs opérations, qui pourraient être parfois appelées « activités de casino ». Cela a également permis de faire en sorte que les pertes encourues dans le cadre des activités des banques d’investissement soient couvertes par l’injection de fonds publics, sous prétexte de sauver le système financier.

Pour sauver l’Europe, liquidons les banques d’affaires dès maintenant

Les opérations des banques d’investissement ont explosé, notamment grâce à l’envolée des produits financiers dérivés. Des profits imaginaires, faux et virtuels, ou des commissions prélevées au cours des ces opérations ont conduit les banques d’investissement à payer des salaires et des primes extraordinaires. Les banques d’affaires de Wall Street, telles que Goldman Sachs, Merrill Lynch, Morgan Stanly et JP Morgan, ainsi que celles de la City de Londres, comme Barclays, Royal Bank of Scotland, Lloyds, ont engrangé des profits sans précédent. Certaines institutions en dehors des pays anglo-saxons, qui ont été en partie américanisées, comme Deutsche Bank et UBS, ont emboîté le pas.

L’autre eldorado imaginaire c’était l’Europe au cours de la même période. On pourrait l’appeler la « bulle des adhésions à l’UE ». Les nouveaux venus ou mêmes les simples candidats à l’adhésion à l’Union européenne ont bénéficié d’apports de capitaux extraordinaires, qui ont conduits à de fortes augmentations des salaires et des prix de l’immobilier. Les critères d’adhésion ont parfois été manipulés, en utilisant des produits dérivés proposés par les banques d’investissement. Ces bulles se sont effondrées en 2008 avec la liquidation de Lehman Brothers.

Aux Etats-Unis et en Europe, il semble qu’aucune leçon n’ait été retenue de la crise de la fin des années 90, c’est-à-dire comment maintenir la confiance des marchés financiers, et puis aussi savoir faire la différence entre un ralentissement économique normal et une crise causée par un krach financier. Les exemples sont pourtant nombreux, à commencer par la crise mexicaine de 1994, suivie de la crise asiatique [1997, ndlt] et la crise financière japonaise dont j’ai eu à m’occuper.

Comme je l’ai répété à plusieurs reprises, il y a deux étapes à suivre lorsqu’un pays doit faire face à une crise économique causée par un crash financier :

Premièrement, les pays concernés doivent restaurent la confiance dans leur système financier, puis, en second lieu, en faisant appel à des stimulations fiscales, revitaliser l’économie réelle.

Pour restaurer la confiance dans leur système financier, ces pays doivent créer trois types de filet de sécurité :

  • Etablir un mécanisme pour renflouer les institutions financières ;
  • Etablir un système permettant de tronçonner les prêts non productifs ;
  • Etablir un système par lequel l’Etat peut garantir les prêts interbancaires.

Ces filets de sécurité ont été mis en place dans la région transatlantique après la faillite de Lehman Brothers en octobre 2008. Mais l’ordre dans lequel ils ont été mis en place était complètement erroné. Laissez-moi vous présenter ce qui aurait dû être fait.

  1. Un examen rigoureux des bilans par les autorités publiques évaluant les avoirs au prix du marché (mark-to-market). Cet examen aurait permis une évaluation correcte des prêts non productifs.
  2. De tels calculs auraient du montrer une quantité inédite de prêts non productifs, car les cotations des produits sécurisés avaient été suspendues à cause du choc de Lehman Brothers.
  3. La plupart des grandes banques occidentales, en particulier les banques d’investissement, seraient devenues largement insolvables en conséquence.
  4. La quantité totale de fonds publics devant être injectés pour renflouer ces banques doit être honnêtement calculée puis divulguée à la population. Ceci est essentiel pour informer le marché de l’ampleur du problème puis, une fois que le renflouement a été effectué, restaurer la confiance en montrant que tous les prêts non productifs ont été couverts par l’injection d’argent public et que les banques survivantes sont propres.
  5. La plupart des banques d’investissement doivent être liquidées car la quantité d’argent public nécessaire à leur sauvetage dépasse ce dont disposent les Etats.
  6. Les dirigeants des institutions défaillantes requérant de l’argent public doivent être poursuivis en justice en raison du rôle qu’ils ont pu jouer en rendant le recours à l’argent public indispensable au sauvetage du système financier.

Dans le cas des Etats-Unis et des pays européens, ce type d’examen indépendant et fiable par les autorités bancaires n’a jamais été effectué, ou les véritables résultats des tels examens, s’ils ont eu lieu, n’ont jamais été rendus publics.

On a introduit à la place des examens factices baptisés « stress tests », afin de détourner l’attention. Les banquiers ont embelli les bilans de leur institutions, qui auraient du être déclarées insolvables il y a bien longtemps. Sans ce type de transparence, il est impossible de persuader tous les acteurs du marché que toutes les institutions financières ont été correctement nettoyées sous l’autorité des gouvernements.

Je vous fais part de l’anecdote suivante : lorsqu’au Japon nous avons été confrontés à la crise financière, nous avons reçus de nombreuses recommandations d’économistes renommés aux Etats-Unis, incluant Larry Summers. Ils disaient :

  1. Obligez les banques « à atterrir en douleur », c’est-à-dire qu’elles doivent être liquidées.
  2. Reportez-vous bien à la valeur fixé par le marché pour calculer la quantité de prêts non productifs.
  3. N’arrêtez pas les ventes à découvert.
  4. Ne renflouez par les banques.

Comme vous pouvez le constatez facilement, après le choc de Lehman Brothers, ces conseils n’ont jamais été respectés par leurs auteurs.

Si la plupart des banques d’investissement avaient été liquidées après la faillite de Lehman Brothers, les obligations des gouvernements européens n’auraient pas été attaquées par elles, soit par des ventes à découvert ou par des CDS (swaps sur défauts de paiement).

Ce sont ces banques d’investissement qui ont attaqué les obligations des gouvernements européens en vue d’empocher d’immenses profits, dans un contexte où de nombreux investisseurs cherchaient à se mettre à l’abri d’une insolvabilité. De telles attaques ont provoqué des restrictions budgétaires, au moment même où les gouvernements se voyaient obligés de dépenser plus pour relancer l’économie, car les ménages et les entreprises étaient contraint de se serrer la ceinture pour rembourser des prêts surdimensionnés.

Comme je l’ai mentionné auparavant, le recours à de tels plans de relance a été contrarié par les attaques des banques d’investissement contre les obligations d’Etat. Les autorités européennes n’ont pas poursuivi les banquiers responsables de la crise, et qui en ont de surcroît bénéficié le plus.

Ils ont plutôt préféré recommander de suivre une politique complètement erronée, qui est l’austérité budgétaire et de faire payer le contribuable. Cette situation est ridicule et si une politique aussi stupide devait continuer, l’Europe devra souffrir pour deux décennies, j’en au bien peur.

Je voudrais également en profiter pour commenter les politiques stupides adoptées par les autorités européennes à Chypre. Il est de la plus haute importance de garantir jusqu’à un certain niveau tous les dépôts dans le pays. Ainsi, dans la plupart des pays maintenant, il existe un plafond en-dessous duquel tous les dépôts sont protégés en cas de crise. Ce qui est arrivé à Chypre est complètement à l’opposé de cette politique, où l’on a tenté d’introduire un système au sein duquel les épargnants sont amenés à perdre une partie de leur argent. Ceci va complètement détruire la confiance à l’égard du système financier, aggravant par conséquent la crise financière.

Je ne comprends pas pourquoi les gens de Bruxelles devraient recourir à une politique aussi stupide qui, aux yeux de toute personne compétente, serait immédiatement vue comme une mauvaise politique pour restaurer la confiance. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.

Comme vous le savez, une banque peut opérer aussi longtemps qu’elle maintient 10 % de ses actifs sous forme de fonds propres. Le cœur du métier bancaire est la création de cette confiance. Prenez par exemple une banque détenant des actifs de 100 millions. Elle n’a pas besoin de garder 100 millions en liquidités disponibles car tant que règne la confiance, les épargnants ne demanderont pas de disposer de leur argent en même temps. La différence entre les réserves obligatoires de 10 millions et les 100 millions que nous venons de mentionner peut être utilisée comme source de prêt supplémentaire, au-delà des fonds propres et réserves de la banque.

La politique choisi par l’Union européenne détruit cette confiance. Elle viole la notion de base sur laquelle une banque peut exister et opérer. J’espère que ce type de politique, qui a été suggéré par Bruxelles, sera abandonné au plus vite, car elle aura un effet de contagion sur les autres pays.

Il est vital de rétablir la loi Glass-Steagall dès maintenant, et les banques d’investissement doivent être liquidées le plus tôt possible afin de sauver l’Europe. Ceci est une guerre contre des banquiers fourbes, qui ont gagné beaucoup d’argent par le jeu et laissé les contribuables payer pour les pertes, tandis qu’ils ont échappé aux impôts et autorités de régulation financière (qui sont leurs alliés) en se réfugiant dans les paradis fiscaux.

Ceci est une guerre en l’honneur des travailleurs diligents qui travaillent durement pour réussir à mettre de côté dans les banques commerciales une épargne modeste tout en payant honnêtement leurs impôts.

Ceci est mon opinion personnelle. Merci.

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  • petite souris • 17/04/2013 - 22:40

    merci !
    Il est intéressant de constater que ce japonais veuille aussi une séparation stricte des banques, et que de plus en plus de gens dans le monde entier soutiennent et partagent cette idée.
    Sera-ce suffisant pour faire "plier" nozélites européennes tout de suite ?
    En tout cas cette idée ne pourra pas mourir

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