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Fusion UE-OTAN : Non à une Europe empire !

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Empêchons la militarisation de l’UE !

La tentative des gouvernements européens de faire ratifier le Traité de Lisbonne à la hussarde, tout en laissant les populations dans l’ignorance sur le fait que le peu de souveraineté qu’il leur reste sera broyé par une dictature supranationale, n’est que l’aspect le plus choquant d’un incroyable scandale. Car, dans le même élan, l’Union Européenne sera transformée en alliance militaire étroitement intégrée dans l’OTAN, une OTAN transformée en capacité d’intervention planétaire intervenant dans toutes les circonstances possibles et imaginables. L’intégration de l’UE dans cette force de frappe impériale doit faire surgir en chaque citoyen pacifique le désir d’exercer un droit de résistance stipulé dans l’article 20, paragraphe 4 de la Loi fondamentale (constitution) allemande – un droit que nous possédons encore !

La session plénière du Bundestag du 13 mars, où moins d’un dixième des parlementaires furent présents, ressemblait plus à une scène de théâtre absurde qu’à un débat sérieux sur le Traité de Lisbonne, qui bouleverserait tout l’ordre légal de l’Europe. Les sophistes d’Athènes seraient morts de jalousie d’entendre les représentants des grands partis CDU/CSU, SPD, FDP [1] et Verts s’affronter sur « les défis globaux, » la « crédibilité européenne » et la « solution préventive des conflits ». Ni un mot sur la panique qui hante les marchés financiers à cause de l’effondrement du dollar et de la faillitedes hedge funds, ni réflexion sur la possibilité d’une solution à la Roosevelt dans le cadre du Traité européen.

Le danger d’une militarisation de l’UE et de son intégration dans l’OTAN résultant du Traité de Lisbonne devient clair quand on regarde les propositions de « réformes » de l’OTAN, parmi lesquelles se trouvent le changement des statuts visant la suppression du droit de veto et la fin des décisions à l’unanimité, à l’instar des décisions « à majorité qualifiée » au sein de l’UE.

Il faut souligner que le Traité de Lisbonne stipule que la politique de défense des Etats membres se conçoit dans le cadre de l’OTAN et que la clause de solidarité, applicable entre membres de l’OTAN, risque de s’étendre aux membres de l’UE. Ainsi, les deux institutions se fonderont en une seule puissance impériale libre de s’engager dans des interventions militaires auxquelles aucun Etat membre ne pourra s’opposer.

Le rapport des cinq généraux

Bien que ce ne soit pas encore la politique officielle de l’OTAN, il faut prendre très au sérieux la perspective indiquée par certains cercles néo-conservateurs cherchant à réformer l’alliance. Sous le titre « Vers une grande stratégie pour un monde incertain, » cinq généraux à la retraite ont mis en avant un nouveau concept pour l’OTAN, dans lequel une nouvelle structure de défense, comprenant les Etats-Unis, l’UE et l’OTAN, relèverait les six défis majeurs de notre époque :

  • la croissance démographique (!)
  • le changement climatique ;
  • la sécurité des approvisionnements en énergie ;
  • le déclin de la rationalité et la montée de l’irrationnel (!) ;
  • l’affaiblissement des Etats-nations et les institutions internationales telles que l’ONU, l’UE et l’OTAN ;
  • la face sombre de la mondialisation : le terrorisme, le crime organisé, la prolifération des armes de destruction de masse, l’abus des ressources financières ou du contrôle de l’énergie, les migrations de population, le sida et autres épidémies.

Ce document, signé par cinq anciens chefs d’état-major, le Dr Klaus Naumann (Allemagne), le maréchal anglais Lord Inge, le général étasunien John Shalikashvili, l’amiral français Jacques Lanxade et le général néerlandais Henk van den Breemen, est extrêmement inquiétant. Dans un amalgame de mensonges et de tromperies, les auteurs décrivent un monde débordant de dangers et de problèmes où l’on met sur le même plan la nuisance des paparazzis, le terrorisme et le changement climatique.

Pour l’essentiel, ce document se situe dans la tradition du National Security Study Memorandum 200, que Kissinger avait élaboré en 1974 en tant que Conseiller à la Sécurité du président Nixon, exigeant un droit absolu d’accès aux matières premières pour les pays développés. Le passage où les pays africains ou la Chine sont accusés d’abus d’influence financière (dite « rogue aid » ou aide illicite) est proprement scandaleux.

Les investissements dans les infrastructures, les chemins de fer ou les barrages pour lesquels ils utiliseront des matières premières ou de l’énergie, sont accusés de miner les intérêts de l’Occident ! Sur cette question, on peut dire qu’il n’y a aucun doute que si les pays occidentaux avaient aidé au développement de l’Afrique dans les soixante dernières années, ce problème ne se serait pas posé dans les mêmes termes.

En réalité, du point de vue des auteurs de ce document, le monde apparaît comme un cauchemar hobbesien, dans lequel on est forcé, en classant le monde en catégories malthusiennes et géopolitiques, d’imposer une montée en puissance d’une OTAN transformée, toujours ouverte à une plus grande expansion. Les auteurs font écho à la doctrine utopiste de la « révolution dans les affaires militaires, » lorsqu’ils parlent d’un « nouveau principe consistant à minimiser les dommages et à obtenir la victoire par la paralysie de l’ennemi » ; principe selon lequel « tous les instruments du pouvoir appliqués de façon chirurgicale » peuvent être appropriés.

Au chapitre 3, dans la section « principes, » le rapport affirme : « Observer simultanément la proportion de l’attaque et la limite des dommages deviendra extrêmement difficile dans les cas où l’emploi de l’arme nucléaire doit être envisagé. L’emploi d’armes nucléaires en premier doit rester, dans le frémissement de l’escalade, l’instrument ultime permettant de préempter l’usage des armes de destruction de masse afin d’éviter de vrais dangers existentiels. De prime abord, cela peut paraître disproportionné ; mais vu le danger que cela pourrait prévenir, cela pourrait bien être proportionné. »

Le fait même d’envisager l’emploi de l’arme atomique « en premier, » dans le simple « frémissement de l’escalade, » rend floue la distinction fondamentale entre l’arme nucléaire et les armes traditionnelles, une distinction à l’origine même du concept de dissuasion nucléaire ; cette distinction cesserait alors d’exister. Ainsi, une attaque avec les armes nucléaires devient pensable, notamment par des armes nucléaires miniaturisées propres (« mini-nukes ») dont l’emploi a été récemment envisagé par la faction militaire utopiste. En plus du scénario cauchemardesque d’une guerre globale asymétrique engendrée dans de telles circonstances, une autre considération importante existe : à savoir, si une frappe nucléaire en premier ne viole pas le paragraphe 80 du Code criminel et le paragraphe 2 du Chapitre 1 de la charte des Nations unies, et si une telle frappe ne doit pas être considérée comme une punition collective.

Jusqu’ici, la loi internationale reste de mise. Cependant, si cette nouvelle stratégie de l’OTAN devient une réalité, elle serait jetée aux oubliettes. Les auteurs évoquent, tout comme Tony Blair, un « monde post-westphalien ». Puisque c’est précisément la Paix de Westphalie qui a établi le droit international des nations, les auteurs entendent, en langage clair : un « monde post-droit international, » où, avant toute chose, le principe de la souveraineté nationale ne sera plus reconnu. Ainsi, dans le troisième chapitre de leur pamphlet, appelé « Eléments, » ils affirment qu’une nouvelle dissuasion serait nécessaire, qui lancerait un message extrêmement clair aux ennemis : il n’existe pas, et n’existera jamais nulle part, un endroit « où vous vous sentirez en sécurité ; un effort sans relâche sera fait pour vous poursuivre et vous priver de toute option que vous pourriez développer pour nous infliger des dommages ». Force est de constater qu’il n’existe aucune feuille de vigne assez large pour cacher les véritables intentions de ces prétendues « opérations militaires préventives à but humanitaire ».

Solana provoque les Russes

Que ces sources militaires soient correctes ou non, ce document sera au centre des discussions lors du sommet de l’OTAN à Bucarest début avril et on ne peut pas le mettre de côté comme une simple fabulation morbide de quelques docteurs Folamour. D’ailleurs, la semaine dernière, le commissaire européen Benita Ferrero-Waldner et le haut représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), Javier Solana, ont présenté un document de l’UE qui reprend l’une des thèses des généraux sur l’impact du changement climatique sur la politique de Sécurité de l’UE, tout en formulant en même temps le besoin d’un nouveau concept stratégique pour l’OTAN.

Dans le document de Solana, le changement climatique est désigné comme « un multiplicateur de menaces, » intensifiant notamment les rivalités pour les matières premières stratégiques dans la région de l’Arctique, région où la fonte des glaces ouvrirait de nouvelles voies maritimes pour le commerce. Le quotidien britannique The Guardian, dans un article faisant le parallèle entre le texte de Solana et celui des généraux, note que les tensions montent entre la Russie et la Norvège, pays membre de l’OTAN, à propos des réserves de gaz et des champs pétroliers sous la glace des Iles Spitzberg.

Le document de l’UE élaboré par Solana a immédiatement provoqué un torrent de commentaires dans une bonne cinquantaine de medias russes. Typique de ces réactions fut la couverture de l’agence économique RBC qui titrait que « L’Union Européenne prépare une bataille avec la Fédération russe sur l’Arctique, » et cite l’analyste Dimitri Ievstafiei : « Contrairement à des prises de position similaires provenant d’experts européens et américains, il s’agit d’un document officiel. C’est la première déclaration officielle de l’UE qui affirme qu’il existe un antagonisme avec la Russie. »

RBC cite un autre expert, Alexander Iakouba de Cross Media Communications, qui estime que les Etats-Unis pourraient tenter de séparer le Groenland (le seul territoire européen qui borde l’Arctique) du Danemark, dans un scénario du type Kosovo. RBC ajoute : « Force est de constater que l’auteur du rapport [de l’UE], est un ancien secrétaire général de l’OTAN. Ce n’est pas un novice dans l’emploi de menaces ou de la force pour résoudre différents problèmes. Il suffit de rappeler son rôle dans la décision d’employer la force dans la guerre civile de l’ex-Yougoslavie. Par conséquent, ses déclarations peuvent être interprétées comme des tentatives visant à influencer la situation sur le continent en faveur des forces anti-Russes. Et cela veut surtout dire : donner plus de pouvoir, au sein de l’OTAN, aux Etats-Unis. »

Même si cet article ne saisit pas toute la complexité de l’emprise croissante de l’Empire britannique sur les Etats-Unis et l’Europe, car il serait plus juste de parler d’une nouvel empire USA-UE-OTAN, le message a bien été reçu : l’UE se place dans une position antagoniste à la Russie.

Comme le document de Solana, le Traité de Lisbonne et le document stratégique des cinq généraux risquent de consolider la conviction de la Russie, de la Chine, de l’Inde et d’autres nations, qu’aucune différence notable n’existe en définitive entre l’expansion de l’OTAN vers l’est et l’élargissement de l’UE, et que ces deux entités ne font partie que d’une même stratégie d’encerclement, en particulier de la Russie et de la Chine.

Le gouvernement russe en déduit également que la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par l’UE n’est que le début de la destruction d’un ordre international qui a mis des centaines d’années à émerger, un ordre précisément fondé sur le droit international appelé à exister à partir de la Paix de Westphalie.

Le sommet de l’OTAN

Dans ce contexte, il est intéressant de noter et de considérer comme positif que le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, fasse actuellement campagne pour une nouvelle version de l’Ostpolitik [2], comme celle mise en oeuvre par l’Allemagne pour rompre avec la guerre froide. Reste à savoir ce qui en sera la substance. Comment se fait-il qu’un diplomate aussi chevronné que Steinmeier, partisan d’une ratification rapide du Traité de Lisbonne, ne voit pas les dangereuses implications d’une fusion entre l’UE et l’OTAN ? Bien que la France et l’Allemagne tirent la sonnette d’alarme, sans grand enthousiasme, et refusent de mettre à l’ordre du jour du sommet de Bucarest les adhésions de la Géorgie et de l’Ukraine à l’OTAN – afin, comme le formulait un diplomate allemand, de ne pas aggraver les tensions avec Moscou, déjà rudement mises à l’épreuve par l’affaire du Kosovo – tout cela ne met pas un terme à une politique de confrontation.

Un sujet important pour ce sommet de l’OTAN – auquel Poutine, président sortant, est également convié – est la situation et les perspectives pour l’Afghanistan. Tandis que le secrétaire étasunien à la Défense Robert Gates, tout comme le général allemand Klaus Naumann, plaident pour un déploiement des troupes allemandes dans le sud de l’Afghanistan dans cette guerre (déjà perdue), Poutine a formulé une offre qui fait sensation : que la Russie participe à la lutte contre les Talibans ; une offre qu’on aura bien du mal à rejeter sans soulever d’interrogations des plus désagréables, vu l’état désespéré de la situation des troupes de l’OTAN sur place.

Une autre proposition appropriée à la situation actuelle est celle du Lieutenant-Colonel Jürgen Rose. Ce gradé de l’armée allemande a acquis l’an dernier une certaine notoriété en s’opposant au déploiement des avions Tornado en Afghanistan. Vu la débâcle généralisée des opérations militaires en Irak, en Afghanistan et ailleurs, Rose recommande qu’on admette la fin peu glorieuse de l’alliance militaire. Selon lui, la dissolution de l’OTAN créera l’occasion unique d’un monde plus pacifique.

Conclusion

A l’heure où une vaste tempête financière secoue le système financier mondial, dont la chute du dollar, la faillite des hedge funds, l’assèchement des marchés du crédit pendant les huit derniers mois, et l’hyperinflation galopante ne sont que des éléments, la tentative de fusionner l’UE et l’OTAN en un monstre impérial doit être stoppée au plus vite.

Il est clair que l’oligarchie financière, dominée par la pensée de l’Empire britannique, a ni plus ni moins pour but de plonger l’ensemble du monde dans le chaos. C’est dans cette perspective qu’il faut situer la politique d’encerclement de la Russie et les provocations contre la Chine visant à ruiner les Jeux Olympiques, sans oublier l’ingérence dans les affaires internes des pays africains et de l’Inde. Pour toute personne qui réfléchit, poursuivre cette voie implique immédiatement de nouvelles guerres, notamment celle contre l’Iran, conduisant tôt ou tard à une guerre mondiale.

Pour cela, la ratification du Traité de Lisbonne, qui est une composante intégrale de ce dispositif impérial, doit être arrêtée et, en définitive, avortée. Le Parlement allemand est confronté au défi immédiat de créer une loi permettant un référendum populaire sur le traité, qu’on organisera de préférence au même moment où des référendums sur la même question se tiendront dans l’ensemble des pays européens.

Afin d’empêcher que le monde ne plonge rapidement vers l’équivalent d’un nouvel âge des ténèbres provoqué par le chaos, la guerre et l’effondrement des niveaux de vie, nous mettons sur la table la question d’une nouvelle architecture financière, celle d’un « Nouveau Bretton Woods » et d’un New Deal à l’échelle planétaire dont le « Pont terrestre eurasiatique, » un grand projet d’infrastructure reliant l’Atlantique au Pacifique, sera le pivot.

Nous n’avons pas besoin de la vision paranoïaque de l’homme propre à Hobbes, vision qui sous-tend l’étude des cinq généraux, et selon lequel l’homme est un loup pour l’homme. Abandonnons aussi la vision malthusienne et géopolitique qui résulte d’une telle vision bestiale de l’homme. Par ailleurs, la politique de frappe nucléaire « en premier » doit être bannie, parce qu’elle représente ce type de pensée pour laquelle, il y a à peine 60 ans, on jugea des hommes au tribunal de Nuremberg.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin d’affirmer de nouveau le principe de la Paix de Westphalie. Et encore mieux, nous avons besoin de l’amour pour l’humanité, et de l’idée d’une communauté internationale qui, par l’image de l’homme universel, nous unit, digne des meilleures traditions des grands penseurs de toutes les cultures. Beethoven et Schiller appartiennent à cette tradition, tout autant que Confucius, Vernadski ou les philosophes à l’origine des écrits védiques de l’Inde.

La question n’est donc pas de savoir si l’hymne à la joie de Schiller et Beethoven doit être l’hymne de l’Europe, mais si nous sommes encore dignes de telles beautés !

Notes :


[1] Union démocrate chrétienne/Union sociale chrétienne, Parti social-démocrate, Parti démocrate libre (NDLR).

[2] Il s’agit de la politique de détente vis-à-vis de l’Europe de l’est, débutée en 1963 sous le gouvernement Willy Brandt (NDLR).

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