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Intervention d’Helga Zepp-Larouche au Forum de Rhodes sur le Dialogue des civilisations

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Discours prononcé le 7 octobre en clôture du Forum de Rhodes sur le Dialogue des civilisations.

Une Perspective pour l’avenir de l’humanité

Mesdames et Messieurs,

Plusieurs questions importantes ont été discutées au cours des derniers jours dans le cadre de ce Forum, mais je partage le point de vue du professeur Dallmayr à l’effet que nous ne pouvons conclure cette conférence sans nous pencher de nouveau sur la réalité que représente pour la civilisation la menace imminente d’une guerre thermonucléaire.

La possibilité d’une attaque militaire sur l’Iran, l’escalade de la tension entre la Syrie et la Turquie, le déploiement de porte-avions américains dans l’ouest du Pacifique à proximité d’îles faisant l’objet de disputes territoriales, ainsi que la déclaration d’Hillary Clinton avertissant que toute attaque [chinoise] sur ces îles déclencherait l’application du traité militaire entre le Japon et les Etats-Unis, l’accord du gouvernement espagnol pour participer au bouclier anti-missiles en Europe, tous ces développements montrent que nous sommes confrontés à un danger mortel.

Au cours des dernières semaines, la menace existentielle à laquelle fait face l’humanité a été pleinement reconnue par les gens capables de réfléchir. La politique de « changement de régime » poursuivie de manière presque continue depuis la chute de l’Union soviétique, qui a d’abord consisté à « bombarder l’Irak pour le ramener l’âge de pierre », à transformer l’Afghanistan en cauchemar, à plonger la Libye dans l’anarchie puis à imposer l’intervention étrangère et la guerre religieuse à un Etat laïc comme la Syrie, embrasera le monde, en cas d’attaque militaire contre l’Iran, dans un incendie incontrôlable.

Le Proche et le Moyen-Orient menacent de devenir de nouveaux Balkans où, comme avant la Première Guerre mondiale, les alliances existantes pourraient conduire à une conflagration générale. L’impensable pourrait arriver, c’est-à-dire que la destruction mutuelle assurée pourrait ne plus avoir d’effet dissuasif, mais au contraire devenir la conséquence d’une guerre au cours de laquelle les armes thermonucléaires seraient utilisées, menant l’espèce humaine à l’extinction. Non pas dans un futur lointain, mais d’ici quelques semaines.

La dynamique derrière ce danger de guerre est accentuée par l’accélération de l’effondrement du système financier transatlantique. La politique d’expansion de liquidités décrite par Bernanke sous l’euphémisme d’« assouplissement quantitatif III » est aussi hyperinflationiste que les achats illimités d’obligations des Etats membres de la zone euro par la Banque centrale européenne de Mario Draghi. L’impression d’argent hyperinflationiste, conjuguée à une austérité brutale contre les peuples et l’économie réelle – à la manière du Chancelier Brüning – a déjà provoqué la chute de l’espérance de vie de millions de gens en Grèce, en Italie, en Espagne et au Portugal, et menace de plonger l’Europe dans un chaos social généralisé.

L’humanité fonce à pleine vitesse dans le mur. La question à laquelle nous devons rapidement répondre est de savoir si l’espèce humaine, menacée d’autodestruction, est suffisamment intelligente pour changer de cap à temps, et abandonner ce paradigme ruineux qui consiste à consolider un empire mondial et prétendre résoudre les conflits géopolitiques en ayant recours à la guerre, pour le remplacer par un autre paradigme plus viable.

Pour résoudre ce problème, nous devons traiter une question de nature épistémologique : répudier les reliques de méthodes de pensée ancrées dans le système oligarchique, incluant les conceptions déductive, positive, empiriste, monétariste et de projection statistique linéaire exprimant un mauvais infini, en raison de leur appartenance à une vision du monde incohérente avec les lois de l’univers physique réel, ainsi qu’avec la créativité et la raison humaines.

Nous devons plutôt développer, avec la même créativité et le même amour pour l’humanité que celui animant des penseurs comme Nicolas de Cues, Johannes Kepler, Gottfried Leibniz, Jean-Sébastien Bach, Ludwig van Beethoven, Friedrich Schiller, Vladimir Vernadski, Albert Einstein pour n’en nommer que quelques-uns, une vision d’avenir meilleur pour l’humanité, ce qui ne peut bien sûr être réalisé que si des forces en nombre suffisant s’unissent pour cet objectif.

Une telle vision ne peut jamais résulter de la pensée aristotélicienne, ou être développée à partir d’un « consensus » de solutions portant sur des questions locales secondaires, c’est-à-dire d’une pensée se déployant à partir « du bas ». Elle ne peut venir qu’en pensant par « le haut ». Nicolas de Cues, avec sa méthode Coincidentia Oppositorum, la coïncidence des opposés, a établi les bases sur lesquelles non seulement le principe de la Paix de Westphalie et du droit international ont été construits, mais aussi une méthode permettant le résoudre les conflits, encore valide aujourd’hui. Ceci signifie que nous devons commencer par la définition des buts communs de l’humanité. Qu’est-ce qui pourrait être plus important que la question ontologique de l’« être », de pouvoir garantir l’existence à long terme, soutenable, de l’espèce humaine ?

Grâce à l’harmonie anti-entropique de l’univers, l’existence de l’humanité à long terme requiert un accroissement constant du potentiel de densité démographique relative et l’expansion continuelle de la densité du flux d’énergie dans les processus de production. Si nous souhaitons trouver une solution à la double menace que constituent, pour l’existence prolongée de l’humanité, la guerre thermonucléaire globale et la crise économique systémique, nous devons alors nous assurer que le nouveau paradigme cherché est en harmonie avec la création. Nous avons besoin d’un plan mondial pour la paix pour le XXIe siècle, capable d’inspirer tant l’imagination que l’espérance de tout être humain.

Bien que nous ayons tous les moyens scientifiques et technologiques à notre disposition pour garantir des conditions de vie humaines pour tous ; est-il normal de voir un milliard d’êtres humains souffrir de malnutrition, de voir 25 000 enfants mourir de faim chaque jour (l’équivalent d’une petite ville), trois milliards d’individus vivre dans la pauvreté et privés de leurs droits ? N’est-il donc pas de notre devoir sacré de mettre ces moyens à l’œuvre immédiatement ? Il nous faut une stratégie pour le développement de l’infrastructure à grande échelle, élaborée à partir des idées adoptées par la Décennie de développement des Nations unies au cours des années 50 et 60, en rejetant complètement le changement de paradigme des 40 ou 50 dernières années. Nous sommes engagés sur la mauvaise voie, il nous faut par conséquent faire revivre l’idée de la « Paix par le développement ».

Une telle vision pourrait être mise en œuvre sous la forme d’un Pont terrestre mondial, intégrant de nombreux projets comme NAWAPA (système de gestion de l’eau à l’échelle de tout le continent nord-américain), ou bien le tunnel sous le détroit de Bering pour relier l’Eurasie aux Amériques, ou le développement des ressources minérales de l’Arctique, ainsi qu’une prolongation du Pont terrestre vers les Proche et Moyen-Orient, puis vers le sous-continent indien et l’Afrique à travers d’autres tunnels sous le détroit de Gibraltar et entre la Sicile et le Maroc.

Il y a deux grandes régions où le manque de développement est le plus criant, l’une étant le continent africain, qui n’a jamais eu l’opportunité de récupérer d’une exploitation coloniale de plusieurs siècles, l’autre étant les Proche et Moyen-Orient, qui sont actuellement bien loin de leur âge d’or, lorsque Bagdad était le centre de la culture mondiale et Pamyra Tadmur, en Syrie, la perle de la Route de la soie. Nous devons introduire dans la discussion une perspective de renaissance économique et culturelle de ces régions, représentant un élément de raison supérieure aux conflits locaux, ethniques et historiques. Si les représentants d’un groupe de grandes nations pouvaient apporter un tel message à la communauté mondiale, montrant qu’il existe en réalité une alternative capable d’assurer la survie de tous les peuples de la planète, alors l’espérance pourrait entrer dans le débat, alors qu’elle en est totalement absente aujourd’hui.

Le même type de pensée, utilisant le principe de Coincidentia Oppositorum de Nicolas de Cues, une pensée déployée par le haut, doit être mobilisée pour défendre l’humanité contre les dangers provenant de l’espace. La Russie, avec son projet de Défense stratégique de la Terre, (IDT), a proposé que soit mis en œuvre un effort de coopération entre elle et les Etats-Unis, ainsi qu’avec d’autres pays, pour une défense conjointe contre les missiles et pour protéger la Terre contre les astéroïdes et les comètes, au lieu de cette confrontation géopolitique et de la menace existentielle qui pourrait découler d’une escalade. Le projet d’IDT est parfaitement cohérent avec l’Initiative de défense stratégique (IDS) proposée par mon mari Lyndon LaRouche il y a trente ans pour surmonter la menace de guerre nucléaire et la division du monde en plusieurs blocs militaires, puis reprise par le Président Ronald Reagan comme politique officielle de son administration en 1983.

Le projet d’IDT, qui inclut des systèmes d’avertissement précoce contre les catastrophes causées par l’homme et celles d’origine naturelle, ainsi qu’une coopération internationale pour les vols spatiaux habités, est le moteur scientifique et technologique absolument nécessaire pour surmonter cette crise économique mondiale et atteindre de nouveaux seuils de productivité, afin de créer les capacités scientifiques et technologiques qui seront requises pour résoudre de multiples problèmes sur Terre. Les voyages spatiaux habités conjoints sont le prochain pas dans l’évolution de l’homme, et par cet « impératif extraterrestre », comme l’avait baptisé le grand ingénieur en astronautique Krafft Ehricke, l’humanité peut dorénavant entrer dans l’âge de la maturité, en laissant derrière elle, comme une maladie infantile, la résolution des conflits par la guerre.

Si nous réussissons à nous unifier, rapidement, autour d’une vision nous permettant d’accomplir les objectifs communs de l’humanité, et à présenter de manière consciente cette perspective comme moyen d’éviter la guerre, alors nous pourrons inspirer l’imagination des jeunes générations, aujourd’hui menacées par le chômage de masse et le désespoir le plus total.

Si les jeunes peuvent développer la même passion et des conceptions aussi élevées que celles qui animaient jadis les pionniers du voyage spatial, encouragés par les instruments déployés par l’astromobile Curiosity sur Mars – qui ont, bien qu’avec un délai de 14 minutes « bouleversé le sens de l’expérience de l’homme » — alors l’humanité entrera dans un nouvel espace de phase. Si les jeunes peuvent développer cette passion, alors nous aurons gagné. Dans la prochaine phase de son propre développement, l’humanité pensera comme les scientifiques et les compositeurs de grandes œuvres artistiques classiques.

Soit nous agissons aujourd’hui, en ce moment de crise existentielle, sur la base des objectifs communs de l’humanité, soit nous cesserons d’exister.

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