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Institut Schiller : discours du trentième anniversaire à New York

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Voici le discours prononcé par Helga Zepp LaRouche à l’occasion de la conférence célébrant le trentième anniversaire de l’Institut Schiller le 15 juin 2014 à New York. Les intertitres ont été rajoutés.

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Helga Zepp LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller

Vous êtes venus ici avec l’idée de créer un monde sans guerre, ce qui semble, si nous regardons l’état dans lequel se trouve notre monde, une chose assez improbable. Mais avant de vous expliquer pourquoi je suis encore profondément optimiste sur la possibilité d’accomplir cette tâche, je voudrais évoquer quelques-unes des idées associées à la fondation de l’Institut Schiller il y a trente ans.

Comme l’a mentionné avant moi Jeffrey Steinberg, il y avait à l’époque un grave danger de guerre. On parlait des missiles de moyenne portée Pershing-2 [américains] et SS-20 [russes] qui se faisaient face, à une courte distance, en plein centre de l’Europe. Un seul tir accidentel aurait pu déclencher le lancement de tout l’arsenal contre l’adversaire, car le temps de réponse était devenu trop court. Beaucoup d’interlocuteurs nous parlaient alors du danger de troisième guerre mondiale, et je crois que les gens étaient bien plus conscients de ce danger qu’aujourd’hui, même si nous sommes à un cheveu d’une possible extinction de la civilisation.

La raison pour laquelle j’ai donné le nom de Schiller à cet effort pour développer une conception complètement différente des relations entre pays, c’est parce que ce poète avait la plus belle conception de l’être humain que j’aie connue. Schiller était convaincu que tout être humain possède le potentiel pour devenir une belle âme, ainsi qu’un génie, et que l’humanité dans son ensemble pourrait éventuellement atteindre un état où tout nouveau-né aurait les moyens de développer ses pleines capacités.

Les idées de Schiller furent en quelque sorte le fil conducteur de ma vie, depuis le temps où j’étais à école. Lorsque je me suis engagée à créer une nouvelle ère pour l’humanité, je ne pouvais penser à un meilleur nom que le sien, afin d’en faire un synonyme de cette nouvelle ère.

L’idée à l’origine de l’Institut Schiller était que la politique étrangère ne devrait plus reposer sur des coups ou des opérations subversives, sur le sabotage, le meurtre (qui dominent malheureusement aujourd’hui), mais que chaque pays devrait plutôt voir en l’autre ses plus grandes réussites culturelles et scientifiques. Lorsque vous évoquez les Etats-Unis par exemple, vous ne devriez pas penser à l’esclavage, à la Guerre du Vietnam et autres choses du même genre, mais plutôt à Benjamin Franklin, à la Déclaration d’indépendance, la Constitution, John Quincy Adam, Lincoln, Franklin Roosevelt, Martin Luther King ou John Kennedy. C’est ce que devrait être dans votre esprit l’image des Etats-Unis.

De même, lorsqu’on parle de l’Allemagne, on ne devrait pas la réduire aux douze années de terreur nazie, mais penser aux grands penseurs, poètes et compositeurs que ce pays a produits, à ses contributions à la culture classique et à la science.

C’est en partant de cette idée que l’Institut Schiller fut fondé les 3 et 4 juillet 1984 à Arlington, en Virginie, puis deux mois plus tard à Wiesbaden, en Allemagne. Lors de la conférence de fondation, 1200 représentants de 50 pays défilèrent avec leur drapeau en chantant leur hymne national, et nous avons alors décidé de travailler sans relâche à l’idée que « l’âge de Schiller est venu », que nous allions créer une époque où les idées de Friedrich Schiller domineraient le monde.

Nous avions prévu au départ de limiter notre effort aux Etats-Unis et à l’Allemagne, mais il nous apparut très vite que les relations entre l’Europe et les Etats-Unis étaient mauvaises et que celles avec les pays du tiers-monde étaient encore pires. Un effort international s’imposa très rapidement.

Nous avons organisé depuis lors des centaines de conférences dans le monde entier. Nous avons travaillé à des plans de développement pour toute la planète : pour l’Afrique, l’Ibéro-Amérique, un plan Oasis pour le Moyen-Orient, un programme de développement sur 40 ans pour l’Inde, un plan de 50 ans pour le bassin du Pacifique et, après 1989, la chute du mur de Berlin, nous avons eu l’idée d’unir l’Europe et l’Asie avec ce nous avons appelé le Pont terrestre eurasiatique, grâce à des corridors de développement. En même temps, au cours des 25 dernières années, nous avons élargi notre conception à un Pont terrestre mondial, synonyme d’un développement en profondeur de toutes les régions du monde. C’est là un concept essentiel pour la paix au XXIe siècle.

Comment sommes-nous arrivés à la crise actuelle ?

Il clair que cela ne correspond pas à l’état actuel de l’humanité. C’est pourquoi nous devons examiner comment nous en sommes arrivés, 69 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, au point où une troisième guerre nous menace à nouveau. Ce serait, en raison de la nature des choses, une guerre thermonucléaire qui provoquerait l’extinction de la civilisation.

De la chute du mur de Berlin à la mondialisation

La question est de savoir pourquoi cette idée de Pont terrestre eurasiatique, proposée au lendemain du démantèlement de l’Union soviétique, a été rejetée.

Par une coïncidence historique, Margaret Thatcher était Premier ministre de l’Empire britannique et les néoconservateurs dominaient la situation aux Etats-Unis. Au lieu de profiter de l’occasion qu’offrait l’affaiblissement du communisme pour poser les bases d’une nouvelle paix mondiale, ils décidèrent d’adopter ce qu’ils ont appelé la Doctrine du nouveau siècle américain. Il s’agissait en réalité d’une feuille de route pour instaurer un Empire anglo-américain mondial.

Le premier objectif de cette élite impériale était de rabaisser la Russie de son statut de superpuissance à celui de pays du tiers-monde, d’en faire un simple producteur de matières premières. Les moyens mis en œuvre à cette fin consistèrent à appliquer une thérapie de choc qui allait permettre, entre autres, de réduire de 30 % les capacités industrielles de la Russie, entre 1991 et 1994.

Le deuxième grand objectif était d’éliminer un compétiteur potentiel sur le marché mondial. Une fois disparue la seconde superpuissance, ils lancèrent ce qu’ils ont appelé la mondialisation, c’est-à-dire une déréglementation totale, tant au niveau financier que du point de vue de la main d’œuvre, transformant ainsi l’économie mondiale en un gigantesque casino protégé par des firmes de sécurité privées. Ce que mon vieil ami J.C. Kapur, un grand philosophe indien, a appelé un « capitalisme revêtu d’une armure ».

Ils décidèrent ensuite d’opter pour des « changements de régime » dans tous les pays refusant de se soumettre à ce nouvel empire mondial. C’est la principale cause de la première guerre d’Irak, celle de 1991, lancée par Bush père. Vinrent ensuite les huit années de l’administration Clinton, un mélange d’empire et d’Etat républicain. Ils décidèrent alors d’éliminer les Etats-nations indépendants, vus comme un obstacle à leur contrôle impérial.

C’est ainsi qu’ont commencé les changements de régime, en Irak, en Afghanistan, en Libye. Ils ont essayé en Syrie, et ils ont réussi en Ukraine, du moins pour l’instant. Quant à l’Europe, ils ont décidé de transformer l’Union européenne en expression régionale de cet empire. Comme prix à payer pour la réunification allemande, ils ont demandé au chancelier allemand Helmut Kohl de renoncer au deutschemark, afin d’établir une Union monétaire européenne. L’objectif était surtout d’empêcher l’Allemagne de développer de fortes relations avec la Russie, ce qu’elle avait fait à plusieurs reprises dans son histoire.

Ils ont ainsi transformé l’Union européenne du Traité de Maastricht en Empire. Le critère pour l’Union monétaire européenne, le Pacte de stabilité, a été adopté, faisant de l’UE un instrument au service des banques.

1999 : l’ordre post-westphalien

En 1999, la version monétaire de l’UE fut introduite, suivie, en 2002, de l’euro en tant que devise liquide. Au même moment, le 4 novembre 1999, le Glass-Steagall Act était abrogé aux Etats-Unis, point de départ de la déréglementation complète du système financier.

Il se produisit un événement extrêmement important avec le discours de Tony Blair à Chicago en 1999, où il déclara l’existence de facto d’un nouvel ordre post-westphalien. Le fondement du droit international était ainsi éliminé au profit d’une ingérence humanitaire conduisant, aux Etats-Unis, à la Responsabilité de protéger (R2P). La doctrine Blair se trouva très rapidement confrontée à la doctrine Poutine. Pour le Président russe, en effet, le droit international doit être respecté et la Charte des Nations unies continuer à s’appliquer. On ne doit pas violer les souverainetés nationales, contrairement à ce que prêche Tony Blair, pour qui tous les prétextes sont bons pour intervenir par la force partout dans le monde.

Ici encore, ils ont décidé d’un changement de régime pour tout pays refusant de se soumettre, et l’Union européenne fut totalement transformée en empire. Si nous regardons l’état de l’UE aujourd’hui, nous avons une institution qui tue à grande échelle les Européens du Sud, et nous constatons que la rhétorique ne correspond plus à aucune vérité.

Pour régler leur sort aux pays de l’ancienne Union soviétique, ils ont opté pour les « révolutions de couleur », qui sont synonymes de toute une série de techniques pour changer un régime. C’est une forme de guerre non déclarée mais ce sont bel et bien des guerres, possédant des caractéristiques adaptées à chaque pays cible.

Le 11 septembre 2001 : la destruction des Etats-Unis

Ce que je suis en train d’exposer ne devrait choquer personne. Cependant, mon mari, Lyndon LaRouche, a déclaré récemment que les attentats du 11 septembre 2001 avaient été pour les Etats-Unis une forme de « révolution de couleur », car la République américaine (qui avait déjà ses propres problèmes) s’est vue transformée en instrument impérial. Faire des Etats-Unis le bras armé d’un empire mondial doté d’un cerveau britannique était la condition préalable à la réussite des changements de régime à venir dans les autres pays.

Sous l’administration Clinton, les Etats-Unis étaient encore une sorte de semi-république, mais après le 11 septembre, ils devinrent l’avant-garde de l’empire. Je vous rappelle que M. LaRouche avait annoncé de manière prémonitoire le 3 janvier 2001, trois semaines avant que le président George Bush n’entre en fonction, que cette administration se verrait confrontée à une crise financière si intense qu’elle devrait recourir à un « incendie du Reichstag ». C’était exactement neuf mois avant le 11 septembre…

Vous vous souvenez tous de l’hystérie dans laquelle se trouva plongée la population américaine au lendemain du 11 septembre, avec les rubans jaunes [et les drapeaux américains] et le passage en boucle à la télévision des avions percutant les tours et toutes les autres images. Cela fut utilisé pour faire voter le Patriot Act, le National Defense Authorization Act [en 2002], l’expansion massive des pratiques d’espionnage de la NSA, violant les droits civiques quasiment de tous les citoyens de la planète. Cela fut accompagné, sous Bush puis Obama, d’un exécutif gouvernant de plus en plus par décret, mettant en danger la séparation des pouvoirs au sein du gouvernement.

On déclara ensuite, au nom du 11 septembre et en invoquant l’article 5 de l’OTAN, la guerre à l’Afghanistan. A la lumière des événements ultérieurs, il y a de bonnes raisons de penser que les Britanniques et les Saoudiens ont joué un rôle non négligeable dans les attentats du 11 septembre.

C’est ce que révéleront sans aucun doute les 28 pages du rapport d’enquête de la Commission conjointe du Congrès lorsqu’elles seront enfin déclassifiées. (Nous en reparlerons plus tard au cours de cette conférence.) Voyons à quoi ressemble l’Afghanistan après 13 ans de guerre : la production d’opium y est 40 fois supérieure à ce qu’elle était avant la guerre. De l’Irak à l’Afghanistan, nous avons 120 000 soldats traumatisés, dont la vie a été détruite. En Afghanistan, l’entraînement des prétendues forces de sécurité relève plus d’une mafia, avec des armées américaines et de l’OTAN terrorisant les populations locales.

La destruction complète de l’Irak

En 2003 éclatait la seconde guerre d’Irak qui, comme nous le savons aujourd’hui, a été motivée par un mensonge total. Il n’y a jamais eu d’armes de destruction massive ; il n’y a jamais eu de missiles capables de frapper toutes les villes du monde en 45 minutes. Comme promis, le pays a été renvoyé à l’âge de pierre sous les bombardements, et tout ceci à cause des mensonges de cet homme [figure 1] car c’est lui qui a ordonné au MI5/MI6 de concocter cet infâme dossier utilisé par Colin Powell dans son malheureux discours à l’ONU.

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Figure 1
Tony Blair
Crédit : fotopedia.com

Certains d’entre vous se rappellent comment le président George W. Bush a débarqué en Irak, vêtu d’un blouson d’aviateur, pour déclarer « mission accomplie », assertion ridicule au vu de ce qui s’y passe aujourd’hui, avec la prise de Mossoul, ainsi que d’autres villes irakiennes, par une branche radicale d’al Qaïda, un groupe terroriste extrêmement violent, même d’après ses propres critères.

Selon divers articles publiés dans la presse britannique, cela signifie que la vieille partition du Moyen-Orient par Sikes-Picot au lendemain de la Première Guerre mondiale est caduque. Ceci implique qu’il faut refaire les cartes géographiques. Le pétrole de Mossoul est désormais sunnite, il appartient aux Saoudiens. Rien que dans cette ville, un million de réfugiés sont sur les routes, et l’EIIL [Etat islamique en Irak et au Levant] a annoncé qu’il allait expulser le roi Abdallah de Jordanie. Il entend ensuite occuper le Sinaï, la bande de Gaza, le Liban, ce qui pose bien évidemment le danger immédiat d’une guerre généralisée à toute la région. Il s’agit aussi, naturellement, d’un problème de sécurité pour l’Europe et les Etats-Unis, puisque des milliers d’Européens et d’Américains ont rejoint cette organisation.

Origine des Révolutions de couleur

Quant à la Russie et la Chine, les révolutions de couleur avaient déjà commencé, d’une certaine manière, au cours des années 1970 et 1980, avec les opérations de Project Democracy et du National Endowment for Democracy [NED], fondé en 1983, puis financé par l’International Republican Institute, le National Democratic Institute et l’Open Society Institute de George Soros. Ils mirent sur pied dans ces deux pays des « mouvements démocratiques » d’opposition à ces gouvernements trop récalcitrants à la mondialisation.

Ceci allait de pair avec l’idée d’un système de libre-échange, afin de transformer les populations en main d’œuvre à bas prix et organiser, à toute fin pratique, l’économie mondiale selon le principe du « acheter bon marché, revendre cher. » Ils ont ainsi réduit en esclavage des peuples entiers, dont on peut se débarrasser le moment venu, comme l’a déclaré le Prince Philip lorsqu’il a fait part de son désir de se réincarner en virus mortel pour réduire la population mondiale à un milliard d’habitants.

Ce système a engendré un écart de plus en plus grand entre richissimes et pauvres. Un journal rapportait récemment que 85 individus sur cette planète possèdent autant que 3,5 milliards de personnes ensemble !

Cette tendance s’est amplifiée, naturellement, après l’effondrement de l’Union soviétique, les mêmes intérêts ayant décidé de construire des « sociétés civiles », comme ils les appellent, dans le centre et l’est de l’Europe. Si les principales sources de financement furent d’origine américaine, les idées et la stratégie furent élaborées dans les universités britanniques, en particulier Oxford et Cambridge, qui sont en quelque sorte les QG intellectuels de l’Empire britannique.

Tandis que Cambridge était principalement chargée de l’aspect lié aux technologies (internet, réseaux sociaux, espionnage, CGHQ, qui est l’équivalent britannique de la NSA), Oxford se voyait confier l’aspect opérationnel. Ce type d’opérations remonte en réalité à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, au moment où Cecil Rhodes élaborait ses sinistres plans pour le tiers-monde. Il recrutait également des étudiants dans le monde entier (les Rhodes Scholars d’Oxford) pour l’aider dans son principal objectif : reconquérir l’ancienne colonie américaine. N’ayant pas réussi à défaire la Révolution américaine par des moyens militaires (guerres de 1812 et de Sécession), Rhodes et ses acolytes avaient décidé de subvertir l’élite américaine en l’incitant à adopter son propre modèle impérial, afin de créer un empire mondial reposant sur une relation spéciale entre les deux pays. Ceux qui veulent approfondir cette question peuvent lire le livre de H.G. Wells de 1928, The Open Conspiracy.

Une personnalité importante issue de ces réseaux fut William Yandell Elliott, qui fut le professeur et mentor de personnes comme McGeorge Bundy, Sir Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski et Samuel Huntington. Ils furent suivis par une autre génération composée des partisans de l’ingérence humanitaire comme Susan Rice [Conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama], entre autres.

L’un des projets de l’université d’Oxford fut baptisé « Civil Resistance and Power Politics », dirigé par Sir Adam Roberts, l’un des mentors de Susan Rice. Roberts est l’un des principaux promoteurs de l’« internationalisme libéral », inspiré de la doctrine de Lord Palmerston, remontant au XIXe siècle. Avec l’aide d’un de ses collaborateurs, Timothy Garton Ash, Sir Adam Roberts a piloté le projet d’Oxford baptisé « The Oxford University Program on the Changing Character of War » [Programme de l’université d’Oxford pour changer la physionomie de la guerre]. L’idée était de développer la résistance civile comme arme de guerre. Une conférence sur ce thème eut lieu en mars 2007 au St. Anthony College, à Oxford, intitulée « Civil Resistance and Power Politics, the Experience of Non-Violent Action from Gandhi to the Present » [La résistance civile et la politique du pouvoir, l’expérience de l’action non violente de Gandhi jusqu’à nos jours]. C’est ainsi que de nouvelles techniques furent développées. Dans le catalogue regroupant ces nouvelles techniques, ils posent la question : « Les sanctions économiques sont-elles utiles pour soutenir les actions des mouvements de résistance civile ? »

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Figure 2
Les promoteurs de l’ingérence humanitaire. A gauche, Nadia Diuk du National Endowment for Democracy (NED) ; à droite, l’ex-ambassadeur américain en Russie, Michael McFaul, avec le président Obama.

Un des orateurs de cette conférence fut Michael McFaul (figure 2). Ici vous avez Nadia Diuk du NED, et McFaul ; Gene Sharp, un autre participant (figure 3), est le véritable auteur du concept de révolution de couleur. Exerçant à l’Institut Albert Einstein de Boston [Massachusetts], il est l’auteur d’un ouvrage en trois volumes The Politics of Non-Violent Action [La politique de l’action non-violente], déjà rédigé sous forme d’essai en 1968. Il a également écrit From Dictatorship to Democracy, A Conceptual Framework for Liberation, publié en 1993.

Cet ouvrage a été publié en 40 langues, financé par Soros. Il contient 198 techniques de soulèvement politique, allant du boycott au symbolisme, réduisant toute rhétorique à un seul mot ou une seule phrase, ou à une couleur telle que l’orange ou le rose, ou encore à un geste simple comme un point fermé. Il reste ensuite à fournir aux militants des pays ciblés les macarons et autres accessoires de ce genre, ainsi que des tracts, des vêtements et même des groupes de musiciens rocks, s’affichant avec des pseudo-références comme Mahatma Gandhi et Martin Luther King. Mais il s’agit avant tout d’activistes payés.

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Figure 3
Gene Sharp, auteur du concept de révolution de couleur.

Il existe une vidéo d’un discours prononcé par Gene Sharp en 1990, que l’on peut voir sur YouTube, qui parle essentiellement de résistance sur un ton monotone. Il n’y a aucun contenu, mais cela n’a pas empêché cette vidéo de se propager dans les pays ciblés par les révolutions de couleur autour du globe.

L’IRI (International Republican Institute) et l’AEI (American Enterprise Institute) ont organisé en 2000 des stages d’entraînement en Hongrie par exemple, où ils ont créé l’organisation serbe « Otpor ! », qui signifie « Résistance ». Ce sont eux qui ont fait tomber Slobodan Milosevic. Le NED a ensuite reconnu avoir financé le mouvement Otpor ! pour la Géorgie et l’Ukraine. Dans une vidéo sur YouTube, son actuel dirigeant en Serbie reconnaît avoir entraîné des militants partout dans le monde. Ils se disent également responsables du Printemps arabe. Gene Sharp déclare qu’il a joué un rôle significatif dans le soulèvement de Tian’anmen en 1989.

Ce dispositif a recruté en Ukraine 2200 ONG ! Après avoir organisé la Révolution orange [en 2004] et la Révolution rose en Géorgie, ce qui a fait irruption sur le Maidan à Kiev, juste après l’annulation par Ianoukovitch de l’Accord d’association en novembre 2013, est exactement cette combinaison d’ONG, principalement financées depuis les Etats-Unis, et de néonazis héritiers de la tradition de Stepan Bandera, l’un des collaborateurs des nazis ayant aidé les Allemands à envahir l’Ukraine au cours des années 1940.

Selon ce modus operandi, les militants sont accompagnés de mercenaires qui se sont entraînés avec al Qaïda et l’EIIL en Syrie. Ils ont été envoyés en Ukraine et sont largement responsables des atrocités commises sur place : les barricades, les cocktails Molotov, les snipers qui ont tiré tant sur la foule que sur les policiers et qui sont à l’origine du coup du 22 février dernier.

Le gouvernement actuellement dirigé par « Yats » (surnom affectueux que lui a donné la secrétaire d’Etat-adjointe américaine pour les Affaires européennes et eurasiennes, Victoria Nuland, qui l’a mis au pouvoir) est l’héritier de ce coup. On y trouve sept membres de Svoboda, une organisation néonazie. Le Secteur droit [groupe de milices néonazies ayant joué un rôle prépondérant à l’occasion de l’Euromaidan], qui a été intégré à l’armée ukrainienne, conduit les raids aériens contre la population de l’est du pays. On s’attend à de nouvelles actions militaires après que les forces favorables à une fédération ont abattu un avion, et il existe un réel danger de voir le conflit s’étendre à la Russie si cela continue.

Une nouvelle forme de guerre

En réponse à tout ceci, la Russie a annoncé une nouvelle doctrine militaire, ce qui est extrêmement important. C’était dans le contexte de la Conférence de Moscou sur la sécurité, qui a eu lieu le 23 mai. Le recours aux révolutions de couleurs a été reconnu comme nouvelle forme de guerre contre l’Eurasie.

Le général russe Vladimir Zaroudnitsky, qui dirige les opérations de la Division du personnel militaire des Forces armées russes, a déclaré que les « révolutions de couleur sont une forme d’agression militaire complètement illégale, médiévale et dégoûtante » et « une nouvelle forme de guerre de Trente ans incorporant des tactiques bien pires que celles des nazis ». Si vous regardez ces révolutions de couleur en Irak et en Syrie, ou dans l’est de l’Ukraine, on ne peut que partager son avis. Ces nouvelles techniques d’agression sont utilisées pour déstabiliser les pays qui ont été choisis pour cible en raison de leur politique indépendante : Russie, Chine, Proche et Moyen-Orient, Afrique, Asie centrale et du sud.

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Figure 4
Diapositive tirée de la présentation du général Valery Gerasimov, chef d’état-major des armées de la Fédération de Russie, lors de la Conférence de Moscou sur la sécurité internationale, le 23 mai.
Crédit : Ministère russe de la défense

Un des Américains ayant participé à cette conférence, Anthony Cordesman, du CSIS, a été tellement impressionné par ces exposés qu’il a publié un rapport de 52 pages sur son site internet [http://csis.org/publication/russia-and-color-revolution]. Il y déclare que les militaires russes considèrent désormais les révolutions de couleur comme une nouvelle méthode de guerre européenne et américaine contre la Russie et la Chine, permettant de limiter les coûts et les pertes d’hommes, mais que cela constitue une importante source de terrorisme. (figures 4 et 5).

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Figure 5
Même source que la figure précédente.
Crédit : Ministère russe de la défense

Voici des diapositives powerpoint montrées lors de la conférence. Le ministre de la Défense Choïgou a souligné par la suite que les prétendues protestations populaires sont accompagnées de moyens militaires et de guerre irrégulière (figure 6). Ces moyens ont été utilisés en Serbie, en Libye, en Ukraine, au Venezuela et au cours du « printemps arabe », qui a déstabilisé tout le nord de l’Afrique (figure 7). Le résultat est que certains pays africains sont sur le point de se désintégrer. Après les événements en Libye, les Touaregs et autres groupes se sont enfuis au Mali, ainsi que vers d’autres pays, répandant le terrorisme.

Le chef d’état-major de l’Armée russe, le général Guérassimov, considère lui aussi qu’il s’agit d’une nouvelle méthode de combat adoptée par les Etats-Unis. Cela commence avec les tactiques non-militaires de la révolution de couleur, mais derrière se tient la force armée, et si le potentiel de révolte n’est pas suffisant, on n’hésite pas à l’utiliser ouvertement pour renverser le régime, comme nous l’avons vu en Ukraine, en Syrie et dans maints autres endroits.

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Figure 6
Idem.
Crédit : Ministère russe de la défense

Le ministre de la Défense de Biélorussie, Iouri Zhadobine, a désigné Gene Sharp comme responsable de ces révolutions de couleur, constatant qu’elles sont toujours initiées de l’extérieur. Le général russe Zaroudnitsky a ajouté que l’Occident voit ces révolutions comme des moyens « pacifiques » de changement de régime, mais les événements au Proche-Orient et en Afrique du Nord « montrent que la force armée en fait intégralement partie ». Si les sanctions ne suffisent pas, on passe aux opérations militaires.

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Figure 7
Idem.
Crédit : Ministère russe de la défense

Ceci est bien entendu parfaitement illégal, contrevenant aux règles établies par les Conventions de Genève pour la guerre déclarée, et cela rend la situation encore plus dangereuse et criminelle, dans la mesure où l’on fait appel à des terroristes et à des firmes privées, comme nous l’avons vu en Ukraine avec la présence de mercenaires de Blackwater et d’ACADEMI.

La situation est très similaire à ce qu’avait décrit John Perkins dans son célèbre livre The Economic Hit Men, sur les moyens utilisés pour renverser les gouvernements : on s’efforce d’abord de les endetter, puis on recourt aux pots de vin et si cela ne fonctionne pas, on tente de les déstabiliser, puis en cas d’échec, on fait appel aux moyens militaires.

L’importance de cette nouvelle doctrine militaire adoptée par la Russie et la Biélorussie est énorme, bien que le New York Times n’en fasse aucune mention. Si la Russie affirme que les révolutions de couleur sont une forme de guerre non déclarée, cela signifie que nous sommes en guerre ! Si vous ajoutez à cela les autres situations au Moyen-Orient et dans le Pacifique, je crois que les gens feraient mieux de se réveiller et d’agir en conséquence, plutôt que de rester complaisant.

La dangereuse utopie de la première frappe

Tout ceci doit être vu dans le contexte de la politique d’endiguement de l’OTAN et de l’UE contre la Russie et la Chine. Un changement s’est produit également dans la doctrine militaire des Etats-Unis et de l’OTAN, car lorsque nous avons eu cette crise sur les missiles de moyenne portée au cours des années 1980 (au moment où fut créé l’Institut Schiller), la Destruction mutuelle assurée (MAD) était encore en vigueur.

Il s’agissait de l’idée que le recours à l’arme nucléaire était absolument impossible, car cela conduirait à l’extinction de l’espèce humaine. Entre-temps, nous sommes passés à la doctrine de première frappe, qui sert de fondement à la mise en place du bouclier antimissile en Europe de l’Est, dénoncé comme tel par la Russie. C’est la base de la doctrine de Prompt Global Strike, basée sur l’idée que vous pouvez vous infiltrer, avec des moyens modernes comme la cyberguerre et autres technologies de ce genre, derrière les lignes de défense de l’adversaire et neutraliser sa capacité de représailles. C’est également l’idée de la doctrine Air Sea Battle contre la Chine (figure 8).

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Figure 8

Il s’agit là de la conception utopique selon laquelle une guerre nucléaire pourrait être gagnée. Les critiques de la doctrine de la première frappe (et il y a parmi eux des militaires, même aux Etats-Unis) ont fait remarquer que ce type de doctrine encourage les deux côtés à lancer une première frappe car si l’on attend trop longtemps, on se retrouve sans défense, et il vaut mieux par conséquent être le premier à frapper.

Déjà, il y a deux ans, lors de la Conférence de Moscou sur la sécurité, le président Medvedev avait averti que la politique occidentale consistant à utiliser l’ingérence humanitaire conduirait à des conflits régionaux, incluant l’usage d’armes nucléaires. Le général Nikolaï Makarov, alors chef d’état-major, avait déclaré que la Russie n’accepterait pas que les Etats-Unis poursuivent la construction du bouclier antimissile (dans ses troisième et quatrième phases) car cela leur donnerait une capacité de première frappe, laissant la Russie sans défense.

Comparée à ces déclarations d’il y a deux ans, la nouvelle doctrine militaire russe rend les choses beaucoup plus claires, dans la mesure où il s’agit maintenant d’une doctrine officielle. Cela signifie, pour résumer, que nous sommes au bord d’une troisième guerre mondiale, et par conséquent menacés d’extinction. Ceci doit être débattu de toute urgence à l’échelle internationale. Ces révolutions de couleur sont absolument illégitimes. Nous devons dénoncer cette hypocrisie, avec ces gens qui se rendent partout dans le monde au nom de la « démocratie », de la « liberté » et des « droits de l’homme », car il s’agit en réalité de meurtre, de crime, de terrorisme et de guerre d’agression.

Si vous tuez quelqu’un dans le cadre d’une guerre officielle, c’est certes une chose terrible et tragique, mais qui a lieu dans le cadre de règles établies par des conventions internationales, comme les conventions de Genève. Mais si vous tuez quelqu’un dans le cadre d’une guerre non déclarée, c’est tout simplement un meurtre. Les responsables de tels actes d’agression sont passibles d’être jugés selon les règles du tribunal de Nuremberg.

Le fait que nous soyons déjà en guerre, une sorte de guerre globale, signifie que nous sommes assis sur une poudrière dont la mèche peut être allumée depuis plusieurs endroits, en Ukraine, au Moyen-Orient ou dans le Pacifique. La question devient alors : pouvons-nous la neutraliser avant que l’espèce humaine ne se détruise elle-même ?

L’alternative du Pont terrestre mondial

Il y a heureusement une alternative. Ce que le mouvement de Lyndon LaRouche a tenté de faire pendant 39 ans, depuis une première proposition faite par LaRouche lui-même en 1975, consistant à remplacer le Fonds monétaire international par une Banque internationale de développement, suivie il y a 25 ans (figure 9) de son projet de Pont terrestre eurasiatique, se trouve aujourd’hui sur la table.

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Figure 9
Le Pont terrestre eurasiatique, avec une extension vers l’Afrique.

Lors d’une conférence au Kazakhstan en septembre dernier, et plus récemment au cours du sommet de Shanghai entre le Russie et la Chine, Xi Jinping et Vladimir Poutine ont non seulement conclu un accord portant sur une période de trente ans pour la vente de gaz à la Chine par la Russie, dont on a beaucoup parlé dans les médias, mais aussi 46 accords de coopération sur la Nouvelle route de la soie. Le fait que ces accords aient été conclus au plus haut niveau, entre les deux Présidents, nous permet d’espérer que les tensions régionales pourront être résolues.

Alors que le système financier transatlantique se trouve au bord de l’éclatement, une très forte dynamique se développe en faveur de la Nouvelle route de la soie, et ce à très court terme. Le nouveau Premier ministre indien Narendra Modi a annoncé son intention de coopérer avec la Russie et la Chine dans le cadre de cette Nouvelle route de la soie, en contribuant à en construire une branche nord-sud. Le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi s’est récemment rendu en Inde et s’est engagé à la soutenir entièrement pour moderniser ses chemins de fer et ses autoroutes et y construire des sites industriels et des centrales nucléaires. Pendant ce temps, en visite à Bucarest où il devait rencontrer 16 chefs d’Etat d’Europe centrale, le Premier ministre chinois annonçait la construction d’une ligne ferroviaire à grande vitesse dans la région, chose que l’UE est incapable de faire.

Il s’est également rendu en Afrique et a promis que la Chine allait relier toutes les capitales africaines par un système de chemins de fer à grande vitesse. Au sommet des BRICS, qui doit se tenir bientôt (en juillet), Jinping et Poutine doivent entreprendre une tournée des pays d’Amérique du Sud pour s’entretenir de la Nouvelle route de la soie et de l’idée d’un Pont terrestre mondial.

Ceci est notre seul espoir pour arrêter puis renverser la progression de la guerre et du terrorisme, qui sont en train de s’étendre dans tout le Moyen-Orient. Nous devons l’empêcher de se propager en Europe, en Asie et en Afrique. Lors de la conférence de l’Institut Schiller en 2012, que nous avions organisée à cause du danger de guerre croissant, nous avions présenté un plan complet pour un Pont terrestre eurasiatique, pour toute la région s’étendant de l’Afghanistan à la Méditerranée, incluant l’Asie centrale et le golfe Persique

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Figure 10
Centrale nucléaire flottante russe. Vue d’artiste.
Crédit : www.antiatom.ru

Si nous regardons le paysage depuis la côte atlantique de l’Afrique jusqu’à la Chine en passant par la péninsule arabique, nous avons un immense désert. La majeure partie du Moyen-Orient est un désert. Le seul espoir de paix dans cette région est de le verdir, en utilisant les nappes aquifères, en détournant fleuves et rivières et en dessalant l’eau de mer à grande échelle avec l’énergie nucléaire (figure 10). Le seul espoir est que la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran et quelques autres pays européens qui auront réussi à se libérer du joug de la Commission européenne, coopèrent avec des Etats-Unis transformés dans un vaste effort de développement mutuel, seul gage de paix.

Une conférence a récemment été organisée à Douchanbé, au Tadjikistan, avec la participation du directeur du Centre pour les études stratégiques, Sayfullo Safarov, et de Iouri Kroupnov, membre du Conseil de supervision de l’Institut russe pour la démocratie, les flux migratoires et le développement régional. Ils ont présenté un programme de développement économique pour éliminer la production de stupéfiants en Afghanistan, programme qui avait déjà été présenté par Viktor Ivanov, le directeur du Service fédéral russe de lutte contre les stupéfiants, en mars dernier à Moscou, ainsi qu’à Islamabad, Pakistan, dans le cadre d’un plan incluant le Pakistan et l’Afghanistan.

Kroupnov mit l’accent sur quatre domaines de développement pour l’Afghanistan : agriculture et industrie agro-alimentaire, production de biens d’équipements (machines), infrastructure de transport et construction rapide de centrales hydroélectriques sur la rivière Panj, éducation scientifique et technique. Ils ont également décidé d’imposer des mesures préventives pour empêcher un éventuel scénario à l’ukrainienne dans la région.

Voici ce que l’Institut Schiller et le mouvement LaRouche proposent depuis trente ans, à commencer par le « triangle productif » pour l’est et l’ouest de l’Europe, puis le Pont terrestre eurasiatique et finalement le Pont terrestre mondial (figure 11). Il s’agit en résumé d’un programme global pour la reconstruction de l’économie mondiale. Ce programme est en train de se concrétiser. Il représente une perspective très concrète pour tous les pays de notre planète.

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Figure 11
Le Pont terrestre miondial.
Crédit : EIRNS

Le plan d’action en quatre points de Lyndon LaRouche

Le problème est l’actuelle domination qu’exercent l’empire britannique et les Etats-Unis. M. LaRouche a souligné à plusieurs reprises que la seule manière d’empêcher une troisième guerre mondiale est de faire en sorte que les Etats-Unis reviennent aux principes de leur Constitution, qu’ils redeviennent une République, avec un changement de gouvernement.

M. LaRouche a présenté un programme en quatre points : c’est un document scientifique, mais aussi la base d’un projet de loi que les Etats-Unis doivent adopter. Ce n’est pas une question théorique car, comme je l’ai dit, le système financier transatlantique est sur le point de se désintégrer. Il est encore plus fragile qu’en 2008. Alors que la Banque centrale européenne vient d’adopter des taux d’intérêt négatifs, le chef de l’Institut économique de Hambourg, Thomas Straubhaar, qui est un économiste très conservateur, a déclaré que c’était la « fin du capitalisme ».

Ce que les élites ont planifié pour l’Europe et les Etats-Unis est ce qu’ils appellent le bail-in, le modèle chypriote. Or, nous avons calculé que même si les dépôts bancaires étaient confisqués dans toute l’Europe et aux Etats-Unis, avec une saisie sur l’épargne des ménages et des entreprises, cela ne couvrirait que 1 % de tous les contrats dérivés détenus par les banques. La menace bien réelle est l’effondrement brutal de l’économie réelle, et je soupçonne que cela ne pourrait être géré que dans le contexte d’une guerre – du moins, c’est ce qu’espèrent ces élites.

Pour M. LaRouche, le seul moyen de neutraliser ce danger est donc d’éliminer cet empire, de tuer ce monstre qui s’est développé suite à l’effondrement de l’Union soviétique. La seule manière d’y arriver est de mettre Wall Street en faillite, exactement comme l’a fait Franklin Roosevelt en son temps, puis d’établir une institution bancaire nationale inspirée des idées d’Alexander Hamilton et du Système américain d’économie. Tout ceci doit être mis en œuvre à partir de la conception développée par M. LaRouche, inspirée de l’œuvre du biogéochimiste russe Vladimir Vernadski et de la manière dont il a défini la loi de l’évolution dans l’univers : c’est la noosphère, c’est-à-dire l’influence de la pensée humaine et de l’invention, qui domine de plus en plus la biosphère, et s’affirme avec toujours plus de force dans tout l’univers.

Ceci fixe une nouvelle norme pour la science physique. L’espèce humaine est la seule qui soit dotée de capacités de raison créatrice, caractéristique qui la distingue de toutes les autres formes de vie : sa capacité à maîtriser le feu – ce qu’aucune autre espèce n’arrive à faire – et son contrôle accru des forces de la nature par un processus constant de découvertes, associé à des densités de flux d’énergie toujours plus élevées, appliquées au processus de production. C’est cette capacité qui permet à l’homme d’accroître son potentiel de densité démographique relative, et c’est donc par ce critère que l’on doit mesurer l’économie physique et décider si un investissement est bon ou mauvais.

Le scientifique russe Pobisk Kouznetsov, aujourd’hui décédé, avait affirmé il y a plusieurs années, lors d’une conférence à Moscou, que M. LaRouche serait reconnu dans l’histoire pour cette découverte, et que l’unité exprimant le potentiel de densité démographique relative devrait être le « La », pour « LaRouche », de la même manière que d’autres inventeurs ont donné leur nom à leur découverte, comme « watt », « ampère », etc.

Le progrès humain est l’intention de l’univers. C’est un principe physique et c’est la loi de l’univers lui-même. Vernadski s’était inspiré de Nicolas de Cues, le grand penseur du XVe siècle qui fut le premier à découvrir la loi biogénétique de l’évolution. Il fut le premier à faire la distinction entre les processus non-organiques, organiques et la pensée humaine, et il a défini un quatrième niveau, associé au Créateur. Pour Cues, l’évolution de l’univers se fait de manière à ce que chaque espèce se développe au maximum de ses possibilités, ce qu’elle ne peut faire que si elle participe de l’espèce située immédiatement au-dessus d’elle. L’évolution se fait ainsi non pas à partir du bas, comme l’affirme Darwin avec son principe de survie du plus apte, mais d’en haut, comme l’a affirmé Cues. Le niveau plus élevé tire vers lui celui situé en-dessous. On ne peut donc mesurer le domaine plus élevé à partir d’un niveau inférieur. Le monde du vivant ne peut être mesuré à partir du non-vivant, et ne peut lui-même servir à mesurer la pensée humaine. L’accroissement du pouvoir de la noosphère est le seul instrument capable de mesurer l’évolution humaine.

La véritable mesure du progrès

Dans le quatrième point de son programme, LaRouche affirme : l’homme est la seule véritable mesure de l’univers, et c’est cette idée qui doit guider la pratique de l’économie physique. Cues avait déjà discuté de cette idée, du moins en principe, en disant que le Créateur a créé l’univers physique, mais, après qu’il eut créé l’homme, celui-ci allait poursuivre ce processus de création de l’univers physique en tant qu’image divine imago Dei, grâce à sa vis creativa, sa pensée créatrice.

Le problème avec ce système impérial, basé sur la mondialisation et le monétarisme, est qu’il mesure l’ensemble de l’humanité à partir du vivant, ou même du non-vivant, c’est-à-dire à partir de l’argent. C’est pourquoi il conduit à des résultats aussi inhumains. Le Pont terrestre mondial et la Route de la soie sont synonymes de la décision consciente de conduire l’humanité à sa prochaine phase d’ascension dans l’évolution. Cela comprend une étroite coopération entre de nombreux pays pour le voyage spatial habité et inhabité, ainsi que la colonisation de « l’espace proche ». Voilà vers quoi tend le Pont terrestre mondial.

Nicolas de Cues avait déjà écrit au XVe siècle que chaque être humain résume en lui toute l’évolution de l’univers dans son esprit, et lorsqu’il en prend conscience, il peut déterminer, avec une précision scientifique absolue, ce que doit être le prochain pas sur le chemin de la découverte. C’est pourquoi LaRouche, qui a développé ce concept de potentiel de densité démographique relative, a conclu que l’humanité ne pourra sortir de la crise que si elle s’engage dans un programme à marche forcée vers la fusion thermonucléaire. Ce n’est qu’une fois cela accompli que l’espèce humaine pourra assurer sa survie, car notre planète n’est pas un endroit isolé. Nous appartenons à un système solaire, à une galaxie, et il existe des défis extérieurs à notre planète auxquels nous devrons nous confronter.

Nous devons arriver à une situation où la véritable identité de l’humanité sera celle d’une espèce créatrice. Si nous souhaitons survivre, nous devons nous débarrasser de ces institutions associées à l’oligarchie et à l’empire, qui sont devenues maléfiques. La guerre ne peut plus être une méthode pour résoudre les conflits. Elle doit donc être bannie, punie, éradiquée, interdite, condamnée, et nous devons mener une campagne internationale pour faire exactement cela. [Applaudissements] Les responsables de cette guerre doivent être jugés devant un tribunal. Je suggère un nouveau tribunal de Nuremberg. Même le ministre de l’Intérieur britannique Norman Baker a dit, par rapport à l’Irak, que c’est l’intervention de Tony Blair et de George Bush qui a détruit ce pays et l’a livré aux extrémistes. Ce que ce que nous voyons aujourd’hui en Irak est l’héritage laissé par Tony Blair.

En ce moment même, Blair fait campagne pour devenir le nouveau Président de la Commission européenne, en manœuvrant contre Juncker, lui aussi candidat. Je suis absolument déterminée à l’en empêcher et j’en appelle à votre aide. Blair devrait se trouver dans un endroit très différent, peut-être moins confortable, mais sécurisé. Quiconque soutient cet individu, qui est pour moi un criminel de guerre, n’est pas quelqu’un de recommandable.

Nous sommes dans une situation incroyable, et après avoir combattu quarante ans au sein du mouvement LaRouche, après avoir vécu certaines expériences déplaisantes, dont Ramsey sait quelque chose [1], je dois dire que le monde est en grand danger. Je ne peux donner aucune garantie que nous serons encore ici dans quelques semaines, car la situation est extrêmement dangereuse. Je peux néanmoins vous dire que je n’ai jamais perdu espoir, je n’ai jamais perdu confiance en l’homme, et je crois que Leibniz a absolument raison lorsqu’il dit qu’un grand mal fait naître aussi chez l’homme une plus grande volonté et capacité de faire le bien.

Ainsi, après ces trente ans d’existence de l’Institut Schiller, je continue donc à croire que le temps de Schiller est venu.

Le discours d’Helga Zepp-LaRouche en VO


[1Mme LaRouche fait référence au fait que Ramsey Clark, également orateur lors de la conférence, avait accepté de défendre Lyndon LaRouche devant la justice américaine au cours des années 1990.

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