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Le professeur Shi Ze : l’avantage d’autrui est désormais la politique officielle de la Chine

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Voici la transcription de l’intervention du professeur Shi Ze, chercheur et directeur des études stratégiques internationales sur les questions énergétiques à l’Institut chinois d’études internationales (CIIS), un think-tank rattaché au ministère chinois des Affaires étrangères, lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller du 18 et 19 octobre 2014 en Allemagne.

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Le professeur Shi Ze.
Crédit : Institut Schiller

Honorable présidente de l’Institut Schiller, Madame LaRouche, honorables experts, amis distingués, bonjour. Je viens de Beijing, où je travaille en tant que chercheur associé à l’Institut Chinois des études internationales. Je suis très heureux de participer à cet événement célébrant le 30e anniversaire de l’institut Schiller. Je dois remercier, avec la plus grande sincérité, tant l’Institut Schiller que sa présidente Madame LaRouche pour cette invitation. J’ai participé, en Chine, à de nombreuses conférences sur le thème « une ceinture, une route », mais c’est la première fois que je me rends à l’étranger pour participer à une conférence touchant à la politique gouvernementale de la Chine et sa diplomatie internationale, et où on me donne l’occasion d’exposer les conceptions et pensées associées à notre « Ceinture économique de la route de la soie ».

Madame LaRouche est quelqu’un qui, en Chine, est reçue, appréciée et respectée par tout le monde en tant que militante touchant aux questions sociales. J’ai eu l’occasion de lire, à partir de nombreux médias chinois, ses discours et entretiens. Son opinion experte concernant la Chine est quelque chose que je respecte énormément. En tant qu’amie de la Chine et du peuple chinois, elle a contribué beaucoup d’idées sincères et sérieuses concernant le développement de la Chine. Nous honorons et respections ainsi énormément une vieille amie de la Chine comme l’est Madame LaRouche.

La politique dite : « Une ceinture, une route » incarne pour la Chine et le monde extérieur un magnifique concept pour engendrer la coopération. En vue des projets de développement à venir, le fait d’associer les intérêts nationaux et le développement interne aux intérêts et au développement de nos pays voisins, dans un système de développement et de progrès mutuels à l’échelle mondiale, pose des questions majeures concernant notre concept et notre pratique du développement innovateur.

La proposition du président Xi Jinping pour une « ceinture économique » tout le long de la « Nouvelle route de la soie » et d’une « Route de la soie maritime », sous la rubrique « Une ceinture, une route » visant à approfondir et élargir la coopération entre notre nation et ses voisins, revêt une grande importance stratégique. Mais comment allons-nous promouvoir cette politique ?

1. Le concept d’innovation

Il y a trois étapes.

Première étape : dans le cadre de notre programme « réforme et ouverture » [de notre pays sur le monde extérieur], la Chine a adopté au départ une stratégie de « faire entrer » [c’est-à-dire attirer les investisseurs étrangers]. Au début de ce processus, nous avons surtout pratiqué la politique de l’« autostop », nous appuyant sur le financement international pour faire avancer notre développement, avec des résultats évidents.

Nous sommes ensuite passés à la politique consistant à « sortir » [investir à l’étranger]. Grâce à une meilleure utilisation des marchés et du financement de l’étranger, la Chine a étendu la portée de sa réforme et de son ouverture, accroissant l’échelle et l’élan du développement économique.

A ce stade, le gouvernement central a proposé le concept stratégique : « Une ceinture, une route », qui est la suite légitime de la logique stratégique de « faire entrer » et de « sortir », en les combinant et en les amplifiant. La politique de « réforme et d’ouverture » consiste à développer l’économie à l’aide des marchés et des ressources naturelles tant au niveau national qu’à l’étranger, marquant un nouveau stade du développement de la Chine et son ouverture sur le monde extérieur. La politique « une ceinture, une route » revêt ainsi une signification élargie et plus riche.

Deuxième étape : Pour ce qui est du développement économique propre de la Chine, la manière dont nous nous adaptons aux besoins de notre propre réforme et de notre développement, tout en nous impliquant dans un processus avec les pays de notre périphérie et le long de la Route de la soie, leur donne une part des bénéfices de notre propre développement.

C’est ainsi que nous promouvons la collaboration entre la Chine et les autres pays du monde en vue de notre développement commun. L’accent mis sur ce concept de coopération reflète le nouveau concept chinois de justice primant sur le profit.

Du fait que nous dépendons de ressources naturelles étrangères, nous prônons une initiative consistant à utiliser nos propres dividendes de développement afin de permettre à nos partenaires de partager nos acquis, en vue d’un développement commun. Il s’agit d’un changement très important de la politique chinoise.

Outre le fait de promouvoir le développement mutuel et un concept gagnant-gagnant, notre appel à faire passer la justice avant le profit comprend également la notion de développement équilibré. La coopération dans ce domaine alimente ce processus. Il s’agit non seulement d’un développement unilatéral rapide, mais aussi d’en améliorer la qualité. En même temps, si l’autre partie connaît un développement plus lent, la qualité en souffre et on n’obtient pas un développement synchronisé.

L’objectif de la Chine est un développement mutuel, équilibré et synchronisé, et notre notion de placer la justice avant le profit l’enrichit d’un nouveau contenu.

Troisième étape : la politique d’« une ceinture et une route » insiste sur « trois non » : pas d’ingérence dans les affaires intérieures des autres, pas de recherche de « sphères d’influence » et pas de lutte pour l’hégémonie. Ceci reflète l’évolution historique unique de la « montée » de la Chine par rapport aux autres grandes nations, qui est l’orientation claire d’un pays en développement cherchant son nouveau rôle dans le monde. En promouvant la collaboration régionale, nous insistons sur ces « trois nons » : nous ne recherchons pas de sphère d’influence ni ne poursuivons des intérêts égoïstes, mais plutôt l’avantage et le progrès mutuels pour la communauté internationale, en particulier pour les pays le long de la « ceinture ».

Cela reflète aussi le jugement de la Chine par rapport au contexte régional. Après la Guerre froide, la situation en Eurasie se trouvait, en gros, en équilibre. On avait un système de poids et contrepoids entre grandes puissances. Aucune n’avait l’ascendant. Les rapports de force entre pays ne donnaient à aucun d’entre eux la primauté. Ni les États-Unis, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Union européenne, n’étaient voués ni ne doivent chercher à dominer ou à devenir hégémoniques en Eurasie. La promotion d’« une ceinture, une route » vise aussi à maintenir cet équilibre, au lieu de le bouleverser.

L’équilibre est propice à la stabilité. Aucun pays de la région n’est en mesure d’en bouleverser l’équilibre, parce que cela ne correspond pas au statu quo en vigueur dans cette région ni à son développement et à la configuration des forces. Aucune grande puissance ne devrait garder ses distances en matière de coopération avec les autres. C’est seulement par le développement mutuel et la coopération que nous pourrons mener à bien la construction d’« une ceinture, une seule route ».

Ainsi, je crois que la Nouvelle route de la soie est une proposition qui est de nature à encadrer et à ouvrir les possibilités plutôt qu’à refermer ou empêcher les partenariats. Etant donné que je m’adresse en majorité à des Européens ici aujourd’hui, je voudrais préciser que le fondement de la Nouvelle route de la soie est que l’Europe sera situé à un bout et la Chine à l’autre bout. Le développement de ce couloir va non seulement renforcer l’Europe et la Chine à chacune de ses extrémités, mais il apportera le développement économique et social dans toutes les régions de l’Asie centrale, de l’Asie du Sud, du Moyen Orient et de l’Europe de l’Est.

Ainsi, je pense que la Nouvelle route de la soie peut avoir un impact direct et une importance pour tous les pays européens. Ceux-ci bénéficient déjà, à cet égard, de solides fondements en termes technologiques et la Nouvelle route de la soie apportera la même chose à tous les autres pays. Il faut insister encore une fois sur l’idée qu’en promouvant la Nouvelle route de la soie, nous cherchons la coopération avec tous les pays, en travaillant vers un objectif commun tout en existant de manière différente, en cherchant à définir un socle commun. Ceci est un point central dans notre conception. Nous ne nous opposons pas à ce que les Etats-Unis, ou la Russie, ou les pays européens se joignent à nous, nous accueillons tous les pays. C’est pourquoi nous disons que la proposition est inclusive et ouverte.

2. Un nouveau modèle de coopération

Définir le type de coopération que nous avons choisi pour le projet « une ceinture, une route » est désormais de la plus grande importance. Lors des discussions, autant en Chine qu’à l’étranger, nous discutons généralement de la mise en œuvre des projets et assez rarement du modèle de coopération lui-même. Or, en ce qui concerne « une ceinture, une route », ce modèle de coopération est crucial pour déterminer la possibilité même de mettre le projet en œuvre et de le réaliser. Le modèle de coopération en tant qu’élément primordial de la coopération régionale doit être pris très au sérieux.

Le niveau de développement économique dans les pays de l’Eurasie est inégal. Certaines différences entre les pays sont évidentes, tant au niveau économique que social. Le niveau initial d’intégration est très faible et certains pays sont encore loin derrière l’ensemble de la région. En outre, le niveau culturel varie beaucoup d’un pays à l’autre, chacun ayant ses propres caractéristiques de développement.

Dès lors, quel modèle de développement choisir pour une telle région ? Le modèle de coopération de l’UE ? Celui de l’ASEAN ? Le modèle américano-chinois de coopération ? Peuvent-ils être adaptés à ce type de région ? Sont-ils adaptés à ce type de zone difficile, en forme de ceinture ? Les conditions des modèles de coopération mentionnés ci-dessus s’appliquent à une région imbriquée et homogène, tandis que la coopération sur « une ceinture, une route » doit être zonale, avec un grand nombre de branches différentes.

Nous envisageons un type de vision coopérative qui a peu de précédents dans l’histoire mondiale. En ce sens, il devrait être clair que la question d’un nouveau modèle de coopération créatif est une nécessité urgente. Nous devons tous commencer à réfléchir là-dessus.

Nous pouvons tirer les leçons de certains modèles de coopération antérieurs, mais non les copier sans discernement à cause de la situation réelle des pays situés le long de la « ceinture ». Leur stade de développement économique, leur situation sociale, leur niveau culturel nous obligent à chercher un nouveau modèle. Pour en trouver un qui soit adapté au projet « une ceinture, une route », nous devons penser de manière créative.

Nous ne pouvons pas suivre le chemin de nos prédécesseurs. Certaines personnes habituées à utiliser des modèles de développement et des modes de pensée occidentaux essaient de les appliquer au projet « une ceinture et une route ». Je crois que c’est peine perdue parce que ces modèles ne correspondent tout simplement pas à la réalité.

3. Un modèle d’innovation coopératif

Mener à bien le projet « une route et une ceinture » sera un long processus de développement. En lançant la coopération économique régionale et en l’approfondissant en permanence, nous ferons avancer la réalisation de nos objectifs stratégiques. Mais compte tenu du caractère novateur de la coopération, je crois que nous devons y inclure nombre de nouveaux éléments que je vais énumérer ici.

Tout d’abord, nous devons déployer tous nos efforts pour mettre en œuvre ce qui existe déjà : ressources énergétiques, réseaux de transport, systèmes d’électricité, réseaux de communication, etc. Nous devons construire l’infrastructure et des systèmes de communications, commencer à façonner le développement de villes-noyaux et de zones de haute technologie et, ainsi, apporter également le développement social aux économies de la région. C’est la base du développement.

Ensuite, nous devons renforcer la coordination des politiques, en instaurant entre les pays de la ceinture une coordination des différentes stratégies de développement, mais sans viser l’intégration totale.

Encore une fois, nous devons encourager le développement innovant de chaque pays, en mettant l’accent sur le plus haut niveau de progrès scientifique atteint dans le monde, intégrant les niveaux de développement de chaque pays de la région et renforçant vigoureusement la coopération avec ceux qui sont dépourvus de ressources naturelles, en promouvant et formant une nouvelle norme de coopération économique régionale.

Enfin, nous ne devrions pas avoir d’exigences excessives, ni poursuivre obstinément la coopération économique uniquement sur une base multilatérale. Il nous faut, au contraire, mener à bien des projets de coopération bilatérale de qualité, donner l’exemple et encourager d’autres pays à s’y joindre, y associer les associations municipales et les organisations professionnelles, pour former en fin de compte un système de coopération multilatéral et de réseau.

En outre, la Chine devrait encourager et promouvoir des projets où elle n’est pas elle-même impliquée. La construction d’« une route, une ceinture » est une entreprise profitable pour la Chine, mais elle est, simultanément, une initiative contribuant à promouvoir la coopération économique en Asie du Sud-est, centrale et du Sud-ouest, et dans d’autres zones intermédiaires, pour constituer un cadre de coopération inclusif et ouvert.

4. Un système d’innovation

« Une ceinture, une route » est une vision à long terme du développement à grande échelle, ce qui implique non seulement différentes régions et départements chinois, mais aussi les relations et les perspectives futures pour la Chine et les pays situés le long de la ceinture. Elle ne concerne pas seulement les intérêts et les prérogatives internes de chaque région et département, mais aussi ceux de chaque nation.

En outre, avec le développement économique et social de notre pays, nous avons désormais des entreprises publiques qui travaillent à l’étranger, ainsi que des entreprises locales et des entreprises privées, qui ont un modèle multi-facettes. La structure antérieure de gestion et de fonctionnement devra faire face à une nouvelle réalité.

Notre capacité d’adaptation aux besoins de « une route, une ceinture » va nous obliger à ajuster et réformer notre système de fonctionnement. C’est seulement par des ajustements et des réformes que nous serons en mesure de promouvoir la coordination nationale et internationale et l’harmonisation du développement, et d’en recueillir les bienfaits pour nous et les nations voisines.

Dans notre système actuel de fonctionnement, on divise le pays en départements, on établit des frontières fonctionnelles, on sépare les opérations nationales et étrangères, mais il nous manque un plan de coordination global. Pour adapter ce système à la promotion des besoins d’« une route, une ceinture » et en éliminer les obstacles, il faudra beaucoup de réflexion et de pensée créatrice de la part de chacun.

L’expérience historique montre que les restrictions organisationnelles sont dévastatrices et très graves, et qu’il est souvent difficile de surmonter les obstacles. Le développement et la construction d’« une ceinture, une route » vont nous obliger à entreprendre des réformes structurelles, afin d’adapter le système aux besoins du développement. Nous pouvons observer comment les autres nations ont conduit leur stratégie internationale.

Par exemple, pour conduire leur propre « plan de Nouvelle route de la soie », les États-Unis ont considéré l’Asie du Sud et l’Asie centrale comme une entité par rapport à leurs propres besoins de développement, et ils ont fusionné le département des Affaires d’Asie centrale et celui d’Asie du Sud en un seul département des Affaires d’Asie centrale et du Sud, avec une coopération en branchements. Pour promouvoir le développement de sa région extrême-orientale et la coopération régionale dans la région Asie-Pacifique, la Russie a créé le ministère du Développement de l’Extrême-Orient russe.

Ce mécanisme réformé, entièrement axé sur l’Extrême-Orient, a pour vocation de résoudre de manière planifiée et coordonnée ce problème crucial. Ainsi, la discussion sur la mise en place d’un système de réforme et d’innovation en vue de réaliser le projet « une ceinture, une route » fait déjà l’objet d’une délibération pratique.

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