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Partenariat sino-indien : le rêve de Nehru devient réalité

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Le président chinois Xi Jinping (à gauche) actionne un rouet —utilisé par Gandhi— lors de sa visite de l’ancienne résidence de Mahatma Ghandhi en compagnie du Premier ministre indien Narendra Modi, le 17 septembre 2014.
Crédit : Xinhua/Ma Zhancheng

Après la visite fort remarquée du Premier ministre indien Narendra Modi en Chine (du 14 au 16 mai) et la mise en place d’un partenariat stable et durable, nous présentons ici un aperçu plus approfondi des relations historiques entre les deux pays.

Notons tout d’abord que le président chinois Xi Jinping a reçu Modi dans son village natal, Xi’an, plutôt qu’à Beijing, tout comme Xi avait commencé sa visite en Inde de septembre dernier dans la ville natale de Modi. « C’est la première fois que je reçois un dirigeant étranger dans mon village natal et j’espère que votre séjour sera agréable », a confié Xi à Modi avant la réunion.

L’importance singulière de ce geste n’a pas échappé aux commentateurs. Ainsi, le lieutenant-général Ramesh Chopra (cr), un expert en matière de sécurité, a fait remarquer que Xi’an (l’ancienne capitale de la dynastie Tang) était le point de départ de l’ancienne Route de la soie, et le point de convergence des civilisations indienne et chinoise. « Xi et Modi s’y sont rencontrés et se sont retrouvés au point de départ d’une nouvelle relation entre les deux pays. Le sommet a permis de briser la glace », a-t-il expliqué.

Cette dynamique, amorcée par les BRICS ainsi que par le programme « Une Ceinture, une Route » lancé par la Chine, permet en effet de relancer les relations entre ces deux grands pays, des relations qui s’étaient sévèrement tendues dans les décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale. En effet, contrairement à ce qu’avait anticipé le Premier ministre indien Jawaharal Nehru en 1946, l’intégration des États-Unis (au nom de la guerre froide contre la Russie) à un empire Britannique qui s’est retrouvé pour le coup renforcé, a eu pour effet de retarder le mouvement de retrouvailles entre l’Inde et la Chine.

Le développement d’un partenariat étroit entre les deux pays est donc de nouveau en marche, et permet à l’histoire de reprendre son cours. Les conséquences d’un tel rapprochement peuvent être mieux comprises grâce aux indications que nous a livrées Nehru dans son livre Discovery of India, publié en 1946. [1]

Mettre fin à la domination britannique

Nehru décrit d’abord les nombreuses invasions qu’a subies l’Inde au cours des siècles, mais surtout l’assimilation, par cette dernière, des peuplades d’origine turque, afghane et moghole, « elles-mêmes influencées par la culture perse sur une période de plusieurs siècles ». Ainsi, conclut-il, peu de peuples ont été plus étroitement reliés en termes d’origine à travers l’histoire que les peuples de l’Inde et de l’Iran. S’en prenant ensuite au coeur de la doctrine géopolitique britannique, il explique :

Vinrent ensuite, les britanniques, et ils ont verrouillé toutes les portes et fermé toutes les routes nous reliant à nos voisins d’Asie. De nouvelles routes furent ouvertes à travers les mers, qui nous ont rapprochés de l’Europe, et plus particulièrement de l’Angleterre, mais il ne devait plus y avoir aucun contact par voie terrestre entre l’Inde et l’Iran, ainsi que l’Asie centrale et la Chine jusqu’à ce que, dans l’âge présent, le développement de nouvelles voies aériennes ne nous permette de renouveler ce vieux partenariat. Cette isolement soudain du reste de l’Asie a été l’une des conséquences les plus remarquables et malencontreuses du règne britannique sur l’Inde.

Nehru cite ensuite le professeur E.J. Rapson, de l’Université de Cambridge, affirmant que « cet isolement politique est une caractéristique récente et entièrement nouvelle dans l’histoire de l’Inde ». Et il ajoute plus loin : « Les événements mondiaux et les intérêts communs forcent les pays asiatiques à se regarder l’un l’autre à nouveau. La période de domination européenne n’est plus qu’un mauvais rêve et les vieux souvenirs leur rappellent des vieilles amitiés et des aventures communes. Il n’y a plus aucun doute que dans un future proche l’Inde se rapprochera de l’Iran, comme elle le fait avec la Chine. »

Il convient ici, pour mieux comprendre l’importance de cette profonde transformation pour l’avenir du monde et des BRICS, de résumer, comme l’a si bien fait Nehru, l’étendue des échanges culturels qui ont eu lieu entre l’Inde et la Chine, au cours d’une période qui a duré plus de mille ans.

A la découverte de l’Inde et de la Chine

Toujours dans son Discovery of India, Nehru explique que c’est à travers le Bouddhisme que l’Inde et la Chine se sont rapprochées et ont développé de nombreux contacts. Les mieux documentés datent de la période du roi Ashoka, le troisième empereur de la dynastie indienne des Maurya, qui a régné de 273 à 232 av. J.-C. Après avoir conquis le Kalinga, suite à une campagne marquée par une grande violence et qui visait à agrandir l’empire que lui avait légué son père, Ashoka s’est converti, dans un acte de repentance sans égal dans l’histoire de l’humanité, au Bouddhisme (né quelques siècles plus tôt en Inde) et à l’action non-violente. La grande réputation et les nombreux efforts de ce grand bâtisseur ont permis ensuite au Bouddhisme de se répandre dans toute l’Asie, pour finalement atteindre la Chine.

Nehru explique que les émissaires envoyés par Ashoka en Chine ont ouvert la voie à l’échange de nombreux pèlerins et érudits entre les deux pays. Même si le voyage à travers les montagnes de l’Himalaya et le désert de Gobi était très difficile, des monastères bouddhiques servaient de relais et de lieux de repos tout au long de ces routes. Suite à la première visite, officiellement répertoriée, d’un érudit indien en Chine (Kyshyapa Matanga) en 67 après J.-C., on estime qu’au 6e siècle vivaient dans la seule province de Lo Yang plus de 3000 moines bouddhistes et 10 000 familles indiennes. Deux grands poètes et écrivains, Kumarajiva au 4e siècle et Jinagupta au 6e siècle, ont par ailleurs traduit de nombreux textes sanskrits en chinois, qui font autorité jusqu’à ce jour. Jinagupta était tellement admiré par les Chinois que l’empereur de la dynastie Tang devint son disciple.

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Ruines de l’Université de Nalanda, Inde
Crédit : wikicommons

De nombreux érudits chinois se rendirent également en Inde. Parmi eux, Fa Hien, disciple de Kumarajiva, étudia au 5e siècle à l’université de Pataliputra, qui avait été pendant longtemps la capitale de l’empire Maurya. Xuanzang, l’un des quatre plus grands traducteurs chinois des soutras bouddhiques, s’est rendu en Inde au 7e siècle après un long périple le long de la Route de la soie, passant par le désert de Gobi, puis le petit royaume-oasis de Tourfan (dénommé la Brillante Perle de la Route de la soie), puis Tachkent, Samarcande et Peshawar, alors capitale du Gandhara (aujourd’hui située au Pakistan). Après avoir visité des milliers de monastères bouddhiques, Xuanzang s’établit pendant une longue période à la célèbre université de Nalanda, près de Pataliputra, pour y étudier le droit. Il y fut même nommé vice-recteur. De retour en Chine après de nombreuses années, ses multiples traductions ont d’ailleurs permis de restituer le contenu de manuscrits indiens qui avaient été perdus au cours des siècles, et ses récits de voyage ont inspiré le célèbre roman Xiyouji, ou Le Voyage en Occident.

Nehru reprend la description par Xuanzang des diverses cultures vivant à cette époque en Asie centrale, mélangeant souvent des influences perses, grecques, indiennes et chinoises. Ainsi, à Tourfan, explique Nehru :

La langue était indo-européenne, dérivée de l’Inde et de la Chine, et ressemblait en quelque sorte aux langues celtiques de l’Europe ; la religion est venue de l’Inde ; les us et coutumes étaient chinois ; et plusieurs pièces de porcelaine artistiques étaient d’origine iranienne. Les sculptures et fresques des bouddhas, des dieux et des déesses, d’une grande beauté, nous dit Monsieur Grousset [René, un archéologue français], représentent ’’le plus beau mariage entre la souplesse hindoue, l’éloquence hellénique et le charme chinois’’.

Suite au déclin des monastères bouddhiques en Asie centrale, puis la montée en puissance des colonie indiennes d’outre-mer, notamment en Indonésie, la route océanique entre les deux pays fut celle qui fut privilégiée par la suite. Plusieurs comptes-rendus laissent penser que des routes commerciales régulières existaient déjà à cette époque entre la Perse, l’Inde, la péninsule Malaise, Sumatra et la Chine. Un autre moine bouddhiste chinois, Yi Jing, emprunta un navire Perse depuis Canton pour se rendre en Inde et plus particulièrement à l’université de Nalanda.

Avec le déclin du Bouddhisme en Inde, les échanges entre les deux pays se sont peu à peu raréfiés et ont pratiquement cessé par la suite. Mais au cours des périodes indo-afghane et moghole, plusieurs siècles plus tard, certains échanges diplomatiques ont repris entre la Chine et l’Inde. Le Sultan de Delhi, Mohammed bin Tugghlak (1326-51), avait envoyé le célèbre voyageur arabe Ibn Batuta en tant qu’ambassadeur auprès de la cour chinoise. Au cours du 14e siècle, l’empereur chinois envoya deux ambassadeurs, dont l’un accompagné d’une girafe (!) à la cour du Sultan du Bengale. Le commerce entre les deux pays, tant par voie de terre que maritime, avait pris alors un certain essor, avant de se dissiper à nouveau.

Nous redonnons ici pour terminer la parole à Nehru :

Après avoir été coupée l’une de l’autre pendant plusieurs siècles, l’Inde et la Chine furent soumises par un sort étrange à l’influence de la Compagnie britannique des Indes orientales. L’Inde a dû endurer cette situation pour une longue période ; en Chine, le contact a été plus bref, mais cela a malgré tout amené l’opium et la guerre. Et maintenant la roue de la fortune a fait un tour complet et l’Inde et la Chine reprennent contact l’une avec l’autre, et les souvenirs du passé refont massivement surface ; des pèlerins d’un nouveau genre traversent à nouveau les montagnes qui les séparent, apportant des messages de joie et de bonne volonté et créant de nouveaux liens d’amitié qui vont perdurer.


[1Publié par The Signet Press à Calcutta en 1946, réédité en 1989 par Oxford University Press, Centenary Edition.

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