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Alexandre Pouchkine (1799-1837).

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Alexandre Pouchkine, héros national et génie universel

 La Fille du Capitaine et le futur de la Russie

A cette époque où la propagande anti-Poutine et anti-russe atteint de nouveaux sommets, il était absolument nécessaire de faire connaître à nos lecteurs la grandeur de la nation russe, ici à travers cet immense poète, dramaturge et historien qu’est Alexandre Pouchkine (1799-1837).

Cela est d’autant plus nécessaire qu’après l’effondrement terrible de son Empire en 1989, la Russie revient aujourd’hui sur la scène internationale en défenseur de la souveraineté des peuples contre les Empires, des principes des Nations Unies contre la loi du plus fort et de l’avènement d’un nouvel ordre économique plus juste, qu’elle construit avec les autres membres du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

Parmi l’œuvre très vaste de Pouchkine, nous avons choisi de vous parler de ce magnifique roman, La fille du Capitaine publié en 1836. Dans cette ouvrage de la fin de sa trop courte vie, on voit l’achèvement de tout ce que Pouchkine a entrepris dans sa vie littéraire, sa vie d’historien et de patriote russe agissant pour amener les lumières dans son pays.

Pouchkine avait entrepris d’introduire en Russie les grands classiques et de faire du russe une langue capable d’exprimer les conceptions les plus profondes de l’humanité.

Très inspiré par William Shakespeare mais aussi par Friedrich Schiller, il a voulu donner au peuple russe, des tragédies et des romans tels La Fille du Capitaine, fondés sur son histoire, autant de miroirs pour se regarder soi-même afin de pouvoir évoluer. Enfin, ses écrits sont aussi des manuels à l’intention des princes, les incitant à mettre fin à leur pratiques autocratiques et a assurer la justice pour tous.

C’est tout cela que l’on retrouve dans La Fille du Capitaine dont le héros est un jeune officier, Piotr Andréievitch Griniov, que son père noble envoie au service militaire à dix-sept ans, pour en faire un homme.

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Portrait d’Emilian Pougachev (1742-1775). La Fille du Capitaine est inspiré par les recherches historiques de Pouchkine sur cette période et publiées sous le titre : L’histoire de Pougatchev.

Déployé dans le fort de Bélogorsk, à la frontière des steppes de Kirghizie et de l’Europe avec l’Asie, il se retrouvera au cœur de l’insurrection de Emelian Pougatchev (1742-1775), un terrible soulèvement des cosaques du Iaïk (1773-1775) qui entrainera dans son sillage des Bachkirs musulmans et des serfs, durant le règne de Catherine II, mettant à feu et à sang toute la basse Volga.

Comme dans le théâtre grec, c’est un horrible songe, vaticinateur, qui plonge Griniov dans l’enfer qui l’attend, mais ne comptez pas sur nous pour vous révéler cette poignante histoire, au-delà des éléments de fond qui vous inciteront à la découvrir par vous-mêmes !

La violence de l’insurrection apprend tout à Griniov : l’esclavage auquel était réduite la paysannerie à l’époque, – un servage qui ne fut éliminé qu’a partir de 1861 – , la torture utilisée comme seul procédé de justice envers les populations musulmanes de l’Empire, à qui on arrachait les narines avec des pinces et on coupait la langue, ainsi que des façons brutales employées pour soumettre les cosaques, habitués à leur autonomie.

Dans cette Russie-là, Griniov représente l’humanisme de Pouchkine. Il est généreux, attaché à la vérité, à la justice, à la défense de la Russie. Avec Macha, sa future femme, ils représentent le futur apaisé d’une Russie éclairée et développée. Contraint de soumettre ses écrits à la censure directe du Tsar Nicholas Ier, Pouchkine n’a pourtant jamais cessé de promouvoir ces idéaux auprès du pouvoir.

En situant son récit au début du règne d’Alexandre 1er, frère de Nikolaï, qui l’avait commencé par l’abolition de la torture et d’autres mesures « libérales », Pouchkine a sans doute voulu inciter le Tsar à prendre ce chemin, malgré le fait qu’Alexandre évoluera vers des idées très réactionnaires à la fin de son règne. L’impératrice Catherine II y est présentée aussi comme une femme juste et de dialogue, sans laquelle le dénouement heureux de La Fille du Capitaine aurait été impossible.

Mais c’est dans la relation, toute schillérienne, qui s’établit entre le jeune Griniov et le chef de la révolte, Pougatchev, qu’on voit la beauté de l’idéal de Pouchkine et son génie à communiquer, à travers son art, les conceptions les plus nobles, qui contribueront à la transformation profonde du peuple russe. Car Pougatchev à beau être un imposteur [1], redoublé d’un brigand sanguinaire qui avec son armée de hors-la-loi a dévasté cette partie de la Russie, il est aussi capable - oh paradoxe humain ! - de répondre à la générosité que lui manifeste Griniov !

Dans sa barbe noire, décrit Griniov, on voyait des fils blanchâtres ; ses yeux, grands et vifs, ne demeuraient pas en place. Son visage avait une expression plutôt aimable mais friponne. Ses cheveux étaient coupés au bol...

Avec cette arrière plan, l’on comprend mieux, le message profond de Pouchkine aux dirigeants, à la noblesse et au peuple russe de son temps : soyez généreux, éduquez le peuple, soyez juste avec les plus démunis et les minorités, et ils répondront à leur tour !

A plusieurs reprises dans ces écrits, il met en garde contre « les rébellions russes, insensées et impitoyables », plaidant pour un changement non-violent et pour une meilleure éducation du peuple. « Ceux qui méditent chez nous des révolutions impossibles sont trop jeunes et ne connaissent pas notre peuple, ou bien alors ce sont des hommes endurcis pour qui leur propre cou ne vaut pas un sou et la tête d’autrui n’en vaut pas un demi » dit-il, encore dans un chapitre supprimé du roman final !

Puisse la Russie d’aujourd’hui être fidèle à cette aspiration face à tous ceux qui s’efforcent de l’en détourner et qui ne comprennent pas ce qu’elle représente pour le monde.

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Statue de Pouchkine à Saint-Pétersbourg.

 Alexandre Pouchkine, héros national et génie universel

Alexandre Pouchkine vit dans la mémoire de tous les Russes comme aucun autre poète ou écrivain.

En ces deux jours de janvier 1837 où Pouchkine agonisait, mortellement blessé lors de son duel avec Georges d’Anthès, la foule des Russes venus le veiller par milliers devant son appartement de Saint-Pétersbourg, était telle que le régime, craignant des mouvements de contestation politiques, transféra son enterrement de la cathédrale Saint-Isaac à une petite église, où seuls ceux munis de tickets purent assister à la cérémonie.

Des générations de Russes ont appris à lire avec Pouchkine, surtout dans l’ère soviétique, nous dit Rachel Douglas. [2]

Témoin ce livre pour débuter l’étude de la poésie destiné aux élèves d’écoles élémentaires, publié à Moscou en 1972.

Puisque vous n’êtes plus si petits, dit l’éditeur s’adressant aux enfants, il est temps pour vous de savoir qui était Alexandre Sergueïevitch Pouchkine (…). Il est né il y a très longtemps, en 1799, à Moscou ; il a écrit des vers, des contes et des romans, comme personne n’avait pu en écrire avant lui… Vous grandirez, et votre Pouchkine sera toujours avec vous : d’abord son livre de poèmes, ou ses contes de fée ; puis un autre – un livre de poèmes plus longs, et un livre de contes, puis un autre, et un autre encore. Quand vous serez adultes, n’oubliez pas de lire les lettres du poète, qui sont réellement très intéressantes. Pouchkine sera avec vous tout au long de votre vie…

 Faire du russe une langue universelle

Pourquoi a-t-il pu tant émouvoir les Russes ? Sans doute parce qu’il a donné à la langue russe la capacité d’exprimer les conceptions les plus belles et profondes, à l’instar de ce qu’ont fait Dante Alighieri et Shakespeare avec l’italien et l’anglais.
Lorsque Pouchkine est né, la langue de la Cour et l’essentiel du discours intellectuel étaient le français et non le russe vernaculaire.

Dans un ouvrage resté inédit, Sur les raisons de notre retard en littérature, le jeune Pouchkine décrit cette situation calamiteuse :

L’utilisation généralisée du français et la négligence à l’égard du russe, sont considérées généralement parmi les raisons retardant le progrès de notre littérature. (…) Nous n’avons ni littérature ni livres, mais dès l’enfance nous dérivons toutes nos connaissances et idées des livres étrangers, et nous nous sommes habitués à penser dans une langue étrangère. (….) la scolarité, la politique et la philosophie doivent encore être explorées en russe. Nous n’avons pas du tout de langage métaphysique, et toute notre prose est si sous-développée (…) que, dans notre paresse, nous sommes plus que consentants à nous exprimer dans une langue étrangère.

Bien que les efforts pour faire du russe une plus belle langue aient débuté avant lui, c’est Pouchkine qui contribuera à en faire une langue universelle en intégrant dans ses propres écrits le meilleur de Shakespeare en particulier, et d’autres. Boris Godounov, qui lance la tragédie historique russe, est le résultat d’un travail intense sur Hamlet, Macbeth et Richard III, ainsi que des tragédies de Schiller que son frère lui a procurées.

Pouchkine a aussi veillé à faire entrer, pour la première fois en Russie, les grands classiques grecs, en apportant son soutien à l’un de ses amis de jeunesse, Nikolai Gnedich (1784-1833), qui a donné la première traduction russe de l’Iliade d’Homère. Du même élan, il aussi travaillé à rapprocher le russe du langage courant, en combinant des formes classiques de vers avec le russe parlé.

Il recommandait aussi « l’étude de chansons anciennes, de contes de fée, pour avoir une compréhension parfaite de la langue russe. (…) La conversation de gens ordinaires mérite l’étude la plus approfondie (…) Ce ne serait pas mauvais pour nous d’écouter de temps en temps les boulangers qui font du pain pour l’église à Moscou. »

 Etat-nation ou oligarchisme ?

Pourquoi encore cet amour pour Pouchkine en Russie ? N’est-ce pas parce qu’à l’instar de Sophocle avec son Antigone, ou de Schiller avec son Guillaume Tell, il a su communiquer à la Russie, encore sous le joug des tsars autocratiques dont les pratiques répressives terrifiaient les cours européennes, et d’un servage qui touchait 20 millions de personnes, le rêve d’une Russie future, éclairée et juste ?

Quelques éléments de la vie de Pouchkine, dont certains liés à la France, peuvent contribuer à comprendre ce qui a fait de ce fils d’officier, d’une noblesse ancienne quoiqu’appauvrie, l’étincelle d’une puissante transformation de la Russie qui se poursuit encore aujourd’hui.

Alexandre Pouchkine est né à Moscou le 26 mai 1799. Par son père, ses origines nobles remontent à plus de 600 ans. Par sa mère, l’ascendance est particulièrement intéressante, puisque Nadejda Ossipovna Hannibal était la petite-fille d’Abraham Hannibal, un prince africain kidnappé en 1703, à l’âge de 8 ans, puis confié à Pierre le Grand qui voulait prouver que les enfants noirs sont aussi doués pour les arts et les sciences que les russes !

Devenu filleul de Pierre le Grand, il est envoyé en France où il excelle en géométrie et obtient le brevet d’ingénieur du roi à l’école d’artillerie de La Ferre. Mais le rejet dont Pouchkine a été victime en raison de ses origines noires a sans doute contribué à faire de lui quelqu’un d’atypique au sein de la noblesse russe, et tourné vers la justice sociale.

Entre 1811 et 1817, Pouchkine étudie au prestigieux lycée impérial de Tsarskoïe Selo, établissement chargé de former les jeunes aristocrates russes les plus brillants pour la haute fonction publique. A sa création, le curriculum du lycée était très influencé par les idéaux de l’Ecole polytechnique de Lazare Carnot et Gaspard Monge, et par les réformes de l’éducation de Humboldt en Allemagne, privilégiant la découverte, les langues et la physique, au détriment des mathématiques.

Son premier doyen fut Vasili Malinovski, dont Pouchkine fut un proche. Fin connaisseur des courants républicains américains, Malinovski avait traduit en russe le Rapport sur les manufactures d’Alexander Hamilton, qu’il publia en 1807 avec une préface plaidant pour une Russie industrielle. Il était aussi favorable à l’abolition du servage.

 Le coup d’Etat des décembristes

Tout cela prédispose Pouchkine à promouvoir des idées révolutionnaires. En 1819, il rejoint la société littéraire Lampe Verte, véritable pépinière de réformateurs d’idées « libérales ».

En 1825, dans l’interrègne entre la mort d’Alexandre 1er et l’accession au pouvoir de Nicolas 1er, a lieu une tentative de coup d’Etat contre ce dernier. Elle est menée par de jeunes et brillants officiers, généralement issus de la noblesse, influencés par ce qu’ils ont vu en Europe occidentale durant la campagne de France : l’abolition de plusieurs siècles de servage et l’idée des droits inaliénables de l’homme.

Le but de l’insurrection ? Imposer à Nicolas 1er des réformes comme l’abolition du servage et l’adoption d’une Constitution. Mal organisée, sans soutien populaire, la tentative de putsch est matée en un jour, ses meneurs exécutés et des centaines des sympathisants envoyés en exil en Sibérie.

Parmi eux plusieurs proches de Pouchkine, qui n’a eu la vie sauve que parce qu’il se trouvait déjà en exil (1820 – 1824), suite à ses virulents épigrammes et poèmes de jeunesse tels l’Ode à la Liberté ou Le village. Dans ce dernier, il qualifiait le servage de « honte meurtrière ». Fin 1825, Nicolas 1er offre à Pouchkine de mettre fin à son exil à condition qu’il soumette tous ses écrits à la censure du tsar et qu’il accepte de vivre constamment en liberté surveillée.

C’est sans doute tout cela qui a contribué à faire murir ses ardeurs révolutionnaires et à réaliser l’ampleur du défi. Dans des notes préparatoires pour son histoire de Pierre le Grand couvrant l’année 1721, Pouchkine observait :

Il y a une différence étonnante entre les institutions de Pierre le Grand et ses oukases du moment. Les premières sont le fruit d’une pensée ouverte, pleine de bienveillance et de sagesse, tandis que les secondes sont, fréquemment, cruelles, capricieuses et semblent avoir été écrites avec un knout [fouet russe fait de lanières de cuir terminées par des boules ou des crochés en métal]. Les premières sont pour l’éternité, ou au moins pour le futur ; les secondes sont le fait de sautes d’humeurs d’un propriétaire terrien autocratique et impatient.

Sans abandonner son élan réformateur, Pouchkine concluait dans La fille du capitaine que « les réformes les meilleures et les plus solides sont celles qui proviennent d’une amélioration des mœurs, sans ces soulèvements violents qui sont si terribles pour l’humanité ».


[1Il veut être Tsar à la place du Tsar en prétendant être Pierre III, le mari décédé de Catherine II, qu’elle est soupçonnée avoir assassiné.

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