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Bouthaina Shaaban : l’avenir de la Syrie dans le cadre d’une Nouvelle route de la soie intellectuelle

La rédaction
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Voici la transcription en français de l’intervention filmée de S.E. Bouthaina Shaaban, conseillère de la présidence syrienne et ancienne ministre, lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller des 25 et 26 juin 2016 à Berlin.

Ce texte est suivi de celui de la réponse de Helga Zepp-LaRouche à l’intervention de Mme Bouthaina Shaaban, et de celui de la discussion du public avec l’oratrice.

Retour à toute la conférence et aux autres orateurs.

L’avenir de la Syrie dans le cadre d’une Nouvelle route de la soie intellectuelle

Tout d’abord, permettez-moi de remercier l’Institut Schiller et en particulier Mme Helga Zepp-LaRouche pour m’avoir invitée à prendre la parole à cette importante conférence sur le thème « Créer un avenir commun pour l’humanité ». Mais avant d’aborder le sujet de mon exposé, « Le plan de reconstruction de la Syrie, pierre angulaire de l’extension de la Nouvelle route de la soie à l’Asie du Sud-Ouest et à l’Afrique », je voudrais commencer par quelques brefs commentaires sur ce qui se passe en Syrie et ce qui nous a conduits à la situation actuelle. Avant de traiter des projets futurs, nous devons examiner les facteurs qui ont conduits à un tel carnage en Syrie, afin d’empêcher de futures calamités, non seulement au Moyen-Orient mais aussi dans le monde entier.

L’un des problèmes majeurs auquel nous devons faire face aujourd’hui est le fait que les pays occidentaux pensent réellement que le monde leur appartient, qu’ils représentent à eux seuls la communauté internationale et qu’aucune valeur ou intérêt autre que leurs valeurs « universelles et exceptionnelles » ne doit passer avant. Ils pensent aussi que quelle que soit la narration qu’ils adoptent et propagent, elle est la seule véridique, et que toutes les autres, fussent-elles plus justes et plus proches de la réalité, sont à rejeter.

La première décision prise par les pays occidentaux lorsque la guerre contre la Syrie a commencé, fut de retirer leurs ambassadeurs de Damas. Or le travail d’un ambassadeur n’est-il pas de transmettre à son pays ce qui se passe véritablement sur le terrain ? Comment les pays occidentaux ont-ils pu construire leur récit de ce qui avait lieu en Syrie, en l’absence d’un tel intermédiaire ?

A ce stade, nous devons parler du rôle joué par les médias, surtout la chaîne financée par le Qatar, Al-Jazeera, et celle financée par l’Arabie saoudite, Al-Arabyia, qui ont été les principales sources d’information sur la Syrie pour les médias occidentaux, bien que toutes deux aient retiré leurs correspondants dès le début de la guerre pour ne travailler qu’à partir de « témoins visuels », pouvant se trouver n’importe où dans le monde. Le prétendu « Observatoire syrien des droits de l’homme » est devenu la seule source d’information occidentale sur les dernières nouvelles du champ de bataille et d’autres atrocités. Les gens, en Occident, réalisent-ils que Rami Abdul Rahman, celui qui dirige cet « Observatoire », est un individu habitant à Coventry, au Royaume-Uni ?

Ces médias se concentrent uniquement sur des questions qui servent un certain ordre du jour, tout en ignorant la réalité sur le terrain. Combien, en Occident, ont entendu parler des bombardements qui ont eu lieu dans les villes syriennes de Tartous et de Jableh le mois dernier ? Ils ont tué 200 civils innocents. Mais, étant donné qu’ils ont eu lieu dans ce que les médias occidentaux appellent les « zones loyalistes » (sous le contrôle du gouvernement), elles ont rarement été couvertes et ont suscité peu de sympathie.

La propagation de récits mensongers sur la Syrie est aussi dangereuse que la guerre menée sur le terrain. Comment les peuples occidentaux peuvent-ils contester les politiques de leurs gouvernements à l’égard de la Syrie et du Moyen-Orient, s’ils ne reçoivent que des informations déformées et des narrations fabriquées de toutes pièces ? C’est pourquoi nous devons rétablir la vérité sur les événements, afin d’apporter aux populations occidentales un niveau de compréhension pouvant les amener à obliger leurs gouvernements à s’engager sur le chemin de la paix, plutôt que sur celui de la guerre. C’est alors seulement que le processus de reconstruction pourra commencer.

Avant même de commencer à parler de reconstruction de la Syrie, nous devons relever le défi monumental d’éradiquer le terrorisme en Syrie, en Irak et dans toute la région. Et quand je dis « nous », je ne parle pas seulement des Syriens et des Irakiens, mais de toute l’humanité. Comme l’ont montré les événements récents à Orlando et à Paris, qui ont coïncidé avec des bombardements à Damas et à Bagdad, c’est une menace contre tous les êtres humains, où qu’ils habitent.

Cependant, le monde, et en particulier les pouvoirs occidentaux, font-ils tout pour éradiquer cette menace existentielle contre l’humanité ? Le 17 décembre 2015, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, à l’unanimité, la Résolution 2253, agissant sous le chapitre 7. Cette résolution de 28 pages, introduite par les États-Unis et la Russie, impose le gel des avoirs, l’interdiction de voyager et l’embargo sur les armes à l’encontre de Daech, Al-Qaïda et « des individus, groupes et autres entités qui leur sont associés ». Le lendemain, 18 décembre 2015, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la Résolution 2254 qui endosse le communiqué de Genève du 30 juin 2012 et les « déclarations de Vienne » pour l’application de ce communiqué, comme base d’une solution politique dirigée par la Syrie pour mettre fin au conflit.

Le gouvernement de la République arabe syrienne s’est montré coopératif envers chacune des initiatives de l’ONU, depuis la première visite d’un envoyé de l’ONU, le général Dabi, à celles de Kofi Annan, Lakhdar al-Brahimi, Staffan de Mistura, parce que notre peuple souffre de cette guerre. Cependant, le vrai problème, ce sont les facteurs externes, principalement régionaux, qui échappent totalement à notre contrôle. Des puissances comme le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie sont toujours en train de financer, armer et envoyer des terroristes vers la Syrie. C’est ignorer la Résolution 2253 qui met l’accent sur la nécessité de couper le soutien aux terroristes afin de les vaincre, ce qui conduira éventuellement à une solution politique en Syrie.

Les Nations unies et les pouvoirs occidentaux, surtout les États-Unis, continuent à se concentrer sur la Résolution 2254 qui porte sur la solution politique à la crise en Syrie, ignorant totalement qu’aucune solution politique ne peut être atteinte avant d’avoir éliminé le terrorisme, qui est l’essence même de la Résolution 2253. Les États-Unis semblent avoir perdu le contrôle de leurs alliés régionaux en Turquie, au Qatar et en Arabie saoudite. De l’autre côté, l’administration américaine travaille avec la Russie au niveau des résolutions 2253 et 2254. Mais les États-Unis ont été incapables d’empêcher leurs alliés régionaux de soutenir le terrorisme en Syrie, ainsi que d’honorer les engagements pris avec la Russie, premièrement de lutter contre tout groupe terroriste qui ne respecte pas la trêve et deuxièmement de fermer la frontière entre la Turquie et la Syrie.

L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ont œuvré à saboter les pourparlers de Genève et à détruire la trêve fragile en vigueur depuis la fin février 2016. Sous la pression d’Ankara, l’opposition basée à Riyad s’est retirée des négociations et des groupes militants alliés à la Turquie ont démarré une impitoyable campagne de tirs d’artillerie contre les zones d’Alep contrôlées par le gouvernement. La Turquie a aussi injecté autour d’Alep huit mille djihadistes, qui ont attaqué l’Armée régulière syrienne tout le long de la ligne de front et perpétré des massacres dans la ville.

Cependant, les États-Unis refusent toujours de coopérer avec l’Armée syrienne et continuent à fonder des espoirs sur « les rebelles modérés », qui, comme ils l’ont prouvé, ne sont autre qu’un mirage. Les États-Unis refusent toujours de travailler avec la Russie, malgré les appels réitérés du gouvernement russe à lutter ensemble contre le terrorisme. De plus, les gouvernements français et allemand se sont récemment joints aux États-Unis pour violer la souveraineté syrienne, envoyant des troupes rejoindre les prétendues Forces démocratiques syriennes, au lieu de travailler avec l’Armée arabe syrienne et la Russie, qui ont réussi à faire reculer le terrorisme, libérant des dizaines de villes, y compris la ville historique de Palmyre.

Aujourd’hui, il ne semble pas y avoir de volonté réelle de vaincre Daech et les autres organisations terroristes. L’approche américaine a pris une tournure plus sinistre, cherchant à remodeler l’avenir de la Syrie et de l’Irak selon ses propres intérêts géopolitiques. Reconstruire des bâtiments et des routes n’aura aucun sens si la Syrie et l’Irak sont géographiquement et socialement défigurées et rendues méconnaissables afin de servir les schémas géopolitiques occidentaux.

Les défis colossaux auxquels nous devons faire face aujourd’hui et dans un futur proche, ne disparaîtront pas avec la victoire contre le terrorisme et le début du processus de reconstruction. Il est d’une importance capitale que le processus de reconstruction soit syrien dans ses aspects. Ce processus ne peut être dicté de l’étranger, surtout par les institutions financières internationales et les intérêts économiques globaux. Le peuple syrien qui habite cette terre depuis des milliers d’années, devrait avoir son mot à dire sur la façon dont le pays sera reconstruit. Les banques étrangères et les institutions financières internationales ne peuvent dicter aux Syriens comment gérer leurs finances, alors que les Syriens prennent part aux échanges et au commerce international depuis des milliers d’années. En effet, la ville d’Alep était la plaque tournante entre l’Asie et l’Europe, au cœur même de l’ancienne Route de la soie. Les fermiers syriens ont une expérience inégalée dans la culture de leur terre et n’ont nul besoin que des entreprises d’agro-business viennent changer les habitudes ancestrales afin de servir des intérêts étrangers.

Le peuple syrien est un peuple fier et productif. Il n’apprécie pas les paniers alimentaires de l’ONU, avec leur nourriture en conserve. Les Syriens ont toujours vécu de leurs cultures, de légumes et de fruits frais ; ils ont toujours exporté du blé, des légumes, de la viande, des produits laitiers et des fruits à quatre-vingts pays du monde. Ce dont le peuple a besoin de toute urgence, c’est de voir la paix et la sécurité restaurées pour leur terre chérie et fertile. Alors ils pourront non seulement se nourrir eux-mêmes, mais aussi des millions des gens avec eux. C’est dans les années 80 que les Syriens ont adopté la devise : « Nous pouvons manger ce que nous cultivons et porter ce que nous fabriquons. » Le peuple syrien est parfaitement capable de gérer indépendamment la reconstruction de son pays et d’accueillir l’assistance et la coopération de tous les pays, mais principalement des BRICS. Cependant, la coopération doit toujours être basée sur le principe fondamental du respect de l’indépendance, de la souveraineté et de l’héritage de la civilisation syrienne. Seulement alors, la Syrie pourra prendre sa place naturelle au cœur de la Nouvelle route de la soie et contribuer à la prospérité de l’Europe, de l’Asie et du monde entier.

En fin de compte, la Syrie n’a pas abandonné sa souveraineté durant cette guerre terrible ; elle ne la cédera pas durant le processus de reconstruction sous prétexte de besoins économiques et financiers.

Au delà des aspects matériels, de la reconstruction de la Syrie comme de la construction de la Nouvelle route de la soie, la tâche principale est de bâtir une Route de la soie intellectuelle, conceptuelle et culturelle.

La guerre contre la Syrie fut aussi une guerre contre l’identité et la culture du pays, et le processus de reconstruction doit aussi être l’occasion de reconstruire notre identité, de repenser notre passé et notre présent afin de construire un avenir plus sûr et prospère.

Au-delà de la Syrie, le monde a besoin de construire de nouveaux ponts intellectuels et culturels afin de contrer l’exceptionnalisme occidental et la violence extrémiste, qui nous ont conduits aux problèmes immenses auxquels nous devons faire face. Si les valeurs occidentales ont beaucoup à offrir au monde, elles ne sont toutefois pas totalement universelles, et elles ont été et sont encore utilisées par l’Occident pour donner une caution morale à leurs politiques cyniques.

D’autre part, la démocratie libérale a été incapable de s’ériger en modèle à suivre pour le reste du monde. Non seulement elle est en contradiction avec les cultures locales où elle a été imposée, mais elle est aussi un échec en Occident même, avec la montée de politiciens comme Donald Trump. C’est pourquoi nous devons travailler ensemble, aussi bien en Occident qu’en Orient, pour développer de nouvelles façons de penser, afin de reconstruire notre monde sur de nouvelles fondations intellectuelles et conceptuelles. En effet, considérer que sa propre culture est de nature exceptionnelle conduit nécessairement au racisme contre tous les autres peuples et civilisations. Les civilisations chinoises, indiennes, perses, arabes et autre civilisations eurasiatiques ont offert au monde tant de connaissances et de sagesse dans le passé, et en ont encore davantage à offrir.

Nous devons lutter pour construire un ordre mondial dont les caractéristiques seront l’égalité, le respect mutuel et la véritable diversité. Le dialogue, comme le montre cette conférence, est la voie pour aller de l’avant, et chaque pays, petit ou grand, puissant ou moins puissant, doit pouvoir apporter sa contribution à cet ordre nouveau et plus diversifié.

La nouvelle Route de la soie ne devrait être qu’un premier pas, mais non le dernier, vers ce projet plus vaste ; elle ne devrait pas se confiner au domaine de la politique et de l’économie, mais chercher à s’étendre pour créer une culture commune de dialogue et d’ouverture fondée sur la parité et le respect.

La Syrie est aujourd’hui la clé pour vaincre le terrorisme qui menace toute l’humanité. Elle est aussi la pierre angulaire d’un nouvel ordre politique mondial dans lequel la Russie et la Chine ont leur place car elles ont résisté avec force, d’une part avec la puissance militaire, mais aussi par un veto au Conseil de sécurité de l’ONU, qui a empêché le rouleau compresseur des Occidentaux d’enfreindre la souveraineté des nations et de les détruire en en faisant des foyers de chaos et de terrorisme. La Syrie aussi est partie intégrante d’un ordre économique eurasiatique plus juste et prospère, et sera au cœur de la Nouvelle route de la soie comme elle l’a été dans l’ancienne Route de la soie. Enfin, avec sa civilisation vieille de dix mille ans, la Syrie sera sûrement au cœur de tout mouvement culturel et intellectuel qui cherche à construire un monde plus diversifié, où les êtres humains vivront en harmonie et en paix, à l’opposé des conditions dans lesquelles nous nous trouvons.

Pour conclure, je dirai que l’un des sous-produits de la propagation de l’extrémisme est la déformation de l’image de l’islam aux yeux du monde. Les guerres contre la Syrie, l’Irak et la Libye cherchent à faire de ces pays et de ces peuples des États défaillants, à montrer au monde que l’islam est le problème, et que les musulmans ne peuvent se gouverner eux-mêmes et vivre selon les normes et les critères démocratiques occidentaux.

Par leur attitude, les terroristes contribuent à élargir le fossé entre l’Est et l’Ouest, nourrissant les sentiments islamophobes et le racisme en Occident. La vérité est que l’islam, comme toutes les autres religions monothéistes, est une religion d’amour, de paix, de pardon ; c’est une religion qui se réjouit des différences et nous enjoint à les cultiver. Le Coran s’adresse rarement aux musulmans, mais toujours à tous les humains : « O hommes ! Voyez, Nous vous avons créés, vous tous, à partir d’un mâle et d’une femelle, [15] et nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous puissiez vous connaître les uns les autres. [16] En vérité, le plus noble d’entre vous aux yeux de Dieu est celui qui est le plus profondément conscient de Lui. Vois, Dieu est omniscient, omnipotent. » Al-Hujurat-49-13. Pour ce qui est de s’entretuer, c’est totalement interdit dans le Coran qui décrit cela comme le crime ultime : « Aussi avons-Nous ordonné aux enfants d’Israël que si quiconque tue un être humain – à moins que cela ne soit [en punition] d’un meurtre ou de la propagation de la corruption sur terre – ce sera comme s’il avait tué toute l’espèce humaine ; alors que si quelqu’un sauve une vie, ce sera comme s’il avait sauvé toutes les vies de l’humanité. [40] Et, en effet, [41] Nos apôtres sont venus vers eux avec toutes les preuves de la vérité : voyez, pourtant, malgré tout cela, beaucoup d’entre eux continuent à commettre toutes sortes d’excès sur la terre. [42] » Al-Ma’idah-5 :32.

Ainsi on peut voir que la guerre de terreur lancée contre nos pays ne cherche pas uniquement à les détruire physiquement, mais à détruire aussi notre identité historique et civilisationnelle et notre image aux yeux du monde. C’est pourquoi, la vraie réponse se trouve dans un dialogue profond et global entre l’Est et l’Ouest, qui transcende les gouvernements et pénètre nos sociétés afin de créer de vrais ponts et de jeter les bases pour une Route de la soie sociale, intellectuelle et conceptuelle. Cela privera les terroristes de leur arme la plus puissante, qui est le manque réel de communication entre nous. Je suggère que cette conférence importante soit suivie d’une autre suscitant un grand intérêt parmi les médias et dont le thème sera la Route de la soie intellectuelle, politique et sociale entre l’Est et l’Ouest, en préparation à l’actuelle Nouvelle route de la soie proposée par la Chine.

Il nous faut faire de ce monde un Un, préservant la culture et la diversité, respectant les valeurs humaines, et non pas en imposant l’hégémonie d’une culture sur les autres. Nous devons exterminer les concepts dont les terroristes se nourrissent et l’idéologie qu’ils adoptent, afin de nous assurer qu’il ne leur reste dans le monde aucun terreau pour se propager.

Seulement alors, nous pourrons vivre dans un monde de paix et de sécurité véritable pour tous ; seulement alors, nous pourrons vivre avec nos petits-enfants dans un monde où tous seront heureux, où qu’ils soient nés.

Réponse de Helga Zepp-LaRouche à l’intervention de Mme Bouthaina Shaaban

Je tiens à vous remercier pour cette intervention extraordinaire. J’ai été très émue, comme des millions d’autres dans le monde, par le magnifique concert de Palmyre qui, je le pense, a été le début de ce dialogue intellectuel et culturel sur la Route de la soie. Hier, nous avons eu un beau concert composé d’un dialogue de musiques classiques : on a pu entendre la Messe du couronnement de Mozart ; du Bach ; des chants folkloriques chinois. Si, dans l’avenir, vous trouvez un peu de temps, j’aimerais que vous puissiez entendre les enregistrements car je pense que nous devons retourner le contrôle des médias. Car, il ne s’agit pas seulement de (la chaîne qatarie) Al-Jazeera et (du journal saoudien) Al-Arabiya, mais des grands médias d’Europe et des États-Unis, qui font tous partie de ce monde unipolaire.

Cependant, je pense que l’on devrait organiser, le cas échéant dans un autre pays, une vraie conférence pour un dialogue des civilisations où chacun amènerait l’expression de ce qui a été produit de meilleur dans sa propre culture. Vous avez rappelé le rôle majeur que la Syrie a joué pour l’ancienne route de la soie. C’est en effet fantastique mais il faut le faire savoir car les gens ignorent l’histoire.

Ce que je souhaite, ce serait d’organiser un vrai « Paukenschlag » [roulement de tambour], c’est-à-dire un événement international qui fasse du bruit où l’on terrasserait l’ennemi par une offensive de beauté, de joie et d’amour en réunissant de tels apports culturels. On donnerait une visibilité maximale à cet événement filmé et on gagnerait cette guerre ! (applaudissements)

Discussion du Dr. Bouthaina Shaaban avec le public.

Après avoir livré sa déclaration à la conférence par vidéo, le Dr Shaaban s’est connectée à la conférence par Skype pour engager une discussion avec le public.

Hussein Askary : Le Dr. Shaban est maintenant disponible pour répondre aux questions pendant quelques minutes. Si quelqu’un a une question, il peut se présenter.

Question : Bonjour, Dr. Bouthaina, mon nom est Salah, je suis de Libye. Je suis journaliste. Je voudrais sincèrement saisir cette opportunité pour parler avec vous. Je ne vais pas poser de question, je vais juste vous donner quelques informations sur ce qui est arrivé en Libye et que vous savez peut-être mieux que moi.

Lorsque l’Occident et les Nations-Unies ont décidé de supprimer le régime de Kadhafi, ils ont appliqué la démocratie en Libye. Et nous avons eu deux élections, et lors de la deuxième élection, les partis musulmans ont perdu les élections. Ils ont gagné seulement 20% des sièges au Parlement. En conséquence, ils ont refusé de donner le pouvoir au nouveau Parlement élu et ils ont occupé Tripoli et ont commencé une guerre civile en Libye. Ensuite, l’Organisation des Nations-Unies a forcé le Parlement élu à siéger avec les militants islamiques pour dialoguer afin de s’accorder à leur donner la moitié du gouvernement. Alors, est-ce cette démocratie que l’Occident et l’Organisation des Nations-Unies veulent que nous ayons ? Est-ce ce type de démocratie où c’est le perdant qui est en mesure de prendre le pouvoir par la force et forcer les élus, l’autorité légitime à siéger avec lui dans des négociations ?

Askary : Je pense que votre point de vue est clair mais avez-vous une question ?

Question : Je transmets juste quelques observations ; peut-être que le Dr. peut nous donner plus d’informations sur cette question et nous dire si la Syrie veut cette démocratie ? Merci.

Dialogue des Cultures

Dr. Shaaban : Je vous remercie de m’avoir invitée à être avec vous pour cet important débat. Ce que je viens d’entendre était une réflexion plutôt qu’une question et je pense que je l’ai dit dans ma communication : notre rôle est d’essayer d’initier un dialogue entre chacun de nous sur toutes les questions, et de reconnaître les différences et les cultures de chacun d’entre nous. Et voilà pourquoi je suis si heureuse d’être avec vous à l’occasion de cette conférence très importante, pour parler du monde futur, pour parler de l’avenir commun de l’humanité, et de la Renaissance de la culture classique.

Oui, la Syrie veut la démocratie. Mais elle veut une démocratie syrienne. Je pense que tous les pays du monde veulent la démocratie, mais ils veulent une démocratie basée sur leur identité, leur culture, leurs principes, sur leur histoire, sur leur civilisation. Et il est inacceptable d’avoir une démocratie à « taille unique », comme disent les Américains. Qu’il n’y aurait qu’une formule qui devrait s’appliquer à tout le monde. Toutefois, le résultat de cette attitude se révèle être dangereux, non seulement pour notre pays, mais pour les pays occidentaux. Parce qu’il y a des gens dans les pays occidentaux qui regardent et comprennent ce qui se passe et, malheureusement, ce genre d’attitude alimente l’extrémisme et le racisme. Et donc nous sommes à la recherche d’un monde sans exceptionnalisme, d’un monde où nous jouissions des différences entre nous tous ; dans lequel nous aimions être ensemble, mais sur la base du respect et de la parité. Merci.

Helga Zepp-LaRouche : Oui bonjour. Je tiens vraiment à vous remercier pour votre excellente présentation. Et j’ai été très émue, tout comme des millions de personnes à travers le monde, par le beau concert à Palmyre, qui je pense est le début de ce dialogue intellectuel et culturel sur la Route de la Soie.

C’est vrai.

Zepp-LaRouche : Hier, nous avons eu un très beau « dialogue des civilisations » comme concert classique, avec la Messe du Couronnement de Mozart, nous avons eu Bach, nous avons eu des chansons populaires chinoises, un cœur d’enfants russe. Et si vous avez un peu de temps prochainement, je voudrais que vous le regardiez, car je pense que nous devons contourner tout ce contrôle des médias, parce que nous avons non seulement Al-Jazeera et Al-Arabiya [réseaux de télévision] , mais nous avons aussi les grands médias en Europe et aux États-Unis, qui font partie de ce contrôle unipolaire. Mais je pense que nous devrions organiser, peut-être dans un autre pays, une véritable conférence pour un dialogue international des civilisations, où chaque culture et chaque nation mettrait en avant la meilleure expression de ce qu’elle a produit. Et vous avez mentionné le grand rôle de la Syrie sur l’ancienne Route de la soie, qui est absolument vrai et fantastique, et qui doit être reconnu. Parce que les gens ne connaissent pas l’Histoire.

Donc ce que je suis en train de dire est que peut-être que nous devrions examiner comment organiser un vrai « coup de foudre » international - en allemand on dirait un Paukenschlag (coup de foudre) - où nous surpasserions l’ennemi par la beauté, la joie, l’amour en réunissant ces cultures, puis en le diffusant avec toutes les chaînes et télévisions, satellites, partout à travers le monde afin de gagner cette guerre ! [Applaudissements]

Merci beaucoup et je vous remercie de me rappeler ce qui est arrivé à Palmyre, après qu’elle a été libérée de ISIS et de tous les terroristes. Le président Poutine et le président Assad ont suggéré qu’il y ait une soirée culturelle à Palmyre, et c’était vraiment, vraiment encourageant de voir des musiciens russes et des musiciens syriens quelques jours après la libération de Palmyre, jouer ensemble : c’était de la très belle musique des deux côtés. C’étaient des êtres humains recherchant ensemble le beau. Ils se sont révélés les uns aux autres comme des partenaires pour vaincre le terrorisme, en essayant de créer une base pour un avenir meilleur, pour toute l’humanité.

Je suis totalement d’accord avec vous lorsque vous dites que nous devrions penser à organiser un rassemblement, un événement - vous seriez les bienvenus pour le faire à Palmyre ! Mais, probablement à l’automne ou au printemps, parce que maintenant il fait un peu chaud là-bas. Nous devons élever nos voix [applaudissements] pour construire les ponts. Nous le devons à nos enfants et nos petits-enfants, de créer davantage de ponts. Et je ressens que nos deux mondes, l’Est et le monde occidental ont besoin d’une autre façon de penser, ont besoin de la façon de penser qui est le thème de cette conférence ; que nous devrions tous nous regarder les uns les autres comme des humains, que nous devrions tous être frères et sœurs, dans l’humanité commune. Merci. [Applaudissements]

Question : Je suis du Danemark et nous travaillons à l’organisation danoise Schiller au Danemark. Notre problème au Danemark c’est que nous sommes censurés. Quiconque tente de faire connaître une version des événements différente de celle propagée par les médias officiels, est censuré au Danemark, et également sanctionné. Et maintenant, il y a une nouvelle loi, si quelqu’un se déplace du Danemark en Syrie, vous risquez deux ans de prison.

Ma question est, que pourrions-nous faire au Danemark et aussi dans le reste de l’Europe, pour aider à ce que l’information syrienne atteigne le public ? Parce que je pense que nous avons le même problème dans toute l’Europe, nous ne sommes pas autorisés, les politiciens bloquent le peuple, et les journaux aussi. Alors, que pouvons-nous faire, ou comment pourrions-nous aider plus ?

L’attitude occidentale doit changer

Désolée mais le son était instable. Si je comprends bien ce que vous demandiez, sur la façon d’obtenir de l’information réellement syrienne au Danemark ? Vous ai-je bien compris ? Parce que le son a été mauvais sur internet.

Question : La question était que les médias sont très contrôlés, alors comment pourrait-on faire passer le message de la Syrie au reste du monde, sur ce qui se passe réellement, parce qu’il y a beaucoup de contrôle dans toute l’Europe. De plus, les gens en provenance du Danemark qui veulent se rendre en Syrie, peuvent même se retrouver en prison pour deux ans, en vertu de la loi.

Oui. Le problème est que dès le début, [il y a eu une censure] sur la Syrie, vous savez c’est la première fois que j’apparais en public en Europe, et je suis très heureuse d’apparaître à vos côtés. Je suis apparue deux fois à la télévision, même lorsque les gens en 2012 ou 2013 - lorsque les journalistes sont venus en Syrie, ce qui a été très rare, ils commençaient avec des questions accusatrices. « Comment pouvez-vous rester dans cet horrible gouvernement ? Pourquoi soutenez-vous un homme qui tue son peuple ? » Donc, ils ne venaient pas ici pour savoir ce qui se passe, ou pour entendre ou pour nous écouter, malheureusement. Je pense que nous devons, nous tous, résister à ces médias, et trouver d’autres moyens de communication entre nous. Parce qu’il se creuse un écart entre nos sociétés et entre nos pays. Et ce dont nous avons besoin c’est davantage de ponts.

Je considère que ce panel ou cette conférence est un moyen d’y réfléchir ensemble. Je la considère comme une première étape, afin d’essayer de trouver des moyens d’établir de meilleures communications. Et vous trouverez en nous des partenaires très actifs et désireux de le faire. [Applaudissements] Je vous remercie.

Question : Bonjour, Dr. Shaaban, je suis Christine Bierre de l’Institut Schiller à Paris, nous avons lutté contre cet homme affreux [l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent] Fabius pendant des années. Maintenant, il est parti, mais les politiques françaises restent.

Aujourd’hui ma question est la suivante : les médias occidentaux disent qu’il y a deux offensives en Syrie. L’une par l’Occident pour prendre le couloir Jarablus allant jusqu’à la Turquie ; et l’autre par les Russes, les Syriens et les Iraniens, pour récupérer Raqqah. Y-a-t-il un lien, une coordination entre ces deux offensives ? Et si non, qu’est-ce que l’Occident fait là, et que pouvons-nous faire pour les arrêter ?

Si vous parlez de forces occidentales qui sont en Syrie, je peux vous dire que les Américains, les Britanniques et les forces allemandes sont venus en Syrie sans aucune coordination avec le gouvernement syrien, ce qui est une violation du droit international et de la souveraineté d’une nation qui a été l’une des fondatrices de l’ONU : la Syrie.

Par contre, les Russes se sont non seulement coordonnés, mais nous avons demandé - le gouvernement syrien a demandé aux Russes de nous venir en aide contre le terrorisme avec leur armée de l’air, parce que notre armée de l’air ne suffisait pas pour couvrir tout le pays.

Alors que le comportement des pays occidentaux en Syrie et envers la Syrie est loin d’être respectueux, et loin de respecter la souveraineté d’une nation. En fait, cela fait partie du problème, parce que ce qu’ils appellent l’opposition « modérée », ne constitue pas une opposition ; se sont des groupes armés qui tuent et massacrent des gens ! Et depuis un an, maintenant, les Russes ont tenté d’amener les États-Unis à préciser la distinction entre Al-Nosra et ISIS d’une part, et la soi-disant « opposition modérée » de l’autre ; et jusqu’à présent, les Américains ne sont pas en mesure de le faire, parce qu’il n’y a pas de différence, vraiment, sur le terrain. Qu’importe si je suis tuée par quelqu’un de Al-Nosra ou par toute personne qui transporte des armes et appartient à Jaysh al-Islam ou [tout autre groupe] ? Ce sont tous des groupes terroristes qui massacrent des gens et détruisent notre pays.

Je pense donc que toute l’attitude occidentale envers la guerre en Syrie doit être revue, au moins, si l’on veut parvenir à une solution pacifique et si nous voulons - ce qui est plus important - une position commune et une compréhension commune pour lutter contre le terrorisme partout dans le monde, parce que le terrorisme est une menace pour nous tous, où que nous puissions être. Et il se nourrit d’extrémisme, même dans les pays occidentaux, et les capitales occidentales. Nous sommes heureux de partager notre expérience et de dialoguer avec le monde pour le bénéfice de toute l’humanité. Et voici ce que la Syrie, la vieille civilisation, ancien pays, aimerait faire dans le monde, et avec le monde ! Je vous remercie. [Applaudissements]

Le Bundestag n’avait aucune idée

Question : [en langue arabe] Je suis désolée, je me sens très, très désolée au sujet de la situation actuelle en Syrie, parce que moi, il y a 30ans j’étais une étudiante dans votre beau pays et je me sens si triste de ce qui est arrivé, vraiment.

Merci.

Question : Et je déteste ces gens, cette barbarie ; ils vont détruire tout le Moyen-Orient, j’en suis sûr. Voilà leur planification. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ce qui est en train d’arriver. Et moi, je veux me battre pour que cela ne se produise pas, afin que nous puissions vous aider vous et le peuple syrien. Merci beaucoup. Ma question est, que pensez-vous de la politique allemande contre votre pays ? Ceci sera très bénéfique parce que je travaille pour les relations germano-irakiennes.

Merci beaucoup pour votre passion pour mon pays. Et je suis sûr que ceux qui ont visité la Syrie avant la guerre l’ont adoré, et j’espère que vous viendrez, vous tous, visiter la Syrie, après avoir mis ensemble, un terme à cette guerre.

A propos de la politique allemande, je pense que le problème est que la politique allemande ou la politique occidentale, ne reflète probablement pas la compréhension des gens concernant le conflit qui est dans notre pays. En fait, j’ai été stupéfaite de voir que le Parlement allemand - je l’ai vu sur YouTube ; J’espère que c’est vrai - mais j’ai vu les interviews sur YouTube, quand le Parlement allemand a voté pour envoyer des militaires en Syrie, envoyer l’armée en Syrie. Et il y avait un journaliste qui interrogeait les membres du Parlement venant de voter l’envoi de soldats en Syrie. Il leur a demandé : « Pourquoi envoyez-vous l’armée allemande en Syrie ? Est-ce pour soutenir le président Assad ? Ou soutenir Al-Nosra ? Daesh, ou pour aider l’opposition modérée ? »

Et malheureusement, la plupart des députés n’avaient aucune idée de pourquoi ils étaient en train d’envoyer cette armée en Syrie ! Ils n’ont aucune idée de qui est qui ! Et ils disaient : « Je suis désolé, je ne sais pas, je ne peux pas répondre à cette question. »

Et je veux dire, comment - comment voulez-vous voter pour envoyer votre armée dans un pays étranger, sans savoir pourquoi vous l’envoyez ? Sans connaître la réalité du terrain, sans savoir ce que ça va coûter pour votre peuple, l’argent des contribuables afin d’envoyer votre armée dans un pays étranger ? Pour nous, en Syrie, nous trouvons cela incroyable, vous savez. Parce que nous avons une si grande idée des gouvernements occidentaux et des pays occidentaux, nous pensons qu’ils sont tous très bien informés, qu’ils font tous leur travail extrêmement bien, et qu’ils ne votent pas, sauf s’ils sont absolument certains de ce qu’ils votent.

Et donc, cette vidéo sur YouTube nous a vraiment choqués. Malheureusement, cela vaut pour de nombreux pays, qui n’ont pas la moindre idée de ce qui se passe sur le terrain en Syrie. Tout ce que nous demandons, est de savoir ce qui se passe vraiment, afin de décider en fonction des faits, plutôt que selon toute la propagande diffusée par les médias, qui la plupart du temps, est sans rapport avec notre réalité, non seulement en ce qui concerne cette question, mais en ce qui concerne de nombreuses questions.

Imaginez quelqu’un comme moi, qui a un doctorat anglais, qui a eu trois livres publiés en anglais, a enseigné dans les universités américaines et les universités européennes, et je suis accusée d’être une terroriste, je ne suis pas autorisée à voyager en Europe ou aux États-Unis. [Rires]. Cela vous donne une évaluation et une appréciation de ce qui se passe dans notre pays.

Permettez-moi de vous remercier encore une fois. Je suis très heureuse de pouvoir partager cette rencontre avec vous, et j’espère que je serai capable de vous accueillir en Syrie pour une plus grande conférence, et de poursuivre notre dialogue pour un avenir bien meilleur pour toute l’humanité, que nous aurons tous pour longtemps. Merci beaucoup. [Ovation soutenue]


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