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La politique des sanctions va-t-elle sauver la Russie ?

La rédaction
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Le 13 octobre, s’appuyant sur l’économiste allemand Friedrich List, un des piliers du « Système américain d’économie politique » promu depuis longtemps par l’économiste et homme d’État américain Lyndon LaRouche, le Pr Richard A. Werner, professeur de finance internationale à l’université de Southampton en Angleterre et auteur du Nouveau paradigme en macroéconomie, a signé avec Vladimir Iakounine, ancien PDG des chemins de fers russe, co-président du dialogue franco-russe, professeur à l’université d’Etat Lomonosov de Moscou et président fondateur du World Public Forum, un article décapant démontrant… les bienfaits des sanctions à l’encontre de la Russie !

Vu l’importance de ce texte publié en anglais, en arabe, en russe et en allemand par Project Syndicate, nous avons décidé de le traduire en exclusivité en français.

Moscou – Les sanctions économiques imposées à la Russie par l’Occident en mars 2014 ont sans conteste été douloureuses. Mais jusqu’ici, elles ont échoué à atteindre le but d’affaiblir la position du président russe Vladimir Poutine. En fait, elles peuvent avoir l’effet opposé, laissant la Russie – ainsi que son président – encore plus puissant qu’avant.

L’Union européenne estime avoir perdu environ 100 milliards de dollars dans les échanges commerciaux avec la Russie, des baisses qui ont frappé notamment les producteurs de lait bavarois et les exportateurs de biens industriels de l’Allemagne orientale. Le PIB russe, qui a modestement grimpé en 2014, s’est contracté de 4,6 % en termes annuels au dernier trimestre de cette année, alimentant une inflation qui, en juillet 2015, avait augmenté de 15,6 % en un an.

Cependant, à l’heure actuelle, le pic inflationniste semble derrière nous et les effets du contrechoc pétrolier et gazier ont été atténués par la hausse du dollar, de sorte que les réserves en divises étrangères de la Russie ont en réalité augmenté pour atteindre 362 milliards de dollars en juin (dont 13 % en or). Et en dépit du fait que les Russes se serrent la ceinture, la popularité de Poutine est plus grande que jamais.

Le principe de base justifiant les sanctions est imparable : le libre-échange et le laissez-faire sur les marchés apportent de la croissance (et donc génèrent un soutien politique au gouvernement), alors que les sanctions la plombent (et donc érodent le soutien au gouvernement).

L’accent mis sur le libre-échange et les marchés libres était au cœur du dogme de l’économie classique britannique du XIXe siècle. Cela reste le message central de l’école néoclassique qui prévaut à ce jour – incarné par le fameux « Consensus de Washington », adopté dans le monde entier à l’instigation du Fonds monétaire international (FMI) – prétendant que la clé pour tout développement économique est d’ouvrir les marchés, de les déréguler, de les libéraliser et de privatiser.

Cependant, cette théorie a un défaut majeur. Aucune puissance économique ne s’est jamais développée exclusivement sur la base de politiques de laissez-faire. La montée de la puissance économique du Royaume-Uni, par exemple, a été largement façonnée par la protection de certains secteurs stratégiques, une politique industrielle et le choix de barrières tarifaires appropriées.

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Nouvelle Solidarité N° 18/2013. S’abonner.

Les prouesses industrielles du Royaume-Uni ont démarré avec l’industrie textile. Ses dirigeants se sont rendu compte que l’exportation de matières premières, essentiellement la laine, serait inadéquate pour susciter de la croissance économique. Pour l’atteindre, l’Angleterre devait monter sur l’échelle de la valeur ajoutée, en important des matières premières et en exportant des produits finis.

Les dirigeants anglais ont ainsi conçu une politique industrielle consistant à attirer des tisseurs flamands afin qu’ils apportent leur savoir-faire aux entreprises britanniques. De plus, le pays a érigé des barrières tarifaires : en bannissant l’exportation de laine brute et l’importation de produits finis, le textile indien, souvent de meilleure qualité et beaucoup moins cher, ne pouvait plus concurrencer la production nationale. On adapta également des lois sur la navigation, limitant l’entrée des navires étrangers dans les ports britanniques et, afin de stimuler la demande, on adopta même un règlement stipulant que, lors du rite funéraire en Angleterre, les cadavres devaient être enveloppés de tissus en laine. De fil en aiguille, c’est la mécanisation de l’industrie du textile qui a alimenté la révolution industrielle et c’est la production de masse et les exportations de ce secteur qui ont fait naître la plus grande flotte maritime du monde.

Au milieu du XIXe siècle, c’est l’économiste allemand Friedrich List qui a mis en lumière le rôle de telles politiques dans la montée économique du Royaume-Uni. En accord avec ces préceptes, les États-Unis et le Japon ont déployé une politique judicieuse pour protéger leurs politiques commerciales et industrielles, tout en travaillant activement à soutenir leurs secteurs naissants – une stratégie qui leur a permis de se développer rapidement et même de dépasser l’Angleterre.

L’imposition de restrictions s’est également démontrée efficace pour susciter le développement économique : en 1812, lorsque l’Angleterre déclare la guerre et impose un embargo commercial contre les États-Unis, l’effort américain pour remplacer les produits manquants y provoque un boom dans les manufactures. Lorsque l’embargo fut levé et que les tarifs furent abaissés, les manufactures américaines se sont effondrées – jusqu’en 1828, où les nouveaux tarifs britanniques ont redynamisé les manufactures américaines. De la même façon, lors de la Première Guerre mondiale, un embargo commercial britannique a stimulé le développement de haute technologie allemande, permettant de satisfaire la demande de produits de substitution.

Évidemment, les embargos ont un effet dévastateur lorsqu’un pays manque des ressources pour produire ce qu’il faut pour remplacer les importations. C’est pour cela que les sanctions furent si dommageables pour la population iranienne, et avant, l’irakienne.

Cependant, pour un pays comme la Russie, disposant de ressources naturelles abondantes, d’expertise technologique et d’une main d’œuvre qualifiée, les sanctions peuvent avoir l’effet opposé. L’Union soviétique s’est battue pour y arriver, le communisme manquant d’incitations suffisantes. Aujourd’hui, par contre, la Russie a un système capitaliste qui offre des profits considérables à ceux qui s’adaptent le mieux aux restrictions.

En bref, la Russie a tout ce dont elle a besoin pour prospérer malgré les sanctions – ou grâce à elles. Transformer ce potentiel en réalité nécessite que la Russie opère une transformation économique.

La théorie néoclassique du commerce se base sur le concept des avantages comparés : chaque pays est supposé capitaliser sur ses atouts relatifs, qu’il s’agisse de prouesse technologique ou des ressources dont elle dispose.

Cependant, comme le savent les dirigeants anglais et comme le démontre l’expérience de nombreux pays africains et sud-américains, la simple exportation de matières premières est inadéquate pour propulser un développement. Historiquement, c’est l’intervention publique visant à développer des industries nationales produisant de la valeur ajoutée, qui s’est avérée la forme la plus efficace des politiques de développement. Durant ces dernières décennies, le Japon, Taïwan, la Corée du Sud ainsi que la Chine ont tous pris cette voie.

Pour la Russie, se hisser sur l’échelle de la valeur ajoutée ne sera pas difficile ; elle a tout ce qu’il faut pour produire les produits finis qu’elle importait jusqu’ici. En fait, le remplacement des importations a déjà accru la productivité dans plusieurs secteurs clés : engineering, pétrochimie, industrie légère, production pharmaceutique et agriculture. L’exportation de produits à haute valeur ajoutée a grimpé de 6 % au premier trimestre de cette année.

En plus, le leadership russe a accéléré la coopération avec les autres économies des BRICS (Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud), et Poutine a récemment annoncé son plan ambitieux pour accroître la demande intérieure.

Non seulement les sanctions contre la Russie ne font rien pour changer la situation ukrainienne, mais elles pourraient tout aussi bien susciter la transformation structurelle tant attendue du pays. Si la Russie reprend à son compte le régime de crédit encadré dont se servent les économies d’Asie de l’Est, tout en augmentant l’efficacité managériale, un autre miracle économique deviendra une fois de plus possible.

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