Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Actualité

Il faut sauver l’ONERA et ses souffleries !

visites
1076
JPEG - 36.3 ko

L’ONERA (l’Office national d’études aéronautique et recherches aérospatiales), avec ses 2000 chercheurs et collaborateurs, est une formidable fabrique de pépites...

Mais aussi incroyable que celui puisse paraître, personne, à part quelques initiés et spécialistes, ne le sait. Cet organisme de recherches civiles et militaires de très haut niveau, envié dans le monde entier, a progressivement disparu des radars des responsables politiques et des industriels...

Et pourtant, les programmes de recherches de l’ONERA ont, de tout temps, irrigué l’ensemble de l’industrie aéronautique et spatiale : avions civils, avions militaires, drones, hélicoptères, moteurs, missiles, y compris missiles balistiques...

JPEG - 261.5 ko
Nouvelle Solidarité N° 18/2013. S’abonner.

Dans le domaine spatial, l’ONERA travaille sur plusieurs projets d’avenir, notamment la propulsion électrique des satellites. Ils peuvent utiliser l’énergie solaire mais également la propulsion à tuyère magnétique que développe l’ONERA depuis les années 1990.

Son principe : accélérer un plasma (gaz ionisé) à l’aide d’un champ magnétique divergent et d’un champ électrique micro-onde. Les vitesses d’éjections atteintes sont de l’ordre de 20 km/s et il faut relativement peu de matière pour créer la poussée requise, ce qui diminue substantiellement le coût du lancement. Cette technologie de rupture a fait l’objet d’un brevet en 2011.

L’ONERA s’intéresse également à la propulsion hypersonique des avions et des missiles. Il s’agit en particulier de prévoir avec précision les performances aéropropulsives d’une formule évoluant à plusieurs fois la vitesse du son (1 Mach = 1200 km/h) pour les futurs missiles stratégiques et les lanceurs. Cela passe en particulier par la maîtrise de l’évacuation des gaz de combustion des superstatoréacteurs.

A la pointe de la recherche, l’ONERA détient le parc de souffleries le plus complet du monde avec 12 souffleries, dont trois de classe mondiale. La grande soufflerie S1 construit dès 1946 mais à ce jour toujours la plus puissante du monde, se trouve à Modane en Savoie.

A quoi servent les souffleries ?

Les souffleries sont des outils d’aide à la décision : on y teste plusieurs configurations d’aéronef ou de parties d’aéronef afin de déterminer la meilleure configuration pour l’objectif poursuivi.

Pour l’industrie de l’aéronautique civile, ces objectifs peuvent être :

  • optimiser la conception d’un avion pour minimiser la consommation de carburant. Avec pour conséquence un résultat sur l’environnement mais aussi sur le prix du billet. Ou la possibilité pour les avions d’affaires de franchir une distance plus importante en embarquant la même quantité de carburant ;
  • déterminer la réaction de l’avion aux commandes de pilotage, sur tout le domaine de vol, et même au-delà, notamment en configuration de décrochage. Un objectif qui vise le confort et la sécurité des passagers ;
  • explorer les phases particulières du décollage et de l’atterrissage durant lesquelles l’avion est soumis à des écoulements particuliers. Un objectif qui vise à réduire les nuisances sonores dans les aéroports urbanisés.

En associant différentes disciplines scientifiques au meilleur niveau, tel que le laser, l’infrarouge, les micro-technologies, la peinture sensible à la pression, la miniaturisation de l’électronique, la métrologie, les très grandes souffleries permettent de pratiquer une activité de compréhension des phénomènes physiques et de choix, de l’étape fondamentale jusqu’aux choix finaux, des meilleures géométries des futurs avions ou système d’armes pour arriver au meilleur produit qui battra la concurrence internationale.

La grande soufflerie de Modane

Capable d’atteindre la vitesse du son, longue de 400 mètres, d’un diamètre de 24 mètres, d’un débit d’air maximum de 10 tonnes d’air par seconde et d’une puissance de près de 90 MW fournie par l’énergie hydraulique (soit un millième de la puissance totale d’EDF installée en France), la soufflerie S1 de Modane est sans équivalent dans le monde.

Ses caractéristiques hors normes en font un moyen d’essai indispensable pour toutes les améliorations et/ou ruptures technologiques des futurs aéronefs (avions civils et militaires, drones de combat, lanceurs...). Elle a vu passer tous les grands programmes civils et militaires de l’aéronautique française comme le Concorde, le Falcon, l’A380, l’A350, ou encore le Mirage, le Rafale... et mondiale.

Si son présent et son passé sont glorieux, l’avenir de l’ONERA et de ses souffleries est menacé.

Coupes budgétaires

En premier lieu, l’ONERA, qui dépend du ministère de la Défense, a vu peu à peu son budget fondre comme neige au soleil. De 257 millions d’euros en 2010, il s’est effondré à 207 millions en 2014. Ce décrochage, s’il y a décrochage, ne se verra au mieux que dans 20 ans. Un temps beaucoup trop long pour un politique. Car les États, pourtant garant d’une visibilité à long terme, ont évolué, ils ont raccourci le temps. Trop pour la recherche.

L’État a sa part de responsabilité. La Direction générale de l’aviation civile (DGAC), qui elle-même a vu baisser son budget, a justifié la baisse de ses subventions en invoquant le danger d’une violation potentielle des « règles du commerce international » et du « droit de la concurrence » imposé par l’UE. Ainsi, sur la période 2010-2014, les subventions de la DGAC à l’ONERA sont passées de 124 millions à 96,4 millions d’euros. Comme résultat, l’État français lui consacre une des subventions les plus faibles par chercheur.

Modane s’enfonce inexorablement

Ensuite, faute de maintenance et d’investissement, la grande soufflerie S1 de Modane, qui date de 1946, s’enfonce inexorablement. Depuis juin 1995, les sols se sont effectivement affaissés de 45 millimètres, notamment avec deux accidents brutaux survenus en 2010 (affaissement d’une quinzaine de millimètres), puis à l’été 2015 (une quinzaine de millimètres également). « Il y a des infiltrations depuis des années et le sol est formé en partie de gypse qui se dissout. Ce qui a fragilisé les fondations », explique le maire de Modane. Le sous-sol serait dégradé sur une profondeur de cinquante mètres. Des fissures sont apparues dans la structure des souffleries. Encore quelques millimètres et ce fleuron de la recherche aéronautique française pourrait s’effondrer. La France, acteur majeur de l’aéronautique civile et militaire mondiale, pourrait alors être rétrogradée en deuxième division. Ce scénario est aujourd’hui loin d’être une fiction.

Mobilisation

Dans ce contexte, la députée de l’Indre Isabelle Bruneau (PS) vient de lancer un véritable SOS pour sauver cette pépite, qui est pourtant un objet de souveraineté nationale reconnu. « A plusieurs reprises l’attention de la tutelle (ministère de la Défense), et plus largement des services officiels et des industriels de la filière aéronautique, a été attirée par l’ONERA sur cette situation, sans grand écho jusqu’à présent », écrit-elle dans son rapport sur le projet de loi de finances pour 2016, consacré à l’environnement et la prospective de la politique de défense.

Pour sauver S1, Isabelle Bruneau rappelle que le montant de renforcement du sous-sol est estimé... à 20 millions d’euros avant une éventuelle catastrophe. 20 millions pour lancer des travaux dès le printemps 2016. C’est peu, très peu à l’échelle des travaux pharaoniques si le sous-sol s’affaissait à nouveau sous la soufflerie S1. Selon la députée PS de l’Indre, « l’affaissement du bâtiment impliquerait une remise en état estimée à 300 millions d’euros ; s’il venait à s’effondrer, sa valeur à reconstruction est estimée à 700 millions d’euros. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes ».

Si l’on prend au sérieux notre secteur aérospatial et, plus généralement, l’avenir de nos moyens scientifiques, il faut dès aujourd’hui intervenir pour sauver la soufflerie S1. Attendre conduirait à un désastre.

Contactez-nous !