Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Actualité

Sept milliardaires contrôlent 95 % de la production journalistique française

La rédaction
visites
2067
JPEG - 67.6 ko
Le milliardaire français Vincent Bolloré, propriétaire de Canal+.
Crédit : Sipa

Conspirationnisme ! Fabrice Arfi dénonce dans cet entretien du 2 octobre 2015 le fait qu’« on est dans une concentration historique des médias en France. Sept milliardaires dont le cœur d’activité n’est pas l’information », mais la guerre, la finance, et les communications, « ont entre leurs mains 95 % de la production journalistique ».

S&P l’a dit à maintes reprises sur ce site et dans ses campagnes : la liberté fondamentale de nos citoyens de connaître et de comprendre les enjeux importants qui se jouent dans notre monde, est devenue quasiment inexistante dans notre démocratie. Cette non-information rend nos concitoyens impuissants face à leur responsabilité d’action.

Encore récemment, nous avons lancé une mobilisation nationale, pour mettre en garde contre le fait que le pouvoir en place est une fois de plus à la manœuvre pour verrouiller le système, en réduisant, sous couvert d’une prétendue modernisation des règles, le temps initialement octroyé, avec égalité, aux candidats à l’élection présidentielle, à la couverture médiatique.

Voici l’ensemble de l’entretien du journaliste à Mediapart, Fabrice Arfi, interrogé par Julien Bellver et publié sur le site Médias le mag.

Maïtena Biraben ne dit pas la vérité

Médias le mag : Dans Informer n’est pas un délit, vous révélez les manipulations, les menaces, les pressions économiques derrière chaque grande enquête d’investigation. Il y a un chapitre sur Vincent Bolloré, patron de Canal+. C’est à cause de lui que vous avez été décommandé du Grand Journal ?

Fabrice Arfi  : Oui, contrairement à ce qu’ont voulu faire croire, dans une énième communication de crise, les équipes du Grand Journal et surtout son animatrice Maïtena Biraben, sur France Inter. Cette déprogrammation est à la fois une anecdote insignifiante, mais aussi très révélatrice dans le même temps de ce qu’on raconte, entre autres, dans ce livre. Oui, Le Grand Journal nous avait demandé de lui réserver l’exclusivité du lancement du livre, à lui et pas à C à vous. Quand ils ont reçu les épreuves, ils sont revenus vers la maison d’édition un peu penauds, sur le mode "En fait, on va plutôt ne rien faire du tout sur le livre". Et c’est vrai qu’il y avait un chapitre sur Vincent Bolloré.

Maïtena Biraben vous a répondu hier sur France Inter. Elle assure que vous serez invité "un jour" dans l’émission et qu’il est "simplement faux" de dire que vous avez été déprogrammé... Qui ment ?

En tous cas, ce qu’elle dit n’est pas la vérité... J’ai été dans l’obligation de tenir un discours de vérité - je crois qu’on aime bien ça, au Grand Journal - sur Mediapart, sur mon blog... J’ai raconté toute l’histoire et j’ai rendu publics des textos de la production qui nous disent que c’est bien à cause de Vincent Bolloré qu’on ne sera pas invité. Je ne vais pas me rouler par terre pour aller au "Grand Journal", ce n’est pas ma vie !

Plus question d’y retourner ?

Avec ce qui s’est passé, je n’y retourne pas, c’est absolument hors de question ! Je ne vais pas cautionner ce type de pratiques quand on fait un bouquin dont l’objectif est précisément de faire comprendre que la liberté d’informer, le droit de savoir des citoyens, est en danger en France.

Vincent Bolloré a censuré personnellement le documentaire.

Sur France Inter, Maïtena Biraben a aussi assuré que Vincent Bolloré n’intervenait pas dans la ligne éditoriale du "Grand Journal"... Vous la croyez ?

On peut dire que le ciel n’est pas bleu. On peut tout dire. Ce n’est pas que je ne la crois pas, c’est que c’est faux ! Et c’est documenté ! Il se trouve que Mediapart était partenaire d’un documentaire d’investigation pour l’émission "Spécial Investigation" qui devait être diffusé sur Canal+ au printemps dernier, qui allait révéler des informations très embarrassantes sur le Crédit Mutuel. Le Crédit Mutuel est un partenaire financier historique du groupe Vivendi. Monsieur Bolloré, je l’ai raconté dans le journal sans que ça soit démenti d’ailleurs - il l’a même assumé devant des représentants du personnel - a censuré personnellement le documentaire. Heureusement que le service public est là ! France 3 le diffusera le 7 octobre prochain. Donc bien sûr que Vincent Bolloré s’occupe, à titre personnel et de manière un peu brutale et verticale, de la ligne éditoriale de Canal+.

Le sous-titre de ce livre, c’est Les Nouvelles censures. Qu’est-ce qui a changé, qu’est-ce qui est vraiment nouveau ?

En fait, si on a réussi à mettre autour de la table une quinzaine de journalistes - c’est une première en France ! - et que nous avons appelé ça les nouvelles censures, c’était pour trancher un peu avec l’idée que l’on peut avoir de la vieille censure ORTF, verticale. Elles sont nouvelles parce qu’elles sont parfois insidieuses, comme l’époque. Et donc elles sont pires ! Ce que nous essayons de décrypter, en révélant les coulisses d’enquêtes célèbres, de manière très factuelle et sobre, c’est un écosystème pourri en France sur la liberté d’informer. Ce n’est pas un geste corporatiste de journalistes qui disent "Laissez-nous faire ce qu’on veut, et si possible n’importe quoi". Ce qu’on essaye d’expliquer, c’est qu’on vole quelque chose au citoyen, quelque chose de culturel et démocratique qui est consacré par les Nations unies, la Déclaration des droits de l’Homme, notre constitution...

Sept milliardaires contrôlent 95% de la production journalistique

Vous dîtes qu’il faut changer la loi sur la presse...

Il faut tout changer ! On est dans une concentration historique des médias en France. Sept milliardaires dont le cœur d’activité n’est pas l’information - c’est de vendre des armes, de faire du BTP, de la téléphonie mobile, de la banque, Bolloré c’est un peu tout - ont entre leurs mains 95% de la production journalistique. Et leur chiffre d’affaires dépend pour partie de leurs rapports avec le gouvernement français ou les États étrangers. On a une loi de la presse qui ne défend pas suffisamment la liberté d’informer. Et on a un accès aux documents administratifs qui est pitoyable en France. Tout cet écosystème-là est à repenser de fond en comble, parce qu’on est dans un moment extrêmement inquiétant où, derrière les discours, s’érige un mur institutionnel, légal, judiciaire, politique de l’opacité.

C’est plus dur de résister aujourd’hui malgré la démultiplication des canaux d’information ?

On ne peut pas se satisfaire de ce qui se passe en France. Bien sûr, on ne meurt pas d’être journaliste en France. On n’est pas en Russie ou au Congo. Pour autant, nous ne sommes pas une démocratie qui répond aux canons en la matière. Et c’est notre devoir d’interroger ce monde bizarre qui nous entoure et d’essayer de comprendre pourquoi nous volons au citoyen son droit de savoir. C’est un bien fondamental !

Le silence des politiques est désespérant

Invité du "Supplément" il y a quelques semaines, Nicolas De Tavernost affirmait ne pas pouvoir "supporter qu’on dise du mal" des clients de M6. L’argent de la pub sur les grands médias, c’est un levier efficace pour faire taire les journalistes ?

Vous vous rendez compte dans quel pays on est ? Le patron d’une grande chaîne peut aller dans une émission de télé et dire "Oui, je censure". Si ses clients sont des gens qui truquent des marchés publics ? Si ses clients, c’est Volkswagen ? Si l’émission "Capital" avait eu le scoop sur le scandale mondial, ça ne sortirait pas ? On volerait ça au citoyen ! Je trouve ahurissant qu’un patron de chaîne puisse venir dire ça sans qu’il y ait de réaction.

Comment expliquez-vous le silence du gouvernement ? On dit Vincent Bolloré proche de Nicolas Sarkozy mais récemment, Fleur Pellerin l’a défendu sur France Inter et François Hollande dit de lui selon L’Express qu’il a "l’énergie des grands capitaines d’industrie"...

C’est désespérant. Il y a une autorité de régulation qui s’appelle le CSA, et de voir un monde politique qui ne considère pas ce que nous disons sur la liberté d’informer comme un droit fondamental qu’il faut à tout prix défendre... On ne peut pas s’habituer. Je crois vraiment que les citoyens ont faim de savoir, mais du côté de la classe politique, on n’a pas vu un tweet ou un une déclaration d’un homme politique qui s’alarme de tout ça. Ça nous tend un miroir qui est désespérant.


Les chiens de garde contre Jacques Cheminade par GrrrWOUAF

Contactez-nous !