Il est des voix et des vies qui ne trompent pas. Nous les connaissons et les entendons, d’abord vaguement, dans le cours de l’histoire, plus ou moins faussées par de longues périodes de silence ou, pire, par une accumulation de commentaires médiocres et trompeurs. Mais nous savons que ces vies et ces voix ont une place et une puissance généreuse. Lorsque nous nous tournons à nouveau vers elles, nous remettant à l’écoute, ce ne peut donc être par souci abstrait, égoïste, de savoir universitaire ou désir rassurant de réentendre une autre nuance de ce que nous avions appris déjà.
Dans une période de profonde crise comme la nôtre, nous cherchons au contraire, au-delà des bégaiements et des lâches soumissions de la scène officielle, l’amitié de vies et d’âmes belles qui nous interpellent et nous guident, nous portant pour ainsi dire plus loin que nous-mêmes et nous révélant des sources de connaissance, de raison et de beauté qui puissent nourrir notre action. Car « le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. »