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Pr Loïc Blondiaux : la réforme Urvoas portera atteinte à la biodiversité politique

La rédaction
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Les députés ont adopté, le 16 décembre 2015, en procédure accélérée, une proposition de loi inique visant à moderniser les règles applicables à l’élection présidentielle.

Bien que cette réforme s’appuie sur des préconisations de la Commission Jospin, de la Fondation Terra Nova, du Conseil constitutionnel et du CSA, il s’agit ni plus ni moins de verrouiller le débat.

Selon la presse, les sénateurs devront examiner ce texte en janvier 2016. Pour y voir clair, le Courrier des Maires s’est entretenu le 23 décembre 2015 avec Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, qui y voit un risque d’appauvrissement du débat politique.

A vous de diffuser et de signer la pétition Non au hold-up sur la présidentielle

Le Courrierdesmaires.fr : En quoi le principe d’égalité des temps de parole revêt-il une importance ?

Loïc Blondiaux : C’est une des caractéristiques de la législation française : donner, pendant des périodes relativement courtes, chaque année ou presque, à des points de vue discordants, à des porteurs d’alternative politique, une possibilité égale de s’exprimer. Et ce, à peu près dans les mêmes conditions que des candidats issus des partis de gouvernement qui, le reste de l’année, monopolisent la parole politique dans les médias. Cette fenêtre d’expression, justifiée par un impératif d’égalité démocratique, ouvre à mon sens une brèche dans un système qui, de manière générale, privilégie les partis déjà en place.

C’est un principe fort : si l’on veut des jugements éclairés, qui ne soient pas biaisés, il faut que les citoyens puissent se décider en connaissance de cause et donc, c’est capital, être exposés à des visions de notre société qui n’ont pas accès habituellement aux médias. Car, ceux qui proposent des changements radicaux du fonctionnement de notre société et de ses institutions n’apparaissent quasiment jamais dans les grandes émissions politiques à la télévision ou à la radio, c’est-à-dire dans les médias qui ont de l’influence.

Le législateur s’apprête à remplacer l’égalité de temps de parole par un principe d’équité, en dehors des deux semaines qui précèderont le premier tour. Quelle différence cela fait-il ?

Deux semaines de respect de l’égalité, c’est une peau de chagrin démocratique. Deux semaines d’égalité de temps de parole ne rééquilibreront par une année, voire un mandat, de répartition déséquilibrée de la parole.

C’est un changement d’importance quand on voit la symétrie parfaite entre les temps d’antenne et de présence médiatique des candidats et leur audience électorale. Est-ce la popularité d’un candidat qui motive les médias pour le solliciter plus que les autres ? Ou la sursollicitation médiatique d’un candidat au détriment d’un autre qui fabrique sa popularité ?

En réalité, ces deux phénomènes nourrissent un cercle vicieux qui empêche de nouvelles forces politique de toucher, via les médias qui comptent, le maximum de citoyens et surtout les moins politisés.

Je trouve par ailleurs gênant que cette mesure, qui limitera encore la capacité d’expression de forces politiques nouvelles, réponde à une demande des principales chaînes de télévision et de radio qui prétextent qu’il est techniquement compliqué pour elle de respecter l’égalité des temps de paroles.

Un autre point de la proposition de loi suscite des critiques : la récolte des 500 signatures d’élus, qui, désormais, seront toutes rendues publiques ?

Cela va dans le même sens. Quelles que soient les règles et modalités, les grands partis politiques n’auront jamais aucune difficulté à trouver les signatures nécessaires. En revanche, l’obligation de rendre publiques toutes les signatures pourrait inhiber certains élus locaux, y compris ceux qui, par esprit démocratique, apportaient leur signature à des candidats dans lesquels ils ne se reconnaissaient pas forcément.

Ce ne sera plus la problématique du FN, qui a de nombreux élus locaux, désormais. Mais ce sera un problème pour les partis politiques qui n’ont pas de représentation locale. On est encore dans une logique qui renforce ceux qui sont déjà forts. On constate, une fois encore, l’inertie du système.

Au lendemain des élections régionales, qui ont montré à quel point le paysage politique actuel était contesté, cette proposition de loi vous semble-elle adaptée à la situation ?

La coïncidence entre les résultats de l’élection régionale et les déclarations qui ont suivi, dans lesquelles les représentants des partis de gouvernement ont promis une nouvelle fois qu’ils allaient « tout changer », et cette proposition, qui va dans le sens d’un renforcement du contrôle par les partis de gouvernement du système politique, est frappante.

L’absence de renouvellement du personnel politique, son incapacité à réformer ses pratiques — on le voit avec le cumul des mandats qui continue de s’imposer—, l’absence de toute force politique véritablement nouvelle depuis des années… Ces choses qui entretiennent la défiance et l’exaspération du public ne sont toujours pas questionnées.

Il y a ceux qui voient dans le FN une alternative – « on ne les a jamais essayés, eux » disent-ils. Et il y a une autre position qui ne se formule pas encore en proposition politique, qui prône une rénovation très profonde du système, avec de nouvelles formes et de nouveaux outils, comme le tirage au sort, les plateformes numériques de primaires citoyennes, etc. Mais ce n’est pas audible…

La vitalité et le caractère démocratique d’un système politique peuvent se mesurer non seulement à travers le taux de participation électorale, mais aussi par des critères qualitatifs. Il importe qu’un maximum de sensibilités puissent être représentées, évaluées et prises en compte par les citoyens. Comme on parle de biodiversité pour l’environnement, il y a une diversité politique à préserver !

Certains font le parallèle avec le bipartisme à l’américaine. Notre système tend-il vers une telle bipolarisation du paysage politique ?

Effectivement, il y a une tentation de la bipolarisation. Mais on reste dans une autre configuration, malgré tout. D’abord parce que contrairement au système politique des Etats-Unis, la publicité politique qui renforce les candidats les plus riches et soutenus par les puissances d’argent, ne trouve – toujours pas – de partisans en France.

Ensuite, parce que le Front National, en tous les cas dans les médias, a réussi à briser le plafond de verre. Il a acquis aux yeux des médias une certaine légitimité, d’autant plus qu’un membre du FN sur un plateau, ça fait du buzz et souvent de l’audience…

Par ailleurs, pour respecter la nouvelle règle d’équité, les médias devront s’appuyer à la fois sur la représentation parlementaire des partis, mais aussi sur les sondages et les résultats aux élections antérieures. Dans ces conditions, je vois mal comment le Front national pourrait être écarté du champ médiatique. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas parler de bipartisme.

Le paradoxe absolu, c’est que la nouveauté politique est incarnée aujourd’hui par un parti qui propose un sérieux retour en arrière.

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