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Col. Alain Corvez : l’hybris américain aura-t-il une fin ?

La rédaction

Voici la transcription de l’intervention du colonel Alain Corvez (cr), consultant international et ancien conseiller au ministère français de la Défense et de l’Intérieur, lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller des 25 et 26 juin 2016 à Berlin.

Retour à toute la conférence et aux autres orateurs.

L’hybris américain aura-t-il une fin, ou disparaîtra-t-il avec nous dans une combustion universelle ?

Préambule

En préambule à mon propos, je féliciterai les responsables de l’Institut Schiller pour avoir organisé cette conférence internationale au moment critique où la menace d’une guerre nucléaire qui constituerait l’anéantissement de l’humanité devient chaque jour plus précise, en raison de la concentration au cœur de l’Europe d’armes capables de détruire la planète en quelques secondes. En riposte au renforcement des forces stratégiques américaines au sein de l’OTAN sur le territoire européen, la Russie a dû déployer un arsenal dissuasif équivalent à ses frontières occidentales. Il est grand temps que les stratèges des différents pays, même éloignés du théâtre européen, appellent les chefs d’États du monde entier à la retenue et à un peu plus de sagesse. C’est l’objet de cette initiative salutaire de Madame Helga Zepp-LaRouche que je félicite personnellement.

Et puisque nous sommes dans la pensée humaniste de Schiller, je veux rappeler comment Nietzsche le décrivait :

Entre les serviteurs de ce qui « va de soi » et les solitaires, nous demeurons, nous, les lutteurs, c’est-à-dire ceux qui sont pleins d’espoir, ceux dont l’expression la plus noble et la plus sublime est notre grand Schiller, tel que Goethe le dépeint dans son épilogue à La Cloche :

Maintenant son visage s’enflamme
De cette jeunesse qui jamais ne nous fuit,
De ce courage qui, tôt ou tard,
Vainc la résistance d’un monde inerte, stupide,
De cette foi qui toujours plus haute
S’avance hardiment ou se plie souplement,
Pour que le bien agisse, croisse, serve,
Pour que le jour vienne enfin pour le noble.

Dans son premier ouvrage, La naissance de la tragédie chez les Grecs, Nietzsche écrit au sujet d’Héraclite :

…il s’accorde pour croire en effet à la répétition périodique d’une fin du monde et au surgissement toujours renouvelé d’un autre monde qui naîtrait de la combustion universelle après qu’elle a tout détruit. La période au cours de laquelle le monde se précipite au-devant de cette combustion universelle et de cette dissolution en feu pur, est définie par lui de façon tout à fait frappante comme un désir et un besoin ; et l’état de complète combustion par le feu comme l’état de satiété.

Et plus loin : « La satiété engendre le crime : l’hybris. »

En effet, la surabondance de moyens, la démesure, l’orgueil incommensurable qui définissent l’hybris amènent à des crimes contre l’humanité qui a pourtant besoin de prudence et de juste mesure.

D’après Nietzsche, pour Héraclite, le « philosophe larmoyant », ainsi que l’appelait l’Antiquité tardive,

l’ensemble du processus universel ne fait-il pas désormais figure de châtiment de l’hybris ?... La culpabilité n’est-elle pas dès lors installée au cœur des choses ? Et le monde du devenir et des individus qui s’en trouve ainsi allégé n’est-il pas du même coup condamné à toujours en supporter de nouvelles conséquences ?

On sait qu’Héraclite estimera ensuite que tout ce qui tend à se contredire converge en une harmonie, invisible au regard de l’homme ordinaire, et que tout devenir naît de la lutte des contraires, nous redonnant un peu d’espoir et prévoyant la victoire de la justice sur l’iniquité.

Ce qui est éloigné de la vision nihiliste d’un Schopenhauer :

Nous expions notre naissance une première fois par notre vie et une deuxième fois par notre mort.

Tandis que l’espérance chrétienne, dont nous parle saint Mathieu dans le chapitre 6 de son évangile, nous invite à ne pas nous soucier du lendemain ni des biens matériels qui nous seront donnés par surcroît, mais à chercher d’abord le royaume de Dieu et sa Justice.

Et de conclure par cette vérité implacable :

Qui de nous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?

L’arme atomique, facteur de guerre ou de paix

Nous sommes dans un monde qui a accumulé de gigantesques moyens de destruction avec l’apparition dans les arsenaux de l’arme nucléaire, arme fatale qui, comme le faisait remarquer le général de Gaulle, n’est pas un simple progrès dans les techniques d’armement mais un saut technologique bouleversant les règles traditionnelles de l’art de la guerre puisque, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les hommes ont inventé une arme impossible à employer depuis que plus d’un État la possède. Arme de dissuasion exclusivement donc, assurance pour tout État la possédant qu’aucune puissance hostile ne pourrait prendre le risque d’être détruite en même temps qu’elle l’attaquerait. Mais impossible raisonnablement à employer, d’où l’appellation : arme de non-emploi.
De Gaulle faisait une analogie entre le fait nucléaire et l’invention du microscope électronique :

Je ne crois pas, voyez-vous, que le microscope électronique ne soit qu’une énorme paire de lunettes : ce qu’il nous fait découvrir n’est pas ce que nous cherchions. Il résout quelques-uns de nos problèmes ; il apporte aussi les siens. Nous n’en avons pas fini avec la bombe atomique. Le plus puissant moyen de guerre a commencé par apporter la paix. Une paix étrange, la paix tout de même. Attendez la suite.

Le grand anthropologue et philosophe français récemment disparu, René Girard, créateur de la théorie mimétique, dans La voix méconnue du réel, se référant à Nietzsche écrit :

La véritable vengeance [au sens du ressentiment nietzschéen, Ndlr] est de retour parmi nous sous la forme de l’arme absolue du nucléaire qui réduit notre planète à la taille d’un village primitif, terrifié une fois de plus par l’éventualité d’une guerre à mort. La véritable vengeance est si terrifiante que ses partisans les plus acharnés n’osent la déchaîner, parce qu’ils savent parfaitement que toutes les atrocités qu’ils peuvent infliger à leurs ennemis, ceux-ci peuvent aussi les leur infliger.  [1]

Quelle doctrine aurait établie Héraclite s’il avait connu la possibilité pour l’homme de déclencher la fusion nucléaire, lui qui parlait déjà de « combustion universelle » ?

Un des plus grands stratèges français, le général Pierre-Marie Gallois, qui m’avait fait l’honneur de m’introduire dans son cercle de réflexion, m’avait raconté ses échanges avec le général de Gaulle sur l’arme nucléaire et comment peu de monde, même parmi les spécialistes, avait compris le concept, continuant à raisonner en termes de coercition militaire quand il s’agissait désormais de dissuader quiconque de nous attaquer.

Je le cite :

Aussi, soudainement plongée dans l’ère de l’atome, l’opinion y a-t-elle raisonné ainsi qu’elle aurait pu rationnellement continuer de le faire dans le cycle classique. Elle pensait coercition, alors qu’il s’agissait de dissuasion. Elle comparait numériquement les forces en présence alors qu’il eût fallu qu’elle évaluât les dommages dont aurait souffert le plus fort, quelle que fût sa puissance, s’il s’en était pris à l’existence du plus faible. [2]

Inversion des rôles

Nous assistons aujourd’hui à un renforcement inouï de l’arsenal militaire classique et nucléaire de l’OTAN en Europe, tout particulièrement aux frontières de la Russie, en Pologne et dans les États baltes, qui vient s’ajouter à des forces déjà positionnées en Roumanie, en Italie, en Allemagne, en Pologne. Je ne m’étendrai pas sur le détail de ces forces déployées car de nombreux experts les ont décrites avec précision, forces déployées par l’Organisation Atlantique qui comprennent des forces nucléaires s’inscrivant dans le système global Aegis, que les États-Unis avaient initialement annoncé destiné à faire face à la menace de l’Iran, alors que tout le monde avait bien compris qu’il s’agissait déjà de menacer la Russie renaissante. Ce système qui se déploie aussi dans l’Atlantique et le Pacifique possède des installations mobiles navales, aériennes et terrestres. Présenté comme défensif contre une hypothétique menace russe et chinoise, il est en réalité aussi offensif, ses missiles de croisière ou balistiques pouvant être utilisés en première frappe. La France, malencontreusement revenue dans l’organisation militaire sous la présidence Sarkozy, s’associe donc à ce déploiement guerrier et a tout récemment pris la décision d’ouvrir son territoire au stationnement des forces de l’OTAN, en principe seulement d’états-majors dans lesquels nos cadres officiers et sous-officiers ont pris l’habitude de voir leur carrière se dérouler brillamment et qui sont donc peu enclins à voir l’OTAN comme un outil militaire américain, mais plutôt comme une alliance du monde libre vertueux, défendant le libéralisme et les droits de l’homme, contre un autre monde qui ne le serait pas.

Le système Aegis est un système mondial en mesure de déclencher une attaque nucléaire en tout point du globe. Il est présenté de façon mensongère comme défensif aux opinions publiques, mais il a pour but de faire savoir au monde que les États-Unis sont les maîtres de la planète et qu’ils entendent indiquer à chaque État quelle est la bonne manière de vivre, quelles règles suivre, quelles coutumes conserver et lesquelles abandonner, laisser totalement libre le commerce en supprimant les droits protecteurs et éventuellement les frontières, et ils entendent faire respecter leur modèle au risque de déclencher une guerre nucléaire, ce qui serait l’Apocalypse ou la combustion finale dont parlait Héraclite au VIe siècle avant notre ère. L’Union européenne a inscrit dans le marbre de ses traités fondateurs cette règle du libéralisme effréné, du commerce libre et non faussé, de la suppression de ses frontières intérieures, de même qu’elle a placé sa défense structurellement dans l’organisation militaire de l’OTAN.

Avec un budget incomparable de plus de 700 milliards de dollars, en incluant toutes les sommes destinées à des organisations de défense ou de renseignement, tout le système militaire américain est désormais dirigé contre la Chine et la Russie accusés de volontés hégémoniques, l’une en Europe, l’autre en Asie, inversant ainsi les rôles. [3]

Cette stratégie associe ses alliés, notamment l’UE dont la France reste un thuriféraire alors que tout semble indiquer qu’elle est vouée à l’implosion, aidée en cela par nos amis britanniques qui semblent se décider à vouloir quitter le navire avant le naufrage. (Au moment où j’écris nous ne connaissons pas le résultat du référendum du 23 juin mais, quel qu’il soit, son impact sera énorme sur l’avenir de l’UE et devrait précipiter sa fin.)

La Chine, au prix d’efforts laborieux et industrieux, a réalisé d’énormes progrès économiques qui ont éradiqué la famine et le sous-développement dans la majorité de sa population, créé une classe riche nombreuse, élevé le niveau de vie général de sa population et accumulé des réserves financières considérables, ceci en conservant le centralisme du communisme collectiviste, qui lui assure l’avantage énorme de garder la direction centrale de l’ouverture au commerce mondial de cette immense population et le contrôle des importantes réformes d’adaptation à notre époque, à l’inverse de ce qu’a connu l’Union soviétique rapidement dissoute par la perestroïka de Gorbatchev, pourtant animé de bonnes intentions, par perte de contrôle du processus réformiste. Elle est regardée par les États-Unis comme un rival qu’il faut détruire avant qu’il ne devienne trop puissant. Il s’agit donc de lui refuser le droit de défendre ses intérêts vitaux, particulièrement dans les mers qui l’environnent, en créant des systèmes d’alliances hostiles avec les pays qui apprécient la protection américaine.

Mais il se trouve de plus en plus que la fine diplomatie chinoise a su convaincre beaucoup d’États de la région qu’elle n’était pas impériale et qu’elle souhaitait au contraire avancer dans la coopération internationale pour développer en commun des projets économiques profitables à tous.

Les projets immenses inclus dans le programme proposé aux pays d’Eurasie mais ouvert au reste du monde, intitulé la Nouvelle route et la ceinture de la soie, ont déjà convaincu de nombreux pays qui sont entrés dans les organismes qui les pensent et les financent comme la Banque asiatique d’investissement et de développement (BAID) et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) : les BRICS, l’ASEAN auquel l’Iran, à la charnière du Moyen-Orient et de l’Asie caucasienne se joint, avec le poids des 400 millions d’habitants de son voisinage immédiat , l’ALBA et l’UNASUR en Amérique latine.

Certains États continuent de jouer sur les deux tableaux, conservant l’amitié avec l’Amérique tout en échangeant avec Chine et Russie, mais on sent que le simple intérêt économique et même stratégique les invite au rapprochement de ce système gagnant-gagnant qui a vu d’anciens belligérants mettre en sourdine leurs revendications pour être parties prenantes de ce nouvel ordre mondial. L’Inde et la Chine en sont un exemple mais pas le seul.

La présentation de la Russie par la diplomatie américaine comme une puissance impériale qui se prépare à envahir l’Europe est une telle contre-vérité qu’on se demande comment cette idée peut être acceptée par les États européens, à moins qu’ils aient une raison quelconque de se lier aux États-Unis pour éviter de dépenser de l’argent dans leur propre défense. Il semble d’ailleurs que cette contre-vérité soit récemment en train de s’effriter à Bruxelles qui, sous les pressions des peuples et des États, reconnaît que les sanctions sont peut-être plus nocives pour les économies des États-membres que pour la Russie elle-même qui développe des répliques vers l’Asie et à l’intérieur de son immense territoire. Le 8 juin le Sénat, après l’Assemblée nationale française fin avril, a voté une proposition de les lever progressivement et l’on a vu que M. Juncker, le président de l’UE, s’est rendu au Forum économique de Saint-Pétersbourg, ne pouvant plus résister aux pressions venant des profondeurs de la vraie Europe qui comprend bien que son avenir est dans une entente et une coopération avec l’immense Russie.

Ce qui ne manque pas d’inquiéter Washington qui avait conçu l’Europe de l’Ouest depuis 1945 comme un glacis protecteur contre la Russie soviétique. Puis à partir de 1989, avec sa victoire sur le communisme soviétique et l’effondrement de l’URSS, une sorte d’hybris, de démesure, l’a conduite à disloquer la nouvelle Russie en achetant politiciens et oligarques, et à soutenir le terrorisme tchétchène par différents relais. Poutine, en fin stratège et connaisseur des rapports de force, a voulu mettre un terme à la décomposition de son pays, et s’entendre avec la première puissance mondiale, faisant les concessions que sa faiblesse lui recommandait mais lâchant de moins en moins sur les intérêts vitaux de la Russie menacés de plus en plus par l’hystérie impériale américaine qui, inversant les rôles, a fait de l’agressé l’agresseur.

Car enfin, quel stratège sérieux est capable d’imaginer les divisions russes déferlant sur l’Europe de l’Est pour s’emparer des anciens satellites de l’Union soviétique ? Dans quel but, à quelles fins ? Pour s’emparer de leurs richesses minières ou industrielles ou les convertir à l’orthodoxie ?

Tous les experts savent qu’en août 2008, le coup d’arrêt en Géorgie avait pour but de montrer les limites à ne pas dépasser dans l’expansion, incessante et contraire aux promesses, de l’OTAN vers l’Est, après les provocations du gouvernement de Tbilissi dirigé en fait par le Département d’État.

Le retour de la Crimée à la mère patrie en 2014, après un vote unanime des habitants de la presqu’île, s’est fait après le « coup d’État ouvert », comme l’a dit le stratège américain George Friedman, qui a porté au pouvoir à Kiev un gouvernement hostile à sa population orientale et à Moscou, dans le respect des règles de l’ONU sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La Russie renaissante de Poutine a donc cherché longtemps à s’entendre avec les États-Unis et avec ses voisins européens, mais la volonté hégémonique d’une partie de l’oligarchie de Washington ne conçoit pas que le monde puisse être multipolaire et que l’Amérique soit amenée à partager avec les nouvelles puissances la direction des projets de la planète.

Il semble que le candidat Donald Trump veuille casser ce système à courte vue : souhaitons qu’il y parvienne, pour le bien du monde et celui des Américains, puisqu’il propose de mettre un terme à l’interventionnisme militaire, de coopérer avec la Russie et de parler avec la Chine, pour se concentrer sur le développement de l’économie nationale en rapatriant les fonds de pensions investis dans le mondialisme pour plus de profit, afin de les injecter dans l’économie américaine et y créer des emplois. C’est pourquoi il est présenté par les médias occidentaux, aux mains de la finance mondiale, de façon caricaturale comme un bouffon ridicule alors que les citoyens américains comprennent son message et votent pour lui.

Accuser la Russie de masser un dispositif militaire aux frontières de la Pologne et des États baltes pour les agresser est mensonger car si, effectivement, Moscou y a renforcé ses forces, ce n’est que pour réagir aux menaces répétées de l’OTAN à ses portes, notamment dans la Baltique. L’ancien secrétaire d’État à la Défense, Chuck Hagel, a d’ailleurs déclaré récemment que ce renforcement de l’OTAN face à la Russie était une erreur, et contre-productif.

C’est pourquoi j’ai parlé d’hybris ou d’hystérie des États-Unis, car en réalité ils ne semblent pas réaliser que cette escalade militaire contre la Russie provoque une extrême inquiétude dans l’ensemble du monde car elle se fait avec des moyens nucléaires : il est évident que la Russie ne se laissera pas écraser sans réagir à une attaque de tel niveau et nous serions alors non pas à la troisième guerre mondiale mais à la fin de l’humanité.

Pour cette raison, le concept stratégique américain, avancé par certains experts, consistant à saturer l’Europe d’engins nucléaires américains pour obliger les Russes à une première frappe sur le continent qui les détruirait automatiquement par représailles, est une aberration, sans doute aussi de la pure propagande pour faire croire à une supériorité nucléaire américaine totalement illusoire, mais qui fait peu de cas du continent européen et montre l’absence de respect des États-Unis pour les États européens ses alliés.

Il est temps que celle qui est encore la première puissance mondiale, en tout cas militaire par ses arsenaux et l’importance de ses bases réparties sur toute la planète, retrouve la mesure et cesse de refuser de voir le monde qui change, les équilibres qui se modifient, les émergents qui s’affirment, et se décide à entrer dans un monde de coopération pour le bien de tous, les plus puissants et les plus riches aidant les plus pauvres, les progrès de la science servant l’ensemble de l’humanité.

Le drame de notre époque est que la démesure américaine et son aveuglement sont issus d’une conception messianique qui a porté au pouvoir des politiques convaincus, depuis l’écroulement du communisme en URSS, que le bien suprême, le libéralisme, l’ayant emporté sur le mal absolu, le collectivisme totalitaire, la mission divine de diriger le monde incombait désormais aux États-Unis.

A ceci s’ajoute l’intérêt des puissances d’argent organisées en réseaux d’influence à Washington, dont les actifs couvrent une bonne partie de la planète et possèdent les médias et leurs véhicules de propagande, réseaux qui sont les vrais décideurs de la politique américaine au point que le gouvernement se voit souvent incapable d’appliquer ses décisions lorsque celles-ci ne vont pas dans le sens voulu par eux.

On voit à cet égard que si la présidence Obama est parvenue à imposer contre eux quelques réformes, comme l’assurance médicale à l’intérieur et l’accord avec l’Iran sur le nucléaire, ils ne renoncent pas. Le Président américain en fin de mandat donne l’impression de céder désormais à leurs exigences, notamment en Syrie où, malgré des annonces d’entente avec la Russie pour mettre un terme au carnage inique qui s’y développe, les actions sur le terrain continuent d’alimenter les combats.

On a vu la direction américaine, perplexe lors de l’intervention militaire russe en septembre 2015 qui obligeait les acteurs à jeter les masques pour choisir ou non le camp de la lutte contre le terrorisme islamique, continuer la politique de changement de régimes qui ne se soumettent pas à sa politique, au grand bénéfice d’Israël qui en profite pour accroître sa négation des droits des Palestiniens et son appropriation de territoires leur appartenant, au mépris total des règles de l’ONU.

La Russie a montré avec son intervention en Syrie qu’elle avait mis au point une armée dont la technologie n’avait rien à envier à celle des États-Unis et même la dépassait dans certains domaines. Si elle est moins puissante en nombre et n’a pas de bases extérieures comme son rival, prouvant ainsi qu’elle n’a pas de visées impériales, elle peut faire face à n’importe quelle attaque délibérée de ses intérêts vitaux. Elle a montré aussi qu’elle souhaitait coopérer avec les États-Unis, avec les Européens, avec la Chine, l’Inde et l’Asie en général.

Cette confrontation entretenue par un gouvernement américain qui refuse de voir que sa suprématie mondiale est terminée mais qu’il peut, s’il le souhaite, coopérer pacifiquement avec les autres pays, au lieu d’entretenir des foyers de tensions et de guerres comme il l’a fait depuis 2001, ne peut réussir face au reste du monde qui s’organise. Le refus d’admettre les nouvelles réalités du monde, la volonté de pérenniser à tout prix un ordre ancien dépassé, illustré par une monnaie de papier qui finance leurs dettes mais pas leur développement, est une menace de fin du monde dans une Apocalypse nucléaire. Tous les pays où elle est intervenue, depuis l’Afghanistan jusqu’à la Libye, sont détruits et le Moyen-Orient est un chaos dramatique. Sa politique en Syrie est ambiguë, jouant sur plusieurs tableaux, entretenant en même temps des forces rivales, s’entendant un jour avec la Russie puis repoussant le lendemain la possibilité d’une solution, soutenant tour à tour les rivalités religieuses attisées sans cesse par l’Arabie saoudite. Ces contradictions se retrouvent dans sa politique envers l’Iran, grand acteur incontournable des équilibres au Moyen-Orient et en Asie caucasienne : elle a conclu l’accord qui remet l’Iran dans le concert des nations, mais elle ne cesse de le menacer de rétablir l’ostracisme et en profite pour menacer en même temps de représailles financières les États qui se rapprocheraient trop vite de Téhéran. En Syrie il est clair que Russie et Iran ne lâcheront rien face à la politique américaine de changement de régime, car leurs intérêts stratégiques sont ici confondus : ni l’une ni l’autre ne peuvent accepter d’être défaits dans ce conflit qui rassemble tous les ingrédients de la confrontation mondiale.

Nouveau Pacte de Varsovie

Aujourd’hui nous savons qu’un sommet de l’OTAN se tiendra à Varsovie début juillet, après de grandes manœuvres sous l’égide américaine appelées Anakonda, avec la participation de vingt-quatre pays européens (dont la Macédoine et l’Albanie ! et bien sûr les pays baltes, la Turquie, le Canada, la Finlande), sans la France heureusement. Ceci est symbolique puisque le Pacte de Varsovie a cessé d’exister avec l’effondrement de l’URSS et, espérait-on, la fin de la guerre froide. Un tel sommet, à un tel endroit, résonne comme un défi inutile et dangereux surtout quand on sait le renforcement en armes nucléaires de l’OTAN en Europe. La Russie ne menace personne. Elle organise seulement ses coopérations économiques et stratégiques avec les Asiatiques, l’Afrique et les pays d’Amérique latine. Elle serait prête à le faire avec les États-Unis et l’Europe mais cette dernière est encore trop inféodée à la volonté américaine pour y répondre, même si l’on sent des frémissements pour soulever le joug de la vassalité sous la pression du bon sens des peuples.

C’est pourquoi, en tant que patriote français, je souhaite que la France se retire de l’OTAN et ne participe pas à ce sommet de Varsovie qui a pour but de provoquer la Russie. On me qualifie sur divers sites, dans des articles ou dans des ouvrages, d’être pro-russe, ou pro-chinois, ou pro-iranien ou anti-américain primaire : je suis d’abord simplement pro-français et convaincu que l’intérêt de mon pays est de voir le monde tel qu’il est, de se libérer de toute idéologie de bloc, et de respecter la souveraineté des États. J’aimerais que la France retrouve la sienne pour reprendre la politique d’indépendance qui a été sa tradition depuis le général de Gaulle, ce qui n’exclut pas de conclure des accords avec nos voisins. Notre époque marque le retour au sentiment national en Europe, les peuples sentant qu’à moins de disparaître dans un magma informe, ils doivent défendre leurs richesses patrimoniales et s’enrichir des échanges avec les autres. Une Europe des nations est appelée à remplacer une UE technocratique qui se montre incapable de faire face aux grands défis de notre époque. Ses thuriféraires sincères commencent à comprendre qu’« il ne suffit pas de sauter sur son siège comme un cabri en criant l’Europe, l’Europe, l’Europe ! » pour la construire, et même que ça ne fait pas avancer les choses.

Je ne pense pas que Robert F. Kennedy Jr puisse être qualifié d’anti-américain ou de traître ; pourtant il porte un regard identique au mien sur la politique de son pays dans un article paru dans la revue Politico du 24 février 2016 : « Why the Arabs don’t want us in Syria ? They don’t hate ‘our freedoms.’ They hate that we’ve betrayed our ideals in their own countries — for oil. »

Il ajoute les Iraniens à son catalogue, rappelant le renversement de Mossadegh en 1953 par la CIA après l’échec du MI6 britannique.

Conclusion

Il est grand temps que l’hybris américain fasse place à un esprit de coopération que le monde entier accueillerait avec soulagement. Et que cette coopération entre tous les États se fasse sur des bases de respect mutuel et d’intérêts partagés. Dans un tel climat apaisé entre les nations du monde, le désarmement nucléaire progressif mais total devrait être à l’ordre du jour, les puissances s’entendant pour y procéder simultanément. La France, qui a montré autrefois sa grandeur dans la défense des valeurs universelles, pourrait apporter sa contribution à ce processus quand les autres nations détentrices auront renoncé elles-mêmes à leurs menaces. Mais la dissuasion, qui a empêché jusqu’ici une nouvelle guerre mondiale fatale, devra bien continuer à s’exercer d’une manière ou d’une autre pour garantir la paix planétaire.

Pour conclure, je citerai un grand philosophe français qui fut aussi un homme d’État hors du commun : le général de Gaulle disait en 1964, s’adressant aux étudiants de l’Université de Mexico :

En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers. Une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie

Vision humaniste qui s’inscrit à l’évidence dans la recommandation de Saint Mathieu de rechercher d’abord le royaume de Dieu et sa justice.


Retour au programme de la conférence avec les liens aux autres interventions.

Retrouvez toute la conférence sur le site New Paradigm.


[1René Girard, « Nietzsche contre le Crucifié », in La voix méconnue du réel ; Une théorie des mythes archaïques et modernes, Grasset, 2002.

[2Intervention du général Gallois au colloque organisé en septembre 1984 à Arc-et-Senans par l’Institut Charles de Gaulle et l’Université de Franche-Comté.

[3D’après l’IISS américain (Institut international d’études stratégiques), les budgets de défense mondiaux en 2015 sont évalués à 597,5 milliards de dollars pour les États-Unis, 145,8 milliards pour la Chine, 81,9 milliards pour l’Arabie saoudite, 65,5 milliards pour la Russie, 56,2 milliards pour le Royaume-Uni, 48 milliards pour l’Inde, 46,8 milliards pour la France qui se trouve ainsi à la septième place.

Cet article a été repris d'un autre site.

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S&P a démasqué dès 2012 (vérifie) l’instrumentalisation des mouvances terroristes pour renverser certains régimes, dont la Syrie.

L’extrême-droite et néo-nazis en Ukraine

Dès le rejet du traité de libre association par le gouvernement ukrainien fin 2013, nous dénoncions le soutien insensé des occidentaux à des mouvances néo-nazies dans le but d’élargir l’OTAN aux frontières de la Russie.

La confiscation des dépôts bancaires ou "bail-in"

Bien avant janvier 2016 et l’application effective d’une directive européenne permettant de renflouer les banques avec l’argent des déposants, nous avons dénoncé dès 2013 cette logique confiscatoire et destructrice.

Le Tsunami financier qui vient

C’est vrai que beaucoup d’économistes en parlent, en tout cas bien plus qu’avant la crise de 2008 ! Et pourtant aucun ne défend la politique de crédit public démocratique qui nous permettrait d’éviter un choc économique sans précédent.

et la vraie Europe

La vraie question est la nécessité de mettre en place un nouvel ordre économique international fondé sur le développement mutuel, en partenariat avec la conception de la Nouvelle route de la soie que portent les BRICS.

L’Union européenne (UE) est devenue le cheval de Troie de la mondialisation financière, de la City et de Wall Street. L’euro en est le vice financier et l’OTAN le bras armé. C’est pourquoi il faut en sortir, mais pas pour faire un saut dans le vide.

Il faut refonder la vraie Europe, l’Europe des peuples, des patries et des
projets, la version du plan Fouchet de 1962 pour le XXIè siècle. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de repartir de l’avant, avec une monnaie commune de référence porteuse de grands projets : ni monnaie unique servant l’oligarchie financière, ni deux monnaies qui ne seraient pas gérables.

Une vraie Europe ne peut se construire sans réelle participation citoyenne. Construisons une France et une Europe que serve réellement le progrès économique et social, contre tout dévoiement financier et géopolitique.

pour une écologie humaine

S&P promeut une écologie responsable et humaine, s’inspirant notamment des travaux de Vernadski sur la Biosphère et la Noosphère.

Nous condamnons les mouvements obscurantistes qui prônent un écologisme "Malthusien" (l’idéologie de Thomas Malthus) qui considèrent que les ressources de la planète sont limitées. Ces mouvements aboutissent fatalement à la conclusion inadmissible qu’il faut imposer une politique de dépopulation.

Ainsi, la première des ressources est pour nous la créativité humaine, la faculté qu’a l’Homme de comprendre et de transformer le monde qui l’entoure.

L’être humain a une responsabilité, et c’est pour cela qu’il faut sortir de la mondialisation prédatrice.

et l’énergie

Il est fou de vouloir sortir du nucléaire, qui est l’expression d’une découverte humaine. Cependant, il doit être réinventé pour en faire un nucléaire citoyen du XXIe siècle, qui nous donnera les moyens d’accueillir les générations futures.
Nous sommes pour la conception de réacteurs de IVe génération et la mise en place d’un programme de recherche accéléré vers la fusion thermonucléaire contrôlée.

Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
Le nucléaire est, enfin, la "clé" de l’énergie nécessaire à la propulsion des voyages spatiaux, qui définissent l’étape prochaine de notre Histoire.

Défendre le travail humain, c’est rejeter totalement les logiques actuelles de rentabilité à court terme. Se battre pour le nucléaire, c’est se battre pour le fondement d’un monde élargi et plus juste.

est fier de déranger

Vous trouverez sur internet un lot défraîchi d’étiquettages en tous genres : S&P est qualifié de d’extrême-gauche, d’extrême-droite, financé par le KGB ou par un milliardaire américain (mais volant des vieilles dames), aux idées tour-à-tour farfelues et dangereuses, et bien évidemment adeptes de la théorie du complot !
Le tout visant à dissuader les citoyens de découvrir nos idées et notre engagement.

Mais derrière ces accusations vous avez d’incessantes manoeuvres politiques : rejet du compte de campagne de Jacques Cheminade en 1995, saisie de 170 000€ sur le remboursement de la campagne de 2012, et bien entendu une exposition médiatique réduite au minimum, ou la plus défavorable possible pendant les présidentielles !

Pour nos ennemis ou adversaires, il s’agit d’empêcher que soit comprise par le peuple une politique de crédit public démocratique, la seule arme qui nous permettrait de diriger la finance plutôt que d’être dirigée par elle.

Si S&P dérange, c’est parce que nos idées frappent l’oligarchie financière en plein coeur. Ce combat émancipateur est l’enjeu culturel de notre temps.

Participez à l'effort politique !

Adhérez à S&P, devenez éducateur et créateur de la Nation

Au cours de cette élection présidentielle nous avons entrouvert une porte, car nous avons été les seuls à poser les défis qui sont devant nous.

Nous rentrons dans un monde tout-à-fait instable, dangereux, et sans majorité politique.
Un monde qui peut rentrer en crise à tout moment, y compris avec un risque de guerre.

En adhérant à Solidarité & progrès, en apportant vos moyens financiers et humains, nous pourrons ensemble franchir le seuil de la porte et faire ce qui est nécessaire.
Aller vers un futur qui soit vivable, meilleur, plus juste.

Jacques Cheminade
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