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Ashcroft se récuse dans l’affaire Plame

La rédaction

Après avoir hésité plusieurs mois, le ministre américain de la Justice John Ashcroft s’est finalement récusé de l’enquête menée par son ministère sur le fait que l’identité d’un agent secret de la CIA, Valerie Plame, ait été rendue publique. C’est en juillet dernier que le chroniqueur Robert Novak et d’autres journalistes avaient révélé son identité, dans le but de discréditer et d’intimider son mari, l’ancien ambassadeur Joseph Wilson, qui avait démontré l’inexactitude des informations selon lesquelles l’Irak aurait tenté d’acquérir de l’uranium du Niger.

Certains députés démocrates, comme John Conyers, de la commission judiciaire de la Chambre, avait appelé Ashcroft à se récuser et à nommer un procureur indépendant pour mener l’enquête, en raison des relations étroites entre le ministre et la Maison-Blanche, et parce que le conseiller présidentiel Karl Rove, soupçonné par certains d’être à l’origine de la fuite, a travaillé pour Ashcroft dans le passé. Le 22 décembre, les sénateurs Tom DAschle et Carl Levin ont fait écho à cet appel, dans une lettre exigeant d’autres informations sur l’enquête.

Ashcroft s’étant récusé, son adjoint, James Comey, agissant en sa qualité de ministre intérimaire, a nommé Patrick Fitzgerald comme procureur spécial pour mener l’enquête. Ce dernier qui est le procureur fédéral de Chicago depuis 2001, a travaillé à New York de 1988 à 2001 dans le cadre d’enquêtes sur le crime organisé, le trafic de drogue et les affaires de terrorisme.

Lors d’une conférence de presse, le 30 décembre, Comey a déclaré que Fitzgerald aurait tout le pouvoir et l’autorité nécessaires pour mener son enquête n’aurait à consulter le ministère que pour des questions logistiques. Comey a précisé qu’il avait recommandé à Ashcroft de se récuser et que ce dernier en était arrivé à la même conclusion fin décembre, en raison de faits nouveaux apparus en cours d’enquête.

Il a ainsi laissé entendre qu’un élément crucial avait obligé Ashcroft à se dessaisir du dossier. « L’enquête avance très rapidement, on travaille beaucoup et très bien », dit Comey. Selon un ancien responsable de la CIA avec qui nous avons parlé, l’enquête conduirait au bureau du vice-président, notamment à un certain John Hannah, l’adjoint au chef de cabinet de Cheney, Lewis Libby. Selon cette source, Fitzgerald est considéré comme un procureur intransigeant.

La récusation d’Ashcroft a été saluée par le sénateur démocrate Jay Rockfeller, vice-président de la commission du renseignement du Sénat, et par son collègue Charles Schumer, qui demande depuis des mois la nomination d’un procureur spécial. L’ancien ambassadeur Wilson a précisé : « La question n’est pas de savoir si j’en suis heureux. (...) Ce crime n’a pas été commis contre moi, ni contre ma femme, mais contre mon pays. C’est le pays qui en est la victime . »

Notant que Comey avait accordé à Fitzgerald plus de pouvoirs qu’à l’ordinaire, Eric Holder, vice-ministre de la Justice sous l’administration Clinton, en déduit que les enquêteurs sont sur le point de découvrir le pot aux roses. « On n’aurait pas nommé Pat Fitzgerald juste pour classer le dossier ». Selon un avocat du « parrain » John Gambino, qui avait été inculpé par Fitzgerald, ce dernier « ne laisse rien passer ».

Il est intéressant de noter que le candidat démocrate Joe Lieberman, qui a de facto protégé Cheney, s’est opposé à cette nomination au motif que Fitzgerald n’est pas indépendant, mais doit son poste à une décision politique.

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