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Attaques contre Strauss dans les médias de l’establishment

La rédaction

Lyndon LaRouche, candidat à l’investiture présidentielle du Parti démocrate américain, a lancé un « contre-coup » pour neutraliser les faucons mouillés qui ont pris le contrôle de la politique américaine. C’est dans ce contexte que le comité de campagne pour « LaRouche en 2004 » a distribué plus de 400 000 exemplaires d’une brochure, « The Children of Satan », dévoilant le rôle joué par le « philosophe » fasciste Leo Strauss, de l’université de Chicago, en tant que « parrain » intellectuel du parti de la guerre.

Plusieurs grands médias de l’establishment américain ont immédiatement repris ce thème. Ainsi, dans son édition dominicale du 4 mai, le New York Times a publié un long article intitulé « Leo-Cons - Un héritage classique : les nouveaux bâtisseurs d’empire ». En illustration, on peut voir une caricature du vice-secrétaire à la Défense, Paul Wolfowitz, l’un des principaux disciples de Strauss, en tenue de soldat romain, tenant en mains un exemplaire du livre de Strauss, De la tyrannie, et muni d’un bouclier sur lequel est dessiné un aigle américain. L’article, qui montre comment Strauss a inspiré les « faucons mouillés » responsables de la guerre en Irak, présente un photomontage d’une demie-page des principaux protagonistes, déjà identifiés dans le dossier de la campagne de LaRouche.

Dans cet article, James Atlas affirme : « Pour les théoriciens de la conspiration intellectuelle, la politique étrangère de l’administration Bush est une création totalement straussienne. Paul Wolfowitz, le vice-secrétaire à la Défense, est identifié comme un disciple de Strauss ; William Kristol, fondateur du Weekly Standard, très lu à la Maison Blanche, se considère comme un straussien ; Gary Schmitt, directeur du Projet pour un nouveau siècle américain, groupe de politique étrangère influent créé par M. Kristol, est indiscutablement dans le camp de Strauss. » Atlas mentionne également des associés intellectuels de Strauss, tels que Martin Heidegger, Walter Benjamin et Alexandre Kojève, en évitant toutefois de mentionner leurs convictions nietzschéennes fascistes.

Dans le magazine New Yorker paru le lendemain, le journaliste d’investigation Seymour Hersh dresse un tableau sans complaisance de Strauss et des straussiens du Pentagone. Il reprend lui aussi certains éléments de la brochure de campagne de LaRouche, concernant notamment l’idéologie de divers agents du Pentagone, responsables de la désinformation ayant conduit le président Bush à lancer la guerre d’Irak, à commencer par Abram Shulsky, « universitaire spécialiste des oeuvres du philosophe politique Leo Strauss. (...) Le Bureau des plans spéciaux est supervisé par le sous-secrétaire à la Défense, William Luti, capitaine de Marine à la retraite. » Les rôles de Shulsky et Luti avaient également été évoqués dans Children of Satan.

Hersh écrit : « Comme Wolfowitz, Shulsky fut un élève de Leo Strauss à l’université de Chicago et tous deux ont obtenu leur doctorat auprès de lui en 1972. Strauss, un réfugié de l’Allemagne nazie qui est arrivé aux Etats-Unis en 1937, était versé dans l’histoire de la philosophie politique et devint l’un des principaux universitaires émigrés du camp conservateur. Il est connu pour sa thèse selon laquelle les oeuvres des anciens philosophes recèlent des significations ésotériques volontairement dissimulées, dont les vérités ne peuvent être comprises que par quelques-uns et restent méconnues des masses. » Hersh dresse sa propre liste de straussiens à l’intérieur et autour de l’administration Bush, y ajoutant Stephen Cambone, sous-secrétaire à la Défense chargé du renseignement.

D’autres exposés sur l’influence straussienne ont suivi. Les 6 et 7 mai, deux autres articles ont été publiés dans le New York Observer et l’agence Inter Press, ainsi que des commentaires dans le Corriere della Sera, en Italie, et le Times, en Grande-Bretagne.

L’article paru dans Inter Presse citait le professeur Shadia Drury, de l’université de Calgary et auteur de deux livres sur Strauss et d’un exposé sur Alexandre Kojève, partenaire de longue date de Strauss. Selon Drury, « Strauss n’était ni libéral, ni démocrate. [Selon lui] le mensonge permanent pratiqué par ceux qui ont le pouvoir à l’égard des citoyens est indispensable car ces derniers ont besoin d’être dirigés, et il leur faut des dirigeants forts qui leur disent ce qui est bien pour eux. » Elle montre clairement la différence entre Platon et Strauss, dans la mesure où Platon soutient que les dirigeants doivent avoir atteint le plus haut degré de moralité, alors que pour Strauss, « sont compétents pour diriger, ceux qui se sont rendus compte qu’il n’existe pas de moralité et qu’il n’existe qu’un seul droit naturel, celui du supérieur à diriger l’inférieur. (...) On veut une population malléable que l’on puisse modeler comme du mastic . »

Drury précise aussi que le système de gouvernement préconisé par Strauss nécessite l’image d’un ennemi. « Il maintient qu’en l’absence de menace externe, il faut en inventer une. (...) Selon Strauss, l’on doit lutter constamment [pour survivre]. En ce sens, il est très spartiate. La paix mène à la décadence. La guerre perpétuelle, et non la paix perpétuelle, voilà le credo des straussiens. » C’est la raison pour laquelle les straussiens de Washington, comme Wolfowitz, Kristol, Shulsky et Schmitt, poursuivent « une politique étrangère agressive et belliqueuse ». Drury attaque aussi l’administration Bush qui « n’a que faire du libéralisme et de la démocratie, [mais qui] conquiert le monde au nom de la démocratie et du libéralisme ».

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