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Avec une loi Glass-Steagall : mettons la spéculation sur les monnaies hors la loi

La rédaction

Par Helga Zepp-LaRouche

Présidente du Büso, notre parti frère en Allemagne

Le 27 février 2010


Imaginez qu’un directeur de banque invite une bande de malfrats et leur donne les clefs et les codes de sécurité des filiales de la banque. Les bandits entreprennent alors de les dévaliser. Sur ce, le directeur de la banque demande aux clients lésés non seulement d’accepter les pertes et de dédommager la banque, mais aussi de rembourser les dépenses des bandits – à qui il continue de donner des tuyaux pour parier sur l’insolvabilité prévisible de ses clients et pour réaliser, à la faveur de leur mort ainsi précipitée, un gain sur leur assurance-vie.

Ceux qui ont invité les hedge funds à venir en Allemagne en 2004 et les laissent aujourd’hui sévir non seulement contre la Grèce, mais aussi contre l’euro, tout en exigeant que les contribuables paient les pots cassés en se serrant la ceinture, ont une ressemblance frappante avec ce directeur de banque. L’Allemagne est tombée entre les mains des bandits.

Si l’on veut éviter un effondrement chaotique de l’euro, avec des conséquences catastrophiques sur l’économie réelle et le niveau de vie des populations, les gouvernements d’Europe doivent appliquer immédiatement une politique de type Glass-Steagall, c’est-à-dire une séparation stricte entre banques commerciales et banques d’investissement. Les opérations spéculatives des holdings financières, hedge funds et autres fonds d’investissement privés, doivent être complètement séparées des activités de crédit et de dépôt des banques commerciales. Si les paris des institutions financières actives dans des opérations à haut risque tournent au vinaigre, qu’elles en assument elles-mêmes les conséquences ! Les contribuables ne sont pas responsables des pertes essuyées par ces joueurs invétérés au casino.

S’il s’avère impossible à court terme d’établir des parités fixes entre les monnaies, il faudrait au moins pénaliser sans délai la spéculation monétaire. Il est inadmissible que les managers des plus gros fonds spéculatifs décident conjointement, au cours d’un dîner fin à Manhattan, de spéculer sur la chute de l’euro jusqu’à sa parité avec le dollar, sabrant ainsi d’un quart ou d’un tiers le patrimoine économique des populations ayant le malheur de vivre dans la zone euro.

Le gouvernement doit adopter de toute urgence une politique de Glass-Steagall et interdire la spéculation monétaire, afin de protéger le peuple allemand de tout atteinte, comme le dit explicitement le serment qu’il prête. Si la chancelière Merkel, qui, à l’en croire, vient seulement de constater que l’euro est en difficulté, veut réellement établir un budget soutenable, c’est à ce problème qu’elle doit s’attaquer.

La Grèce dans le collimateur

Selon le Wall Street Journal , au cours d’un dîner privé dans une villa de Manhattan le 8 février, les directeurs de quelques-uns des plus gros hedge funds se sont mis d’accord pour mener une attaque spéculative contre l’euro. But de l’opération, obtenir une parité de 1/1 entre l’euro et le dollar. C’est une occasion de « faire beaucoup d’argent » , aurait dit Hans Hufschmid, un ancien directeur de Salomon Brothers qui dirige actuellement le fonds GlobeOp Financial Services SA.

L’hôte du « dîner à idées » était le courtier Monness, Crespi, Hardt & Co. Le fondateur de Greenlight Capital, David Einhorn, était également invité, de même que le manager de SAC Capital, Aaron Cowen, qui estime que l’issue de la crise grecque, quelle qu’elle soit, aura des effets négatifs sur l’euro. Soros Fund Management et Brigade Capital avaient aussi répondu présent.

Cette réunion a coïncidé, selon le Financial Times Deutschland, avec une hausse rapide des positions à découvert nettes contre l’euro sur les marchés à terme. Au cours de la même semaine, le nombre de contrats pariant sur une chute de l’euro à la Bourse de Chicago atteignit 60 000, un record depuis l’introduction de la monnaie unique, comme le constatent les stratèges monétaires de Morgan Stanley. Trois jours après le dîner, l’euro ne valait plus que 1,36 dollar – contre 1,51 en décembre dernier.

A l’échelle mondiale, les transactions ont atteint un sommet en janvier, avec 820 000 contrats par jour pour une valeur nominale de 108 milliards de dollars – soit une augmentation de 78 % par rapport à l’année dernière – avec une tendance grandissante des intervenants à miser sur l’affaiblissement de l’euro.

En même temps, les fonds spéculatifs ont aggravé la crise de la dette grecque, en utilisant le marché des credit default swaps (contrats de crédit sur défaillance) pour s’attaquer au pays. Une enquête a été ouverte, selon la presse grecque, par le service de renseignement EYP. Entre-temps, de nombreux fonds, après avoir fait leur beurre, se sont retirés des CDS grecs, pour s’intéresser à d’autres pays – surtout l’Espagne.

Maintenant, la population grecque est censée payer la note. L’Union européenne, la Banque centrale européenne et le gouvernement allemand exercent des pressions inouïes sur Athènes pour qu’elle impose une austérité draconienne sur les populations. On prévoit des coupes claires dans les dépenses de santé et les retraites, des réductions de salaire dans le secteur public allant jusqu’à 300 euros par personne, une augmentation de 2 % de la TVA et de la taxe sur l’essence, et des notes plus salées pour l’électricité, le gaz, l’eau et le transport. On devrait supprimer 40 000 emplois dans le secteur public, couper les fonds pour le marché du travail et les programmes sociaux, et sabrer de 30 % les budgets des hôpitaux !

En même temps, les banques allemandes refusent d’accorder de nouveaux crédits. Dès lors, rien d’étonnant à voir la colère de la population grecque monter vis-à-vis de l’UE et de l’Allemagne, tandis que l’on commence à entendre des appels à boycotter les produits allemands.

Il faut dire que l’obsession des médias pour la Grèce est délibérément trompeuse, car son endettement public est relativement faible. Un problème bien plus grave est l’insolvabilité de la Grande-Bretagne et l’endettement de l’’Espagne, qui lui est lié. C’est ainsi que dans le Guardian , Jim Rogers, un ancien partenaire de George Soros, décrit la livre sterling comme « un cas désespéré » , une monnaie des plus faibles qui a déjà été dévaluée contre presque toutes les autres, hormis le dollar zimbabwéen. Il y a plusieurs semaines déjà, le Daily Telegraph signalait que la situation en Grande-Bretagne était bien pire qu’en Grèce.

Danger du carry-trade en dollars

Toutefois, ceux qui pensent que la hausse relative du dollar par rapport à l’euro et à la livre s’explique par la bonne santé de la monnaie américaine se trompent lourdement. Car la décision du chef de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, de maintenir des taux d’intérêt presque nuls, est motivée par l’état lamentable de l’économie des Etats-Unis. 49 des Etats américains, à la seule exception du Vermont, sont totalement insolvables, le taux de chômage réel n’est pas de 10% (chiffres officiels), mais d’environ 30 %. Les saisies de logements se comptent par millions, les « villes tentes » s’étendent et la colère populaire explose contre un Président qui n’a tenu aucune de ses promesses, et un Congrès qui, aux yeux de la population, l’a trahie.

Les taux d’intérêt sont aussi à l’origine d’un carry-trade massif, c’est-à-dire que les spéculateurs empruntent aux Etats-Unis à des taux presque nuls, puis réinvestissent sur d’autres marchés dans des actifs à plus forte rémunération, par exemple des actions ou obligations de pays émergents ou des matières premières. Au Brésil, par exemple, les obligations d’Etat paient 16 %. D’une part, ce carry-trade se fait sur le dos des populations, et d’autre part, en raison de la hausse relative du dollar de quelque 8 % depuis le début de l’année, les investisseurs ont commencé à liquider leurs positions dans ces obligations, ce qui menace de déclencher une chute sur les marchés de capitaux.

Pour le vice-président de la Banque de Chine, Zhu Min, le carry-trade en dollars représente le plus grand risque pour 2010, comme il l’a souligné à Davos. La combinaison de positions à découvert sur l’euro et de liquidation de positions à la vente de dollars pourrait créer très vite une situation de panique.

L’entêtement de Bernanke à maintenir le taux d’intérêt à près de zéro aux Etats-Unis et l’idée de remettre à plus tard la faillite des Etats de la zone euro au moyen d’euro-obligations ou d’autres instruments similaires, provoqueront de l’hyperinflation, comme en 1923, mais cette fois-ci à l’échelle mondiale. Quant à la dévaluation, ce n’est qu’une autre tentative – la dernière – de faire porter aux citoyens le fardeau de la dette, en pillant l’épargne, la retraite et les revenus du travail. On peut être sûr, là aussi, que les spéculateurs auront sécurisé leurs profits sous forme d’actifs tangibles.

Si, jusqu’à récemment, les eurosceptiques couraient le danger de se faire sacrifier sur l’autel du libéralisme sauvage, il n’est désormais plus possible d’étouffer le débat sur les défauts inhérents du système de l’euro. Même le Frankfurter Allgemeine Zeitung répercutait dans son édition du dimanche 21 février la controverse au sein de sa propre rédaction, sous le titre : « Jeter l’euro à la poubelle ? ». « La Grèce aussi se porterait mieux sans l’euro » , affirme le journal, ajoutant qu’ « aujourd’hui, on constate que l’introduction de l’euro fut une grave erreur. Ce que nul ne voulait croire des critiques est maintenant devenu réalité : une union monétaire sans intégration de la politique (économique) est mal partie. La question essentielle est qu’avec l’introduction de l’euro, on a perdu la possibilité d’amortir des difficultés économiques à l’aide de taux de change fluctuants. »

Entre-temps, la bande de malfrats s’oriente désormais soit vers la création d’un gouvernement économique pour l’Europe (mais pourquoi donc les ministres des Finances ou les chefs de gouvernement seraient-ils soudainement plus sages collectivement qu’individuellement ?), soit vers l’idée de confier au FMI le rôle de gouvernement mondial afin d’imposer une austérité brutale. On se demande si ces dilettantes n’ont vraiment rien appris des erreurs de Brüning.

La seule alternative raisonnable consiste à mettre en œuvre une politique de Glass-Steagall en Europe, et avec autant de pays partenaires que possible dans le reste du monde. Ensuite, il faut mettre du crédit productif public à la disposition de l’industrie et de l’agriculture, afin de développer l’économie physique. Les dettes de jeu sont un problème pour ceux qui les ont contractées, pas pour les contribuables. Un budget viable veut dire empêcher le crime organisé (pensez aux convives de Manhattan) de voler les retraites des personnes âgées.

Que Mme Merkel s’inquiète enfin de l’euro est un signe d’espoir. Mais dans ce cas, elle devrait remercier Jörg Asmussen, notre vice-ministre des Finances, ouvrir un débat sur les buts cachés de l’arnaque du réchauffement climatique et inviter des experts à lui expliquer quel avenir industriel l’Allemagne aura avec l’énergie solaire et les éoliennes. Après tout, elle est bien physicienne, n’est-ce pas ?


Lire aussi : Allemagne : la campagne du Büso pour la réindustrialisation de la Ruhr


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