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Contre-coup d’Etat au Kirghizistan

La rédaction

Selon Lyndon LaRouche, les derniers développements au Kirghizistan reflètent un « contre-coup d’Etat » orchestré par Moscou contre l’appareil du « Projet Démocratie », qui tentait d’opérer une « révolution à la Bush-Cheney » dans ce pays.

Cet appareil, basé aux Etats-Unis, fut pleinement impliqué dans les « révolutions arc-en-ciel » en Géorgie et en Ukraine, qui ont tant préoccupé la Russie, d’autres pays eurasiatiques ainsi que la Chine. Le « Projet Démocratie » comprend, outre la clique néo-conservatrice de l’administration Bush, Zbigniew Brzezinski, Madeleine Albright et George Shultz. Il mobilise l’Open Society Institute de George Soros, l’Eurasia Foundation, l’International Republican Institute (IRI), la Freedom House et le National Democratic Institute for International Affairs (NDI).

Que s’est-il passé au Kirghizistan ? Le 24 mars, le président Askar Akaïev quittait Bichkek suite à la prise du palais présidentiel par des manifestants, qui n’ont rencontré aucune résistance de la part des gardiens de sécurité. Selon un observateur, on a assisté ce jour-là à un « coup d’Etat monté par une faction des services de sécurité ». Akaïev, qui est actuellement à Moscou, a officiellement démissionné le 2 avril.

En plein milieu de ces troubles, l’ancien chef de la sécurité kirghize, le général Félix Koulov, collaborateur de longue date du KGB, fut libéré de prison. La Cour suprême kirghize annula les résultats des élections législatives des 27 février et 13 mars et désigna Koulov et l’ancien Premier ministre Bakaiev pour diriger le nouveau gouvernement par intérim. Le premier restaura l’ordre après les pillages et la violence dirigés, selon de nombreux témoignages, par la mafia de la drogue opérant au sud, dans la vallée de la Fergana. Après le retour au calme, Koulov démissionna de son poste de chef de la sécurité, mais annonça qu’il se présenterait à l’élection présidentielle prévue en juin.

Les personnalités de l’opposition liées au Projet Démocratie furent surprises par ce rapide changement de pouvoir. Selon l’analyse de Lyndon LaRouche, Vladimir Poutine est intervenu discrètement pour déjouer le scénario de coup d’Etat prévu par les entités occidentales - en répondant par un « coup dans le coup ». Après tout, rappela LaRouche, le Président russe est ceinture noire de judo et c’est le genre de réaction asymétrique à laquelle on pouvait s’attendre de la part de Moscou face à des provocations dans « le proche étranger » de la Russie.

Le 29 mars, un article paru dans le grand quotidien indien The Hindu, rédigé par un ancien officier du renseignement, M.K. Bhadrakumar, corroborait certains éléments de l’analyse de LaRouche. « Au Kirghizistan, on s’est écarté du scénario de révolution préparé à Washington et peaufiné en Géorgie et en Ukraine. (...) Les deux principaux protagonistes - les dirigeants à Bichkek et à Moscou - étaient prêts pour la révolution. (...) L’attitude de Moscou envers la révolution imminente a constitué un facteur déterminant. Ce fut un sans faute. Moscou avait naturellement tiré les conclusions de ce qui s’était passé en Ukraine. » Si elle n’avait pas de problèmes avec Akaïev, Moscou a aussi pris soin de ne pas mécontenter l’opposition au Kirghizistan et a même accueilli certains de ses représentants. « Cette incapacité à monopoliser l’opposition kirghize a privé les Etats-Unis d’une condition sine qua non déterminante pour une révolution de "couleur" - c’est-à-dire une opposition unifiée comme en Géorgie et en Ukraine, réunie autour d’un dirigeant unique. » Peu après la nomination de Bakiev comme Président par intérim, Poutine déclara : « Nous connaissons assez bien ces gens et ils ont beaucoup fait pour établir de bonnes relations entre la Russie et le Kirghizistan . »

La déstabilisation du Kirghizistan vise aussi d’autres pays d’Asie centrale

Comme nous l’a confié une source du renseignement russe, Moscou considère que « l’actuelle déstabilisation du Kirghizistan vise plus largement l’Asie centrale et, en particulier, la Chine ». Pour les dirigeants du Kremlin, la « fluidité de la situation » au Kirghizistan est « désagréable, mais gérable ». L’opération, sur place, avait été lancée par des éléments proches du Projet Démocratie, dans l’administration Bush et son entourage. Cette source a mentionné plus spécialement le rôle de Zbgniew Brzezinski, ainsi que de l’« International Crisis Group », dans lequel ce dernier est actif. Toutefois, la manière et le moment de déclencher cette opération ont suscité des frictions visibles dans l’administration Bush, ainsi que dans la communauté militaire et celle du renseignement. En ce sens, elle diffère de la « révolution orange » en Ukraine. Les fantassins de l’opération ont été fournis par les gangs du trafic de drogue de la vallée de la Fergana.

L’objectif stratégique plus large est de créer une zone de déstabilisation - Kirghizistan, Tadjikistan, Kazakhstan - le long de la province chinoise du Sinkiang. Celle-ci compte une importante minorité Uigur musulmane, tout en constituant un lien vital pour les axes de communication chinois - énergie, matières premières, transports - avec l’Asie centrale, la Russie et l’Europe. La déstabilisation de ces trois pays amènerait la Chine à « s’embourber dans des opérations de contre-insurrection et anti-terroristes » le long de la frontière bordant le Sinkiang. Certains estiment même que la Chine se verrait obligée d’agir de manière préventive en Asie centrale pour protéger ses intérêts vitaux de sécurité nationale.

Provoquer une telle réaction était de toute évidence l’objectif de l’opération. Reste à savoir si Pékin réagira de manière « prévisible ». Selon un analyste indien, qui a confirmé ces observations, les émeutiers et les pilleurs des 24 et 25 mars à Bichkek s’en sont pris d’abord à des sociétés chinoises. Le Kirghizistan est une importante zone de transit pour les exportations chinoises à destination d’Asie centrale et Bichkek abrite un vaste complexe d’entrepôts chinois de produits pour l’exportation. Hormis ces intérêts économiques, le Kirghizistan revêt pour la Chine une importance géopolitique avant tout. La Russie, de son côté, exerce une très forte influence sur l’économie kirghize ; elle importe des produits alimentaires, contrôle des mines d’or et emploie de nombreux travailleurs kirghizes qui envoient leurs revenus au pays. Les gouvernements russe et chinois se sont étroitement consultés sur la situation au Kirghizistan et l’ancien Premier ministre russe, Evgueni Primakov, s’est rendu à Pékin début avril.

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