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Crise financière mondiale : les rats quittent le navire

La rédaction

L’un des symptômes du « changement de phase » en cours est la démission soudaine du directeur général du FMI, Horst Koehler. Le 3 mars, à la stupéfaction générale du personnel du Fonds, il a annoncé qu’il quittait immédiatement son poste, sous prétexte de se présenter comme candidat à la présidence allemande, le 23 mai. Ainsi, moins d’une semaine avant la décision fatidique sur la dette extérieure argentine, Koehler s’enfuit littéralement du FMI. En attendant la désignation d’un successeur, Anne Krueger a été nommée directrice par intérim.

Selon une source londonienne, la fuite de Koehler a « fait l’effet d’une bombe. Comment expliquer une telle hâte ? C’est bizarre de le voir quitter l’un des postes les plus puissants au monde pour se présenter à un poste plutôt honorifique, comme celui de président de l’Allemagne. D’habitude, le mandat du directeur général est revu tous les cinq ans. Son départ est sans précédent. »

Le prochain à quitter le navire pourrait bien être le directeur de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan. Selon un bulletin publié par un expert de longue date du Parti républicain, Greenspan pense être remplacé cet été et craint une « nouvelle dépression ». Selon une autre source fiable, le chef de la Fed serait remplacé dans les mois à venir par Martin Feldstein, un néo-libéral de Harvard proche du Parti républicain et du clan Bush.

Un membre du conseil d’administration d’une grande banque européenne nous a confié quelques éléments de cette discussion. Selon lui, dans les hautes sphères financières et politiques, pratiquement tout le monde sait que le système financier actuel est fini. « Bien sûr, ils n’en discutent pas en public, parce qu’ils craignent la réaction des gens. Pour eux, l’argent est tout et s’ils savaient ce qui les attend, ils seraient extrêmement nerveux. Mais je vous assure que, dans les coulisses, la question du krach est beaucoup discutée. (...) Ackermann et Breuer, de la Deutsche Bank, sont paniqués. (...) La Deutsche Bank est surexposée dans les produits dérivés sur crédit . »

Serait-ce pour cela qu’elle cherche à se faire racheter par un grand concurrent américain, britannique ou suisse ? Début février, Ackermann, PDG de la banque, a reconnu qu’il y avait de sérieuses discussions sur une éventuelle acquisition par Citigroup. Puis, le 4 mars, alors que la rumeur courait d’une offre de reprise par Citigroup et Morgan Stanley dans les jours à venir, l’action de la banque a remonté.

Ces trois dernières années, la capitalisation boursière des grandes banques commerciales allemandes s’est fortement réduite par rapport à celle de leurs concurrents mondiaux. Plusieurs banques américaines, ainsi que la HSBC britannique et la Royal Bank of Scotland, disposent d’une capitalisation boursière suffisante, du moins en théorie, pour s’emparer de tout le secteur bancaire privé outre-Rhin. On laisse donc entendre aux hommes politiques et aux banquiers allemands qu’ils n’ont que deux possibilités : soit ils privatisent toutes les banques publiques, soit l’ensemble des banques commerciales tombera sous la coupe de banques étrangères.

Gordon Brown, candidat au poste de directeur général du FMI

Parmi les possibles successeurs de Horst Koehler à la tête du FMI, on parle du chancelier britannique de l’Echiquier, Gordon Brown. Selon des « sources du FMI » citées dans le Guardian du 5 mars, « le chancelier représente déjà une puissante force au sein du Fonds, en sa qualité de président du principal organisme de prise de décision, le comité monétaire et financier international, et son nom était le plus éminent de ceux que l’on citait à Washington hier soir. » Le Guardian écrit que ce poste permettrait à Brown « de poursuivre son ambition de lutter contre la pauvreté globale en fournissant aux pays les plus pauvres du monde de meilleures conditions d’aide et d’effacement de la dette. (...) Des sources proches du chancelier disent que M. Brown s’est toujours attaché à poursuivre la justice sociale à l’échelle globale et que le Fonds a joué un rôle vital pour atteindre les objectifs de lutte contre la pauvreté établis par les Nations unies et approuvés internationalement. »

Il faut se méfier de cette version des choses. Comme nous l’avons écrit, le « new deal global » ou le « fonds Marshall global » que Brown promeut sont des mécanismes destinés à préserver le système financier en banqueroute et à convaincre les pays en voie de développement d’accepter « les règles du jeu ». Ses idées, dans cette optique, sont tout à fait opposées au « Nouveau Bretton Woods » proposé par Lyndon LaRouche.

Nous venons d’ailleurs d’apprendre que les propositions de Gordon Brown sur ce sujet sont étroitement coordonnées avec celles de Felix Rohatyn, un baron de l’« aile bancaire » du Parti démocrate américain qui prône une approche schachtienne à la crise économique globale. Selon une source de Londres, lorsqu’il est aux Etats-Unis, Gordon Brown fréquente Rohatyn et d’autres piliers de Wall Street. Il partage avec Rohatyn l’adhésion à l’orthodoxie néo-libérale, l’opposition aux contrôles de capitaux et au protectionnisme, et le soutien à la libéralisation des échanges. Les liens de Brown aux Etats-Unis passent par Harvard et Wall Street.

Concernant la synchronisation de leurs propositions, la chronologie suivante est éloquente :

  • Le 21 août 2001, dans un article du Financial Times de Londres, Rohatyn appelait à sa propre version de « nouveau Bretton Woods », proposition aussitôt critiquée par LaRouche dans une déclaration largement diffusée.
  • En novembre 2001, c’est dans les locaux de la Réserve fédérale de New York que Brown choisit de lancer sa proposition de « new deal global ».
  • Trois mois plus tard, en février 2002, le Trésor britannique publiait un document détaillé intitulé « Un new deal global : un plan Marshall pour le monde en développement ».
  • Au cours du même mois, Rohatyn mit en avant sa proposition de « nouveau Bretton Woods » lors de deux réunions à Washington, prenant soin, chaque fois, de saluer Gordon Brown et ses idées de new deal et de plan Marshall.

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