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Dans les sables mouvants afghans

La rédaction

Cinq mois après le début des opérations militaires américaines en Afghanistan, il est évident que cette guerre ne se déroule pas selon les plans. Comme nous l’avions prévu en octobre dernier, la guerre en Afghanistan traîne en longueur et les pertes américaines commencent à faire mal.

Rien ne l’illustre mieux que l’incident qui s’est produit le 4 mars, pendant le briefing quotidien de la presse au Pentagone. La veille, neuf soldats américains avaient été tués et le général Tommy Franks, qui commande les opérations militaires américaines en Afghanistan, avait commencé son briefing en disant : « D’abord, permettez-moi de dire que nos pensées et prières vont vers les familles et les amis des membres du service qui ont perdu la vie dans nos opérations actuelles au Vietnam ». Le lapsus du général Franks montre la peur sous-jacente des dirigeants américains qu’au lieu d’un « blitzkrieg victorieux », les Etats-Unis soient confrontés à une guerre irrégulière durable et « sale ».

Il apparaît désormais que la « victoire » proclamée à Tora Bora, en décembre dernier, où l’on prétendit avoir écrasé les « dernières poches » de combattants talibans et d’Al-Qaida, n’a pas existé. Comme durant la conquête d’importantes villes afghanes, en novembre, la plupart des combattants talibans et d’al-Qaida sont partis et se sont « infiltrés » dans la campagne pashtoune. Il devient aussi évident maintenant que les Etats-Unis ne peuvent pas compter sur leurs « troupes auxilliaires » locales, car elles laissent s’échapper de nombreux combattants talibans et d’Al-Qaida, principalement des Pashtounes comme eux.

Ainsi, l’un des piliers de la « nouvelle doctrine militaire » du Pentagone s’est effondré. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avait prétendu que la guerre d’Afghanistan était la première démonstration réussie de la « révolution dans les affaires militaires ». Des détecteurs aériens et aéroportés devaient fournir un renseignement total et en temps réel sur le champ de bataille, de sorte que, sans délai, l’ennemi soit exposé à une attaque aérienne dévastatrice. Les derniers îlots de résistance pourraient alors être éliminés par les forces auxilliaires locales, prétendait-il. Le rôle de ces auxiliaires locaux, consistant à faire le « boulot sale et sanglant » sur le terrain, est très important pour la nouvelle doctrine militaire américaine parce que ses auteurs croient ainsi pouvoir éviter les pertes américaines.

Cependant, lorsque l’opération en cours a été lancée, fin février, à Shah-i-Kot, dans l’est de l’Afghanistan, un nombre significatif de troupes terrestres américaines a dû être déployé. D’où la probabilité d’un accroissement des pertes américaines - ce qui s’est rapidement réalisé, lorsqu’un hélicoptère MH-47 a été abattu le 3 mars.

Plus les opérations militaires américaines traînent, plus le danger s’accroît que les Américains et leurs alliés soient considérés comme des « occupants étrangers ». Au printemps, la guérilla contre les Américains et leurs alliés s’intensifiera probablement. Les forces américaines devront faire face à une bagarre entre combattants talibans et d’Al-Qaida, entre chefs tribaux qui, pour une raison ou une autre, sympathisent ou s’allient avec eux, et à des conflits armés entre « seigneurs de la guerre ». La frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, où des Pashtouns se sont installés de part et d’autre, est très perméable aux approvisionnements en matériel de guerre et en troupes. Et la situation au Pakistan est tout sauf stable.

Les tensions au sein de l’« Alliance du nord », dominée par les Tadjiks et les Ouzbèques, et entre cex derniers et la majorité pashtoune de la population et ses dirigeants tribaux, s’accroissent plutôt qu’elles ne s’estompent, comme on peut le voir dans les marchandages sur la mise en place d’une « armée nationale » sous le gouvernement transitoire de Hamid Karzai. Le retour du vieux roi de 87 ans, Zahir Shah, prévu pour la fin mars, n’y changera rien. De plus -comme on pouvait s’y attendre - il y a un immense gouffre entre ce qui a été promis haut et fort par la « communauté internationale » comme « aide à la reconstruction » et ce qui est vraiment arrivé en Afghanistan.

Le fait est que les puissances étrangères ne pourront pas résoudre les problèmes de l’Afghanistan par des moyens militaires - comme les Britanniques et les Russes l’ont appris à leurs dépens.

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La part allouée à S&P sur les 70 millions d’aide de l’Etat aux partis politiques.

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