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Dick Cheney sera-t-il le prochain inculpé ?

La rédaction

Il semble que le procureur spécial Patrick Fitzgerald prépare de nouvelles mises en examen dans le cadre de son enquête sur la révélation de l’identité de Valerie Plame, un agent secret de la CIA et épouse de l’ancien ambassadeur Joe Wilson. Après l’inculpation en octobre dernier de Lewis Libby, à l’époque chef de cabinet du vice-Président, tout le monde se demande si Cheney est le prochain sur la liste.

En effet, à en croire le journaliste d’investigation Murray Waas (dans le National Journal du 9 février), Lewis Libby a affirmé devant le grand jury que ses « supérieurs » à la Maison Blanche l’avaient « autorisé » à divulguer des informations confidentielles à la presse. Au cours de différentes interviews, Maas a précisé que, selon une de ses sources à la Maison Blanche, c’est Cheney en personne qui avait donné à Libby cette « autorisation ».

Par ailleurs, dans Truthout du 9 février, le journaliste Jason Leopold confirme et amplifie les informations publiées il y a deux ans par Jeffrey Steinberg dans l’EIR, révélant que la décision de lancer une campagne contre Joe Wilson, qui avait démasqué la fraude de l’uranium nigérien, avait été prise lors d’une réunion dans le bureau de Cheney en mars 2003, soit trois à quatre mois avant que le chroniqueur Robert Novak ne révèle l’identité de Mme Plame-Wilson. Le 8 mars, sur CNN, Wilson avait tourné en dérision les affirmations du gouvernement sur la prétendue tentative de Saddam Hussein de se procurer du yellowcake au Niger.

Participaient à cette réunion Libby, Steven Hadley, Karl Rove et John Hannah, entre autres. Selon un ancien responsable de la CIA qui était présent, « le vice-Président était obsédé par Wilson », le traitant de tous les noms. « Il s’était senti personnellement visé par ses remarques. Il voulait que nous fassions notre possible pour ternir la réputation de Wilson et voulait être tenu au courant des progrès en ce sens. »

Quelques semaines après le lancement de la guerre d’Irak, écrit Leopold, Wilson assista à une conférence du Senate Democratic Policy Committee à Washington, où il s’entretint avec Nick Kristoff, du New York Times, qui reprit dans un de ses articles les renseignements fournis par Wilson. Il n’en fallait pas plus pour déclencher une opération de grande envergure contre l’ancien ambassadeur, marquée par une visite de Cheney en personne au QG de la CIA afin de se renseigner sur Wilson. « Cheney et Libby ont clairement fait savoir que Wilson devait être discrédité », précisa le responsable de la CIA cité par Leopold. « Il ne s’agissait pas seulement de préserver la crédibilité de la Maison Blanche. Pour le vice-Président, c’était une affaire purement personnelle. » Ce témoignage contredit les propos tenus par Cheney lors d’une émission sur CNN le 14 septembre 2003, où il déclara : « Je ne connais pas Joe Wilson. (...) Je ne sais pas qui l’a envoyé [en mission au Niger]. »

En février 2004, dans l’hebdomadaire New Federalist, Jeffrey Steinberg évoquait pour la première fois la réunion de mars 2003 dans le bureau de Cheney : « Juste après le témoignage d’El Baradei à l’ONU, Joseph Wilson apparut à CNN et rappela à l’administration Bush qu’un examen sérieux de ses fichiers montrerait qu’elle en savait long sur l’escroquerie de l’uranium nigérien. Selon plusieurs sources, une réunion eut lieu dans le bureau de Cheney immédiatement après cette interview à CNN, et c’est là que l’opération anti-Wilson fut lancée. Telle est l’origine des fuites sur Valerie Plame, selon ces sources. »

Cette information a été reprise dans les numéros du 5 novembre 2004 et du 15 juillet 2005 de l’EIR.

Cheney à nouveau sous les projecteurs

Selon l’article de Murray Waas paru dans le National Journal du 9 février, Lewis Libby a déclaré devant le grand jury fédéral que Cheney et d’autres responsables de l’administration Bush l’avaient encouragé et autorisé à révéler des informations classées secrètes à l’été 2003. Sa stratégie de défense, au cours de son procès au pénal, devrait s’appuyer sur cet argument. Waas cite un ancien procureur, professeur de droit à Fordham, qui estime que Libby n’aurait pas évoqué une telle autorisation si elle n’avait pas existé, car il suffirait alors au vice-Président de démentir. Interrogés par Waas, les porte-parole de Libby et de Cheney se sont tous deux refusé à faire le moindre commentaire.

Waas fait remarquer que le témoignage de Libby vient s’ajouter à toute une série d’autres éléments « montrant le rôle central et personnel joué par Cheney » dans les efforts pour discréditer Wilson et d’autres détracteurs de la politique gouvernementale. En outre, son témoignage amène à s’interroger sur ses propres motifs : pourquoi Libby a-t-il d’abord nié son propre rôle dans l’affaire s’il avait été effectivement autorisé par Cheney à réfuter les accusations de Joe Wilson ?

Selon l’acte d’inculpation de Libby, ce dernier a été mis au courant des véritables activités de Mme Plame à la CIA par au moins quatre responsables du gouvernement, dont Cheney, et par le biais de divers documents classifiés. L’acte en accusation précise que « vers le 12 juin 2003, Libby a été avisé par le vice-Président des Etats-Unis que la femme de Wilson travaillait à l’Agence centrale de renseignements dans la Division contre-prolifération ». Libby dit que Cheney lui en avait parlé de manière informelle.

La défense de Libby consisterait donc à dire que Cheney et d’autres responsables du gouvernement ont autorisé des activités en rapport avec les accusations en question, sans toutefois l’avoir incité à commettre une faute spécifique. Comme le fait remarquer Waas, cette stratégie de défense rappelle celle adoptée par le colonel Oliver North dans l’affaire Iran-Contra. L’un des avocats de North, John Cline, a d’ailleurs été engagé par Libby.

En réponse à cet article, repris par les médias nationaux et internationaux, le sénateur Ted Kennedy a rendu publique la déclaration suivante : « Ces accusations, si elles sont avérées, représentent un nouveau coup dans une affaire déjà sordide où l’on voit des intérêts partisans placés au-dessus de la sécurité nationale. Le caractère vindicatif du vice-Président, dans sa défense de la guerre mal avisée contre l’Irak, est évident. S’il a utilisé des informations classifiées pour la défendre, il devrait être prêt à en assumer toute la responsabilité. Le président Bush a clairement dit qu’il "nettoierait la maison" de tous ceux qui seraient impliqués dans l’affaire Plame.

« Le peuple américain a également le droit de savoir si le Président était au courant que des informations classifiées servaient à cette fin et s’il en a donné lui-même l’autorisation. En outre, il est en droit de recevoir l’assurance que l’affaire ne sera pas étouffée par le gouvernement lorsque les décisions seront prises quant à la déclassification des documents nécessaires pour le procès. »

De son côté, le député démocrate John Conyers, membre de la commission Judiciaire de la Chambre, a formellement demandé à George W. Bush et à Dick Cheney si ce dernier avait autorisé Libby à révéler des informations secrètes à des journalistes, comme le rapporte Murray Waas. « Si c’est vrai, je crains qu’il s’agisse au mieux d’un abus de pouvoir, au pire d’une violation flagrante de la loi. » Conyers rappelle aussi qu’en septembre 2003, Bush s’était engagé à « prendre des mesures conséquentes » contre toute personne de la Maison Blanche coupable d’avoir révélé des informations classifiées. « Etes-vous toujours tenu par cette promesse du Président, et si oui, quelle mesure comptez-vous prendre ? »

La semaine dernière, six nouveaux députés démocrates ont rejoint les 16 premiers signataires de la résolution de Conyers, en vue de créer une commission d’enquête chargée de déterminer si les actions de l’administration Bush, avant et après l’invasion de l’Irak, ont enfreint les clauses constitutionnelles et constituent ainsi un motif de destitution.

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