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Discours de Bush sur l’état de l’Union : démanteler le système de retraites

La rédaction

Le thème central du discours sur l’état de l’Union prononcé par le président Bush le 2 février était la « réforme » du système des retraites. Comme d’habitude, il a prétendu que le régime public actuel se dirigeait tout droit vers l’insolvabilité. Si les salariés arrivant à la retraite dans les dix ans à venir ne seront pas pénalisés par cette faillite, affirma-t-il, les jeunes travailleurs, eux, pourraient l’être. « Les problèmes s’aggraveront avec le temps (...) et d’ici l’an 2042, tout le système sera épuisé et en faillite. » Aussi, faute d’imposer une réforme dès maintenant, « les seules solutions seront une hausse drastique des impôts, de nouveaux emprunts à grande échelle ou des coupes soudaines et sévères dans les pensions-retraite ».

Bush présenta ensuite, en termes toutefois vagues, sa notion de « réforme » basée sur des comptes de retraite privés : « Votre argent fructifiera avec le temps, à un rythme plus rapide que tout ce que le système actuel peut offrir », en étant investi dans « une combinaison de fonds obligataires et boursiers. Nous ferons en sorte que vos revenus ne soient pas dévorés par des commissions occultes de Wall Street. Nous ferons en sorte qu’il existe de bonnes options de protection de vos investissements contre des fluctuations soudaines du marché . »

Une protestation sans précédent

Quand Bush affirma que la caisse de retraites publique (Trust Fund) serait en faillite en 2042, on entendit dans les rangs démocrates un choeur de « non », suivi de huées. Il fallut bien quelques minutes aux républicains avant qu’ils ne se mettent à applaudir. Bien que les commentaires des médias aient généralement passé sous silence cet incident inattendu, il est remarquable que les républicains aient mis si longtemps à réagir. Entre-temps, le Président continua mécaniquement à lire son discours. Une telle protestation à l’occasion du discours sur l’état de l’Union est sans précédent dans l’histoire américaine.

Pour Lyndon LaRouche, le ton du discours de Bush confirme que c’est bien George Shultz qui est le « mauvais génie » soufflant à Cheney et à Bush ce qu’il faut dire et faire. Et Shultz, on le sait, est le porte-parole du courant de l’establishment financier qui exige la privatisation immédiate du régime public des retraites, pour que les fonds en question viennent renflouer les marchés et compenser le tarissement des capitaux étrangers.

Etant donné la vulnérabilité de Bush et Cheney sur ce point, ainsi que la combativité dont font preuve les démocrates, « la bataille sera rude », estime LaRouche. Le stratège de la Maison-Blanche, Karl Rove, sait que si Bush et Cheney sont battus sur la privatisation, ils auront les ailes coupées et perdront tout contrôle sur les parlementaires républicains ainsi que sur le Parti. En fait, pour assurer leur défaite, dit LaRouche, il faut situer la bataille dans le contexte stratégique d’une politique de nouveau Bretton Woods, comme alternative à la désintégration monétaire et financière internationale actuelle. Il a souligné le contraste extraordinaire entre la démoralisation rampante qui régnait au sein du Parti démocrate au moment où, le 6 décembre dernier, il avait appelé à une mobilisation totale contre la privatisation du système de retraites, et la situation politique actuelle. Beaucoup a été accompli au cours des deux derniers mois, mais il faut intensifier le combat pour remporter la guerre. Dans cette optique, il est urgent de « mettre dès à présent George Shultz à la retraite », insista LaRouche.

Au lendemain du discours de Bush, Harry Reid, le président du groupe démocrate au Sénat, trois autres sénateurs démocrates et le sénateur indépendant Jim Jeffords se rendirent au mémorial Franklin Roosevelt à Washington pour une conférence de presse. Le sénateur Charles Schumer déclara que la réforme de Bush n’était pas « digne du grand homme que ce mémorial représente, l’architecte du plus grand programme américain du XXème siècle ». Jeffords fit remarquer que cette semaine allait marquer le 65ème anniversaire du premier chèque émis par le système de Social Security. Il y a 65 ans, « Hitler et Staline étaient à califourchon sur la Pologne, et la chute de la France devait intervenir quelques mois plus tard. La Dépression avait dix ans et le chômage atteignait encore presque 15%. Si Franklin Roosevelt a pu lancer la Social Security dans un tel contexte, il n’y a aucune raison d’y renoncer aujourd’hui », dit-il.

Reid accusa Bush de tromper le peuple américain sur cette réforme. Si les démocrates sont prêts à travailler avec l’administration Bush pour « renforcer le système de retraites », dit-il, la réduction des pensions et l’augmentation de la dette fédérale de plusieurs billions de dollars, qui résulterait de l’instauration de « comptes privés », sont des lignes blanches que les démocrates se refusent à franchir. Bush doit « abandonner ses plans d’importantes réductions des pensions et d’accroissement massif de la dette ». A cet effet, Reid a publié une lettre ouverte à Bush, signée par 44 sénateurs - 43 démocrates (sur 44) et Jeffords.

Dès le 1er janvier, Reid avait catégoriquement déclaré : « Le président Bush devrait oublier la privatisation de la Social Security. ça n’arrivera pas . »

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