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Hedge funds : l’Espagne, cheval de Troie de la City ?

La rédaction

17 mars 2010 (Nouvelle Solidarité) – Face à l’opposition de la City de Londres et de Wall Street, la présidence espagnole de l’UE a retiré in extremis, lors de la réunion des ministres des finances hier à Bruxelles, son projet visant à encadrer l’activité des hedge funds et autres fonds de private equity. Tout en disposant d’une majorité écrasante (26 des 27 !) contre Londres, la présidence espagnole de l’UE, au lieu de passer en force, a renoncé à mettre le texte au vote.

Alors que Gordon Brown avait affirmé vendredi avoir trouvé un terrain d’entente avec Nicolas Sarkozy, en visite à Londres, pour « aller de l’avant », Brown a pris son téléphone lundi pour sommer Zapatero d’opérer une volte-face. Sous prétexte que retarder le vote sur la régulation pourrait lui permettre de sauver sa réélection, Brown a obtenu de son « camarade » socialiste ce qui convient le plus à la City : protéger la liberté du renard dans le poulailler !

Au centre de la dispute, le fameux « passeport européen » pour spéculateur chevronné proposé le 29 avril 2009 par le commissaire européen en charge du marché intérieur et des services de l’époque, l’ultra libre-échangiste britannique Charlie McCreevy. Menacés de régulation, les Britanniques s’étaient emparé du sujet pour proposer une régulation à laquelle eux-mêmes échapperont.

Car, une fois en possession du précieux passeport, les hedge funds basés dans les paradis fiscaux britanniques, en particulier aux Iles Caïmans où sont domiciliés quelques 8000 des 10000 fonds spéculatifs pilotés à partir de Londres et de Wall Street, obtiendront carte blanche pour opérer dans l’ensemble de la zone euro. Car Londres souhaite que soit mis en œuvre un système d’équivalence avec « des pays tiers », notamment les Etats-Unis, permettant à des fonds déjà autorisés dans ces pays de ne pas avoir à se plier à l’ensemble des règles d’enregistrement et de transparence imposées aux fonds européens pour opérer dans l’UE.

Le texte à laquelle la City vient d’échapper, grâce a son cheval de Troie espagnol, proposait que le « passeport européen » soit réservé aux fonds communautaires, obligeant les fonds des pays tiers à solliciter une autorisation dans chaque pays de l’UE où ils souhaitent exercer leur activité.

La décision surprenante de l’Espagne s’explique sans aucun doute par le poids de Banco Santander, la banque d’Emilio Botin, depuis longtemps un partenaire stratégique de la Couronne britannique et la Royal Bank of Scotland (RBS). Par ailleurs, tout le monde sait qu’après la Grèce, l’Espagne, dont le poids économique est plus de trois fois plus important que celui de la Grèce, est le prochain maillon faible d’une zone euro en faillite. En restant conservateur, on estime que les actifs toxiques des banques espagnoles sont toujours surévalués de 20 à 30%.

Le danger d’une dépréciation des valeurs espagnoles est tel que la ministre des Finances espagnole, Mme Elena Salgado, qui présidait l’Ecofin à Bruxelles, s’était rendue à Londres fin février, au siège du Financial Times, pour prier les rédacteurs de ne plus faire d’allusions aux valeurs espagnoles !

Cependant, l’Allemagne et la France, sans vouloir brusquer les Britanniques, restent convaincues du besoin d’une plus grande régulation. Le nouveau commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier, en est convaincu. D’après la presse irlandaise, Barnier a affirmé qu’il ne prend d’ordres, ni de Paris, ni de Londres, ni de Washington. Dans une lettre adressée à Barnier, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner vient d’indiquer que Washington trouve la proposition européenne « discriminatoire » à l’encontre des hedge funds américains. Pourtant, estime Barnier, le potentiel d’un risque systémique, demeure tout à fait réel, si aucune régulation ne se fait jour.

En visite en Irlande, le chancelier à l’Echiquier Alistair Darling a jubilé. Selon lui, la nouvelle directive aurait « portée des graves dommages à la City où sont domiciliés 80% des hedge funds ».

Pour Solidarité & Progrès, il est illusoire de vouloir « réguler » un vice qu’on pourrait facilement éradiquer par une procédure de mise en faillite ordonnée de l’ensemble du système financier mondial, selon les critères de la fameuse loi Glass Steagall signé en 1933 par le président américain Franklin Roosevelt.

Espérons que la défaite d’hier puisse inspirer en Europe une opposition plus vigoureuse demain. Après tout, le monde a connu des périodes de croissance et de développement fantastiques, avant même l’existence des hedge funds ou des CDS.


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  • petite souris • 18/03/2010 - 11:30

    ........et je pensai qu’ "une majorité écrasante (26 des 27 )" était simplement l’expression de la démocratie !!!!!

    Répondre à ce message

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