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Israël est-il prêt pour un Madrid II ?

La rédaction

Nous faisions état la semaine dernière du soutien de Lyndon LaRouche à l’appel lancé par Yossi Beilin le 13 août en faveur d’une conférence de paix au Moyen-Orient, « Madrid II ». Lors d’une cérémonie publique le 15 août, le ministre de la Défense israélien Amir Peretz appelait à son tour à des négociations de paix avec la Syrie, les Palestiniens et le Liban. Quelques heures après l’instauration du cessez-le-feu au Liban, Peretz a déclaré que « toutes les guerres créent des opportunités pour un processus diplomatique élargi ». « Il est maintenant nécessaire de tenir des négociations avec le Liban et de jeter les bases pour des négociations avec la Syrie (...) Il est nécessaire de reprendre les négociations avec les Palestiniens. »

Peretz, qui est également président du Parti travailliste, est le seul membre du gouvernement israélien à avoir appelé à rouvrir des négociations de paix, en particulier avec la Syrie. Depuis lors, il a subi les critiques du Premier ministre Ehud Olmert et de ses ennemis au sein de son propre parti. Selon le correspondant de Ha’aretz Akiva Elder, l’appel de Peretz pour des négociations avec la Syrie était organisé avec le ministre des Affaires étrangères espagnol Miguel Moratinos, qui a personnellement remis la proposition de Peretz au président syrien Bashar al-Assad, avant même le cessez-le-feu. Moratinos est l’ancien représentant de l’Union européenne au Moyen-Orient et un fervent partisan d’un processus de paix au Moyen-Orient.

Le 18 août, David Kimche, ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien, a appelé à une conférence « Madrid II ». Il écrit dans le Jerusalem Post : « Comme l’a observé un des principaux politiciens sunnites, “la seule façon de prévenir un cauchemard est d’enclencher un processus de paix compréhensif“. Un politicien libanais perspicace avec qui j’ai discuté ces derniers jours est convaincu que les Libanais et les Syriens réagiront favorablement à l’idée d’une conférence de paix « Madrid II » soutenue par les États-Unis, l’Europe et la Russie. Les Syriens ne demandent qu’à sortir de leur isolement international et à consolider leur économie hésitante. Une telle conférence de paix est à notre portée. Elle nécessitera une initiative américaine et un soutien international. Pour “Madrid I“, James Baker frappa tant et si bien les têtes des dirigeants de la région les unes contre les autres que Hafez al-Assad et Yitzhak Shamir, qui ne voulaient pas de cette conférence, se rendirent à Madrid. Est-ce que les Américains peuvent encore le faire ? Je souhaite que ce soit plus facile cette fois-ci. Cela pourrait constituer un véritable coup pour la politique américaine au Moyen-Orient. Cela pourrait sauver la vie du Liban. Et pour nous, et c’est ce qui nous intéresse le plus, cela pourrait annoncer une nouvelle ère dans l’histoire mouvementée que nous entretenons avec nos voisins. C’est ce que nous devrions faire, et faire de notre mieux pour persuader les Américains et les autres qu’un “Madrid II“ pourrait être la meilleure suite à cette horrible guerre dans le nord. »

Le ministre des Affaires étrangères Tzipi Livini a nommé Yaakov Dayan, un haut fonctionnaire de son cabinet, comme « directeur spécial de projet » pour de possibles négociations avec la Syrie. Dayan a rencontré Iramar Rabinovich qui a dirigé l’équipe israélienne de négociation avec la Syrie sous le Premier ministre Yitzhak Rabin, ainsi que le général à la retraite Uri Sagi, qui a occupé le même poste sous le Premier ministre Ehud Barak. Sagi critiqua ouvertement la guerre au Liban, appelant à une réouverture des pourparlers avec la Syrie.

Dans le Ha’aretz du 18 août, Uri Savir, un des architectes des Accords d’Oslo et nouveau dirigeant du « Peres Peace Center », appelait Israël à ouvrir des négociations de paix avec les Palestiniens et la Syrie. « La conclusion que nous devons en tirer est qu’une véritable dissuasion ne se fera pas en préparant la prochaine guerre, mais en élargissant le cercle de la paix. »

Une importante source politique israélienne a confié à l’EIR que le point d’interrogation restait, comme toujours, l’administration Bush qui continue de voir la Syrie comme un membre de « l’axe du mal ». Cette même source a salué les gestes de James Baker III et de Brent Scowcroft pour convaincre l’administration Bush de changer sa position sur la Syrie, (non pas pour l’impliquer dans une coalition anti-iranienne, mais pour aider les États-Unis à sortir du bourbier irakien.

Toile de fond de « Madrid II »

La conférence de Madrid sur le Moyen-Orient s’était déroulée le 30 octobre 1991, à l ’issue de négociations diplomatiques menées par le secrétaire d’Etat américain James Baker III, juste après la guerre d’Irak de 1991 (« Tempête du Désert »). Cette conférence était soutenue à la fois par l’Union soviétique et les Etats-Unis, avec la conviction qu’« une opportunité historique existe pour faire avancer les perspectives de paix dans la région ». Les deux superpuissances avaient promis leur assistance au processus de négociations directes « sur deux perspectives : entre Israël et les Etats arabes, et entre Israël et les Palestiniens, en se basant sur les Résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies. L’objectif de ce processus est la paix durable ».

Le but de ces trois jours de conférence, auxquels participaient Israël, la Syrie, le Liban, la Jordanie et les Palestiniens, ces derniers faisant partie de la délégation jordanienne, était d’établir la paix entre Israël et les trois Etats arabes, d’une part, et d’autre part, de négocier un processus en deux étapes entre Israël et les Palestiniens : à la création d’un gouvernement provisoire succéderait un « statut final » - un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Les discussions commencées à Madrid ont pavé la voie pour les accords d’Oslo du 9 septembre 1993 entre les Palestiniens et Israël, et également pour le traité de Paix du 26 octobre 1994 entre la Jordanie et Israël.

Si une conférence de Madrid II est mise en place, elle doit aller au-delà de l’approche du « territoire pour la paix » adoptée à la conférence de 1991, en faisant revivre l’esprit du traité de Westphalie de 1648. Ce traité de paix, après presque 150 ans de guerres de religion, était basé sur le principe de « l’avantage d’autrui » et sur le pardon et l’oubli des atrocités qui avaient été commises d’un côté comme de l’autre. Pour servir l’avantage ou l’intérêt de l’autre, il faut poser les fondations d’une économie florissante, pour toutes les nations souveraines de la région du Moyen-Orient, y compris un Etat palestinien. Cela signifie que Madrid II doit prendre en compte une perspective de paix régionale basée sur de vastes projets d’infrastructure pour l’eau, l’énergie et les transports. Une telle approche a été élaborée par Lyndon LaRouche, dans son Plan Oasis et sa Doctrine LaRouche pour l’Asie du Sud-Ouest de 2004.

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