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Japon : avertissements retentissants sur le danger de krach

La rédaction

Deux articles récemment parus dans la presse japonaise reflètent la nervosité suscitée par le rôle que le « carry trade » en yens et d’autres formes de mondialisation, comme les fonds d’investissement spéculatifs

Deux articles récemment parus dans la presse japonaise reflètent la nervosité suscitée par le rôle que le « carry trade » en yens et d’autres formes de mondialisation, comme les fonds d’investissement spéculatifs (hedge funds), risquent de jouer dans l’explosion du système financier mondial.

Selon un éditorial du Asahi Shimbun du 22 mai, la débâcle d’un seul grand hedge fund pourrait suffire à provoquer une crise internationale. Le quotidien note le bien fondé de certains arguments en faveur d’une surveillance plus stricte de ces fonds, d’autant plus que « de nombreux portefeuilles d’investissement et caisses de retraite placent leur argent dans ces hedge funds. Cela veut dire que ces derniers ne se limitent plus à l’univers obscur des spéculateurs de haut vol, (...) et concernent les citoyens ordinaires. Nous voulons en savoir plus sur leur fonctionnement. » Quels investissements font-ils, sur quels marchés, avec les 1500 milliards de dollars qu’ils gèrent ? Combien empruntent-ils auprès d’institutions financières ? Quelle est la part des emprunts du carry-trade en yens qui revient aux hedge funds ?

« Si les liens entre les hedge funds et les institutions financières sont tels que les risques assumés par les fonds représentent une menace sérieuse pour la santé de ces institutions, alors les régulateurs financiers des principaux pays devraient appeler ces institutions à faire en sorte que leurs relations avec les fonds spéculatifs reposent sur une base saine. Si le carry trade en yens génère des liquidités excessives à l’échelle mondiale, augmentant par là les risques sur les marchés financiers, les autorités fiscales japonaises doivent envisager des réponses politiques au problème », écrit Asahi Shimbun.

L’éditorial note que la discussion sur la régulation des hedge funds doit se poursuivre dans le contexte du sommet du G-8 à Heiligendamm, en Allemagne, du 6 au 8 juin. « Il est essentiel que les nations se concertent pour s’attaquer aux défis que leur posent ces fonds d’investissement spéculatifs de façon à protéger la santé des marchés les plus importants. »

Puis le 23 mai, dans un éditorial du Japan Times, Thomas Palley, du U.S.-China Economic and Security Review Commission, appelait le gouvernement nippon à arrêter le « dangereux » carry trade en yens avant qu’il ne provoque une « contagion globale ». (Le carry trade, ou opérations de portage, consiste à emprunter des yens à des taux d’intérêt très faibles pour les réinvestir dans des placements qui rapportent plus.) Pour lui, c’est ce carry trade, et non la valeur du yuan chinois, qui provoque de graves déséquilibres commerciaux avec les Etats-Unis, ainsi qu’une « inflation du prix des avoirs au niveau mondial ». Palley estime que ces opérations de portage ont obligé d’autres pays asiatiques à sous-évaluer leur devise, aux dépens de l’emploi et de la croissance dans le monde.

Alors que l’éditorial d’Asahi Shinbun cité ci-dessus considère que le danger provient surtout des hedge funds non régulés qui dominent actuellement le carry trade, Palley met en cause la politique de faibles taux d’intérêt de la Banque du Japon et des autorités monétaires. Il est vrai que le carry trade est une gigantesque usine à spéculer, de l’ordre de 700 à 1000 milliards de dollars, où les yens bon marché se voient « portés » vers tous les marchés de capitaux et spéculatifs du monde. Pour Thomas Palley, ces opérations pourraient être à l’origine d’une crise générale car elles créent « une fragilité globale en créant des disparités fondamentales et périlleuses. (...) Une appréciation subite du yen pourrait provoquer des pertes énormes sur les marchés de change. (...) De telles pertes, ou même l’idée de telles pertes, pourraient déclencher une contagion globale. »

Palley donne quelques arguments selon lesquels le rapprochement entre les taux d’intérêt du Japon et ceux des autres pays de l’OCDE - ce qui mettrait fin au carry trade - serait bénéfique pour l’économie et pour la population japonaises.

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