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L’ère post-Cheney commence

La rédaction

Le 28 octobre, Lewis Libby, chef de cabinet du vice-président Cheney, a été inculpé pour cinq chefs d’accusation de « faux témoignage », « parjure » et « obstruction à la justice » dans le cadre de l’affaire Plame. Libby avait systématiquement nié avoir révélé à des journalistes que Valerie Plame était un agent secret de la CIA, ou encore avoir appris son identité par des membres du gouvernement (notamment Cheney et John Bolton), soutenant au contraire que c’était des journalistes qui l’en avaient informé.

L’acte d’inculpation retrace la genèse de l’affaire. En janvier 2003, dans son discours sur l’état de l’Union, le président Bush affirmait que Saddam Hussein avait tenté de se procurer de l’uranium en Afrique. Le 6 mai, un article du New York Times réfutait cette information, précisant qu’un ancien ambassadeur américain avait été envoyé au Niger en 2002 pour vérifier le bien-fondé de la rumeur. Libby sollicita alors auprès d’un sous-secrétaire d’Etat des informations sur le voyage de cet ambassadeur (Joe Wilson). Les 11 et 12 juin, le sous-secrétaire en question lui confia que la femme de Wilson (Valerie Plame) travaillait pour la CIA. Par la suite, des responsables de la CIA et Dick Cheney lui-même lui précisèrent qu’elle appartenait à la division Contre-prolifération de l’Agence.

Le 23 juin, Libby rencontra Judith Miller du New York Times et « l’informa que la femme de Wilson devait travailler dans un bureau de la CIA ». Au lendemain de la publication de l’article de Robert Novak révélant l’identité de Plame, soit le 7 juillet, Libby rencontra le secrétaire de presse de la Maison Blanche Ari Fleischer et lui indiqua que Mme Wilson travaillait pour la CIA. Le 12 juillet, dans un entretien avec Matt Cooper, du magazine Time, il affirma avoir entendu dire que Valerie Plame n’était pas étrangère au choix de son mari pour mener cette mission en Afrique. Le même jour, il eut une nouvelle discussion avec Judith Miller, au cours de laquelle il évoqua les activités de Plame.

Or, lors de ses interrogatoires par le FBI, puis par le grand jury, Libby a dissimulé toutes ses discussions sur le sujet avec Cheney et autres, prétendant au contraire qu’il en avait entendu parler pour la première fois le 10 juillet, lors d’une conversation avec Tim Russert, de la NBC. Il affirma également avoir dit à Matt Cooper que des journalistes faisaient courir le bruit, auprès de certains membres du gouvernement, que Valerie Plame travaillait pour la CIA mais qu’il ne savait pas si c’était vrai. Signalons qu’il a également nié avoir parlé de Plame avec Judith Miller.

Au cours de deux interrogatoires avec des agents du FBI et de deux dépositions devant le grand jury, Libby a maintenu cette version, à quelques détails près. En fait, comme l’indique l’acte d’inculpation, il a eu au moins sept entretiens à propos de Plame avant sa rencontre avec Russert.

Libby est accusé d’entrave à la justice, de deux cas de parjure pour sa déposition sous serment devant le grand jury, ainsi que de deux cas de fausse déclaration pour sa déposition non faite sous serment au FBI. Il encourt une peine maximale de trente ans de prison et une amende de 1,25 million de dollars.

Libby n’est que le premier

Lors de sa conférence de presse annonçant la mise en examen de Lewis Libby, le procureur spécial Patrick Fitzgerald a confirmé que son enquête sur l’affaire Plame allait se poursuivre. Réfutant les arguments selon lesquels le parjure et l’obstruction à la justice seraient « moins graves » que d’autres crimes, il a souligné l’obligation pour les témoins de dire la vérité devant tout grand jury, surtout lorsque l’enquête porte sur des questions de sécurité nationale. Or Libby n’a pas dit la vérité, selon le procureur. En effet, il a déclaré au FBI qu’il était à la fin d’une longue chaîne d’appels téléphoniques, « où des racontars furent transmis d’un journaliste à l’autre ». « Ce n’est pas vrai », réfute Fitzgerald, Libby « était à l’origine de la chaîne d’appels ».

Dans sa conférence de presse, Fitzgerald a passé en revue les principaux éléments de l’affaire. Après avoir affirmé que Russert l’avait mis au courant des activités de Plame, Libby admit dans sa déposition devant le grand jury qu’« il avait reçu du vice-Président, début juin 2003, des informations sur la femme de Wilson, mais qu’il les avait oubliées, si bien que lorsqu’il avait été mis au courant par Russert, (...) c’était comme s’il l’entendait pour la première fois ». En réalité, nota Fitzgerald, Libby « a été le premier responsable à révéler cette information à un journaliste. Par la suite, il a menti à ce propos, sous serment et à plusieurs reprises. »

« Ce n’est pas fini », Fitzgerald a tenu à préciser. Empruntant des analogies au baseball, il a fait comprendre que lorsqu’une personne commet une entrave à la justice, le procureur doit chercher à savoir pourquoi et qui elle veut protéger.

Bien que le mandat du grand jury ayant inculpé Libby arrive à expiration, Fitzgerald déclara qu’il ne mettrait pas fin à l’enquête avant d’être sûr que « nous avons fait notre possible pour prendre des décisions intelligentes sur le moment de clore l’enquête ». Quand on a affaire à une longue enquête, fit-il remarquer, il est normal qu’« un nouveau grand jury soit mis à disposition, le cas échéant ».

Le correspondant de l’EIR, Bill Jones, demanda à Fitzgerald : « Si, au cours du procès public, de nouvelles informations émergent sur d’autres personnes qui ont révélé l’identité de Mme Plame, est-ce que ces informations reviendront vers vous, étant donné que vous êtes en charge de ce dossier ? » Sans vouloir trop spéculer sur ce point, Fitzgerald répondit que tant que l’enquête reste ouverte, toute nouvelle information sera examinée par son équipe.

Le 30 octobre, tous les grands médias, le New York Times en tête, centraient leurs commentaires sur le rôle du vice-président Cheney.

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