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L’incroyable aveu d’Alan Greenspan

La rédaction

Le 13 janvier, un aréopage de quelque 300 personnes comprenant d’importants dirigeants de la finance allemande et européenne, des hommes politiques, plusieurs ministres du gouvernement et de nombreux journalistes de la presse financière internationale se sont réunis au musée historique de Berlin pour écouter le discours du président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan. Le « grand prêtre » de Wall Street et de l’oligarchie financière anglo-américaine a appelé à plus de dérégulation et de globalisation, seuls moyens selon lui, d’empêcher l’éclatement de la bulle de la dette et du déficit commercial américains.

Cependant, ses propos n’ont pas été reçus sans contestation. Se présentant comme conseiller du candidat présidentiel américain Lyndon LaRouche, Jonathan Tennenbaum demanda à Greenspan de prouver « que nous ne sommes pas au milieu de la désintégration de la plus grande bulle financière de l’histoire moderne ». L’encours actuel des produits dérivés représente quatre fois le PIB mondial, dit-il, la gigantesque bulle de l’immobilier aux Etats-Unis est sur le point d’éclater et les grandes institutions financières américaines ont des pratiques plus que douteuses, comme le montre l’affaire Parmalat. Tennenbaum fit ensuite remarquer que si les Etats-Unis sont devenus une grande puissance économique mondiale, c’est surtout grâce aux principes hamiltoniens « totalement opposés à ceux que vous semblez représenter ». En outre, « 80% de la population américaine ne voit aucune trace de la grande prospérité dont vous parlez ». Au contraire, de plus en plus d’Américains réclament un nouveau Franklin Roosevelt pour relancer l’économie. « Lyndon LaRouche s’est engagé à mettre fin au système de banque centrale indépendante aux Etats-Unis. M. Greenspan, vous serez donc le dernier président d’une banque centrale indépendante aux Etats-Unis. Qu’en dites-vous ? »

Greenspan répondit (dans le langage qu’on lui connaît) : « Il est certainement vrai que les produits dérivés se sont accrus de manière conséquente aux Etats-Unis. (...) Ils se sont avérés extraordinaires dans leur capacité à prendre un problème potentiel majeur de la finance - et je donnerai un exemple spécifique - et à désamorcer ce qui aurait pu être une crise financière majeure. » Elaborant sur la méthode permettant de « résoudre » une bulle spéculative en en créant une encore plus grosse, le directeur de la FED déclara : « Entre 1998 et 2000, à l’échelle mondiale et dans toutes les devises, le secteur des télécoms a contracté l’équivalent de 1000 milliards de dollars de dettes, dont une part significative n’a jamais été remboursée. Si nous avions eu le type de système financier du tout début de l’après-guerre, avec les rigidités que vous avez mentionnées - car les banques sont des institutions très exposées - nous aurions eu un très grave effondrement bancaire. En l’occurrence, comme les produits dérivés ont transféré les risques des banques créancières à des institutions ayant acheté moins par effet de levier, comme les compagnies d’assurance, de réassurance, les fonds de pension, etc., aucune institution financière internationale majeure n’a eu de problème. Ils ont été des instruments capitaux pour arrondir les angles du système . »

Ensuite, Greenspan protesta : « Vous affirmez que nous avons une bulle de l’immobilier, encore faut-il en apporter la preuve. A mon avis, elle n’existe pas. (...) Et vous présumez qu’en conséquence de toutes ces questions, nous sommes assis sur une énorme bulle financière qui risque d’éclater d’un instant à l’autre. Vous n’êtes pas le seul à dire ça. (...) Comment pouvons-nous savoir que le système ne va pas s’effondrer ? Eh bien, pour répondre à cette question d’une manière techniquement précise, on peut dire que personne n’a l’omniscience ni ne peut affirmer avec certitude, sans qualification, que vous avez tort. Je dirai simplement que la plupart d’entre nous qui évaluent les chiffres pour tenter de répondre à cette question en sont arrivés avec conviction à la conclusion qu’il est tout à fait improbable que cela arrive. (...) Puis-je en nier la possibilité [d’un effondrement systémique] ? Non, quiconque ayant étudié la philosophie ne pourrait dire cela . »

Suite à cette réponse, un analyste financier européen a déclaré à l’EIR : « Vous avez obligé Greenspan à parler sans détour - quand on connaît son habituel verbiage volontairement confus. Bien sûr, il a nié, mais à travers sa réponse, il a admis que les termes dans lesquels LaRouche parle de la crise financière systémique correspondent à la réalité et qu’ils sont, en vérité, discutés à haut niveau en coulisses . »

Greenspan met en garde contre le protectionnisme

A Berlin, Greenspan a consacré l’ensemble de son exposé aux déficits américains (commercial et compte courant) et au danger d’un effondrement incontrôlé du dollar. De manière apparemment détachée, il a posé la question de savoir à quel moment les dettes nettes des Etats-Unis deviendront « intenables ». Le financement de la gigantesque dette américaine n’aurait pas été possible, dit-il, sans la globalisation accrue du système financier international. Grâce à la globalisation, de grandes quantités de capitaux ont quitté leur pays d’origine pour être investis sur les places financières américaines. Selon Greenspan, pour enrayer la chute du dollar, il faut instaurer davantage de dérégulation et éliminer tout protectionnisme, avec les derniers vestiges du système économique réglementé d’après-guerre.

« Les forces du marché peuvent-elles désamorcer une accumulation inquiétante du déficit du compte courant et de la dette extérieure d’une nation avant que la crise ne le fasse plus abruptement ? », demanda Greenspan. « La réponse réside dans le degré de flexibilité des marchés intérieur et internationaux. (...) Si l’on permettait à la globalisation d’aller de l’avant et, par là même, de créer un système financier international encore plus flexible, l’histoire suggère que les déséquilibres actuels seront désamorcés sans trop de perturbations. » La « flexibilité » que Greenspan appelle de ses voeux comprend une expansion illimitée, hyper inflationniste des produits financiers dérivés, ainsi que l’élimination des dernières barrières entravant les mouvements transfrontaliers de capitaux et des « ajustements » arbitraires de parités relatives entre monnaies nationales.

Répondant à un autre intervenant, le directeur de la Réserve fédérale a estimé que « si nous parvenons à obtenir un système entièrement flexible, alors nous pourrons résoudre les problèmes dus à une augmentation inévitable des déficits et donc l’accumulation de dettes par certains pays comme les Etats-Unis. Mais si l’on s’aperçoit que nous revenons aux types d’économies et de structures rigides qui ont existé auparavant, alors nous risquons une crise de confiance et un effondrement du dollar ». La « flexibilité totale », dont parle Greenspan, reviendrait à imposer une dictature financière mondiale, à tous les niveaux, dirigée par les intérêts bancaires privés qui contrôlent la Réserve fédérale et les banques centrales des autres grands pays.

Tout en se disant « optimiste » sur la victoire finale de la mondialisation qui désamorcera toutes les crises financières existantes, Greenspan admit l’existence d’un « danger majeur » : « Les nuages d’un protectionnisme renaissant deviennent de plus en plus visibles à l’horizon. Au cours des années, des intérêts protégés ont souvent tenté d’arrêter net le processus de changement économique qu’ils trouvaient inquiétant. (...) Les coûts de toute nouvelle initiative protectionniste, dans le contexte actuel de grands déséquilibres du compte courant, pourraient considérablement affaiblir la flexibilité de l’économie globale. Par conséquent, il est impératif de contrecarrer et de renverser ce protectionnisme larvé . »

Dans ce contexte, Greenspan attaqua spécialement les Européens. Bien que les pays en voie de développement et l’Europe aient « accepté en grande partie le capitalisme de marché comme le moyen le plus efficace de créer l’abondance matérielle, l’Europe s’y engage, cependant, avec une méfiance résiduelle. J’ai personnellement saisi le plus clairement les différences entre les Etats-Unis et l’Europe dans un soliloque attribué à un grand dirigeant européen il y a plusieurs années. Il demandait : "Qu’est-ce que le marché ? C’est la loi de la jungle, la loi de la nature. Et qu’est-ce que la civilisation ? C’est la lutte contre la nature". » Or pour Greenspan, c’est justement cette loi de la jungle, sous forme de « concurrence frénétique » débridée, qui a été la source de la « croissance virtuellement infinie » de la productivité américaine durant ces dernières décennies. Nos lecteurs savent que c’est plutôt la fraude statistique sophistiquée qui est à l’origine de la « croissance de la productivité américaine ».

Vers un sérieux règlement de comptes

« Ce qui se passe dans le système financier global, c’est de la folie en action. Tout le système est comme un gigantesque fonds de pension endetté. Tout le système tient à une alliance entre gouverneurs de banques centrales, mais ça ne peut pas durer. » Voilà l’évaluation du directeur de l’un des principaux fonds de placement mondiaux, confiée à l’EIR le 13 janvier.

« Nous nous dirigeons vers un sérieux règlement de comptes, dit-il, et je suis d’accord avec vous que cela arrivera vraisemblablement en 2004. ça ne peut plus durer. Nous avons une bulle immobilière, une bulle obligataire, une bulle boursière, toutes au même moment. Le ballon continue de gonfler, mais il va éclater. Je suis vraiment étonné par l’embellie des Bourses, je sais pertinemment que ça ne peut plus marcher.

« Alors que j’étais au lit la nuit dernière, j’essayais de trouver une image pour décrire la situation actuelle. J’en suis arrivé à celle-ci : le système financier global ressemble à un groupe de campeurs dans la savane encerclé par des animaux sauvages. Alan Greenspan et les banquiers centraux sont les « gardiens » du camp. Ils jettent toujours plus de bois dans le feu, pour garder les animaux à distance, mais à 9 h du matin, ils n’ont plus de bois. Je vous laisse deviner ce qu’il advient des campeurs.

« La croissance de l’endettement et des emprunts, au premier semestre de l’année dernière, a été astronomique, et celle des produits dérivés exponentielle. Selon le FMI, le niveau des produits dérivés atteint 170 000 milliards de dollars, mais votre expert LaRouche a peut-être raison, il se peut qu’il soit beaucoup plus élevé. Je ne peux pas m’imaginer ce qui se passe avec tout cet argent. Pour ce qui est des Etats-Unis, le fait est que les marchés asiatiques ne peuvent plus injecter d’argent sur leur marché obligataire, et même une augmentation des exportations [américaines] ne parviendrait jamais à effacer l’énorme déficit commercial. (...)

« Ceux qui sont piégés dans ce jeu ne veulent pas voir la réalité, ils semblent avoir de l’élan, le jeu semble s’auto-entretenir, mais l’hubris aura un prix. Je ne peux pas prédire quand ça arrivera, ni par quel événement, mais le fait est qu’on se dirige vers une chute très, très brutale. Les valeurs des actions n’ont rien à voir avec la réalité. Et leurs prévisions ne se réalisent pas. Les entreprises ne pourront pas augmenter leurs dépenses et les gouvernements ne peuvent pas non plus continuer à dépenser pour maintenir la bulle de l’immobilier . »

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Une politique de crédit public national finançant en priorité l’école, la production, l’hôpital et le laboratoire. Le nécessaire préalable pour libérer ce crédit est une moralisation de la vie bancaire (un Glass-Steagall contre les spéculateurs). Mettons-le en place, comme à la Libération !
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