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Revue de livre

L’indignation à l’eau tiède

La rédaction

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de Stéphane Hessel
Editions Indigènes
32 pages
3 euros


Dans son appel à l’indignation, Stéphane Hessel s’adresse plus particulièrement aux jeunes, afin qu’ils s’engagent pour combattre les inégalités économiques croissantes, ainsi que les violations des droits de l’homme.

Selon lui, «  Nous sommes à un seuil, entre les horreurs de la première décennie (du XXIe siècle) et les possibilités des décennies suivantes. Mais il faut espérer, il faut toujours espérer  ». Son grand regret «  c’est que ni Obama ni l’Union européenne ne se soient encore manifestés avec ce qui devrait être leur apport pour une phase constructive, s’appuyant sur les valeurs fondamentales  ».

Stéphane Hessel, qui a 93 ans aujourd’hui, a un passé d’homme engagé dans la défense des droits de l’Homme. D’abord, en 1941 sous l’occupation des nazis, il entre dans la Résistance. Puis diplomate, il participe à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, des Nations unies en 1948. Durant toute sa carrière, il poursuivra cet engagement : pour l’indépendance de l’Algérie, les relations avec les pays du Sud, les sans-papiers et les sans-logement. Aujourd’hui, il prend la défense de la Palestine et des Gazaouis en particulier, dénonçant leur déplorable situation économique et de vie.

Il commence son livre avec ce qui a servi de socle à son engagement politique : les années de la Résistance et le programme élaboré par le Conseil national de la Résistance (CNR), adopté le 15 mars 1944, proposant pour la France libérée un ensemble de principes et de valeurs, fondation de la reconstruction future de la nation : «  Un plan complet de Sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, (…) une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours, (…) le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie et des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurance et des grandes banques, (…) l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie, (…) une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général, (…) garantir la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères  ». Il nous rappelle que «  de ces principes et de ces valeurs, nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin  », car «  c’est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est aujourd’hui remis en cause.  »

Le motif de base de la Résistance était l’indignation ! C’est pourquoi il encourage la jeune génération à prendre le relais et à s’indigner. Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas non plus démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers. Il souhaite à tous «  d’avoir un motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l’histoire et le grand courant de l’histoire doit se poursuivre grâce à chacun  ».

La pire des attitudes, c’est l’indifférence, et de dire «  je n’y peux rien, je me débrouille  ». S’adressant aux jeunes, il dit : «  Regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation – le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez !  » Aujourd’hui, sa principale cause d’indignation, c’est la Palestine. La solution à la violence est dans la non-violence. Puis il cite l’appel lancé à l’occasion du 60e anniversaire du Programme du CNR le 8 mars 2004, qu’il a signé, «  à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous  ». Et il termine, en appelant ceux qui feront le XXIe siècle : «  Créer, c’est résister. Résister, c’est créer.  »

Cet appel à s’indigner et à s’engager a toute sa légitimité au regard de la situation, alors que l’économie mondiale s’effondre et que le socle culturel et universel de la période d’après-guerre, pour lequel Stéphane Hessel et d’autres ont combattu, est en train de disparaître, au nom de la sauvegarde du système monétaire et financier.

Mais on peut s’étonner quand même que face à l’ampleur de la tragédie actuelle, il se contente d’inviter les jeunes à trouver une cause d’indignation, comme si cela devait être une cause en soi, sans cohérence avec l’ensemble, et à militer dans la société civile et dans l’économie sociale ou solidaire.

On se demande s’il n’est pas en train de noyer le poisson ! Est-ce qu’un engagement dans une association va vraiment changer le système défaillant ? Lui-même, au début de son livre, nous rappelle que Jean Moulin, sous la direction de De Gaulle, a réuni dans le Conseil (CNR), toutes les composantes de la France occupée (partis et syndicats), pour combattre l’occupant et s’en libérer, et rapidement, ce conseil a travaillé sur un projet politique pour la France libérée : le Programme du CNR. Aujourd’hui comme hier, ce qu’il faut c’est un engagement des jeunes et de tous, dans un projet qui permette de liquider à l’échelle mondiale le système financier, avant qu’il ne nous liquide, et de poser à nouveau, comme le CNR l’a fait, une perspective d’avenir pour les 50 ou les 100 prochaines années ! Cela veut dire un engagement dans une bataille politique tel que nos campagnespour un Glass-Steagall Global et nos grands projets de développement des infrastructures (NAWAPA, Lac Tchad, exploration spatiale ...).

Dans une interview sur Rue89 le 30 décembre 2010, on apprend que Stéphane Hessel, qui est proche du PS, soutient le travail de Martine Aubry, et qu’elle est sa candidate préférée pour les présidentielles de 2012. Quant à Dominique Strauss-Kahn, il sait «  pour le connaître, qu’il est un homme de gauche  ». C’est un qualificatif pour le moins surprenant, s’agissant du directeur du Fonds monétaire international, qui mène à l’heure actuelle une politique de dictature financière avec la Banque centrale européenne et la Commission européenne, en démantelant les Etats européens, un à un, à coup de cures d’austérité brutales. M. Strauss-Kahn n’est-il pas, précisément, en train d’anéantir tout l’héritage du Programme du CNR, avec la complicité passive d’un Parti socialiste impuissant ?

Aujourd’hui, pour changer le monde, il faudra rompre avec ce système, ses institutions, et ses hommes s’ils ne changent pas. Comme dans la Résistance, il n’y a plus de place pour les compromis et les demi-mesures molles.

Tout au long du livre, Hessel s’adresse aux jeunes dont il tente d’éveiller le sens de l’indignation. Mais en même temps, il se fait le défenseur d’une philosophie qui a elle-même sa part de responsabilité dans l’état de démobilisation des jeunes et d’une partie de la population.

Ses références culturelles, celles qui ont soutenu son engagement, sont, paradoxalement, aussi celles qui ont contribué à détruire les fondements de la culture classique, notamment dans la période d’après-guerre jusqu’à nos jours, et qui font que la jeune génération est déboussolée, dans un monde chaotique et sans principes.

Jeune normalien, c’est dans la conception sartrienne de l’homme qu’Hessel puisa sa propre volonté de s’engager. Il s’agit d’un homme existentialiste qui limite son être à sa propre existence, privée de la compréhension du processus continu de perfectionnement de l’humanité qui a façonné la société dans laquelle il est né, et qui ne met pas en perspective son existence par rapport au futur en gestation. Cette pensée existentialiste a engendré la société individualiste de nos jours, où règnent le pessimisme et la résignation : « Je reconnais que la violence sous quelque forme qu’elle se manifeste est un échec. Mais c’est un échec inévitable parce que nous sommes dans un univers de violence. Et s’il est vrai que le recours à la violence reste la violence qui risque de la perpétuer, il est vrai que c’est l’unique moyen de la faire cesser. » (Jean-Paul Sartre dans Situations , en 1947, citation reprise par Stéphane Hessel dans son livre.)

L’autre référence, qui selon lui correspondait à son optimisme naturel, est la vision de Hegel de l’histoire qui progresse par chaos successifs vers la liberté. Il s’agit en fait, de la dialectique du Maître/Esclave de Hegel, moteur de l’histoire où l’homme, pour exister, est plongé dans une lutte permanente et à mort de l’esclave contre le maître, ou bien alors, par peur de l’autre, l’esclave doit-il se reconnaître esclave de son maître ! Cette conception mécaniste de l’histoire ne laisse aucune liberté créatrice à l’homme. Comme avec l’existentialisme, l’homme est réduit à sa part animale, enfermé dans une cage délimitée par ses perceptions sensorielles, où règne la loi du rapport de force.

Ce qu’il manque aux jeunes, ce n’est pas tellement un motif d’indignation, mais plutôt un sujet d’inspiration, un objet de beauté, tels que la découverte ou la redécouverte de principes physiques organisant l’univers comme un tout cohérent, d’œuvres artistiques belles, fruits des principes créateurs de l’homme, et d’une histoire où l’homme est acteur et intervient dans le monde pour le rendre meilleur !

Véronique Charuel

Voir les 6 commentaires

  • azoth777 • 23/02/2011 - 14:19

    c pour cela qu’il s’indigne la création est subtile et magnifique, débarrassons nous de tous les cons qu’ils veulent la gâcher, et qui sont à la limite de la détruire...

    Répondre à ce message

  • plusieurs • 19/02/2011 - 12:55

    Bon et alors, après Mme et Mr faites ce que je dis mais pas ce que je fais, on le mange ou pas ce maroilles aux schizos avec un vin chaud..?

    Répondre à ce message

  • viMceMt • 19/02/2011 - 12:18

    Saluts,
    J’en ai un peu marre ;-) de vos redondances... je tiens à féliciter la victoire de Denis Robert et je pense vivement au projet Seine-Nord-Europe !
    il y en a qui rêve et d’autre qui lutte et vous où vous situez-vous ?
    viMceMt

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  • edith • 18/02/2011 - 17:30

    Je n’ai pas lu le livre de Stéphane Hessel mais je connais ce monsieur par differents reportages sur ARTE tous montrent un humain gentil mais d’un romantisme chevillé au corps notamment dans sa vision des africains qu’il ne faut pas déranger dans leurs rituels mystiques ,tout cela démontre que ce n’est pas un vrai républicain , malgré ses années de résistance,les aficains n’ont pas besoin de technologie ? c’est pour cela que sa pensée libérale s’adapte aux aveugles écologistes et à strauss viscieux, tous les trois sont comme les trois singes "sourd aveugle et muet rien de créateur ou de républicain là dedans. le livre de Hessel a été imprimé en ESPAGNE je suis indignée !!!

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  • TERNON Max • 18/02/2011 - 11:58

    Cher Véronique,

    j’ai ce qu’il vous faut, mais le monde est il prêt à l’entendre ? Notre communauté scientifique à qui j’en ai fait part, reste très circonspecte à ce sujet et probablement peu enclin à risquer leur crédibilité à prendre mon attache, moi qui n’en ai pas (de crédibilité).
    Il faut dire que ces implications feraient passer les ’déboires’ de Galilée pour une querelle de pacotille à coté...
    je ne manquerais pas de vous transmettre ces propositions, elles vont dans le sens de ce que vous dites. Vous, S&P, avez déjà été destinataire du volet ’économique’qui s’incrit en cohérence avec.

    Cordialement

    Répondre à ce message

  • Xavier ELBEL • 18/02/2011 - 10:42

    Merci pour cet excellent cours de philosophie, clair, net et précis. Cours de philosophie appliqué à l’état de notre cité, pour ne pas dire de notre civilisation.

    Répondre à ce message

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Notre but est donc de vaincre la City, Wall Street et leurs complices européens. En menant :
Une politique internationale de détente, d’entente et de coopération entre peuples et nations, dont les Nouvelles Routes de la soie sont l’amorce. Comme on ne peut les bâtir sur le sable mouvant du système dollar actuel, construisons-les avec le ciment d’un nouveau système monétaire international, ce Nouveau Bretton Woods pour lequel nous nous battons avec nos alliés dans le monde.
Une politique de crédit public national finançant en priorité l’école, la production, l’hôpital et le laboratoire. Le nécessaire préalable pour libérer ce crédit est une moralisation de la vie bancaire (un Glass-Steagall contre les spéculateurs). Mettons-le en place, comme à la Libération !
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Ainsi, la première des ressources est pour nous la créativité humaine, la faculté qu’a l’Homme de comprendre et de transformer le monde qui l’entoure.

L’être humain a une responsabilité, et c’est pour cela qu’il faut sortir de la mondialisation prédatrice.

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Il est fou de vouloir sortir du nucléaire, qui est l’expression d’une découverte humaine. Cependant, il doit être réinventé pour en faire un nucléaire citoyen du XXIe siècle, qui nous donnera les moyens d’accueillir les générations futures.
Nous sommes pour la conception de réacteurs de IVe génération et la mise en place d’un programme de recherche accéléré vers la fusion thermonucléaire contrôlée.

Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
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Le tout visant à dissuader les citoyens de découvrir nos idées et notre engagement.

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