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RIA Novosti

La delicate mediation de la Russie au Proche-Orient

La rédaction

par Marianna Belenkaia, Piotr Gontcharov, RIA Novosti

Au Proche-Orient, Moscou assure, traditionnellement ces dernieres annees, une delicate mediation.

Au mois de juin 2006, lors d’une conference internationale, un diplomate francais avait, dans une conversation en prive avec un journaliste de RIA Novosti, declare de facon abrupte : « si seulement nous avions la meme approche que la Russie des problemes du Proche-Orient ».

C’etait etonnant a entendre de la part d’un diplomate occidental, francais de surcroit. Car, si Moscou et Paris se sont opposees ensemble a Washington et Londres sur la question de la guerre en Irak, elles ont diverge quant a leur appreciation de l’evolution de la situation autour de la Syrie et du Liban. Pour des raisons de liens historiques, Paris se comporte sur bien des points, en Syrie et au Liban, comme Washington en Irak, attisant le conflit intra libanais et intra regional. Et se prive en fin de compte de la possibilite d’etre un intermediaire reel. Quant aux diplomates russes, ils maintiennent les contacts avec tout le monde. Ce n’est pas un hasard si c’est a Moscou que le Premier ministre libanais Fouad Siniora est venu chercher un soutien au mois de decembre 2006. Cette visite s’est deroulee quelques jours avant les pourparlers russo-syriens entre les presidents Vladimir Poutine et Bachar el-Assad.

Qu’il s’agisse de l’Irak ou de la Syrie et du Liban, la position russe est la meme : on n’a pas le droit de laisser la situation parvenir a un point de rupture. La diplomatie russe privilegie le maintien de l’equilibre des forces, la stabilite regionale, a un succes immediat enivrant. Comme celui qu’ont connu les Etats-Unis en s’emparant de Bagdad en 2003 (depuis, personne ne sait que faire en Irak).

Quelque chose d’analogue a la situation irakienne pourrait avoir lieu dans le secteur Syrie - Liban. Surtout si les pressions sur Damas s’accentuent.

La Russie n’a pas interet a voir apparaitre une nouvelle zone de conflit dans une region proche de ses frontieres. Elle s’efforce generalement de rechercher un compromis jusqu’au dernier moment. Il serait difficile de l’accuser de favoriser une partie plutot qu’une autre. C’est en grande partie grace a la Russie que la Syrie a commence a cooperer avec la commission d’enquete de l’ONU sur le meurtre de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Moscou n’a pas exerce de pression sur Damas, n’a pas deverse un flot d’accusations retentissantes a son encontre, mais a mene paisiblement le dialogue, cherchant a prendre en compte les interets syriens egalement. En Palestine, la Russie a tente d’adopter une tactique identique a l’egard du Hamas, invitant ses leaders a venir negocier a Moscou. Il n’a toutefois pas ete possible d’instaurer un dialogue entre le Hamas et l’Occident. Pour de multiples raisons, notamment parce que les parties ne souhaitaient pas trouver un compromis. Mais cela ne signifie pas que la Russie ne devait pas faire l’essai.

Moscou continuera de participer activement a la recherche de solutions internationales de compromis sur tous les problemes du Proche-Orient. Finie l’epoque sovietique, quand elle menait, dans cette region, une politique soumise a l’ideologie, fini le debut des annees 90, lorsque la Russie restait dans le sillage de l’Occident et a pratiquement perdu ses contacts dans le monde arabe. Elle a noue maintenant un excellent dialogue avec ses anciens partenaires du temps de l’URSS et avec de nouveaux comme l’Arabie saoudite et Israel. Elle est liee a cette region par de nouveaux projets economiques de grande envergure, ainsi que par des interets de securite interieure. Et elle ne peut pas prendre le risque de tout perdre a cause d’une nouvelle crise au Proche-Orient.

Quand on parle de crise, on ne peut manquer d’evoquer l’Iran. C’est un cas particulier pour la diplomatie russe.

Aujourd’hui, on peut schematiquement considerer les relations entre la Russie et l’Iran comme « un partenariat strategique limite ». Les deux pays sont voues a ce partenariat dans plusieurs regions, importantes pour eux deux sur les plans politique et economique. Cela concerne l’Asie centrale, le bassin de la Caspienne, tous les axes caucasiens. La Russie et l’Iran y cooperent sur la base d’un pragmatisme sain et d’un soutien reciproque entre voisins.
Il en a toujours ete ainsi. Aujourd’hui, que ce soit en Asie centrale, au Caucase ou meme dans le bassin de la Caspienne, dans toutes les regions ou la Russie et l’Iran ont inevitablement des interets, ces interets ne se heurtent pas mais se completent.

Voici un exemple. Ces derniers temps, l’Iran a sensiblement etendu son expansion economique en Asie centrale, chasse gardee traditionnelle de la Russie. Moscou s’en felicite pourtant sans le dire. Car la Russie n’a manifestement pas les forces de meubler a elle seule cette region importante pour elle. Or nul n’ignore que la nature a horreur du vide. Le calcul de la Russie est simple : plus la presence de l’Iran sera importante, et moins celle de la Chine, des Etats-Unis et de la Turquie le sera.

Pour ce qui est du bassin de la Caspienne, l’Iran est le seul pays a partager entierement la position russe sur la question capitale de la definition du statut international de la Caspienne. Un statut qui exclurait totalement la presence d’Etats tiers. Moscou et Teheran ont des positions concordantes concernant les oleoducs et gazoducs transcaspiens. Tous les autres problemes relatifs a la Caspienne sont secondaires.

C’est dans le meme esprit que les deux pays construisent le volet caucasien de leur politique.
Seule la question du Proche-Orient est a mettre a part. Il est a la mode, actuellement, de parler de l’Iran comme d’une clef ou presque dans cette region. De l’avis de la plupart des experts russes, il est bien naturel qu’un pays tel que l’Iran, avec sa population, ses ressources et, enfin, son histoire, veuille occuper au Proche-Orient une place qui corresponde a son poids politique et a son potentiel. Moscou se prononce officiellement pour integrer l’Iran (de meme que la Syrie) a la solution des problemes regionaux.

Mais pas plus. Alors que Teheran aimerait bien, naturellement, etendre a tout le Proche-Orient son « partenariat strategique » avec la Russie. C’est-a-dire transformer ce « partenariat » en « rapports d’allies », meme nominalement. Mais on a du mal a imaginer dans quelles circonstances Moscou pourrait y consentir.

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