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La politique de l’administration Bush prend une tournure inquiétante

La rédaction

Au cours des deux à trois dernières semaines, on a constaté un net changement de la politique étrangère et de sécurité américaine, privilégiant une orientation stratégique « néo-impériale » ou de « choc de civilisations ». En voici quelques aspects :

  1. Le budget de la Défense va augmenter de presque 50 milliards de dollars (si l’on y inclut le doublement du financement de la défense du territoire national), soit la plus forte hausse depuis vingt ans. De toute évidence, on envisage un réarmement considérable. Certains signes indiquent un changement de doctrine militaire américaine, y compris l’utilisation tactique de nouvelles ogives nucléaires de théâtre de grande « précision » et pour la défense antimissiles, dans le cadre d’une « nouvelle triade » constituée par : a) des armes nucléaires offensives ; b) une « défense active », c’est-à-dire la capacité de lancer des frappes préventives contre tout point du globe ; et c) des infrastructures militaires étendues à travers le monde (nouvelles bases en Asie centrale, au Pakistan, aux Philippines) et dans l’espace. De plus, on assiste aussi à un effort majeur pour militariser les Etats-Unis, qui se traduit par un plan sans précédent visant à établir un commandement militaire spécial réservé au territoire américain lui-même.
  2. Dans son discours du 29 janvier, Bush a presque déclaré la guerre aux trois nations que sont l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord. Cette déclaration était de toute évidence destinée - que Bush l’ait compris ou non - à provoquer une réaction maximale de la part de ces pays et à déstabiliser les régions en question. Cela représente un coup dur pour la Corée du Sud et la stabilité de toute l’Asie de l’Est, y compris la Chine.
  3. L’administration Bush a soudainement abandonné toute prétention à rechercher un juste règlement du conflit au Proche-Orient, tout en donnant son feu vert aux actions brutales de Sharon et des Forces de défense israéliennes contre Arafat et les Palestiniens.
  4. Autre évolution préoccupante : l’intention d’abandonner tout partenariat avec la Russie, comme celui entamé par MM. Poutine et Bush depuis le 11 septembre. Le soutien apporté, dès les premières heures de cette journée, par le président russe à son homologue américain s’est pourtant avéré des plus précieux pour Bush. La nouvelle crise des relations américano-russes comporte divers aspects :
    • D’abord, la « position dure » des Etats-Unis dans les négociations sur les armes stratégiques. On soupçonne les Américains de vouloir développer le système de défense antimissiles balistiques (ABM) bien au-delà de ce qui était prévu dans le projet original (et d’une incompétence flagrante), notamment l’aspect nucléaire. Etant donné que l’on prévoit une réduction drastique des arsenaux nucléaires offensifs des deux côtés, cela voudrait dire que si les Etats-Unis lançaient une première frappe, ils pourraient, théoriquement, détruire au sol environ 80 % ou plus des missiles russes et annihiler le reste, lancé en représailles, à mi-trajet, grâce à des intercepteurs à charge nucléaire ou d’autres moyens. En outre, les Etats-Unis entendent non pas détruire mais seulement stocker les ogives qui devraient être mises hors service.
    • Ensuite, des réunions entre émissaires séparatistes tchétchènes et responsables du département d’Etat américain ont récemment eu lieu, dont certaines ont été organisées par Zbigniew Brzezinski. En même temps, l’Europe et les Etats-Unis ont redoublé les pressions sur la Russie à propos de la guerre en Tchétchénie. Ces deux développements sont considérés par la partie russe comme « inamicaux » et contraires aux ententes explicites et implicites entre les deux chefs d’Etat. De plus, les observateurs russes montrent du doigt la protection évidente et l’« immunité » accordées par le renseignement américain et britannique à Boris Berezovski, alors que celui-ci a été récemment accusé par le chef du FSB russe d’avoir directement financé les rebelles tchétchènes. Berezovski, qui a menacé ouvertement Poutine à plusieurs reprises, est en train de lancer une nouvelle publication, The Bell, dont le siège est à Londres.
    • Enfin, les Etats-Unis semblent décidés à exploiter l’opération « antiterroriste » en cours pour étendre unilatéralement leur présence politique et militaire dans toute la région d’Asie centrale et du Sud. Malgré les démentis officiels, Washington prépare une présence militaire à long terme en Asie centrale, notamment en Ouzbékistan, en Kirghizie et au Tadjikistan.

Tous ces points risquent de provoquer non seulement une crise dans les relations américano-russes, mais aussi l’affaiblissement du président Poutine. Or ce dernier avait pris un risque stratégique non négligeable en forgeant un partenariat avec Bush, et de plus en plus d’observateurs en Russie estiment que Poutine, en tentant de maintenir ce partenariat, « est en train de brader la Russie tout comme l’avait fait Gorbatchev ».

Lyndon LaRouche a noté que le changement de l’administration Bush vers une politique belliqueuse lui rappelait la situation de l’Union soviétique dans les années 80. Lorsqu’il est devenu évident que la désintégration du système économique soviétique était désormais irréversible, l’Union soviétique élabora en désespoir de cause des plans pour une vaste frappe militaire « préventive » contre l’Europe de l’Ouest, dans l’espoir de changer la constellation stratégique de forces en faveur du système soviétique et du Pacte de Varsovie. Heureusement, cette option de frappe militaire n’a jamais été activée et les plans de guerre ont été rangés dans les tiroirs.

Aujourd’hui, à l’autre bout du monde, un état d’esprit similaire à celui ayant dicté la planification d’un « blitzkrieg » par le Pacte de Varsovie, se répand parmi les intérêts financiers anglo-américains ayant comme porte-parole Samuel Huntington, Paul Wolfowitz, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski.

C’est cette réalité - et non pas la prétendue menace de terroristes embusqués à chaque coin de rue - qui compose la toile de fond du désastreux discours sur l’état de l’Union prononcé le 29 janvier par George W. Bush. Entre-temps, Huntington et d’autres porte-parole de ces cercles, proclament ouvertement que l’objectif réel de la prétendue « guerre au terrorisme » est la mise en place d’un nouvel « empire mondial » anglo-américain.

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