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La tentative de coup d’Etat de Rumsfeld

La rédaction

Au sein de l’administration américaine, le parti de la guerre dirigé par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, le vice-président Dick Cheney, le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz et le conseiller du Pentagone Richard Perle, fait feu de tout bois pour consolider son putsch à Washington. C’est dans ce contexte que Rumsfeld veut faire passer un projet de loi lui conférant un contrôle total sur son ministère. Lyndon LaRouche, candidat démocrate à la présidence, a comparé ce projet aux lois d’urgence (Notverordnungen) qu’Hitler imposa à l’Allemagne après l’incendie du Reichstag, au printemps de 1933.

Le 11 avril, le département de la Défense a remis au Congrès son projet de « Loi sur la transformation de la défense au XXIème siècle ». Le 29 avril, une sous-commission de la commission de Réforme gouvernementale de la Chambre des représentants a tenu les premières auditions sur cette loi, consacrées plus particulièrement aux dispositions concernant le fonctionnariat.

Ce projet de loi s’inspire des conditions exceptionnelles accordées au nouveau ministère de la Défense du territoire (Homeland Defense Department). En effet, le Pentagone demande pratiquement à être exempté de l’obligation d’appliquer à son personnel civil, soit près de 700 000 fonctionnaires, les lois sur le fonctionnariat (civil service laws). Il réclame également le droit de le faire sans consultation du Bureau de gestion du personnel (OPM), si le ministre de la Défense l’estime nécessaire pour des raisons de « sécurité nationale ». Ainsi les protections dont jouissent les employés civils dans le cadre des conventions collectives et du fonctionnariat seraient supprimées, donnant à Donald Rumsfeld le contrôle arbitraire de tout ce secteur.

La portée du projet de loi est si générale et la tentative de le faire adopter est si précipitée que même les républicains de la sous-commission ont manifesté des signes d’embarras à ce sujet. La présidente républicaine de la sous-commission, Jo Ann Davis, a déconseillé à David Chu, sous-secrétaire à la Défense chargé du Personnel, l’utilisation par l’administration Bush du terme de « sécurité nationale » pour justifier sa demande de nouveaux « assouplissements » des droits des fonctionnaires, sans expliquer ce que signifie ce terme. Elle a également noté que ce projet de loi accorderait au Pentagone certains pouvoirs sur son personnel civil qui ont par ailleurs été refusés au département de la Homeland Defense.

La résistance bipartisane à ce projet de loi est telle que le texte ne sera pas présenté à la commission de Réforme gouvernementale de la Chambre avant le 6 mai, alors que la date prévue initialement était le 1er mai. Des questions ont été soulevées par les députés des deux partis sur la mention trop vague de « sécurité nationale » et sur la tentative de Rumsfeld de diriger le ministère sans trop de supervision de la part du Congrès.

Entre-temps, le syndicat des fonctionnaires a, bien sûr, réagi contre l’abolition des protections sociales de ses membres. Lors des auditions de la sous-commission, le 29 avril, Bobby Harnage, président de l’American Federation of Government Employees (AFGE) a attaqué le plan de réorganisation. Pour le président du syndicat auquel adhèrent quelque 200 000 fonctionnaires du Pentagone, cette législation « effacerait des décennies de progrès social des employés (...) et enlèverait au Congrès et aux salariés concernés la possibilité, dont ils jouissent aujourd’hui, d’avoir voix au chapitre dans la formulation et l’approbation des systèmes de gestion du personnel et autres du ministère de la Défense ». Harnage a rappelé que le département de la Défense est une « institution publique » financée par les contribuables américains, administrée par un ministre de la Défense nommé par le Président élu des Etats-Unis, et supervisé et régulé par le Congrès. Si ce projet de loi était voté, estime Harnage, chaque nouveau ministre de la Défense, en coopération avec chaque Président, « posséderait » de fait le département de la Défense comme « s’il s’agissait d’une entreprise privée, tandis que le Congrès serait privé de son rôle de supervision législative des quelque 654 000 fonctionnaires ».

Parallèlement à cette tentative de transformer le Pentagone en une entreprise privée qu’il dirigerait lui-même, Rumsfeld a commencé à remplacer de hauts-responsables civils et militaires de l’Armée. Le 25 avril, il a remercié le secrétaire à l’Armée, Thomas White, le civil le plus haut placé dans l’Armée, suite à des conflits répétés avec lui à propos de la politique militaire. Alors qu’il devait quitter son poste le 11 juin, Wolfowitz lui a demandé de partir dès le 9 mai.

Pour succéder à White, Rumsfeld choisit le secrétaire à l’Aviation James Roche, un officier de marine à la retraite. Le départ de White donnera à Rumsfeld et Wolfowitz l’occasion d’accélérer le remaniement des forces armées. Par ailleurs, le chef d’état-major, le général Eric Shinseki, et son adjoint, le général John Keane, quitteront leurs postes à la fin de leurs mandats en juin.

Rumsfeld envisage aussi de promouvoir au rang de généraux à quatre étoiles, les trois officiers qui ont commandé les trois armées pendant la guerre d’Irak et d’en faire les numéros deux de leurs états-majors respectifs. Le général David McKiernan deviendrait vice-chef de l’état-major de l’Armée de terre, le général Michael Moseley, vice-chef d’état-major de l’Aviation, et le vice-amiral Timothy Keating, vice-chef des opérations navales. Il s’agit d’une action sans précédent, étant donné que ces trois officiers à trois étoiles dépasseraient ainsi tous les autres officiers à quatre étoiles, à l’exception des chefs d’état-major.

Ces nominations n’iront pas de soi et l’on peut s’attendre à une réaction de la part des chefs militaires qui s’opposent déjà à la politique de Rumsfeld consistant à dégraisser l’Armée et éliminer les divisions lourdes pour les remplacer par des divisions plus mobiles devant servir à une force impériale de déploiement rapide. « L’état-major est révolté par cette insulte suprême », disait un responsable militaire au Washington Times. « On se demande quand cessera cette attaque contre l’Armée. Quand le président Bush mettra-t-il fin à tout ceci ? Les républicains américains ne sont pas venus [au Pentagone] pour avoir affaire à un Staline . »

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