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Le Sénat défie Cheney avec un amendement interdisant toute forme de torture

La rédaction

Par une écrasante majorité de quatre-vingt-dix voix (dont quarante-six républicaines) contre neuf, les sénateurs américains ont adopté un amendement confirmant l’interdiction du recours à la torture et établissant des règles uniformes pour le traitement de prisonniers capturés dans le cadre de la guerre à la terreur. En votant ce texte, le Sénat, soutenu par les militaires du Pentagone, a défié le vice-président Dick Cheney, qui avait déclaré que toute affirmation de l’autorité du Congrès en la matière constituerait une « ingérence » dans la « guerre au terrorisme » conduite par le Président.

A la tribune, le sénateur John McCain, auteur de l’amendement, a lu une lettre de Colin Powell, dans laquelle l’ancien secrétaire d’Etat et ancien chef d’état-major note que la Constitution confère effectivement au Sénat la responsabilité de réglementer le traitement des prisonniers capturés dans le cadre d’une guerre. « Je crois aussi que le monde prendra note du fait que l’Amérique s’exprime clairement sur le comportement que l’on pourra attendre de nos soldats à l’avenir, dit Powell. Cette réaction contribuera à traiter la terrible crise diplomatique publique créée par Abou Ghraib. »

Par ailleurs, vingt-huit officiers supérieurs à la retraite ont signé une lettre de soutien au sénateur McCain, dont vingt-cinq officiers généraux, comme l’ancien chef du Commandement central, le général Joseph Hoar, et l’ancien chef d’état-major John Shalikashvili, ainsi que trois anciens prisonniers de guerre au Vietnam. Cet amendement a été co-parrainé par le président de la commission des Services armés, le républicain John Warner, ainsi que par un certain nombre de républicains, dont Lindsey Graham, Chuck Hagel, Gordon Smith et Susan Collins.

L’amendement McCain comporte deux dispositifs. L’un stipule que tous les membres des Forces armées américaines doivent respecter le Manuel d’interrogatoire sur le terrain établi par l’Armée, l’autre réitère l’interdiction de tout « traitement cruel, inhumain et dégradant » (termes des Conventions de Genève) de la part de tout organisme américain.

Dans leur lettre, les officiers affirment : « Les sévices envers des prisonniers ternissent la cause de l’Amérique dans la guerre à la terreur, mettent en danger les membres des forces armées américaines susceptibles d’être capturés par l’ennemi et sont une abomination par rapport aux valeurs que les Américains chérissent depuis des générations. » Ces valeurs, disent-ils, sont respectées dans le Manuel d’interrogatoire, qu’ils considèrent comme la « Bible » de l’interrogatoire des prisonniers ennemis.

Pour eux, les sévices perpétrés contre des détenus d’Abou Ghraib, de Guantanamo ou d’ailleurs, sont dus à des « instructions ambiguës » transmises à des hommes et des femmes en uniforme, aggravées par les déclarations officielles à propos des « combattants ennemis » capturés à l’étranger. « Les membres de nos services armés n’ont reçu aucune instruction claire, et on les a rendus responsables quand les choses se sont mal passées. Ils méritent mieux. »

En juillet dernier, Dick Cheney avait annoncé avec son arrogance habituelle que le Président mettrait son veto a tout projet de loi de programmation militaire qui comporterait un amendement interdisant la torture. Il a réitéré cette menace la veille du récent vote du Sénat. En juillet, sous la pression de Cheney, le président du groupe républicain au Sénat Bill Frist avait retiré de l’ordre du jour la loi de programmation militaire afin de bloquer tout amendement, mais cette fois-ci, Warner a réussi à obtenir le soutien du leader républicain.

La prochaine bataille se livrera à la « Conference Committee » (commission chargée d’harmoniser les textes entre les deux chambres du Congrès), attendu que la loi adoptée par la Chambre ne comporte pas d’amendement anti-torture. John Murtha, membre démocrate de la sous-commission de la Défense à la Chambre, a déjà annoncé qu’il soutiendrait l’amendement McCain.

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