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Le gouvernement américain peut-il lancer une attaque contre l’Iran ?

La rédaction

Dans l’édition du 27 novembre du magazine New Yorker, le journaliste d’investigation Seymour Hersh a publié un long article intitulé « Prochain acte - Une administration affaiblie est-elle plus ou moins susceptible de lancer une attaque contre l’Iran ? »

S’appuyant sur un ensemble de sources du renseignement et du Pentagone, Hersh conclut que le vice-président Dick Cheney et les néo-conservateurs qui le soutiennent, parmi lesquels il nomme Joshua Muravchik, John Bolton et David Wurmser, restent déterminés à attaquer l’Iran, aussi désastreuse que soit l’évolution en Irak. Wurmser et d’autres du bureau de Cheney maintiennent que la situation ne pourra pas se régler en Irak sans changement de régime en Iran. Dans cette optique, une attaque contre la République islamique est la prochaine étape inévitable - « comme de doubler la mise ».

Hersh cite à la fois des responsables de la CIA et du Pentagone qui affirment que le « groupe de Bush père » - dont font partie James Baker, Brent Scowcroft et le « Groupe d’étude sur l’Irak » (ISG) - et Robert Gates, au Pentagone, n’ont peut-être pas assez de poids pour contrer les desseins belliqueux de Cheney. Une source anonyme du Pentagone a fait remarquer que Bush écoute les conseils de Cheney depuis six ans, reste à savoir « s’il va continuer à privilégier Cheney par rapport à son père ? Nous le saurons bientôt. » Quant au nouveau ministre de la Défense, Hersh écrit à ce sujet : « Lorsque Gates sera installé au Pentagone, il devra composer avec l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, l’héritage de Rumsfeld et Dick Cheney. »

D’après certaines sources ayant assisté début octobre à des réunions du Conseil national de sécurité (NSC) avec Cheney, ce dernier affirma que les résultats électoraux ne changeraient rien aux plans d’attaque contre l’Iran. « Si les démocrates gagnent les élections du 7 novembre, a dit le vice-président, cette victoire n’empêchera pas l’administration de poursuivre une option militaire contre l’Iran. » La Maison Blanche saurait bien contourner les éventuelles restrictions sur une action militaire venant du Congrès. Ces restrictions pourraient être modelées sur les « restrictions Boland » de 1982, qui avaient limité la possibilité pour le gouvernement Reagan de soutenir les Contras dans leur lutte pour renverser le gouvernement de gauche sandiniste du Nicaragua.

Selon Hersh, le Parti démocrate n’est pas unanime sur la question, loin s’en faut : « Si l’administration Bush entreprend une action militaire contre l’Iran, elle aura le soutien de démocrates comme de républicains. Les sénateurs Hillary Clinton de New York et Evan Bayh d’Indiana, deux candidats présidentiels potentiels, ont déclaré que l’on ne pouvait permettre à l’Iran de construire une bombe, comme Clinton l’avait dit au début de l’année, "nous ne pouvons écarter aucune option". Howard Dean, le président du Comité national démocrate, a également soutenu cet avis. »

Par contre, la CIA a préparé à l’automne un projet d’étude ultra-secrète mettant sérieusement en cause l’ampleur du programme nucléaire iranien. Elle a averti la Maison Blanche de se garder de conclure que l’absence de preuves d’un programme nucléaire iranien signifiait simplement que les Iraniens avaient bien réussi à le cacher. Pourtant, comme Hersh en a eu la confirmation, c’est justement ce qu’en ont conclu certains à la Maison Blanche, et dans le bureau de Cheney. Ensuite, pour contrecarrer le rapport de la CIA, les aides de Cheney et des officiers de renseignement du Pentagone ont fait état d’un mystérieux « espion israélien opérant en Iran » qui aurait recueilli des renseignements montrant que l’Iran mettait au point des détonateurs de bombes nucléaires. Ces renseignements sont passés directement du Pentagone au bureau du vice-Président, sans que la CIA en soit informée.

Le 19 novembre, à l’émission CNN Late Edition, Hersh s’est intéressé presque uniquement à Dick Cheney et à son approche dure vis-à-vis de l’Iran, qui risque de déboucher sur une action militaire. Selon ses sources dans l’armée et le renseignement, la probabilité d’une attaque militaire américaine contre l’Iran est aussi grande maintenant qu’avant les élections. « Ne jamais sous-estimer Cheney » a-t-il averti.

L’analyse de LaRouche

Selon Lyndon LaRouche, on voit s’instaurer le climat favorable à un raid militaire israélien contre des sites nucléaires présumés en Iran, prélude à une attaque plus large contre la République islamique menée par les Etats-Unis et d’autres pays, avec l’appui éventuel de plusieurs régimes arabes sunnites qui écoutent les chants de sirène des cercles autour de Cheney.

Parmi les signes allant dans ce sens, le Ha’aretz confirme dans son édition du 20 novembre que le président Bush a dit à Jacques Chirac : « Je n’exclus pas la possibilité qu’Israël attaque l’Iran, et s’il le fait, je le comprendrais. » En outre, dans le Ha’aretz du 22 novembre, Gideon Samet met en garde contre une attaque israélienne furtive. Le journaliste israélien invite ses lecteurs à « réfléchir à la possibilité que le Premier ministre Ehoud Olmert, avec son chef de cabinet, le ministre des menaces stratégiques et d’autres conseillers, (...) décide d’intervenir contre la menace nucléaire iranienne ». Il cite aussi le dernier article de Seymour Hersh, paru dans le New Yorker du 20 novembre, dans lequel il affirme que Cheney reste déterminé à mener une attaque militaire contre l’Iran.

En conclusion, à propos des intentions belliqueuses de Cheney, LaRouche met en garde contre toute espèce de « pensée cinématique ». Ne recherchez pas de relation directe de cause à effet, dit-il. L’idée de faire exploser toute l’Asie du Sud-Ouest existe depuis longtemps, dans la perspective de mettre fin au système d’Etats-nations remontant à l’époque des traités de Westphalie, tout en détruisant la nation américaine.

Quant à la situation en Irak, qui ne cesse de s’aggraver, LaRouche estime que pour « sortir les forces militaires américaines d’une débâcle inimaginable en Asie du sud-ouest, il faut bannir tous les aspects de la politique du gouvernement Bush jusqu’à présent » et stabiliser les relations entre un concert de gouvernements dans la région. Dans ce cadre, il faudrait normaliser les relations diplomatiques avec l’Iran, la Syrie et la Turquie et faire clairement comprendre au gouvernement israélien qu’il droit œuvrer immédiatement à une détente avec le peuple palestinien. « Les Etats-Unis ont le devoir de reconnaître la prudence des plus raisonnables parmi les dirigeants israéliens, qui ne proposent pas de se jeter à nouveau dans l’abîme. Les Etats-Unis doivent déclarer leur attachement (...) plein et entier à voir se conclure prochainement un processus de paix Madrid II. Sinon, les forces américaines n’auront plus aucune issue pour se retirer sans dommage d’Irak, où la situation est de plus en plus désespérée. »

L’analyse de LaRouche et ses recommandations pour l’Asie du sud-ouest, ainsi que la situation politique aux Etats-Unis au lendemain des élections législatives, ont été abordées par Muriel Mirak-Weissbach, de l’EIR, qui se trouve actuellement en Iran, au cours de deux longues interviews avec la radio nationale iranienne IRIB.

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