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Le monde islamique dénonce les bombardements anglo-américains de l’Irak

La rédaction

L’ampleur de la réponse négative des pays arabes aux frappes aériennes contre l’Irak montre que l’administration Bush aura bien du mal à reconstruire une « coalition anti-Irak » dans la région. En effet, depuis 1991, il y a eu un changement d’état d’esprit non seulement parmi les populations arabes mais aussi parmi les gouvernements - évolution qui n’a certainement pas échappé à Colin Powell lors de sa tournée au Proche-Orient. L’intifada palestinienne a eu un impact profond sur l’opinion publique dans tous ces pays. On voit maintenant sous un même jour les bombardements anglo-américains de l’Irak, le régime des sanctions qui a suivi et la répression israélienne des Palestiniens.

Au Koweit, le ministre des Affaires étrangères, le cheikh Sabah al Salim al Sabah, par ailleurs ancien ambassadeur à Washington, a pris ses distances avec les Anglo-Américains, soulignant que son gouvernement ne voulait pas s’ingèrer dans les affaires intérieures d’autres pays. Il a fait cette déclaration la veille de l’arrivée de George Bush Senior qui, avec Colin Powell, était l’invité d’honneur du dixième anniversaire de la libération du Koweit.

De même, la déclaration conjointe signée à l’issue de la rencontre entre le ministre syrien des Affaires étrangères, Al-Shara’a, et son homologue séoudien, le prince Saud Al Faisal, affirme : « Les deux parties expriment des sentiments de dénonciation et de crainte vis-à-vis de l’escalade récente contre Bagdad. » Ceci est arrivé au moment où « d’importantes consultations étaient engagées en vue d’aborder l’ensemble de la question [irakienne] lors du prochain sommet arabe à Amman, de façon à préserver la sécurité dans la région ainsi que la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Irak. »

Les critiques les plus remarquées sont venues de l’Egypte, le deuxième bénéficiaire de l’aide militaire et économique américaine dans la région après Israël. Un éditorial paru dans le quotidien officiel du Caire, Al-Ahram, accuse : « L’administration américaine a prouvé, par ces atteintes et cette agression injustifiée, qu’elle n’a cure de l’opinion publique arabe internationale qui appelle à la levée des sanctions économiques injustes imposées à l’Irak. » L’éditorial accuse également l’administration Bush d’utiliser les bombardements pour torpiller les efforts consentis par le président égyptien Hosni Moubarak pour réconcilier l’Irak avec le Koweit et l’Arabie séoudite. Il appelle même les autres pays arabes à ne plus fournir de bases aux avions américains attaquant l’Irak, tout en signalant que la « poursuite de l’agression et des sanctions contre l’Irak ne peut que porter atteinte aux intérêts américains dans la région, et conduire à un extrémisme grandissant et une spirale de violence qui frappera les intérêts américains avant toute autre cible ». Trente-six heures après les frappes aériennes, une importante délégation économique égyptienne est arrivée à Bagdad pour discuter de la mise en oeuvre de l’accord commercial irako-égyptien récemment signé. Le ministre égyptien du Commerce extérieur, Yousuf Boutros-Ghali, qui dirigeait la délégation, a noté que les exportations égyptiennes en Irak se sont élevées l’année dernière à un milliard de dollars et qu’elles devraient doubler bientôt.

Aux Emirats arabes unis et au Qatar également, les médias ont clairement dénoncé l’aventure anglo-américaine. Al-Khalij affirmait que « la nouvelle agression contre l’Irak est un aspect de l’intimidation à laquelle se livrent Washington, Londres et Tel Aviv contre la région arabe ». D’après ce quotidien des Emirats, la « cupidité impériale » de Bush, Blair et Sharon a pour cible tous les pays arabes et pas seulement l’Irak. Un autre journal des Emirats, Al-Bayan, affirme que l’objectif des raids est « de créer le chaos dans les rangs des Etats arabes qui se sont récemment consolidés et de saboter toute possibilité de succès du sommet arabe à venir qui doit traiter de la question irakienne et de la levée des sanctions de l’ONU ». Du Qatar, Arraya écrit que « la nouvelle agression s’est imposée à l’ordre du jour du sommet arabe » et souhaite que les dirigeants arabes « relèvent le défi avec une nouvelle volonté politique, contrairement aux faibles réponses précédentes ». Al-Watan, également du Qatar, estime que les bombardements étaient autant de « messages à l’adresse de la Syrie et de l’Egypte et d’autres », surtout après la signature d’accords commerciaux entre l’Irak et les pays qui sont prêts à lever les sanctions.

Au-delà du monde arabe, des pays islamiques comme la Turquie, la Malaisie et l’Iran ont également critiqué les Anglo-Américains. Dans un article de première page, le quotidien turc Hurriyet notait que les bombardements ne représentaient qu’un aspect des actions qu’entreprendront Washington et Londres afin de renverser Saddam Hussein. En réponse au ministre britannique de la Défense, M. Hoon, qui avait qualifié le bombardement de l’Irak de « mission humanitaire », le Premier ministre malaisien, Mahathir bin Mohammed, a répliqué : « Je ne savais pas que tuer des civils innocents était un acte humanitaire ».

L’Iran Daily du 19 février taxait les raids anglo-américains d’« acte de lâcheté ». Citons aussi Kayhan International, un journal iranien de langue anglaise : « En maintenant l’Irak en état de faiblesse, les Etats-Unis font d’une pierre deux coups. Washington, poursuit l’article, veut que les voisins de l’Irak continuent à considérer l’aventurisme de Saddam comme une menace pesant sur leur propre survie politique, de façon à pouvoir continuer à leur vendre des armes américaines. Pour le quotidien Tehran Times, cette action américaine montre que « la composante et l’option militaires deviendront un aspect majeur de la politique étrangère américaine à l’avenir. (...) Cette option militaire pour la résolution de problèmes régionaux et internationaux correspond aussi au point de vue de la nouvelle administration [Sharon] en Israël. » Mais l’option militaire ne diminuera pas la sympathie de l’opinion publique mondiale pour les Palestiniens dont les droits continuent d’être bafoués. Au contraire, écrit-on, elle mettra les Etats-Unis sur une voie de confrontation totale avec les nations islamiques.

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