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Le nouveau trio économique au pouvoir à Washington

La rédaction

Le 6 décembre, le ministre américain des Finances, Paul O’Neill, a annoncé - avec une amertume évidente - sa démission, après qu’on lui eut expliqué, la veille, que ses services n’étaient plus désirés. Presque simultanément, le conseiller économique de la Maison Blanche, Lawrence Lindsey, démissionnait à son tour. Le 9 décembre, le président George W. Bush a présenté John Snow comme successeur à ce ministère et le bruit courait à la Maison Blanche que Stephen Friedman, un banquier de Goldman Sachs, prendrait la relève de Lindsey. Enfin, le 10 décembre, Bush a présenté William Donaldson comme successeur au chef de la Commission de contrôle de la bourse (SEC) Harvey Pitt, qui s’était retiré depuis quelques semaines déjà.

Va-t-on assister à un véritable changement de cap de la politique économique de Washington ? Nous ne le saurons définitivement que lorsque le président Bush fera sa déclaration générale de politique économique, fin décembre ou début janvier. Mais ceci semble pour l’instant improbable. On peut partager l’évaluation de Lyndon LaRouche, selon laquelle le gouvernement lui-même ne sait pas encore quelle est sa véritable politique économique. Pour remplir ce vide, le mouvement politique de LaRouche aux Etats-Unis a lancé un débat intense sur cette question lors d’une réunion publique à Los Angeles.

On n’attend rien de neuf de ces nouveaux acteurs de la politique économique nationale. Snow, Friedman et Donaldson sont considérés au mieux comme de meilleurs « vendeurs », puisque le principal conseiller du président Karl Rove considère que leurs prédécesseurs avaient mal « vendu » la politique gouvernementale. Rove avait pressenti des personnalités politiques de plus « gros calibre » pour ces postes, mais ces dernières ont refusé.

La carrière de John Snow a commencé dans le gouvernement Ford, où il était vice-ministre des Transports et s’est fait connaître du secrétaire général de la Maison Blanche de l’époque, Richard Cheney. Snow défendait alors avec véhémence la déréglementation du système ferroviaire, du trafic aérien civil et du transport de marchandises. Au moment où Bush annonçait la nomination de Snow, United Airlines, la deuxième plus grosse compagnie aérienne américaine, déposait son bilan, exemple édifiant des conséquences dévastatrices de cette politique. A partir de 1977, Snow travailla pour la société de chemins de fer CSX, dont il devint président du comité directeur en 1989. La déréglementation du rail s’est généralement traduite, pour les compagnies ferroviaires, par de graves difficultés financières ou des faillites.. Cependant, au moyen de fusions ou d’acquisitions de ces entreprises en déroute, John Snow réussit à faire de CSX la troisième société ferroviaire des Etats-Unis. Mais CSX a très mauvaise réputation en ce qui concerne l’état technique de ses installations et son application des normes de sécurité. En juillet dernier, Snow a plaidé devant le Sénat pour une déréglementation encore plus poussée du réseau ferroviaire américain.

Stephen Friedman a sans doute été choisi parce qu’il vient du cœur même de Wall Street. Il paraît que son prédécesseur Lindsey, de même que O’Neill, n’arrivaient pas à s’entendre avec Wall Street.

William Donaldson appartient également à ce temple de la finance. Depuis 1959, il était un associé de la banque Donaldson, Lufkin & Jenrette, jusqu’au rachat de celle-ci il y a deux ans par le Crédit Suisse First Boston. De 1990 à 1995, Donaldson était président de la Bourse de New York. Il fait encore l’objet d’une enquête judiciaire pour escroquerie, accusé d’avoir caché des résultats négatifs aux actionnaires du groupe d’assurances Aetna, pour lequel il travaillait. Donaldson, qui entretient depuis des décennies des relations avec la famille Bush, était sous-secrétaire d’Etat à l’époque d’Henry Kissinger.

Les « points forts » de la politique économique sur lesquels l’administration Bush s’appuie ne sont guère plus encourageants. Tout semble graviter autour de « l’arme secrète » des réductions fiscales, grâce auxquelles Bush serait infailliblement réélu. Mais cette contraction fiscale creusera le déficit budgétaire fédéral, qui est déjà de 160 milliards de dollars et qui serait encore bien plus élevé, si l’on n’utilisait pas - illégalement - l’excédent du fond de retraites pour réduire le déficit.

Il est possible que le nouveau trio de politique économique planifie autre chose, dont on préfère ne pas parler en public. Au cours de cette année, le dollar a déjà perdu 10 % de sa valeur par rapport à l’euro et sa dévaluation pourrait, C’est peut-être le but de l’administration Bush, même si on ne l’admet pas ouvertement, d’autant plus que les exportateurs et les syndicats américains réclament une dévaluation, espérant ainsi réduire le déficit de la balance commerciale américaine et, avec lui, le monstrueux déficit de la balance des paiements. Avec une dévaluation du dollar de 20 %, la « valeur » de la dette étrangère américaine, notamment les 2500 milliards de dollars d’obligations du gouvernement américain détenues par des étrangers, chuterait d’autant. Certains pourraient même y voir une manière élégante de financer une guerre contre l’Irak. En outre, une dévaluation du dollar mettrait les économies exportatrices de l’Europe et d’Asie sous pression.

Or ni un nouveau programme de baisses d’impôts, ni une dévaluation du dollar ne parviendront à « stimuler » l’économie des Etats-Unis. On ne pourra surmonter la crise économique et financière aux Etats-Unis que grâce à une réorganisation complète du système financier et à un vaste programme d’investissements infrastructurels. Ceci constitue précisément le cœur du programme infrastructurel de LaRouche, qu’il a baptisé la « Super-Tennessee Valley Authority », en référence au programme de Franklin Roosevelt. C’est sur lui que le débat économique et politique doit être centré. La grande question est de savoir si l’administration Bush pourra aller au-delà de sa propre idéologie.

A ce propos, LaRouche a déclaré le 10 décembre que l’histoire montre qu’en général, les axiomes autodestructeurs de la politique ne sont rectifiés que « lorsque la situation devient terrible, comme dans les grandes crises économiques ou après avoir perdu une guerre . On pourrait dire : lorsque l’ensemble des bouleversements devient insupportable, comme aujourd’hui . »

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